Tuesday, May 28, 2013

Karpâtrî, l’État dharmique & la véritable spiritualité hindoue




Svâmî Karpâtrî lutta toute sa vie pour la fermeture des abattoirs et pour défendre la vache sacrée. Il exprima cette revendication par des slogans très inattendus dans l'univers politique : « Vive le dharma » (dharma ki jaya ho!) ; « Que soit détruit l'anti-dharma ! » (adharma ka nasha ho!) ; « Bienveillance pour tout ce qui respire ! » (praniyon men sadbhavana ho !) « Sauvegardons le monde ! » (vishva ka kalyana ho !) ; « Vive notre mère la vache ! » (gomata ki jaya ho !) ; « Stop à la boucherie des vaches ! » (gohatita band ho !). 

« Il y avait en Svâmî Karpâtrî (1907-1982), écrit Svarûpânanda Sarasvatî (un ancien compagnon de lutte de Karpâtrî) une remarquable combinaison de préoccupations sociales, de sainteté, de sagacité politique et de qualités dirigeantes très difficile à rencontrer ailleurs. Même en politique, son amour des principes demeurait intact. Nous pouvons nous en faire une idée à travers les avis intrépides qu'il a exprimés en des occasions comme la partition de l'Inde, l'invasion [chinoise] de Kailâsa Mânasarovara, le Hindu Code Bill , les luttes contre l'abattage des vaches, le contrôle gouvernemental sur la dot, l'agitation pour casser le cordon sacré, etc. Il était intransigeant face à toute attaque, même la plus légère, contre la tradition et rendait coup pour coup.

À son avis, politique et dharma devaient être aussi inséparables que des époux indiens. Séparés, la politique sans dharma ou le dharma sans politique perdent toute raison d'être ; c'est pourquoi il essaya d'établir un État politique basé sur le dharma qu'il appela le Royaume de Rama. Svâmiji défendit publiquement ses idées au forum panindien constitutif de l'Assemblée du Royaume de Râma, dont le but était de promouvoir le mode de vie indien et de mettre sur pied un gouvernement qui ne fût pas en contradiction avec les Écritures. Il me nomma premier président de ce parti.

Comme la lutte pour la liberté de l'Inde avait été menée à partir de la plate-forme du parti du Congrès (parti social-démocrate), celui-ci exerçait une très forte influence sur nos concitoyens. Mais les principes du parti [de Svâmi Karpâtrî] la Râma Râjya Parisad, ne correspondaient ni à ceux du Congrès, ni à ceux des autres partis de l'époque. L'appel éclatant à un pays gouverné par le dharma lancé par la Râma Râjya Parisad était différent et plus attractif que tous les airs chantés par les autres partis politiques. 

Mais un nouveau parti, l'Union du Peuple indien (Bhâratîya Jana Sangha), apparut peu de temps après la fondation de la Râma Râjya Parisad ; bien que très différent du premier dans ses principes, il donnait extérieurement l'illusion de lui ressembler. L'objectif de ce Bhâratîya Jana Sangha - autant que de la Hindû Mahâsabhâ -, était l'établissement d'une « nation hindoue » : ils différaient de la Râma Râjya Parisad autant par leurs méthodes d'action que par leurs idées.

Svâmî Karpâtrî croyait que le bien public ne pouvait advenir qu'a travers un État « dharmique ». Il soulignait que même si [le démon-roi de Lankâ] Râvana avait été hindou et brahmane, son règne n'avait apporté rien de bon. Donc, le bien public ne pouvait être garanti par la création d'une « nation hindoue ». En conséquence, Svâmîjî combattit les arguments [ultra-nationalistes et fondamentalistes] du RSS, de la Hindû Mahâsabhâ et du Jana Sangha, et il souligna les différences entre les visées religieuses et politiques de la Râma Râjya Parisad et l'idéologie de ces autres partis.

Dans ce but, son ouvrage Le Nectar de la pensée critiqua les thèses de La Crème de la pensée de Golvalkar (le chef suprême du RSS, successeur de Savarkar, se référait positivement à l'État nazi) et de Les Six pages d'or de l'histoire indienne de Savarkar (un nationaliste révolutionnaire), il réfuta spécialement les positions du RSS dans sa brochure Le RSS et le dharma hindou.

Svâmî Karpâtrî ouvrit les portes de la Rama Râjya Parisad à tout hindou, musulman, chrétien, sikh, jaïn, parsi, bouddhiste, etc., pratiquant sa religion avec honnêteté et rectitude. Dans son ouvrage L'Assemblée du Royaume de Râma et les autres groupes, il précise ainsi les différences entre la Râmarâjya Parisad et les autres partis politiques :

"Il est évident qu'aucun parti politique de ce pays n'est cohérent envers lui-même et le public ; les buts de ces partis sont une chose, leur conduite en est une autre. C'est pourquoi stabilité et confiance politique font défaut en Inde ; le seul objectif des politiciens est d'obtenir des voix à l'aide de fausses promesses. L'objectif de la Râmarâjya Parisad, au contraire, est de sortir de cette indignité et de mettre en pratique des idées politiques saines. La Râmarâjya Parisad est aussi cohérente dans ses buts que dans ses moyens. Il n'y a chez elle aucune sorte de duperie, aucune avidité vis-à-vis de quoi que ce soit. Son seul but est d'établir une politique fondée sur le dharma qui soit sans partialité [vis-à-vis de toutes les religions]."

Le vénérable Svâmî Karpâtrî parlait quelquefois d'un Français nommé Shiva Sharan (Alain Daniélou), qui avait suivi ses idées. Il croyait que Daniélou comprenait ses intentions et avait du respect pour lui. C'est pourquoi il aurait donné sa bénédiction aux traductions de ses articles par Shiva Sharan - dont nous pensions aussi qu'il diffusait les idées de Svâmîji en Occident, ce qui était tout à fait digne d'éloge.

Nous avons donc été heureux lorsqu'un associé de Shiva Sharan, Jean-Louis Gabin, décida de publier un recueil comprenant certains essais de Svâmîji traduits par son compatriote. Mais, à l'examen, on découvrit que Shiva Sharan-Alain Daniélou avait déformé les écrits de Svâmî Karâtrî et, en plusieurs endroits, les avait falsifiés. Cela devint encore plus évident lorsqu'on confronta les traductions aux articles originaux. Aucun de nous ne s'était attendu à une chose pareille. Si Svâmîjî était toujours vivant, sa confiance en Shiva Sharan aurait sûrement été blessée. » […]

Les falsifications d'Alain Daniélou

« En réalité, dit Jean-Louis Gabin, pour l'essentiel, mais sans jamais le dire, Daniélou a refusé les clarifications de Svâmî Karpâtrî et, sans prévenir ce dernier, les a sciemment défigurées dans ses publications. L'absolutisation du linga au détriment de la yoni, l'assimilation de son culte aux cultes phalliques et à un hédonisme plus ou moins maquillé en tantrisme, la scission entre Shiva et la Déesse, l'opposition entre Shiva et Vishnou, la dévalorisation de ce dernier et de la Déesse, la caractérisation de Shiva comme d'un dieu de tamas, l'opposition des aryens « puritains » aux dravidiens extatiques, la présentation de l'hindouisme comme fondamentalement polythéiste — toutes les idées, en somme, par lesquelles les ouvrages d'Alain Daniélou ont acquis leur célébrité — sont totalement opposées aux points de vue de l'hindouisme traditionnel exposés par Svâmî Karpâtrî. »

Jean-Louis Gabin ajoute à propos de Svâmî Karpâtrî :

« Ce penseur mérite d'être découvert et traduit pour ce qu'il peut apporter, du sein de l'hindouisme orthodoxe, et en Inde même, notamment à la recherche de l'entente entre les diverses religions, dans le respect des particularités de chacune. » […]

Très éloigné du polythéisme hindou exposé par Alain Daniélou, « l'Advaita Vedânta est l'un des six « points de vue » orthodoxes de l'hindouisme, et c'est celui où se place généralement Svâmî Karpâtrî, rappelle Jean-Louis Gabin qui cite René Guénon : « Tandis que l'Être est "un", le Principe suprême [désigné comme brahman ou parabrahman] peut seulement être dit "sans dualité" (advaita), parce que, étant au-delà de toute détermination, même de l'Être qui est la première de toutes, il ne peut être caractérisé par aucune attribution positive ».

Dans Svâmî Karpâtrî, symboles du monothéisme hindou, Jean-Louis Gabin et Gianni Pellegrini ont traduit de l'hindi et du sanskrit plusieurs textes de Svâmî Karpâtrî. Dans ces textes, « ce qui ne peut manquer de frapper le lecteur occidental c'est que les correspondances entre Vishnou et la Déesse — assorties de précisions métaphysiques sur le non-manifesté, l'obscurité primordiale, l'irruption de la lumière dans la substance, de la conscience dans l'énergie — sont données comme autant d'indications du processus individuel de réalisation initiatique, qui passe par la discrimination entre la connaissance ou gnose (jñâna) et l'ignorance (avidyâ). [...]

Partant du processus de la "manifestation" du monde pour aboutir à des applications doctrinales touchant directement au domaine de la réalisation spirituelle, ces textes abordent de nombreuses questions essentielles, depuis l'explication de la nature de l'univers jusqu'au sens de la vie humaine, de l'origine du déploiement cosmique jusqu'à ses correspondances dans le cœur humain. » (Gabin)

Svâmî Karpâtrî
symboles du monothéisme hindou
le linga et la déesse


Svâmî Karpâtrî (1907-1982) rétablit dans ces pages l'évidence du monothéisme hindou. Dans deux synthèses transcendantes sur le linga, icône aniconique, symbole du Principe au-delà de la forme, il met en pièces les idées fausses de « culte du phallus », de « polythéisme hindou » et de « shivaïsme pré-aryen » diffusées par le premier vulgarisateur de ces textes, Alain Daniélou. Puis, dans un vaste panorama consacré à la Déesse - tour à tour héroïne épique, principe féminin de grâce et de beauté, mais aussi symbole du Principe suprême -, il établit des ponts entre deux voies de réalisation spirituelle, l'Advaita Vedânta et Shrîvidyâ. La traduction entièrement nouvelle, établie sur les originaux publiés pour la première fois en Occident, met en lumière l'enseignement doctrinal en acte d'un maître spirituel contemporain qui combattit aussi bien le nationalisme néo-hindou que l'ingérence de l'État séculariste dans les affaires de la religion.

Svâmî Karpâtrî, renonçant (samnyâsin) de la lignée Sarasvati, artisan d'une restauration de l'hindouisme traditionnel et auteur d'une quarantaine d'ouvrages, fut le chef spirituel d'une grande partie de l'Inde du Nord dans les années qui ont précédé et suivi l'indépendance de l'Inde.

Svâmî Shrî Svarûpânanda Sarasvati, Jagadgourou Shankarcharya de Dvârakapîtha et Jyotispîtha, est l'une des plus hautes autorités de l'hindouisme contemporain. Il fut un proche compagnon de Svâmî Karpâtrî et le premier président de son parti politique, la Râma Râjya Parisad.

Jean-Louis Gabin, docteur ès lettres, a étudié et enseigné quinze ans en Inde, il a dirigé en 2009 à Bénarès l'ëdition bilingue de The Linga and the Great Goddess de Svâmî Karpâtrî et il est l'auteur de L'Hindouisme traditionnel et l'interprétation d'Alain Daniélou (Éd. du Cerf 2010.)

Gianni Pellegrini, maître de Vedânta de l'université sanskrite de Bénarès et docteur en indologie de l'université de Venise, enseigne la philosophie indienne à l'université de Turin. Il a obtenu le prix Sarasvati de sanskrit 2010 du Conseil indien pour les relations culturelles et de l'Institut d'Asie du Sud de Heidelberg.






Friday, May 24, 2013

Dante's Inferno



L'intrigue d'Inferno, le nouveau roman de Dan Brown, se résume ainsi :
« Au cœur de l'Italie, Robert Langdon, professeur de symbologie à Harvard, plonge dans un monde centré sur l'un des chef d'œuvre historique et mystérieux de la littérature classique, L'Enfer de Dante. Dans ce contexte, Langdon se bat contre un adversaire redoutable et doit résoudre une énigme complexe qui le propulse dans le domaine de l'art, des passages secrets et de la science. À partir du poème épique de Dante, Langdon démarre une course pour trouver les réponses à ses questions avant que le monde n'en soit changé à jamais. »



O voi che avete gl’ intelleti sani,
Mirate la dottrina che s’asconde
Sotto il velame delli versi strani ! (Purgatorio, XXVI, 121-123)

Par ces mots, Dante indique d’une façon fort explicite qu’il y a dans son œuvre un sens caché, proprement doctrinal, dont le sens extérieur et apparent n’est qu’un voile, et qui doit être recherché par ceux qui sont capables de le pénétrer. Ailleurs, le poète va plus loin encore, puisqu’il déclare que toutes les écritures, et non pas seulement les écritures sacrées, peuvent se comprendre et doivent s’exprimer principalement suivant quatre sens : « si possono intendere e debbonsi sponere massimamente per quattro sensi ». Il est évident, d’ailleurs, que ces significations diverses ne peuvent en aucun cas se détruire ou s’opposer, mais qu’elles doivent au contraire se compléter et s’harmoniser comme les parties d’un même tout, comme les éléments constitutifs d’une synthèse unique.

Ainsi, que la Divine Comédie, dans son ensemble, puisse s’interpréter en plusieurs sens, c’est là une chose qui ne peut faire aucun doute, puisque nous avons à cet égard le témoignage même de son auteur, assurément mieux qualifié que tout autre pour nous renseigner sur ses propres intentions. La difficulté commence seulement lorsqu’il s’agit de déterminer ces différentes significations, surtout les plus élevées ou les plus profondes, et c’est là aussi que commencent tout naturellement les divergences de vues entre les commentateurs. Ceux-ci s’accordent généralement à reconnaître, sous le sens littéral du récit poétique, un sens philosophique, ou plutôt philosophico-théologique, et aussi un sens politique et social ; mais, avec le sens littéral lui-même, cela ne fait encore que trois, et Dante nous avertit d’en chercher quatre ; quel est donc le quatrième ? Pour nous, ce ne peut être qu’un sens proprement initiatique, métaphysique en son essence, et auquel se rattachent de multiples données qui, sans être toutes d’ordre purement métaphysique, présentent un caractère également ésotérique. C’est précisément en raison de ce caractère que ce sens profond a complètement échappé à la plupart des commentateurs ; et pourtant, si on l’ignore ou si on le méconnaît, les autres sens eux-mêmes ne peuvent être saisis que partiellement, parce qu’il est comme leur principe, en lequel se coordonne et s’unifie leur multiplicité.

Ceux mêmes qui ont entrevu ce côté ésotérique de l’œuvre de Dante ont commis bien des méprises quant à sa véritable nature, parce que le plus souvent, la compréhension réelle de ces choses leur faisait défaut, et parce que leur interprétation fut affectée par des préjugés qu’il leur était impossible d’écarter. par l’effet d’un «syncrétisme» superficiel, que Dante a employé indifféremment, selon les cas, un langage emprunté soit au christianisme, soit à l’antiquité gréco-romaine. […]

Voyages extra-terrestres dans différentes traditions

Une question qui semble avoir fortement préoccupé la plupart des commentateurs de Dante est celle des sources auxquelles il convient de rattacher sa conception de la descente aux Enfers, et c’est aussi un des points sur lesquels apparaît le plus nettement l’incompétence de ceux qui n’ont étudié ces questions que d’une façon toute « profane ». Il y a là, en effet, quelque chose qui ne peut se comprendre que par une certaine connaissance des phases de l’initiation réelle, et c’est ce que nous allons essayer maintenant d’expliquer.

Sans doute, si Dante prend Virgile pour guide dans les deux premières parties de son voyage, la cause principale en est bien, comme tout le monde s’accorde à le reconnaître, le souvenir du chant VI de l’Enneide ; mais il faut noter que c’est parce qu’il y a là, chez Virgile, non une simple fiction poétique, mais la preuve d’un savoir initiatique incontestable. Ce n’est pas sans raison que la pratique des sortes virgilianoe fut si répandue au moyen âge ; et, si on a voulu faire de Virgile un magicien, ce n’est là qu’une déformation populaire et exotérique d’une vérité profonde, que sentaient probablement, mieux qu’ils ne savaient l’exprimer, ceux qui rapprochaient son œuvre des Livres sacrés, ne fût-ce que pour un usage divinatoire d’un intérêt très relatif.

D’autre part, il n’est pas difficile de constater que Virgile lui-même, pour ce qui nous occupe, a eu des prédécesseurs chez les Grecs, et de rappeler à ce propos le voyage d’Ulysse au pays des Cimmériens, ainsi que de la descente d’Orphée aux Enfers ; mais la concordance que l’on remarque en tout cela ne prouve-t-elle rien de plus qu’une série d’emprunts ou d’imitations successives ? La vérité est que ce dont il s’agit a le plus étroit rapport avec les mystères de l’antiquité, et que ces divers récits poétiques ou légendaires ne sont que des traductions d’une même réalité : le rameau d’or qu’Énée, conduit par la Sibylle, va d’abord cueillir dans la forêt (cette même «selva selvaggia» où Dante situe aussi le début de son poème), c’est le rameau que portaient les initiés d’Éleusis, et que rappelle encore l’acacia de la Maçonnerie moderne, « gage de résurrection et d’immortalité ». Mais il y a mieux, et le Christianisme même nous présente aussi un pareil symbolisme : dans la liturgie catholique, c’est par la fête des Rameaux que s’ouvre la semaine sainte, qui verra la mort du Christ et sa descente aux Enfers, puis sa résurrection, qui sera bientôt suivie de son ascension glorieuse ; et c’est précisément le lundi saint que commence le récit de Dante, comme pour indiquer que c’est en allant à la recherche du rameau mystérieux qu’il s’est égaré dans la forêt obscure où il va rencontrer Virgile ; et son voyage à travers les mondes durera jusqu’au dimanche de Pâques, c’est-à-dire jusqu’au jour de la résurrection.

Mort et descente aux Enfers d’un côté, résurrection et ascension aux Cieux de l’autre, ce sont comme deux phases inverses et complémentaires, dont la première est la préparation nécessaire de la seconde, et que l’on retrouverait également sans peine dans la description du « Grand Œuvre » hermétique ; et la même chose est nettement dans toutes les doctrines traditionnelles. C’est ainsi que, dans l’Islam, nous rencontrons l’épisode du « voyage nocturne » de Mohammed, comprenant pareillement la descente aux régions infernales (isrâ), puis l’ascension dans les divers paradis ou sphères célestes (mirâj); et certaines relations de ce « voyage nocturne » présentent avec le poème de Dante des similitudes particulièrement frappantes, à tel point que quelques-uns ont voulu y voir une des sources principales de son inspiration. Don Miguel Asín Palacios a montré les multiples rapports qui existent, pour le fond et même pour la forme, entre Divine Comédie (sans parler de certains passages de la Vita Nuova et du Convito), d’une part, et d’autre part, le Kitâb el-isrâ (Livre du voyage nocturne) et les Futûhât el-Mekkiyah (Révélations de la Mecque) de Mohyiddin ibn Arabi, ouvrages antérieurs de quatre-vingts ans environ, et il conclut que ces analogies sont plus nombreuses à elles seules que toutes celles que les commentateurs sont parvenus à établir entre l’œuvre de Dante et toutes les autres littératures de tout pays. En voici quelques exemples : « Dans une adaptation de la légende musulmane, un loup et un lion barrent la route au pèlerin, comme la panthère, le lion et la louve font reculer Dante…Virgile est envoyé à Dante et Gabriel à Mohammed par le Ciel ; tous deux, durant le voyage, satisfont à la curiosité du pèlerin. L’Enfer est annoncé dans les deux légendes par des signes identiques : tumulte violent et confus, rafale de feu…L’architecture de l’Enfer dantesque est calquée sur celle de l’Enfer musulman : tous deux sont un gigantesques entonnoir formé par une série d’étages, de degrés ou de marches circulaires qui descendent graduellement jusqu’au fond de la terre ; chacun d’eux recèle une catégorie de pécheurs, dont la culpabilité et la peine s'aggravent à mesure qu’ils habitent un cercle plus enfoncé. Chaque étage se subdivise en différents autres, effectués à des catégories variées de pécheurs ; enfin, ces deux Enfers sont situés tous les deux sous la ville de Jérusalem… Afin de se purifier au sortir de l’Enfer et de pouvoir s’élever vers le Paradis, Dante se soumet à une triple ablution. Une même triple ablution purifie les âmes dans la légende musulmane : avant de pénétrer dans le Ciel, elles sont plongées successivement dans les eaux des trois rivières qui fertilisent le jardin d’Abraham…L’architecture des sphères célestes à travers lesquelles s’accomplit l’ascension est identique dans les deux légendes ; dans les neuf cieux sont disposées, suivant leurs mérites respectifs, les âmes bienheureuses qui, à la fin, se rassemblent toutes dans l’Empyrée ou dernière sphère… De même que Béatrice s’efface devant saint Bernard pour guider Dante dans les ultimes étapes, de même Gabriel abandonne Mohammed près du trône de Dieu où il sera attiré par une guirlande lumineuse… L’apothéose finale des deux ascensions est la même : les deux voyageurs, élevés jusqu’à la présence de Dieu, nous décrivent Dieu comme un foyer de lumière intense, entouré de neuf cercles concentriques formés par les files serrées d’innombrables esprits angéliques qui émettent des rayons lumineux ; une des filles circulaires les plus proches du foyer est celle des Chérubins ; chaque cercle entoure le cercle immédiatement inférieur, et tous les neuf tournent sans trêve, autour du centre divin… Les étages infernaux, les cieux astronomiques, les cercles de la rose
mystique, les chœurs angéliques qui entourent le foyer de la lumière divine, les trois cercles symbolisant la trinité de personnes, sont empruntés mot pour mot par le poète florentin à Mohyiddin ibn Arabi.»

De telles coïncidences, jusque dans des détails extrêmement précis, ne peuvent être accidentelles, et nous avons bien des raisons d’admettre que Dante s’est effectivement inspiré, pour une part assez importante, des écrits de Mohyiddin; mais comment les a-t-il connus ? On envisage comme intermédiaire possible Brunetto Latini, qui avait séjourné en Espagne, et il mourut à Damas; d’un autre côté, ses disciples étaient répandus dans tout le monde islamique, mais surtout en Syrie et en Égypte, et enfin il est peu probable que ses œuvres aient été dès lors dans le domaine public, où même certaines d’entre elles n’ont jamais été. En effet, Mohyiddin fut tout autre chose que le «poète mystique» qu’imagine M. Asín Palacios ; ce qu’il convient de dire ici c’est que, dans l’ésotérisme islamique, il est appelé Esh-Sheikh el-akbar, c’est-à-dire le plus grand des Maîtres spirituels, le Maître par excellence, que sa doctrine est d’essence purement métaphysique, et que plusieurs des principaux Ordres initiatiques de l’Islam, parmi ceux qui sont les plus élevés et les plus fermés en même temps, procèdent de lui directement. Nous avons déjà indiqués que de telles organisations furent au XIIIe siècle, c’est-à-dire à l’époque même de Mohyiddin, en relation avec les Ordres de chevalerie, et, pour nous, c’est par là que s’explique la transmission constatée; s’il en était autrement, et si Dante avait connu Mohyiddin par des voies «profanes», pourquoi ne l’aurait-il jamais nommé, aussi bien qu’il nomme les philosophes exotériques de l’Islam, Avicenne et Averroès ? De plus, il est reconnu qu’il y eut des influences islamiques aux origines du Rosicrucianisme, et c’est à cela que font allusion les voyages supposés de Christian Rosenkreutz en Orient ; mais l’origine réelle du Rosicrucianisme, nous l’avons déjà dit, ce sont précisément les Ordres de chevalerie, et ce sont eux qui formèrent, au moyen âge, le véritable lien intellectuel entre l’Orient et l’Occident.

Les critiques occidentaux modernes, qui ne regardent le «voyage nocturne» de Mohammed que comme une légende plus ou moins poétique, prétendent que cette légende n’est pas spécifiquement islamique et arabe, mais qu’elle serait originaire de la Perse, parce que le récit d’un voyage similaire se trouve dans un livre mazdéen, l’Ardâ Vîrâf Nâmeh. Certains pensent qu’il faut remonter encore plus loin, jusqu’à l’Inde, où l’on rencontre en effet, tant dans le Brâhmanisme que dans le Bouddhisme, une multitude de descriptions symboliques des divers états d’existence sous la forme d’un ensemble hiérarchiquement organisé de Cieux et d’Enfers; et quelques-uns vont même jusqu’à supposer que Dante a pu subir directement l’influence indienne. Chez ceux qui ne voient en tout cela que de la «littérature», cette façon d’envisager les choses se comprend, quoiqu’il soit assez difficile, même du simple point de vue historique, d’admettre que Dante ait pu connaître quelque chose de l’Inde autrement que par l’intermédiaire des Arabes. Mais, pour nous, ces similitudes ne montrent pas autre chose que l’unité de la doctrine qui est contenue dans toutes les traditions; il n’y a rien d’étonnant à ce que nous trouvions partout l’expression des mêmes vérités, mais précisément, pour ne pas s’en étonner, il faut d’abord savoir que ce sont des vérités, et non pas des fictions plus ou moins arbitraires. Là où il n’y a que des ressemblances d’ordre général, il n’y a pas lieu de conclure à une communication directe ; cette conclusion n’est justifiée que si les mêmes idées sont exprimées sous une forme identique, ce qui est le cas pour Mohyiddin et Dante. Il est certain que ce que nous trouvons chez Dante est en parfait accord avec les théories hindoues des mondes et des cycles cosmiques, mais sans pourtant être revêtu de la forme qui seule est proprement hindoue; et cet accord existe nécessairement chez tous ceux qui ont conscience des mêmes vérités, quelle que soit la façon dont ils en ont acquis la connaissance.

René Guénon, L'ésotérisme de Dante.

Télécharger gratuitement L'ésotérisme de Dante :

Thursday, May 23, 2013

Le troisième sexe en Inde





National Hijra Habba

New Delhi, le 2 Juin 2012, des membres des communautés transgenres et hijra de toute l'Inde ont rencontré des représentants du gouvernement, des organismes donateurs et de la société civile.

Cette consultation nationale a permis d'examiner les efforts visant à atteindre l'égalité pour les transsexuels et les hijras et attire l'attention sur les défis importants auxquels font face ces communautés. La journée comprenait des discours, des échanges d'expériences et des  spectacles. Des discussions approfondies ont eu lieu sur des questions comme les droits sociaux, le statut juridique, la violence, le VIH / sida, les vulnérabilités économiques et la féminisation.


Tritiya Prakriti

Les gens du troisième sexe (Tritiya Prakriti) sont de deux sortes ; selon qu'ils sont d'apparence féminine ou d'aspect masculin.

Le troisième sexe est aussi appelé neutre (Napunsaka). Ceux d'apparence féminine ont des seins, etc., ceux d'aspect masculin des moustaches, des poils sur le corps, etc. Le coït buccal qu'ils pratiquent l'un et l'autre fait partie de leur nature.

Les prostitués du troisième sexe sont appelés gitons (Hijra)...

Ces lignes sont extraites du Kâma Sûtra, le célèbre livre de Vâtsyâyana consacré à l'amour, la sexualité et au plaisir.

« Le puritanisme, la religiosité et le faux mysticisme qui sévissent dans l'Inde moderne n'existent pas dans la société décrite par Vâtsyâyana et ses prédécesseurs. […]

La première formulation du Kama Shâstra, les règles de l'amour, est attribuée à Nandi, le compagnon de Shiva.

C'est au VIIIe siècle av. J.-C. que Shvetaketu, fils d'Uddalaki, entreprit de résumer l'ouvrage de Nandi. Nous en connaissons la date car Uddalaka et Shvetaketu sont les protagonistes de la Brihat Arânyaka Upanishad et de la Chhandogya Upanishad qui sont généralement datées de cette époque et qui contiennent d'importants passages liés à la science érotique.

Un lettré appelé Babhru, avec ses fils ou disciples, appelés les Bâbhravya, ont repris, cette fois par écrit, dans un important ouvrage, l’œuvre trop vaste de Shvetaketu. Ils étaient originaires du Panchâla, une région située entre le Gange et la Yamuna, au sud de l'actuelle Delhi, mais résidaient probablement dans la cité de Pataliputra, le grand centre où régnait Chandragupta qui s'opposa à l'invasion d'Alexandre au IVe siècle av. J.-C. et qui fut le siège de l'empire d'Ashoka un siècle plus tard.

C'est entre le IIIe et le Ier siècle avant notre ère que divers auteurs reprennent chacun une partie de l’œuvre des Bâbhravya dans différents traités. Ces auteurs sont appelés Chârâyana, Suvarnanâbha, Ghotakamukha, Gonardîya, Gonikâputra et surtout Dattaka qui, avec l'aide d'une célèbre courtisane de Pataliputra, composa un ouvrage sur les courtisanes que Vâtsyâyana reproduit presque intégralement.

Le texte de Suvarnanâbha doit dater du Ier siècle av. J.-C. car il cite un roi de Kuntala (au sud de Pataliputra) nommé Shatakarni Shatavâhana qui régnait à cette époque et qui tua sa femme par accident, au cours de pratiques sadiques.

Par ailleurs, Yashodhara, au début de son commentaire, attribue l'origine de la science érotique à Mallanâga "le prophète des Asura" (les anciens dieux), c'est-à-dire à des âges préhistoriques. Nandi, le compagnon de Shiva, l'aurait donc transcrit pour l'humanité actuelle. L'attribution du prénom de Mallanâga à Vâtsyâyana provient éventuellement d'une confusion entre son rôle de rédacteur du Kâma Sûtra et le créateur mythique de la science érotique. »

Alain Daniélou, Kâma Sûtra.








Wednesday, May 22, 2013

Le cannabis




« Les Bonzes, les Derviches, les Fakirs, les Kalenders, les Sannyasis, les Santons, les Aïssaouas et quantité de personnes appartenant dans l'Inde à tous les rangs de la société, se procurent à volonté des extases, des crises extatiques et mille visions en absorbant des pilules d'Esrar, dans lesquelles il n'entre guère que du haschisch... »

Ernest Bosc



« Si l'homme savait se servir des plantes, écrit Ernest Bosc dans son Traité théorique et pratique du haschisch, il n'aurait pas besoin d'avoir recours aux médecins, ni aux remèdes minéraux sauf dans des cas exceptionnels.

La plante a des vertus spéciales, elle a une vie propre, que l'homme croit connaître et qu'il ne connaît pas. Pour le vulgaire, la vie de la plante n'est qu'une vie végétale, végétative pourrions-nous dire ; pour le Penseur, la plante a aussi une vie animale, et c'est celle-ci qui lui donne sa puissance, ses qualités curatives ; car de même que l'homme, la plante a une constitution septénaire, si on l'étudie à des points de vue divers; elle comporte en effet :

1° Une matière ou substance, une eau végétative, au moyen de laquelle se meuvent sept forces en action ; ce que Paracelse a dénommé les Derses ou exhalaisons de la terre et à l'aide desquelles croit la plante ;

2° Une forme en laquelle gît le principe actif végétatif ;

3° Une âme qui comporte, l'air sensitif, c'est-à-dire qui réunit la matière et la forme ; c'est le Clissus de Paracelse, la semence corporifiée (la force vitale, Prana des Hindous) ;

4° Une matière, qui renferme les germes de reproduction ;

5° Le corps astral de la plante : le mixte organisé, le Leffas de Paracelse. Celui-ci combiné avec la force vitale de la plante constitue l'Ens primum qui possède d'après le grand Alchimiste des vertus curatives très importantes; c'est ce même Leffas, qui est le sujet de la Palingénesie, qui consiste à faire revivre le fantôme de la plante, ou bien encore à faire revivre la plante (corps et âme) ou enfin à la créer avec des matériaux empruntés au règne minéral (aux cendres de la plante);

6° La physiologie de la plante qui s'exerce depuis ses radicelles les plus tenues et qui atteint jusqu'à sa tète son sommet ;

7° Une essence universelle qui lui fournit tous ses modes de transformation : accroissement, formation, putréfaction, coagulation, etc., etc. »

La pénalisation du cannabis profite aux réseaux criminels, empêche l'utilisation à bon escient de cette plante et favorise des abus que Bosc dénonçait en 1904 en ces termes :

« Il serait bien inutile, pensons-nous, d'essayer de cacher un fait de toute évidence : c'est que notre belle civilisation est en voie de complète décadence.

Bien des actes démontrent cette vérité, mais ce qui la prouve très clairement, c'est la foule de détraqués, de névrosés, de névropathes, qui recherche des plaisirs excentriques et des jouissances anormales, presque inconnues avant le temps présent.

Aussi nos dégoûtés de la vie, nos petits crevés et leurs charmantes crevettes devaient user et abuser des substances stupéfiantes ; c'était écrit, c'était fatal.

Ils devaient goûter à la coupe dangereuse des narcotiques, à ces narcotiques au goût âcre, à la saveur vireuse, afin de passer par des états de nervosisme tout à fait inconnus, tout à fait surnaturels. hyper-physiques.

De là l'usage et bientôt l'abus de la morphine, de l'éther, de l'eau de Cologne, du chloral, de la cocaïne et autres produits analogues fort nombreux dans notre Occident. Mais il semblait que ces névrosés ne devaient point connaître le haschisch et l'opium ; c'étaient là des produits orientaux presque inconnus chez nous il y a seulement vingt-cinq ou trente ans ; et aujourd'hui le nombre de personnes qui abusent de ces substances est très considérable.

Combien de brillantes intelligences ont sombré dans des maisons d'aliénés, rien que par l'abus de ces substances stupéfiantes, qui donnent à notre cerveau surexcitation et douce ivresse, mais arrivent insensiblement à paralyser cet organe !

Et ce ne sont pas ceux qui sont aux prises avec les difficultés de la vie qui usent de ces excitateurs psychiques pour oublier leurs maux, mais bien ceux qui, nés sous une bonne étoile, ont été gâtés par quelque bonne fée et n'ont jamais rien eu à désirer. C'est pour cela que, blasés en toute chose et sur toute chose, ces assoiffés de plaisir se sont crus malheureux parce qu'ils rêvaient encore et toujours davantage. Ces insatiables de bonheur, ces repus de fortune et de biens ont, dans leur imagination déréglée, cherché de plus grandes jouissances, et ils y sont arrivés en empruntant à l'Orient ses drogues si subtiles, mais si dangereuses, drogues qui donnent à l'homme des illusions si fécondes que, dès que le névropathe a goûté à ces plaisirs factices, il ne saurait jamais plus s'en passer.

De l'usage à l'abus, il n'y a guère qu'un tout petit pas, et c'est ce pas, que nous voudrions empêcher nos contemporains de franchir, si c'est... possible.

Nous ne voulons pas pour cela nous poser en moraliste et sermonner nos lecteurs ; oh ! Nullement ! Nous estimons, en effet, qu'il est impossible d'enrayer les violentes passions humaines. Nous laissons donc à l'homme la liberté d'user des stupéfiants, mais nous lui donnerons des recettes et des conseils pratiques pour lui permettre de satisfaire sa passion favorite, sans danger pour sa santé.

C'est là rendre un mauvais service, dira quelque censeur, et le procédé, ajoutera-t-il peut-être, sent quelque peu son Tartufe de vouloir « donner de l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur ».

Nous ne saurions trop protester contre une pareille affirmation, et nous espérons bien qu'un grand nombre de lecteurs nous saura gré de lui donner des conseils utiles pour empêcher de faire dériver un plaisir inoffensif en une passion dangereuse, malsaine et funeste.

Et puis, l'homme n'a pas été créé pour répéter à chaque instant : « Frère, il faut mourir ! » peut donc se permettre quelques plaisirs licites et parfois — un peu illicites : seulement il ne doit pas y goûter trop souvent, il ne doit pas en abuser. »

Ernest Bosc, Traité théorique et pratique du haschisch.

Monday, May 20, 2013

Vivre de lumière




Jakob Bosch, docteur en médecine et préfacier du livre de Michael Werner « Se nourrir de lumière », écrit :

« Avant même d'avoir atteint ses trente ans, Therese Neumann, née en 1898 à Konnersreuth en Allemagne du Sud, avait cessé de manger et de boire. Elle n'ingérait que « le huitième d'une petite hostie et chaque jour environ 3 ml d'eau [pour avaler l'hostie] » et renonça ainsi à la nourriture et aux liquides pendant 35 ans jusqu'à sa mort (en 1962). Comme en outre elle était stigmatisée, c'est-à-dire qu'elle portait sur son corps les plaies du Christ, elle fit bientôt sensation dans le public. »

A l'époque, le pouvoir se montra intraitable à l'égard des incrédules qui voyaient dans l'affaire de la stigmatisée de Konnersreuth une manipulation de l’Église. Le rédacteur de « l’Écho Rouge », journal communiste de Iéna, fit paraître un article intitulé : « Comment on trompe le peuple. » Il déclara que si on fait prendre des vessies pour des lanternes, c'est pour permettre à l’Église de faire une bonne affaire et de rétablir son crédit ébranlé. Cité, le 8 mai 1928, devant le tribunal des échevins d'Erfurt, et accusé d'avoir injurié l’Église catholique, il fut condamné à deux mois de prison. (Source : « Une stigmatisée : Thérèse Neumann », François Spirago, 1930.)

De nos jours, des gourous échafaudent des théories faussement spiritualistes et prétendument scientifiques qui séduisent les amateurs de pouvoirs paranormaux. Ainsi Michael Werner réduit le phénomène de l'inédie à ceci : « Au plan spirituel, cela résonne de manière très simple : ceux qui se nourrissent de lumière reçoivent leur nourriture directement de l'éther ».

La canalisation de l'éther (prana) sans réelle réalisation spirituelle doit nous inciter à la méfiance. En fait, il existe bien une méthode pour vivre sans manger. Mais sa mise en pratique exige l'acquisition d’un état contemplatif parfaitement stabilisé. Sans cette condition, le procédé des jeûneurs peut s’avérer inopérant et dangereux pour les plus obstinés. Quant aux personnes qui deviennent inédiques sans posséder cet état contemplatif, elles pourraient servir de canal aux seules énergies psychiques... de l'infra-monde, ajouterait René Guénon.

Le lama Bonpö Tsewang Rigzin enseignait l’art de se sustenter d’énergie subtile. Ses élèves apprenaient la technique respiratoire nommée « kumbhaka ». Mais par-dessus tout, ils maîtrisaient la contemplation de la nature de l’esprit. Contemplation que les adeptes de la Grande Perfection appellent « trekchö ». De plus, une préparation médicinale complétait l’ascèse. Sa forme la plus simple se limite à quelques grammes d’ARURA (Terminalia Chebula du genre des myrobolans), la panacée des tibétains. D’autres traditions tibétaines proposent des compositions médicinales complexes pour accompagner CHUNG LEN, l’ascèse alimentaire des yogis, des nangpa solitaires.

Attention, pour rester en bonne santé, il ne faut pas acheter des préparations médicinales portant la mention « Chung len » ! Les aigrefins ne reculent devant rien pour s’enrichir, leurs poudres de perlimpinpin sont souvent toxiques et coûtent beaucoup plus cher que l’ARURA naturel en vente sur les marchés villageois de l’Himalaya pour quelques centimes d'euro.

Jasmuheen, la prophétesse du respirianisme, ne commercialise pas la technique de chung len, mais son goût prononcé pour l’argent et le channelling devrait nous inciter à la prudence.



  

Saturday, May 18, 2013

Le secret de la fleur d'or




Le naturel s'appelle la Voie.
La Voie n'a ni nom ni forme :
C'est simplement l'essence,
Simplement l'esprit primordial.


Le Secret de la Fleur d'or est un manuel de méthodes de clarification de l'esprit à l'usage du profane, fondées sur des enseignements bouddhique et taoïste. Florilège des techniques « psycho-activatrices » présentées dans les anciens classiques de la spiritualité orientale, ce livre décrit un moyen naturel de libération mentale pratiqué en Chine pendant des siècles.

La méthode de la « fleur d'or » incorpore la quintessence du bouddhisme et du taoïsme. L'or signifie la lumière, la lumière de l'esprit ; la fleur symbolise l'épanouissement, le jaillissement de la lumière de l'esprit. Ainsi, le nom même de cette technique désigne l'éveil fondamental du vrai soi et de son potentiel caché.

Exprimé en termes taoïstes, le but essentiel de « la Voie » consiste à retrouver l'esprit originel et divin pour se réaliser en tant qu'être humain. Dans l'optique bouddhique, un être pleinement réalisé est conscient de l'esprit originel, ou vrai soi, tel qu'il se manifeste spontanément à l'état naturel, vierge de tout conditionnement.

Cet esprit originel s'appelle aussi « esprit céleste » ou esprit naturel. Mode de conscience plus subtil et plus direct que celui de la pensée ou de l'imagination, il est essentiel à l'épanouissement de l'esprit. Le Secret de la Fleur d'or vise donc à recouvrer et à raffiner l'esprit originel.

Si ce livre contient une série de techniques de méditation fort utiles, sa méthode clé est bien autre chose qu'un simple procédé méditatif. Il s'agit en effet d'un processus qui permet de parvenir à la source même du principe conscient, sans recourir à des idées ou à des images. L'exercice a pour but de libérer l'esprit des limitations arbitraires et inutiles que lui imposent ses réflexes habituels de fixation sur son propre contenu. Une fois libéré de cet auto-conditionnement, disent les taoïstes, l'homme pleinement conscient cesse d'être prisonnier de sa condition et devient un « partenaire de la création ».

L'expérience de l'épanouissement de la fleur d'or est comparé à la lumière qui emplit le ciel, le ciel de la conscience inconditionnée, autrement plus vaste que le domaine restreint des images, des pensées et des sentiments : un espace sans obstacle, qui contient tout sans jamais être rempli. On accède ainsi à une intarissable source d'intuition, de créativité et d'inspiration : une fois que l'on a appris à mobiliser ce pouvoir d'éveil mental, on peut constamment y faire appel et l'approfondir à l'infini.

La pratique essentielle de la fleur d'or ne requiert aucun équipement, aucune adhésion à un dogme philosophique ou religieux, aucun accessoire ou rituel particulier : elle se pratique au cœur même du quotidien. Elle est donc accessible à tout moment puisqu'elle dépend de l'esprit même, bien que n'impliquant pas la mise en œuvre de pensées ou d'images mentales. Sa seule difficulté réside dans le fait qu'elle utilise l'attention d'une manière inhabituelle pour un esprit qui a coutume de fonctionner selon le mode discursif de la pensée ou de l'imagination.

La singularité du Secret de la Fleur d'or vient de ce que ce livre offre une méthode directe de réalisation de soi, accessible à tout un chacun. L'ouvrage fut écrit il y a plus de deux cents ans au cours d'une période de crise suscitant une grande renaissance de cet ancien enseignement qui, depuis lors, est périodiquement revenu au goût du jour dans les moments difficiles, du fait de la rapidité avec laquelle cette méthode permet d'accéder aux ressources cachées de l'esprit. [...]

Ayant consacré un bon nombre d'années à l'étude du bouddhisme chan, précurseur chinois du zen, j'ai apprécié le chan classique parce qu'il s'intéressait directement à l'essence de l'esprit, sans s'embarrasser de dogmes ou d'additions culturelles.

Cette simplicité de la démarche des classiques chan repose sur un procédé particulièrement intéressant, à savoir qu'ils condensent les enseignements des diverses écritures et écoles bouddhiques sous forme d'histoires symboliques, illustrant l'état naturel de l'esprit. Nombre de ces histoires ont directement trait au retournement de la lumière et, étant donné mon cheminement personnel, ce sont surtout celles-là qui ont retenu mon attention. Cependant, certaines sont complexes et difficiles puisqu'elles traitent de l'intégration créatrice de l'esprit de la fleur d'or à la vie du monde ordinaire. Elles nécessitent donc un travail mental au quotidien, et il m'a fallu bien plus longtemps pour commencer à en pénétrer le sens. J'ai finalement appris à pratiquer le retournement de la lumière selon les méthodes de toutes les grandes écoles du bouddhisme. Initialement, les moyens d'éveil de la conscience qu'enseignent le chan et le bouddhisme des Terres Pures eurent un très profond effet sur moi, mais j'ai eu par la suite l'occasion de constater que les techniques des différentes écoles avaient chacune leurs avantages propres. J'ai donc continué à pratiquer en appliquant chaque fois la méthode qui me semblait la plus appropriée à mes besoins du moment, ou la plus susceptible de raviver une inspiration fléchissante.

J'ai parallèlement étudié les divers systèmes mis au point par les écoles bouddhiques pour aider les pratiquants à expérimenter la conscience de la fleur d'or de manière fructueuse. Ce qui a contribué à éclaircir aussi bien les aspects pratiques que théoriques de la question, à savoir mon vécu quotidien et les résultats de mes recherches sur l'esprit, tel qu'il est conçu par la littérature orientale ancienne. C'est au cours de ces études que les circonstances m'ont mis en contact avec le taoïsme. Dans les années suivant ma première rencontre avec le bouddhisme, je m'étais également penché sur d'autres grandes traditions de l'Asie, telles que l'hindouisme, le confucianisme, le taoïsme et le soufisme. J'avais aussi lu la Bible, le Coran et les écrits des traditions mystiques du judaïsme et du christianisme. À la faveur de toutes ces recherches, j'en vins à constater que la méthode du retournement de la lumière m'avait ouvert les yeux sur l'existence d'une dimension insoupçonnée dans la littérature des autres religions. Grâce à l'apprentissage de cette technique, une appréciation neuve de la dynamique mentale du fait religieux s'imposait à moi spontanément, au-delà de toute distinction culturelle ou dogmatique. [...]

Si l'on écarte les déviations cultistes, scolastiques et culturelles, j'estime que le chan dans sa forme essentielle est sans doute un des éléments de l'enseignement de la fleur d'or — voire du bouddhisme en général — qui peut être le plus utile au monde occidental contemporain. Outre les techniques « psycho-activatrices » qu'il utilise, le chan propose en effet des structures psychologiques et intellectuelles qui forment d'excellents outils d'analyse, permettant à l'esprit de distinguer la logique interne des choses. Naturellement, la valeur pratique de ces méthodes dépend de l'efficacité avec laquelle elles sont mises en œuvre — telle la pratique selon Le Secret de la Fleur d'or, par exemple.

La théorie et la pratique de la méthode de la fleur d'or ont leur équivalent dans les traditions grecque et chrétienne, mais je pense qu'on peut plus facilement les analyser en termes de psychologie profane si l'on ne s'encombre pas d'une abondance de concepts philosophiques et religieux et que l'on se base sur les procédés chan, parfaitement compréhensibles et utilisables sans aucune connaissance préalable de la culture chinoise.

Le Secret de la Fleur d'or représente une façon d'arriver à la plénitude de l'énergie à travers la plénitude de l'esprit. L'enseignement se qualifie du reste lui-même de « transmission spéciale en dehors de la doctrine », fondée sur la perception directe de l'essence de l'esprit et la réappropriation de son potentiel inhérent. C'est en fait le signe distinctif du chan qu'on appelle parfois l'école de l'esprit éveillé.

À des fins pratiques, l'enseignement de la fleur d'or établit une distinction entre « l'esprit originel » et « l'esprit conscient ». L'esprit originel représente l'essence même de l'esprit, sans forme particulière, inconditionnée, transcendant la culture et l'histoire. L'esprit conscient correspond à l'ensemble des données mentales, des sentiments, pensées et attitudes conditionnés par l'histoire personnelle et culturelle de chacun, et emprisonnés dans des formes spécifiques imposées par l'habitude. Ces termes s'emploient aussi bien dans la tradition chan que taoïste.

L'intuition appartient à l'esprit originel, l'intellect à l'esprit conscient. L'essence du taoïsme consiste à raffiner l'esprit conscient pour le « réunir » à l'esprit originel. Le bouddhisme chan appelle aussi l'esprit originel primordial « l'hôte » ou « le maître », l'esprit conscient conditionné étant « l'invité » ou « le serviteur ». L'ignorance causée par soi-même apparaît quand le serviteur prend la place du maître, l'éveil par soi-même se produisant lorsque le maître retrouve son autonomie, au « centre ».

Cette notion de deux esprits ou de deux aspects de l'esprit se trouve déjà dans le vieux classique taoïste, le Tao Té Ching : « Usant du brillant rayonnement, vous retournez à la lumière, sans rien laisser qui puisse vous nuire. C'est ce qu'on appelle "entrer dans l'éternel". » On a là l'image du rapport idéal entre l'esprit originel, source du pouvoir, et l'esprit conscient, fonctionnaire subalterne. Une fois devenu clair, l'esprit conscient fonctionne de manière appropriée à la situation considérée, sans usurper l'autorité de l'esprit originel. Ce dernier demeure accessible, réserve d'intelligence lucide et vigilante à laquelle l'esprit conscient retourne, sans fixation nuisible sur lui-même ou sur ses objets.

Ainsi, l'intellect peut fonctionner efficacement dans le monde sans que cette activité de la conscience entrave l'accès à une connaissance spontanée et plus profonde, grâce à l'intuition directe d'une faculté plus subtile.

On appelle « renversement » ou « retournement de la lumière » l'opération qui consiste à passer de l'esprit limité, qui est celui de la conscience conditionnée, à l'esprit libéré, qui est celui de l'esprit primordial. Dans Le Secret de la Fleur d'or, ces termes correspondent au rétablissement d'un contact direct avec l'essence et la source de l'esprit. Ce contact direct permet d'accéder à la connaissance spontanée et de se libérer du joug des pensées et des sentiments conditionnés, alors même qu'ils surgissent. Pour citer le Tao Té Ching : on peut être « créatif sans possessivité ».

Dans le taoïsme comme dans le bouddhisme, le « retournement de la lumière » signifie détourner l'attention de la fascination que lui inspirent les objets pour la diriger sur l'essence ou source de l'esprit. Cet exercice sert à clarifier la conscience et à libérer l'attention. De nombreux taoïstes qui avaient de fortes affinités avec le bouddhisme chan firent un grand usage de cet exercice du retournement de la lumière qui, bien que commun à toutes les écoles bouddhistes, est particulièrement important dans le chan. Le Secret de la Fleur d'or représente l'une des méthodes les plus radicales pour atteindre l'éveil par des moyens spirituels, et le texte est pratiquement entièrement consacré à la présentation des subtils détails de cette simple pratique du retournement de la lumière.

On trouve dans de nombreuses sources chan, zen ou taoïstes, la description des différentes techniques et « trucs » qui permettent d'induire, de développer et d'intégrer l'expérience menant à l'épanouissement de la fleur d'or. Le principe fondamental et la base même de la pratique sont exposés en termes simples dans les enseignements de Dahui (Ta-hui), célèbre maître chan du XIIe siècle : « Le bien et le mal viennent de votre propre esprit. Mais, qu'appelez-vous votre esprit, en dehors de vos actes et de vos pensées ? Et d'où vient votre esprit ? Si vraiment vous savez d'où vient votre esprit, une infinité d'obstacles créés par vos propres actes disparaîtront aussitôt. Ensuite, toutes sortes de possibilités extraordinaires s'offriront à vous, sans même que vous les cherchiez. »

Il y a quantité d'histoires chan qui parlent des différentes façons d'accéder à l'exercice de la fleur d'or. Certaines sont très simples et peuvent resservir indéfiniment.

Un disciple interrogea un maître : « Qu'est-ce que le Bouddha ?
Le maître répondit : « Cet esprit est bouddha. »

Un disciple interrogea un maître : « Que doit-on faire quand sans cesse apparaissent et disparaissent [les pensées] ? »
Le maître répondit : « Tttt ! À qui appartient ce qui apparaît et disparaît ainsi ? »

Un maître demanda un jour à un disciple « D'où viens-tu ? »
Le disciple répondit qu'il venait de tel et tel endroit. Le maître s'enquit alors : « Y penses-tu ? »
Le disciple répondit que oui, souvent.
Le maître dit alors : « Celui qui pense est l'esprit ; l'environnement est ce à quoi il pense. Cet environnement comprend des montagnes, des rivières, des terres, des maisons, des gens, des animaux et ainsi de suite. Maintenant, retourne ta pensée pour penser à l'esprit qui pense : s'y trouve-t-il autant de choses ? »

Ces procédés chan illustrent quelques-unes des manières de gérer l'attention dans le but d'induire l'expérience de la fleur d'or. Cette technique mentale serait peut-être applicable à la théorie et à la pratique de la pychothérapie, du fait qu'elle représente une compréhension transcendante de soi, une méthode d'expérience du soi au-delà des distorsions de la personnalité, et une concentration sur la source vive de l'autonomie et de la maîtrise de soi.

L'enseignement de la fleur d'or offre au thérapeute des techniques de développement d'une plus profonde perception intérieure et d'une meilleure prise de conscience du potentiel humain, ainsi qu'un moyen d'entrer en contact avec le patient à un niveau mental qui ne soit pas pollué par les afflictions psychiques. Le patient, quant à lui, peut y trouver un moyen autonome de connaissance de soi, au-delà du domaine conditionné de la personnalité, des jugements et des opinions.

Correctement utilisée dans le contexte de la vie contemporaine, et non comme une sorte de culte exotique mal digéré, la pratique de la méditation de la fleur d'or a le pouvoir de dissiper l'influence des compulsions névrotiques. Pourvu qu'elle soit bien comprise et pratiquée...

Thomas Cleary, Le secret de la fleur d'or.


Mise en garde :

Le secret de la fleur d’or est connu de cerains new-agers qui souhaitent créer l'embryon de lumière. Seulement, c’est la déplorable traduction de Wilhelm qui s’est répandue parce que Carl Gustav Jung lui consacra une étude intitulée : " Commentaire sur le mystère de la Fleur d’or ". Jung disposait de la piètre traduction du traité chinois réalisée par le missionnaire protestant Richard Wilhelm.

Les erreurs de Wilhelm et de Jung inversent le sens du traité. L’inversion caractérise le nouvel âge et la contre-initiation.

Le jésuite, Etienne PERROT, professeur à la faculté des sciences sociales et économiques de l'institut catholique de Paris, a fait connaître au public francophone les textes tronqués de Wilhelm et de Jung, accélérant ainsi la confusion.

L’orientaliste Thomas Cleary s’efforce de corriger les égarements de Wilhelm, "décidément enclin à voir dans ce texte toutes sortes d’idées bizarres et de superstitions qui ne s’y trouvent pas ", écrit Cleary".






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L'édition française du livre, Le secret de la fleur d'or, est épuisée.

Friday, May 17, 2013

Extraordinaire Kundalini ou énergie intérieure incolore ?



A New York, des universitaires rencontrèrent le philosophe védantin Jean Klein. L'un d'eux lui posa cette question :

J'ai relu Krishnamurti, que je considérais comme un psychologue très intéressant, attentif d'une manière permanente aux pièges de l'esprit. C'est admirable, mais cela ne mène en fin de compte nulle part. Il précise nettement dans le recueil de Saanen 63 qu'il est impossible d'atteindre la réalisation sans la prise de conscience d'une énergie intérieure extraordinaire. Il est dans ce sens, me semble-t-il, un peu tantrique. Pourriez-vous nous indiquer ce qu'est cette énergie dont nous devons prendre conscience ?

Réponse de Jean Klein :

Si l'on veut employer le mot énergie, nous devons désigner par ce terme l'énergie qui, en nous, est absolument incolore. Il n'y en a qu'une. Cette unique énergie, animée par le désir de trouver l'ultime vérité, est par erreur dirigée vers un monde objectif. Quand on réalise que cette erreur précisément consiste à surimposer à l'objet des qualifications qu'il n'a pas et que, même s'il lui arrive d'être un véhicule, il pointe seulement vers la conscience, sans effort et par l'effet de cette seule compréhension, l'énergie se dirige immédiatement vers quelque chose de totalement inconnu auparavant. Elle se dirige vers l'inconnu, puisque nous ne pouvons objectiver la réalité. Ce genre de question m'est souvent posé, et vous savez par analyse et par le discernement que notre véritable nature ne se situe pas dans un monde objectif en perpétuel changement, en continuelle transformation et qui, de surcroît, est un objet perçu. Si vous vous souvenez de votre enfance ou de votre adolescence, c'est que Celui qui connaissait ces différents états est toujours présent et identique à lui-même. Par conséquent, lorsqu'on réalise que ce que l'on cherche est le suprême sujet, toute l'énergie se trouve canalisée vers le Soi qui est un état de repos.

Nous avons alors entièrement lâché prise, ou si vous voulez une expression plus adéquate, l'objet nous a lâchés. C'est à ce moment que l'expérience se produit.

L'ultime réalité.


La Joie Sans Objet 
L'ultime réalité 
Sois ce que tu es 
suivi d'Entretiens Inédits 

Jean Klein (1912-1998) est un des plus grands maîtres spirituels du XXe siècle. Son enseignement, inspiré par la tradition indienne de l'Advaita-Vedânta, a largement contribué à ouvrir la sensibilité occidentale à la non-dualité et à l'éveil.

On ne saurait classer dans aucune catégorie en vigueur ces livres d'entretiens avec Jean Klein. La vision de l'être humain qui se fait jour à travers ses paroles provient d'une évidence : nous ne sommes que Conscience, qu'inaltérable Eveil. Nous sommes le Témoin de l'incessant mouvement des choses de ce monde, Témoin qui est soustrait au devenir, qui est étranger à l'Espace et au Temps, et qui ne connaît ni naissance ni mort. Il ne s'agit là nullement d'une croyance ou d'une foi mais d'une expérience, d'un vécu qui dépasse toute spéculation intellectuelle et qui nous reconduit à la liberté inconditionnée et à la joie pure de l'être.

Cet ouvrage est la réédition de trois livres d'entretiens de Jean Klein, depuis longtemps épuisés, augmentés de précieux dialogues inédits. Les mots de Jean Klein ont le pouvoir rare de nous éveiller à notre propre silence intérieur et à la lumière non-duelle de la conscience.


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