Wednesday, January 25, 2017

L'inquiétante zénitude


Le iaïdô, c’est l’art de tirer le sabre. Le terme signifie : « La voie de l’harmonie avec les êtres » 


Daisetz Teitaro Suzuki, auteur de livres qui ont joué un rôle important dans la propagation du zen en Occident :



« L'art de l'escrime distingue l'épée qui tue et l'épée qui donne la vie. Celle qui est utilisée par un technicien ne peut aller au-delà de tuer. [...]. Le cas est totalement différent de celui qui a l'obligation de lever l'épée. Car ce n'est pas vraiment lui, mais l'épée qui tue. Il n'avait aucun désir de faire du mal à quiconque, mais voilà qu'apparaît l'ennemi qui se fait elle-même victime. C'est comme si l'épée rendait automatiquement la justice, qui est la fonction de la compassion. [...]. L'escrimeur se transforme en artiste du plus haut niveau, occupé dans un travail de la plus pure originalité. »

Re Suzuki :

« On associe en général le sabre au meurtre, et la plupart d'entre nous se demandent quel lien il peut avoir avec le zen, qui est une école du bouddhisme enseignant l'amour et la miséricorde. […] Il en va tout autrement dans le cas de l'homme qui lève le sabre par obligation, car en vérité ce n'est pas lui qui tue mais le sabre lui-même. Il n'avait aucun désir de faire le mal à qui que ce soit, mais l'ennemi se présente et se transforme de lui-même en victime. » 

Encore Suzuki :

« La religion devrait tout d'abord chercher à préserver l'existence de l'État. » 


Lieutenant-Colonel Sugimoto Goro, « philosophe » du zen martial et de "la guerre sainte" du Japon :

« Les guerriers qui sacrifient leur vie pour l'empereur ne mourront pas. Ils vivront éternellement. En vérité, on devrait les appeler des dieux et des bouddhas pour qui il n'y a ni vie ni mort. Là où il y a loyauté absolue, il n'y a ni vie ni mort. »


Harada Daiun Sogaku, Abbé zen : 

« Si on vous ordonne de marcher : une, deux, une, deux ! ou de tirer : bang, bang ! C'est là la manifestation de la plus haute sagesse de l'éveil. L'unité du zen et de la guerre [...] se propage jusqu'aux confins de la guerre sainte qui est maintenant en cours. »


Yasutani Hakuun, Maître zen :

« En obligeant la Chine à céder l'île de Taïwan (1895), et, en outre, en annexant la péninsule coréenne (1910), notre Grand Empire impérial japonais est engagé dans la pratique d'un grand bodhisattva. » 


Sawaki Kôdô, Patriarche zen :

« Il est juste de punir ceux qui dérangent l'ordre public. Que l'on tue, ou que l'on ne tue pas, le précepte qui interdit de tuer [est préservé]. C'est le précepte qui interdit de tuer qui tient l'épée. C'est ce précepte qui lance la bombe. »


Docteur Hitane Jôzan, universitaire et moine zen :

« Du point de vue de l'issue idéale, il s'agit d'une guerre juste et morale, une guerre d'abnégation par laquelle nous sauvegarderons la Chine du péril communiste et de l'esclavage économique. […] …j'ose dire qu'il n'est pas déraisonnable de parler de guerre sacrée intégrant la grande pratique du bodhisattva. » 



Le Zen en guerre

de Brian Victoria


"Bénédiction des drapeaux, croisade pour la défense de la civilisation chrétienne face au bolchevisme, théories suspectes de la guerre juste, on croyait ces images et ces thèmes réservés à l'Occident. Au moins la compassion bouddhiste aurait-elle protégé l'Asie de pareilles dérives. Point, comme le démontre à l'envi le livre de Brian Victoria. Très tôt dans le XXe siècle, le bouddhisme japonais s'est dévoyé en idéologie guerrière au service d'un pouvoir agressif et impérialiste. Les plus grands maîtres, et le célèbre D. T. Suzuki, ont légitimé l'alliance entre le sabre et le zen. Collecte de fonds pour l'effort de guerre, cérémonies spéciales pour l'obtention de la victoire, création de centres d'instruction, activités de renseignement, endoctrinement des populations, cette collusion n'a pas cessé en 1945, elle s'est métamorphosée dans le fameux "zen d'entreprise" du Japon en plein essor. Le pouvoir impérial a réussi à fabriquer de toutes pièces, avec la complicité des maîtres de sagesse, une "âme du Japon éternel" inquiétante, trahissant les lois de la tradition bouddhiste la plus établie. L'Occident n'est donc plus seul à porter la lourde tâche d'une interrogation sérieuse des origines et de la nature des déviances totalitaires du siècle venant de s'écouler."



L'Unité 731 et la « grande pratique du bodhisattva »


La « grande pratique du bodhisattva » de Hitane Jôzan, militariste, universitaire et zéniste s'exprimait pleinement dans l'Unité 731. 

Cette unité secrète de l'armée japonaise effectuait des expérimentations sur les prisonniers. Des médecins japonais éduqués et héritiers d'une culture bouddhique de plus de 15 siècles se livraient à la vivisection humaine. 

D'autres prisonniers furent bouillis vifs, congelés, brûlés au lance-flamme... Le sadisme des Japonais dépassait l'imagination. 

Des captifs furent « complètement déshydratés, c'est-à-dire momifiés vivants. On les desséchait jusqu'à ce qu'ils meurent et ne pèsent plus qu'un cinquième de leur poids normal. On étudiait également sur eux les effets du cyanure d'hydrogène, d'acétone et de potassium. Certains détenus étaient affamés et privés de sommeil jusqu'à la mort. D'autres furent soumis à des expériences de décompression ».

Des prisonniers « subirent des transfusions de sang de cheval ou même d'eau de mer, d'autres ont été électrocutés, tués dans des centrifugeuses géantes ou soumis à une exposition prolongée aux rayons X ». (Source


Lors des procès de Tokyo, les USA dissimulèrent les horreurs commises par l'Unité 731 et protégèrent le bourreau en chef, le général Shiro Ishii. 

Shiro Ishii ne fut pas emprisonné mais assigné à résidence dans sa demeure de Tokyo. L'intérêt des Américains pour les résultats scientifiques des expériences menées par l'Unité 731 explique leur mansuétude à l'égard du Josef Mengele japonais. 



Unité 731, vivisection pratiquée sur une captive russe enceinte



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