Monday, December 31, 2012

Le songe du paysan





Il y a dans le monde un désordre impensable, et l'extraordinaire est qu'à leur ordinaire les hommes aient recherché sous l'apparence du désordre, un ordre mystérieux, qui leur est si naturel, qui n'exprime qu'un désir qui est en eux, un ordre qu'ils n'ont pas plus tôt introduit dans les choses qu'on les voit s'émerveiller de cet ordre, et impliquer cet ordre à une idée, et expliquer cet ordre par une idée. C'est ainsi que tout leur est providence, et qu'ils rendent compte d'un phénomène qui n'est témoin que de leur réalité, qui est le rapport qu'ils établissent entre eux et par exemple la germination du peuplier, par une hypothèse qui les satisfasse, puis admirent un principe, divin qui donna la légèreté du coton à une semence qu'il fallait à d'innombrables fins propager par la voie de l'air en quantité suffisante.

L'esprit de l'homme ne supporte pas le désordre parce qu'il ne peut le penser, je veux dire qu'il ne peut le penser premièrement. Que chaque idée ne se lève que là où est conçu son contraire est une vérité qui souffre de l'absence d'examen. Le désordre n'est pensé que par rapport à l'ordre, et, dans la suite, l'ordre n'est pensé que par rapport au désordre. Mais dans la suite seulement. La forme du mot lui-même l'impose. Et ce que l'on entend, donnant à l'ordre un caractère divin, c'est le passage qui ne peut, en conséquence, exister pour le désordre, de sa conception abstraite à sa valeur concrète. La notion de l'ordre n'est point compensée par la notion inexpugnable du désordre. D'où l'explication divine.

L'homme y tient. Pourtant il n'y a point de différence entre une idée et une autre idée. Toute idée est susceptible de passer de l'abstrait au concret, d'atteindre son développement le plus particulier, et de ne plus être cette noix vide, dont les esprits vulgaires se contentent. Il m'est loisible de ne pas m'en tenir à ce que j'ai avancé, par la suite nécessaire, par la marche logique de ma pensée. Il m'apparaît que pour l'esprit qui n'obscurcit pas son apercevoir idéal par un incessant report, un contrôle continuel de chaque moment de sa pensée par la comparaison de ce moment avec tous les moments qui le précèdent (et quelle est cette préférence donnée au passé sur l'avenir, son fondement ?) que pour l'esprit qui conçoit la différence de ces mots comme un pur rapport syntaxique, qui conçoit par suite la coexistence dans un vase clos de plusieurs gaz distincts, occupant chacun tout le volume qui est offert à tous, le désordre est susceptible de passer à l'état concret.

Il est clair que ceci n'est pas un simple sentiment, et que tout aussi bien ordre et désordre n'ont été pris comme les termes de cette dialectique que dans. l'intention où je suis de montrer accessoirement, en même temps que je donne un exemple de cette dialectique, par quelle démarche vulgaire les hommes ont pu concevoir une explication divine de l'univers, qui répugne à toute philosophie véritable. Je songe avant tout au procès de l'esprit. Il n'y a vraiment d'impensable que l'idée de limite absolue. Il est de la définition de l'esprit de n'avoir pas d'autre limite. Et si le désordre est impensable, j'entends s'il était concrètement impensable, le concret du désordre serait la limite absolue de l'esprit. Singulière image de ce que plusieurs ont nommé Dieu. Je ne vois, pas comment elle serait conciliable avec aucun des systèmes d'opinions qui leur tiennent lieu de connaissance. Et si j'ai primitivement avancé dans une première figure de ma réflexion que le désordre était impensable, c'est que cette première figure était celle de la connaissance vulgaire par laquelle me viennent tout d'abord toutes mes intuitions.

L'idée de Dieu, au moins ce qui l'introduit dans la dialectique, n'est que le signe de la paresse de l'esprit. Comme elle se levait pour arrêter toute véritable dialectique au premier pas, au second elle réapparaît par un détour semblable, et l'on voit qu'il est facile de diviniser l'ordre après le désordre, ou dans le cours du développement de ces notions de les réunir en Dieu. C'est à ce stade que l'idéalisme transcendantal s'est arrêté, et certes donnait-il à l'idée de Dieu une place plus satisfaisante pour l'esprit que celles qu'on lui assigna précédemment. Mais, dans l'instant que je reconnais dans l'idée même du médiateur absolu la même lâcheté, la même fatigue de l'esprit qui m'était montrée dans les théologies par les idéalistes, je porte contre eux, l'esprit porte contre eux, la condamnation qu'ils ont prononcée contre celles-ci. C'est à examiner sous ses trois formes, à trois étapes de l'esprit, l'apparition de l'idée de Dieu, que je reconnais le mécanisme de cette apparition, que je peux prévoir que je suis susceptible de succomber à cette idée, que je peux par avarice me condamner dans la mesure où cette défaillance m'apparaît en moi-même, sa virtualité. Et que je généralise les propriétés de cette idée, par le mécanisme même, toujours même, que j'aperçois dans son apparaître. L'idée de Dieu [une note d'Aragon précise : Idée dégoûtante et vulgaire] est un mécanisme psychologique. Ce ne saurait en aucun cas être un principe métaphysique. Elle mesure une incapacité de l'esprit, elle ne saurait être le principe de son efficience.

De là à conclure à l'impossibilité de la métaphysique il n'y a qu'un pas pour un esprit vulgaire. Voilà ce qui fait qu'une intuition de ce point de la réflexion, qui vient parfois aux hommes sans la conscience des étapes intermédiaires qui m'y portent, les a souvent entraînés à ce jugement de l'impossibilité de la métaphysique. C'est que pour eux Dieu est l'objet de la métaphysique. Si l'on ne peut, soutiennent-ils avec une apparence de bonheur, atteindre par la métaphysique à l'idée dont elle fait son objet, c'est que l'esprit doit se l'interdire. Erreur dont l'ingénuité a connu une incroyable fortune. Outre qu'elle liait la métaphysique à un objet qui lui est étranger, elle se réclamait d'un pragmatisme inconscient qui ferait sourire. Il se trouve que les hommes ont pendant près d'un siècle accepté comme seule raisonnable cette idée qui constitue un véritable suicide de l'esprit. Tout raisonnement bâti sur le même modèle, mais qui n'aurait pas l'esprit seul pour matière paraîtrait monstrueux, indigne, et ferait traiter de fou celui qui reproduirait la démarche habituelle du positivisme. Celui-ci n'est point un sophisme nouveau. Les idéalistes l'avaient rencontré en leur temps, l'avaient vaincu pour eux-mêmes. Un simple détour, cette fausse modestie du roseau pensant qui semble toujours du meilleur aloi, suffisait à ramener dans toute sa force une difficulté déjà résolue. Toute la philosophie moderne, et celle-là même qui s'est opposée au positivisme, en a été atteinte et viciée. Un esprit philosophique n'a d'autre recours que de la ranger parmi les formes les plus grossières de l'erreur, les syllogismes condamnés par la philosophie aristotélicienne, et à ne plus s'en préoccuper.

Si le problème de la divinité n'est pas comme on l'a à tout hasard avancé l'objet de la métaphysique, si la métaphysique elle-même n'est pas une impossibilité logique, quel est donc l'objet de la métaphysique ? Les idéalistes avaient aperçu que la métaphysique n'est pas l'aboutissement de la philosophie, mais son fondement, et qu'elle n'était point distincte de la logique. Il y a, dans ce second point, une acceptation de synonymie, qui est inacceptable. Si la logique est la science des lois de la connaissance, et si ces lois sont incompréhensibles en dehors de la métaphysique, à quoi je souscris, il ne s'en suit pas que ces lois soient la métaphysique, mais évidemment que la métaphysique étant la science de l'objet de la connaissance ce n'est qu'en elle que la logique s'exerce et développe ses lois. Je me ferai mieux entendre en disant que la logique a pour objet la connaissance abstraite, et la métaphysique la connaissance concrète. Il s'en suit, pour parler le langage de l'idéalisme et démêler les voies de l'erreur dans ce système, qu'il ne saurait y avoir de logique de la notion ni de métaphysique de l'être. Que seules ces conceptions, filles des erreurs mêmes que les idéalistes combattaient, ont entraîné Hegel à cette construction qu'il nomme La Science de l'Essence, qui est un intermédiaire inutile, qui lui permet de passer de la logique à la métaphysique, alors qu'il les a primitivement mêlées. Il suffisait de maintenir leurs individualités.

La logique est la science de l'être, la métaphysique la science de la notion. Si nous pouvions accéder directement à la conception métaphysique, la logique ne serait aucunement nécessaire à notre esprit. La logique n'est qu'un moyen de nous élever à la métaphysique. Elle ne doit pas l'oublier. Dès qu'elle cesse d'avoir cette valeur, dès qu'elle s'exerce à vide, elle perd toute valeur. C'est par la voie logique que nous accédons à la métaphysique, mais la métaphysique enveloppe à la fois la logique, et reste distincte d'elle.

La notion, ou connaissance du concret, est donc l'objet de la métaphysique. C'est à l'apercevoir du concret que tend le mouvement de l'esprit. On ne peut imaginer un esprit dont la fin ne soit pas la métaphysique. Fût-il le plus vulgaire, et tout obscurci par le sentiment de l'opinion. C'est à quoi l'esprit tend, et peu importe qu'il atteigne ce qu'il ne sait pas qu'il cherche. Une philosophie ne saurait réussir. C'est à la grandeur de son objet qu'elle emprunte sa propre grandeur, elle la conserve dans l'échec. Aussi dans l'instant que je constate celui de l'idéalisme transcendantal, je salue cette entreprise, la plus haute que l'homme ait rêvée, comme une étape nécessaire de l'esprit. Dans sa marche vers le concret qu'il ne s'embarrasse pas pourtant de l'assentiment passager donné à un système. Il n'y a pas de repos pour Sisyphe, mais sa pierre ne retombe pas, elle monte, et ne doit cesser de monter.

Louis Aragon, « Le paysan de Paris ».

Lundi 31 décembre 2012, France Inter rediffuse l'émission du 21 novembre 2012 consacrée à Aragon :



Le paysan de Paris

Ce livre est né d'un sentiment inédit du paysage parisien. Comme un paysan ouvrant à tout de grands yeux, le poète nous apprend à voir d'un regard neuf les passages, les boutiques des coiffeurs à bustes de cire, les bains, les immeubles les plus ordinaires, les affiches, les extraits de journaux, semblables aux collages des peintres. Deux morceaux célèbres du livre, Le Passage de l'Opéra et Le Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont donnent l'éveil à «la lumière moderne de l'insolite».

Deux autres textes essentiels du Paysan de Paris : Préface à une mythologie moderne et Le Songe du paysan, en sont à la fois l'introduction et la conclusion, le point de départ et le point d'arrivée d'une pensée prise dans sa variation.


Né à Paris le 3 octobre 1897, Aragon rencontre Breton et Soupault avec qui il fonde la revue Littérature en 1919. Il adhère au parti communiste en 1930, préside avec Jean Paulhan et Elsa Triolet à la fondation du Comité National des Écrivains et avec Jacques Decour à celle des Lettres françaises. Il meurt à Paris le 24 décembre 1982.


Sunday, December 30, 2012

La Synarchie & le groupe des Polaires






Yann Moncomble est l'auteur du livre "Du viol des foules à la Synarchie ou le complot permanent". Il est catégorique : « Bien que beaucoup — intentionnellement ou non clament partout que la synarchie n’est qu’un « mythe » ou une « fable », nous n’hésitons pas à affirmer le contraire et nous démontrons que la synarchie, doublée du viol psychique des foules par la propagande politique, est toujours là, tapie dans l’ombre et bien plus puissante que jamais. » [...] 


Qu’est-ce que la synarchie ? le pétrole, l’acier, les grandes industries, les compagnies maritimes, les assurances, les organisations internationales, etc., et, surtout, la banque qui règne en maîtresse absolue sur tout le reste. Par ce biais, elle contrôle le pouvoir économique et, comme il va de soi, les gouvernements. A ce titre, l’on peut — sans craindre de se tromper — dire que la tête de la synarchie — ou Haute Finance — est constituée par les banques Rothschild, Lazard & Co., Rockefeller, Morgan, Worms, Kuhn & Loeb, Paris et des Pays-Bas et autres grandes banques internationales liées aux sociétés secrètes de B’nai B’rith, Rose-Croix, Pilgrims... [...] 


Les Polaires 

Au début de l’année 1930 paraissait un curieux ouvrage intitulé "Asia Mysteriosa. L’Oracle de force astrale comme moyen de communication avec les Petites Lumières d’Orient". Ce livre était signé d’un certain Zam Bhotiva, pseudonyme de Cesare Accomani ; il était précédé d’une préface de Ferdinand Divoire et d’études par Maurice Magre et Jean Marquès-Rivière. Quand les Allemands arrivèrent à Paris, ils se précipitèrent chez Dorbon-Ainé, l’éditeur, prirent le marbre et les exemplaires encore disponibles et les détruisirent. Que pouvait avoir de si important cet ouvrage pour qu’un service spécial se donne tant de mal pour le faire disparaître ?

Dans ce livre, tout un chapitre est consacré aux Polaires. On y lit en effet :
« Le '' Groupe des Polaires'' sera donc sous la haute protection de l'Étincelle d’un Sage Rose-Croix et, comme l’indique un article du statut ésotérique, son Commandant Suprême sera ''Celui qui Attend'', l’envoyé de l’''Asia Mysteriosa'' . Le rêve de l’Illuminé, de Saint Yves d’Alveydre commence à se réaliser..."

Ce chapitre se terminait ainsi :

« Les '' Polaires'' , en effet, n’auront pas à obéir à des hommes ordinaires, mais à des Initiés qui, libérés de l’étreinte mortelle des instincts et des basses passions humaines, auront le pouvoir de mener à bien cette tâche redoutable. Un rayon de l’Agartha, de l’Asia Mysteriosa, illuminera ainsi cet effort surhumain vers la Fraternité Universelle, vers la Lumière... »

Plusieurs constatations s’imposent :

1) Jeanne Canudo et Vivien du Mas, qui passent tous deux pour être les véritables auteurs du Pacte Synarchique d’Empire, étaient membres des Polaires.

2) Saint Yves d’Alveydre consacrait, dans Mission de l’Inde en Europe. Mission de l’Europe en Asie, tout un chapitre à l’Organisation de l’Agartha, et disait que c’était aux scientifiques d’assurer le service de l’enseignement et de la police intérieure. La similitude entre le Mouvement Synarchique d'Empire et les idées de Tchakhotine (auteur du livre "Le Viol des foules par la propagande politique") est frappante.

3) Christopher Mc Intosh écrit dans "La Rose-Croix dévoilée" : « L’Ordre de Peladan prit fin avec sa mort en 1918, mais l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix survécut à celle de Guaita, en 1897, et eut des ramifications importantes au XXe siècle. Il semble qu’il fut repris par Joanny Bricaud (ancien Grand Maître de l’Ordre Martiniste), connu pour ses livres d’érudition sur l’histoire de l’occultisme et puis, en 1932, par Constant Chevillon qui fut fusillé par la Gestapo en 1944. ». Rappelons que c’est chez Chevillon que l’on trouva le Pacte Synarchique d’Empire.

4) Qui sont les « auteurs » d’Asia Mysteriosa ?

Jean Marquès-Rivière, orientaliste et occultiste, fut reçu maçon à la Grande Loge de France vers 1925. Il étudia le bouddhisme en liaison avec la Société Théosophique et fut rédacteur au Lotus Bleu et au Voile d’Isis. En 1931, il démissionne de la franc-maçonnerie et écrit "La Trahison spirituelle de la franc-maçonnerie", puis collabore à La France Catholique. A partir de 1940, il devient l’un des dirigeants du Service des sociétés secrètes et il est, avec Robert Valery-Radot, rédacteur en chef de la revue Les Documents Maçonniques que dirigeait Bernard Fay.

« Ayant eu l’imprudence de pratiquer des rites tantriques, le malheureux Marquès- Rivière se trouva en butte à des phénomènes d’obsession dont seul un exorcisme pratiqué par le Révérend Père de Tonquédec put le débarrasser. » (Lectures Françaises, n° 299, mars 1982.) Cette étrange histoire est racontée dans l’ouvrage "Ésotérisme et christianisme autour de René Guénon", de M. J. James (1981, pp. 308-309). Ajoutons que si l’on en croit l’historien franc-maçon Serge Hutin, les résistants qui perquisitionnèrent en 1944 au domicile de Marquès-Rivière y découvrirent un laboratoire secret de magie tantrique ("Gouvernants invisibles et sociétés secrètes", Ed. J’ai lu, 1971, p. 78) et que, d’autre part, Marqués-Rivière aurait appartenu au Mouvement Synarchique d'Empire ; toutefois, il est juste de faire observer que S. Hutin (membre de l’A.M.O.R.C.) ne fournit aucune référence pour étayer ses affirmations.

D’un autre côté, tous les articles concernant la synarchie publiés dans Les Documents Maçonniques étaient signés de Marques-Rivière et étaient particulièrement anodins. Dans le bulletin n° 8 de 1981 de la Société Auguste Barruel, on lit sous la plume de M. F. M. d’A... :

« Le cas de Marquès-Rivière est complexe et ne doit pas être apprécié trop rapidement car, par bien des côtés, il rappelle celui de René Guénon. L’un comme l’autre sont des tenants des doctrines orientales et le sont toujours restés.

Si l’un comme l’autre, bien qu’avec des différences, '' ont fait leur crise'' contre la franc-maçonnerie et les organismes adjacents, il ne faut pas perdre de vue dans quelles conditions cela s’est produit : la franc-maçonnerie était alors en pleine phase rationaliste et politique, voire ''politicienne et combinarde'' , et les éléments qui voulaient la ramener au spiritualisme antichrétien (gnostique) avaient beaucoup de mal à se faire entendre.

Il rejoignit finalement l’Orient et, depuis de longues années, il est moine bouddhiste dans l’île de Ceylan. » Cette dernière information a peut-être été vraie, mais d’après de récents renseignements, il résiderait actuellement à Madrid
[Jean Marquès-Rivière (1903-2000) s'était en effet réfugié en Espagne].

Maurice Magre, connu comme le vulgarisateur du bouddhisme, était un partisan fervent du catharisme, phénomène religieux auquel il consacra deux ouvrages marquants : "Le Sang de Toulouse" et "Le Trésor des Albigeois". Dans ce dernier ouvrage, paru en 1938, apparaît sous sa plume la glorification de la svastika. Il écrit :

« Et cette pierre-là, demandai-je encore, qui est taillée comme les bornes indicatrices que l’on voit à la croisée des chemins, que veut-elle dire ?

« Je montrai une pierre qui avait sur un des côtés deux lignes brisées en trois parties et formant une sorte de roue. Elle était semblable à celle qui m’avait intrigué dans la forêt des Cabrioules.

« Elle indique bien un chemin à suivre, mais c’est un chemin qui ne va vers aucune direction connue. Ce signe fut gravée autrefois un peu partout par des hommes qui venaient d’Orient. Il suffisait à résumer une immense sagesse. Mais le sens de cette écriture est perdu. Le Saint Graal est une parole vivante du même langage. »

Dans la préface de son livre "La Croisade contre le Graal", le très mystérieux Otto Rahn, vraisemblablement un éminent initié de la SS ésotérique, se flatte d’être l’ami de Maurice Magre.

Et dans "La Cour de Lucifer, les Cathares Gardiens du Graal" d’Otto Rahn, René Nelli écrit dans son « avertissement du traducteur » :

« Il est possible que le premier initiateur de Rahn à cette sorte d’ésotérisme occitanien ait été Maurice Magre. Son nom figure dans la bibliographie de "La Croisade contre le Graal", mais ne paraît plus dans "La Cour de Lucifer". »

Puis, évoquant les contacts de Rahn avec la comtesse Pujol Murat et Arthur Caussou dont Magre lui avait fait faire la connaissance, il écrit :

« C’est plus vraisemblablement Arthur Caussou et la comtesse de Pujol-Murat qui ont donné à l’écrivain allemand l’idée — également indéfendable à mon sens — d’assimiler très concrètement le château de Montségur au château légendaire du Graal. C’était chez eux une conviction profondément ancrée. Je ne pense pas qu’Arthur Caussou ait été ''occultiste'' , mais la comtesse de Pujol-Murat l'était certainement... A une certaine époque de sa vie, elle fut même attirée par la secte des '' Polaires'' qui se rattachait, comme on sait, à la tradition '' boréale'' et aux mythes de l’Ultime Thulé. Otto Rahn évoque plusieurs fois dans son livre le souvenir de cette vieille dame, pour laquelle il éprouvait une vive sympathie, voire une sorte de passion platonique, et qui mourut en 1935. » (p. 34.)

Fondateur en 1937 de la Société des Amis de Montségur et du Saint Graal, Maurice Magre était également le fondateur du Graal pyrénéen, revue engagée dans la '' queste'' de Montségur, avec l’Anglais Rolt-Wheeler. Bouddhiste théosophe disciple de Mme Blavatsky et de la Doctrine Secrète, Magre collaborait aux Cahiers de l’Étoile où il retrouvait le docteur M. Martiny, collaborateur de Tchakhotine et membre de l’organisation synarchique.

Un clin d’œil malicieux en passant : Magre collaborait, au sein de la Société Théosophique, avec G. E. Monod-Herzen, membre de l’Association pour l’université Théosophique. Or, G. E. Monod-Herzen, qui se trouve, comme par hasard, membre fondateur de l'organisation Science Action Libération avec Serge Tchakhotine et François Perroux, était aux Polaires.

Ferdinand Divoire, quant à lui, était en 1933 le secrétaire général du quotidien Le Rempart, fondé la même année par Paul Levy. Féru d’occultisme, il publia un livre intitulé "Pourquoi je crois en l’occultisme" ; il était rédacteur en chef de l’Intransigeant et fréquentait « les parfums exotiques » de chez Fernande Cabanel.

D’un autre côté, dans le Bulletin des Polaires n° 11 du 9 mars 1932, on trouve un texte révélateur intitulé "Mazzini, figure « Polaire »".

Ce texte disait : « Mazzini a été, suivant la ''légende'' , un des '' ambassadeurs'' de ces Centres Initiatiques que les Hindous appellent : le Gouvernement du Monde. Philosophe et homme d’action, Mazzini, ''fils de l’Italie et Citoyen du Monde'' , fut un des Triumvirs de la République Romaine.

« Nous aurons probablement d’ailleurs l’occasion, à maintes reprises, de citer d’autres pages lumineusement '' Polaires'' de celui qui fut une des plus pures figures du XIXe siècle. »

Ce détail est des plus étranges car, entre 1827 et 1829, Mazzini fut initié à la Charbonnerie et « en 1864, le Grand Orient de Palerme lui accorda le 33e grade. Le 3 juin 1868, il fut proclamé Vénérable perpétuel ad honorem de la Loge Lincol de Lodi et on le proposa pour la Grande Maîtrise. Le 24 juillet, il fut nommé membre honoraire de la Loge La Raison du même Orient.

Or, Mazzini avait pour collaborateur direct un juif du nom d’Henry Mayer Hyndman, marxiste de la première heure et chef d’une association appelée The National Socialist Party...

En 1881, Hyndman fonde la Democratic Federation avec Eleonore Marx, fille de Karl Marx, et au sein de laquelle on retrouvera la S ∴ Annie Besant qui allait succéder à Mme Blavatsky à la tête de la Société Théosophique. Hasard ?

C’est troublant. Mais ce qui l’est encore plus, c’est que du 3 au 6 octobre 1926, eut lieu le premier congrès de l’Union synarchique Paneuropéene, sous la présidence d’honneur du F ∴ Edouard Bénès et de Nicola S. Politis, membre du comité européen de la Dotation Carnegie dirigée par le Pilgrims Murray Butler.

Plus de deux mille délégués, représentant vingt-quatre nations, étaient présents. Au mur du fond étaient suspendus les portraits de Komensky ou Coménius (Rose-Croix), d’Emmanuel Kant, considéré comme « maçon sans tablier », de Victor Hugo, partisan acharné des États-Unis d’Europe, et de Guiseppe Mazzini !

Mais ce n’est pas tout... Mme Blavatsky accompagna Garibaldi dans ses expéditions. Or, Garibaldi était ami avec Mazzini, mais également avec Adriano Lemmi. Ce dernier, initié dans la Loge Propagande, de Rome, le 21 avril 1877, deviendra en 1879 Grand Trésorier de l’Ordre. Grand Maître du 15 janvier au 31 mai 1896, il fut Souverain Grand Commandeur du Rite Écossais Ancien et Accepté, de 1885 à sa mort en 1906. « Ami fraternel de Mazzini, de Garibaldi et de Kossuth... il fit partie de la Jeune Italie, de la Jeune Europe et lança l’idée de l’Europe Unie... (139). Il lança avec Albert Pike, en 1888, la campagne du pacifisme universel qui devait aboutir à la Société des Nations (SdN). dont le secrétaire général adjoint sera le synarque Jean Monnet.

La Jeune Europe, préfiguration des organisations Paneuropéennes et synarchiques, comptait dans ses rangs Mme Blavatsky... c’est troublant.

Nous pensons en fait que le groupe des Polaires n’est — car il existe toujours — qu’une des émanations directes de la Société Théosophique à laquelle appartenaient la plupart de ses membres.

Nous avons tenté notre chance à la Société Théosophique. Il nous fut répondu qu’il n’y avait plus d’archives depuis la Seconde Guerre mondiale — réponse qu’ils font à tous les chercheurs et qui est, à notre avis, un peu trop facile et vraisemblablement fausse — et qu’ils ne connaissent pas les Polaires.

Personnellement, nous n’en croyons rien, car la similitude des thèmes, « Grande Loge Blanche », « Maîtres de la Sagesse », et des emblèmes utilisés par l’une comme par l’autre organisation, sont frappantes. Voyez vous-mêmes :

Les Polaires, comme la Société Théosophique, emploient les triangles entrelacés ou, si l’on préfère, le Sceau de Salomon ou Étoile de David —, les triangles entrelacés en­tourés d’un serpent se mordant la queue, et la Svastika. Alors, comment peuvent-ils dire qu’ils ne se connaissent pas ?

Que cherche à cacher la Société Théosophique derrière le groupe des Polaires ? Que les personnes qui ont été à l’origine du Pacte Synarchique d’Empire en étaient membres et qu’elles fréquentaient, dans le même temps, la Société Théosophique ? »

Yann Moncomble, "Du viol des foules à la Synarchie ou le complot permanent".


« Moncomble (1953-1990) est mort à 36 ans, officiellement d'une crise cardiaque. À ce sujet, Epiphanius dans son livre "Maçonnerie et sectes secrètes : le côté caché de l'Histoire", rapporte une lettre de Moncomble concernant son dernier ouvrage sur le mondialisme, "Le Pouvoir de la drogue dans la politique mondiale", dans lequel il présente la thèse d'une implication des gouvernement américain, israélien, soviétique, cubain et chinois dans le trafic de drogue international. Dans cette lettre, Moncomble explique que nombreux de ses amis lui ont déconseillé d'écrire ce livre, sous prétexte que cela pouvait être dangereux pour sa sécurité. Moncomble affirme ne pas y avoir renoncé par devoir moral. » (Wikipedia)




Bouddhisme tibétain & nazisme. Le cas Jean Marquès-Rivière :  
http://www.trimondi.de/francais/Marques-Riviere.htm


Les sociétés secrètes, le Tibet & Hitler :




Livres de Moncomble encore disponibles 






Une édition numérique du livre de Yann Moncomble, "Du viol des foules à la Synarchie ou le complot permanent", est téléchargeable gratuitement à cette adresse :

Le texte commence par l'avertissement suivant :

Cet ouvrage introuvable nous a pris beaucoup de temps en recherche du fait de son contenu dérangeant pour beaucoup de personnalité et pour sa reprise numérique.

Ceux qui auraient l’opportunité de le mettre en vente seront châtiés par la mise en ligne de tout leur catalogue, sauf bien entendu les ayant-droits (à qui nous offrirons le résultat de notre travail sans autre contre-partie que nos remerciements), qui n’ont jusqu’à ce jour offert à la populace avide de connaissance aucune réédition connue.

Cela est dit et sera, car il suffit... 




Friday, December 28, 2012

Coup de gueule d'une femme sioux





Notre religion n'est pas à vendre !
par Mary Brave Bird-Crow Dog

Partout aux États-Unis, et quelle que soit leur tribu, les Indiens sont en colère parce que les Blancs vendent nos cérémonies comme un passe-temps à la mode qui, peut-être, leur permettra de trouver un sens à leurs vaines existences. Notre religion est donc colportée et commercialisée par de faux hommes-médecine qui s'attribuent des noms indiens fantaisistes tels que Bison-qui-broute-sur-le-flanc-de-la-montagne, Aigle-d'or-s'élevant-dans-le-ciel ou encore Âme-libre-enveloppée-de-brume-matinale. Un gamin de dix ans vivant sur la réserve de Rosebud ne s'y laisserait pas prendre, mais il y a de quoi impressionner les crédules wasichus (blancs). À cause du New Age, le nombre de ces prétendus hommes (ou femmes)-médecine est en constante augmentation ; c'est un créneau qui peut rapporter gros, d'autant que les Indiens sont à la mode. Après la macrobiotique et le Zen, c'est au tour du « pauvre Indien en voie de disparition » d'alimenter les conversations de salon.

Ainsi, une Blanche prétend posséder des pouvoirs surnaturels que lui aurait transmis une femme-médecine et organise d'importantes conférences où, pour plus de trois cents dollars par personne, elle enseigne la sagesse et la spiritualité indiennes. Imaginez l'argent que se fait cette femme ! Des individus comme elle peuvent encaisser jusqu'à un million de dollars par an en vendant notre religion.

Cette exploitation ne date pas d'hier. Dans les années 1880 et 1890, de grosses compagnies patentées lançaient sur le marché de fausses potions indiennes censées guérir tous les maux. Je pense, entre autres, à la Great Oregon Indian Medicine Company, dont « les clients se comptaient par millions et les témoignages de reconnaissance par milliers ».

La Kickapoo Indian Medicine Company était la plus importante d'entre elles et prônait l'usage de l'« huile de serpent kickapoo », potion miraculeuse contre le ver solitaire, et de la fameuse sagwa, remède à toutes les maladies humaines connues à ce jour : « Existe-t-il quoi que ce soit qui puisse retarder, peut-être de plusieurs années, ce dernier moment avant qu'une main décharnée n'écrive votre nom sur le registre froid de la mort ? Eh bien, oui, Mesdames et Messieurs ! Prenez de la SAGWA DES INDIENS KICKAPOOS. C'est un remède infaillible. »

Cette compagnie avait installé des villages indiens publicitaires composés de douzaines de wigwams (tentes) où le public pouvait assister à la préparation du breuvage magique. Ses représentants de commerce étaient tous d'anciens éclaireurs renommés pour avoir combattu les Indiens et qui, « par leur courage en temps de guerre avaient acquis un tel ascendant sur l'Homme Rouge, qu'il leur avait bien volontiers cédé toute autorité ». La plupart des « acteurs indiens » participant au spectacle n'étaient pas kickapoos, certains étaient même d'origine péruvienne. La réserve des Kickapoos, en fait désertée et d'une extrême pauvreté, y était représentée comme un « véritable jardin d’Éden habité par une race primitive, bienveillante et noble, capable de sonder les secrets de la nature ». Pendant des années, la sagwa et l'huile de serpent kickapoo ont fait gagner des millions de dollars à cette compagnie. Aujourd'hui, la situation n'est pas très différente de ce qu'elle était alors.

La religion indienne est au centre de ma vie, elle représente le côté spirituel de mon être et fait partie intégrante de mon héritage. Elle m'a aidé à survivre. D'où ma colère lorsque je la vois profanée, exploitée, interprétée de façon erronée, vendue et achetée. Ces imposteurs trahissent nos croyances, falsifient nos traditions et donnent une représentation caricaturale et grotesque de nos rituels. Pour préserver notre foi de la souillure, on devrait interdire aux Blancs d'organiser des cérémonies indiennes. Afin de les mettre à l'abri des regards hébétés ou moqueurs, nous devrions également récupérer les sacs-médecine et autres objets sacrés qui nous ont été dérobés il y a des années et qui sont exposés aujourd'hui dans des musées ou dans des collections privées.

Avant les années trente, nous avions l'interdiction de prier dans notre langue et nos rites étaient proscrits. D'après la législation en vigueur, nous pouvions être emprisonnés pour avoir participé à l'inipi ; malgré cela, nos croyances survivaient dans la clandestinité et, dans des endroits cachés, loin du regard des missionnaires, notre peuple continuait à « danser face au soleil ».

Mais la situation actuelle est bien pire que toutes ces tentatives de destruction systématique. Les Blancs avaient essayé en vain de tuer notre foi en proclamant d'un ton triomphant la « Mort du Grand Esprit ». Mais, aujourd'hui, ils atteindront peut-être leur objectif en vendant notre religion, la pipe, la loge à sudation et en donnant au monde extérieur une fausse image de nos coutumes. Bientôt, ils vont s'imaginer pouvoir nous enseigner nos traditions et nous apprendre à utiliser le peyotl ; peut-être iront-ils jusqu'à affirmer qu'il est trop bon pour nous, stupides primitifs, et qu'ils se l'accapareront pour faire du profit en nous le revendant.

L'argent, encore l'argent, toujours l'argent ! Il n'y a pas si longtemps, on pouvait aller dans un parc national et se voir offrir gracieusement un crâne de bison pour nos cérémonies. Aujourd'hui, il faut payer car, avec le New Age, c'est devenu un objet de décoration recherché. Certains hommes-médecine bidons, dont des Indiens, vont jusqu'à demander sept cent cinquante dollars par personne pour un bain de vapeur, mille pour une quête de vision et deux mille cinq cents pour, en un week-end, transformer un Blanc crédule en homme-médecine lakota. D'autres vous déposeront en haut d'une colline, pourvu d'une pipe tape-à-l'œil et d'une plume d'aigle dans les cheveux et vous prendront jusqu'au dernier centime, alors qu'un véritable homme-médecine ne vous fera jamais rien payer. Nos cérémonies ne sont pas à vendre et, malheureusement, tous ces gens qui aiment l'argent facile portent atteinte à l'honneur de nos tribus.

Une fois, j'avais accepté de diriger une cérémonie de sudation à Santa Fe, mais j'ai aussitôt fait marche arrière lorsque l'on m'a demandé combien je prenais. Cette ignorance souille nos traditions : un bain de vapeur est bien plus qu'une simple expérience ; c'est un rite sacré qui nous relie au Créateur. Nombreuses sont les situations aberrantes auxquelles nous sommes confrontés si, à Los Angeles, vous pouvez prendre des cours collectifs de « sexualité indienne sacrée » en échange de plusieurs centaines de dollars, certains vont même jusqu'à utiliser notre médecine pour retenir un amant ou en guise d'aphrodisiaque. Ils veulent vivre de « véritables orgies indiennes ». Notre religion est alors réduite à peu de chose et devient simple objet d'échange.

Je me souviens également d'un film européen présentant la Danse du Soleil à travers le regard malade et enfiévré d'un Blanc : un seul danseur était suspendu à deux crochets de boucher avec, en guise de cache-sexe, une simple feuille de vigne. Je m'insurge contre ces profanations qui renvoient une image fausse et déformée de notre cérémonie la plus sacrée. Il n'y a là qu'exploitation par le biais du sexe et du sensationnel. Il est urgent d'y mettre un terme !

De telles situations abondent à travers le pays et chez nos voisins mexicains.

Ainsi, au Texas, une Blanche d'un certain âge est l'exemple même de la façon dont les wasichus s'immiscent dans notre médecine. Elle n'est que gentillesse et sincérité mais le fait d'avoir assisté à certaines de nos cérémonies lui est monté à la tête : elle s'imagine que Crow Dog est son grand-père et qu'« il lui a transmis un don » ; elle se croit donc habilitée à diriger des bains de vapeur, à emmener des gens en haut de la colline pour une quête de vision et à enseigner les coutumes lakotas. Avec cette éternelle rengaine : « Réservez dès maintenant. Pour cent cinquante dollars, vous pourrez, etc. Parking inclus. » Cette femme croit véritablement à ce qu'elle fait ; elle a bon cœur et fait preuve de générosité à notre égard. Mais il ne suffit pas d'avoir assisté à nos rituels pour devenir femme-médecine ou même Indienne. Des gens bien intentionnés peuvent nous faire autant de mal que nos adversaires les plus acharnés. Ce n'est pas le fait de passer quelques jours sur une réserve ou d'étudier nos traditions pendant quelques heures qui autorise qui que ce soit à organiser des simili-rites sioux.

J'ai même un ami qui, ayant assisté plusieurs fois à la Danse du Soleil, a soudain découvert son attachement à nos valeurs spirituelles et, du jour au lendemain, s'est mis à porter un nom indien. À croire que c'est une maladie contagieuse. Sans parler de ce danseur de ballet originaire de Grèce et du Proche-Orient qui se disait Indien et s'était doté d'un nom à l'avenant : pendant un temps, les Blancs l'ont considéré comme le grand porte-parole des tribus indiennes et il était devenu le chéri des médias. Lorsqu'il a fini par être dénoncé, il a simplement répondu aux journalistes qui l'interrogeaient : «Je suis indien parce que je vous le dis ! »

Tous ces gens appartiennent à la tribu des « Qui-Veulent-Être Indiens » et, souvent, ils font un mauvais usage de nos objets sacrés alors que ceux-ci doivent intervenir de façon très précise au cours de nos cérémonies.

L'hiver dernier, alors que je rendais visite à des amis californiens, j'ai fait la connaissance d'une femme blanche qui avait acheté une pipe lors d'un powwow (fête traditionnelle) et voulait s'en servir. Elle avait déjà accompli certains de nos rites mais souhaitait aller plus loin. J'ai eu l'impression qu'elle n'avait plus toute sa tête et j'ai tenté de lui expliquer combien il était important de connaître nos traditions à la perfection avant de faire usage de la pipe. Je ne voulais pas être agressive avec elle mais elle m'a fait une scène et je me suis aperçue qu'elle ignorait tout de la signification de cet objet sacré, le comparant à une espèce de cristal qui lui servirait d'intermédiaire pour communiquer avec les esprits. Je lui ai alors raconté l'origine de la pipe, ce qu'elle représentait à nos yeux et lui ai conseillé d'assister aux cérémonies en simple observatrice ; ainsi, en écoutant nos Anciens, elle apprendrait bien mieux. Je lui ai proposé de confier sa pipe à l'un d'entre eux, à qui elle pourrait parler lors de ses éventuelles visites et, finalement, elle a accepté.

Depuis des générations, nous versons sang, sueur et larmes pour défendre notre religion. Les Blancs veulent la découvrir à leur façon, sans écouter ce que nous pourrions avoir à leur dire.

Certains ont perdu leurs propres dieux et leurs âmes se sont égarées ; ils ont du mal à affronter la réalité et la mort et sont inquiets face à la dégradation de leurs villes remplis de sans-abri et à l'effondrement de leurs propres valeurs. Alors, devant toutes ces questions, ils attendent de nous une réponse que nous ne pouvons leur donner et désirent que nous remplissions le vide qui les habite.

J'aimerais dire à ces Blancs combien il est dangereux de jouer avec nos cérémonies : leur ignorance risque de leur faire du tort car les rites sacrés ont une force extraordinaire. L'attitude de ces wasichus prédit la fin prochaine de leur civilisation et je prie simplement pour que celle-ci ne nous entraîne pas avec elle.

Mary Brave Bird-Crow Dog, « Femme sioux envers et contre tout ».

envers et contre tout

Un proverbe cheyenne l'affirme : « Une nation n'est pas conquise tant que le cœur de ses femmes n'est pas à terre ». Mary Brave Bird-Crow Dog nous en apporte une nouvelle fois la preuve. Après la parution de Lakota Woman qui fut saluée comme un événement d'importance aux Etats-Unis, en France et dans le monde entier, Femme sioux envers et contre tout nous donne, en effet, un bel exemple de résistance. Résistance spirituelle, mais aussi résistance active d'une Indienne et de son peuple face aux dangers qui menacent les réserves dans l'Amérique d'aujourd'hui.

Reprenant le récit de sa vie au moment des événements de Wounded Knee, Mary Brave Bird-Crovv Dog raconte son militantisme au sein de l'American Indian Movement, son action en faveur de la tradition et son combat en tant que femme, mère et indienne. Elle retrace également la période de sa vie partagée avec Leonard Crow Dog, homme-médecine et traditionaliste lakota. Avec franchise, elle conte les jours heureux et les périodes difficiles d'une existence mouvementée. Mais avant tout, c'est le destin d'un peuple à la conquête de ses droits qu'elle nous dépeint — et plus encore, les constantes difficultés des femmes indiennes à se faire reconnaître. Par l'hommage qu'elle rend au courage et à la volonté de celles-ci, par sa dignité et sa force de conviction inébranlable, Mary Brave Bird-Crow Dog confirme qu'elle est porteuse d'une voix unique et majeure dans la littérature indienne.




Illustration :

Thursday, December 27, 2012

Le péché originel selon une ex-star du porno





Le péché originel 


par Brigitte Lahaie 


Brigitte Lahaie, de son vrai nom Brigitte Lucille Jeanine Van Meerhaegue, est une ancienne actrice de films pornographiques. Depuis plus de dix ans, elle anime l'émission radio « Lahaie, l'Amour et Vous » sur RMC, de 14 heures à 16 heures, qui traite des relations amoureuses et sexuelles.


Vingt siècles de judéo-christianisme ont considérablement influencé notre sexualité. Onan, les habitants de Sodome et les femmes adultères sont considérés comme des pécheurs devant l'Éternel, et les choses de l'amour ont toujours été suspectes aux yeux de l'Église. Sans doute les théologiens nourrissaient-ils l'espoir fou d'identifier toute femme à la Vierge...

L'homme primitif pratiquait le coït de manière agressive et violente, se rapprochant en cela des animaux. La civilisation et la religion ont tenté de refréner les instincts plutôt que de les harmoniser. La notion de famille s'est construite autour d'un père tout-puissant (à l'image de Dieu), et la femme a été réduite au rôle de mère. La procréation devient alors essentielle, le plaisir luxure, et la luxure l'un des sept péchés capitaux. Mais pourquoi l'Église s'est-elle tant focalisée sur celui-ci ? Pourtant l'orgueil, l'envie, la colère ou l'avarice me paraissent des vices bien moins compatibles avec l'amour de son prochain !

Si l'on se réfère aux textes ésotériques, la luxure est jugée dangereuse simplement parce qu'à cause d'elle l'initié peut avoir envie de transmettre des secrets au sexe opposé en échange de ses faveurs. Nous sommes bien loin du décret religieux qui fait de la luxure la mère de tous les vices !

Pour détourner l'être humain de la jouissance, l'Église lui propose les saints comme modèles. Ces hommes et ces femmes symbolisant le Bien et la Vertu montrent le chemin qu'il faut suivre pour atteindre le paradis. Et s'il n'a jamais été question d'imposer le vœu de chasteté à toute la chrétienté, c'est qu'il fallait bien que cette dernière se perpétue. Le catéchisme s'est contenté de proclamer que la chair est faible et le mariage un remède, à condition toutefois que l'homme choisisse avec sa raison et non avec son cœur.

Saint Augustin fut l'un des plus ardents défenseurs de la vertu. À cet égard, il est intéressant de constater qu'avant d'être un saint il mena une vie de débauche. La sainteté, qui s'oppose à la perversion, peut donc succéder à celle-ci. Est-ce une raison pour ensuite condamner sans pitié ? Quand on considère l'acharnement avec lequel Augustin combattit le sexe, faisant même de la concupiscence (penchant pour le plaisir de la chair) le péché originel qui a condamné les hommes à venir au monde en état de péché et de souillure, puisqu'ils ont été conçus par un acte charnel, on se pose des questions.

Avec ce genre de théorie, l'amour du prochain prôné par Jésus semble vidé de toute substance ou presque. Le rapport Kinsey a démontré qu'une certaine pratique religieuse pouvait freiner les relations sexuelles. Il est vrai que toute fantaisie est proscrite, l'accouplement n'ayant d'autre but que le renouvellement des générations.

Il y a encore un siècle la religion était toute-puissante, elle formait un État dans l'État et son rôle principal consistait à canaliser les passions des hommes. De nombreux préceptes prétendument moraux n'étaient édictés qu'à des fins fort éloignées de toute préoccupation spirituelle.

Comment s'étonner, dans ces conditions, que des millions d'hommes aient été massacrés au nom de Dieu ? Guerres sacrées, Croisades, Saint-Barthélemy et conquêtes sous prétexte d'évangélisation ont fait les ravages que l'on sait. [...]

Et comment s'étonner de la position du pape sur le préservatif, même si le sida est en passe de décimer les populations d'Afrique ? Le condom fut condamné par l'Église dès le XIXe siècle car « il entravait les décrets de la providence qui a voulu punir les créatures par là où elles ont péché ». Résultat : toute publicité sur la capote a été interdite jusqu'en 1987, et de nos jours encore la seule méthode contraceptive trouvant grâce aux yeux du Vatican reste celle d'Ogino !

On sait ce que disait Karl Marx de la religion, qu'il taxait d'« opium du peuple » parce qu'elle rend l'homme docile et sans résistance : pourvu qu'il obéisse aveuglément et sans chercher à comprendre ce qui est meilleur pour lui, sa bonne conduite sur Terre lui vaudra la vie éternelle...

Quant au principe de la confession, il prend sa source dans le complexe de culpabilité intrinsèque à la nature humaine en nous offrant le moyen de vivre en paix avec notre conscience. La pénitence efface les remords ou les doutes qui peuvent subsister après avoir « péché », et par l'absolution le croyant se sent « lavé » de ses « fautes ». Tant pis s'il en commet d'autres, pourvu qu'il se soit confessé avant de communier. Car n'oublions pas que pour le catholicisme la punition suprême reste l'excommunication : tant que le pénitent fait encore partie de la grande famille de l'Église, il est protégé.

Si la religion ne sait pas évoluer, la société humaine, elle, est en mutation permanente. Avec le progrès technique scientifique et médical, l'homme du XXIe siècle ne vit plus dans le même contexte culturel que son ancêtre du Moyen Âge. D'ailleurs la racine du mot culture est la même que celle d'agriculture. Nous sommes cultivés dans la mesure où nous n'avons pas fini de croître...

Toute civilisation doit évoluer pour ne pas mourir Elle doit intégrer les progrès et redéfinir régulièrement les bases qui la structurent.

Le patriarcat vieux de quatre millénaires s'est construit sur le sens du devoir. Dans ce régime, il n'y a aucune place pour le plaisir. Dès sa naissance l'être humain subit cette influence et son caractère se façonne sur un mode autoritaire. Ainsi doit-il apprendre à respecter ses parents plus par obligation que par amour.

L'énergie sexuelle spontanée fait place à une sexualité secondaire pervertie. L'existence même de notre culture est fondée sur le refoulement de nos instincts. Pour s'en convaincre il suffit de regarder autour de soi. Combien de femmes ne connaissent pas la jouissance et combien de parents répriment les premiers flirts de leur progéniture ou tout geste ayant une connotation sensuelle ! Il se développe alors chez l'enfant un sentiment de dépendance et de culpabilité qui, avec son cortège d'angoisses et d'inhibitions sexuelles, l'empêche de s'épanouir et de s'émanciper. Rien ne lui est épargné, pas même cette castration symbolique qui consiste à le convaincre de son impuissance à se débrouiller seul. À n'en pas douter, cet enfant deviendra un adulte névrosé qui reproduira les mêmes erreurs avec sa propre descendance.

Les traditions conservatrices - qui s'appuient sur la culpabilité et le refoulement des pulsions - permettent de garder l'homme dans un état de soumission, tel l'étalon qui castré devient plus docile, plus obéissant, plus régulier dans le travail...

Pétri de contradictions et ayant reçu une éducation qui le bride en nourrissant son manque de confiance en lui, l'homme se laisse diriger, obéit aux ordres, se repose sur le père puis sur l'État tout-puissant. Seuls quelques individus, grâce à des circonstances fortuites, parviennent à se libérer de ce carcan.

Pourtant, ce qui transcende l'homme, ce n'est sûrement pas sa vertu mais son intelligence. C'est elle qui lui a permis d'évoluer et d'améliorer ses conditions de vie. Je connais le discours des moralistes : ils pensent que le déclin d'une civilisation est toujours consécutif à son manque de vertu, affirment que la perte du sens moral et des valeurs sacrées conduit irrémédiablement à la déchéance. Et ils en veulent pour exemple l'Empire de Rome et la Grèce antique. Est-il seulement permis de leur faire remarquer que le sens du divin poussé au stade du fanatisme et de l'intolérance mène aux mêmes résultats ?

Le plaisir enracine l'individu dans son « vouloir-vivre », l'éloigne de l'idée de la mort. La religion peut tromper l'homme sur cette question essentielle en lui promettant l'éternité s'il ne s'adonne pas au Mal et au Malin. Pourtant, c'est en acceptant notre partie sombre que nous pouvons accéder à la lumière. Il s'agit en quelque sorte de l'« œuvre au noir » dont parlent les sciences ésotériques. En se confrontant à ses démons, on parvient à les dompter et à les rendre inoffensifs. Cette théorie s'applique à tous nos vices : un homme coléreux parviendra à l'apaisement lorsqu'il acceptera de reconnaître sa tendance à l'emportement. Il apprendra à sentir les prémices de ses pulsions pour mieux se maîtriser. Et cela est aussi vrai pour la luxure...

De même la souffrance n'est pas un but en soi. Pourquoi se délecter d'un état douloureux ? Elle sert
de signal d'alarme quand le corps et le cœur sont en danger. Dès que le sens de son message a été compris, la souffrance a accompli sa tâche. 

Je ne dis pas que chaque individu est capable de se diriger seul. D'abord la jeunesse n'a pas encore acquis la « sagesse » relative de l'adulte, même si bien des adolescents ont plus de bon sens et l'esprit plus ouvert que beaucoup de leurs aînés ! Une société a nécessairement besoin de lois, mais pas de celles qui font que notre monde manque par trop d'amour et de tolérance. Il ne s'agit pas pour autant de promettre le paradis sur Terre, bien sûr: la vie est cruelle et quand les éléments se déchaînent la nature est redoutable, mais l'expérience - même douloureuse - est riche de découvertes.

Les contes de fées l'ont bien compris, qui décrivent les inévitables épreuves de la vie et démontrent surtout que, si on les affronte, même les plus injustes peuvent être surmontées.

Prenons par exemple « La Belle au bois dormant ». L'histoire met en scène une jeune fille qui s'endort après s'être piqué le doigt à l'âge de quinze ans - le sang est le symbole des premières règles - pour se réveiller grâce au baiser d'un prince. Les adolescents vivent d'autant plus mal leur puberté qu'ils veulent se prouver qu'ils existent. Le sommeil de la Belle symbolise ce repli sur soi indispensable à un épanouissement ultérieur Le conte indique aussi que, malgré les efforts des parents pour surveiller ou endormir la sexualité de leurs enfants, elle s'éveillera un jour. La jeune fille devient femme et le Prince Charmant, par son baiser, lui révèle sa sensualité. En ouvrant les yeux la princesse induit chez le mâle la conscience de sa virilité, et le conte se termine par ces mots : « Ce fut le bonheur pour eux jusqu'à la fin des jours. » La morale de cette histoire est qu'un événement traumatique (les premières règles, le premier rapport sexuel) peut avoir un effet très bénéfique. Il faut savoir se préparer à la réalité de sa personnalité pour trouver l'harmonie avec l'autre.

Et si le premier conte de fées, le premier mythe en tout cas, était celui du péché originel ? Adam et Ève furent chassés du paradis pour avoir mangé le fruit de l'Arbre de la connaissance. La pomme symbolisant les bas instincts de l'homme, ses désirs vils qui entraînent sa déchéance, il ne peut impunément « croquer la vie à pleines dents » !

En interdisant l'accès à la connaissance, non seulement Dieu n'autorise pas l'homme à choisir mais il le mutile également, puisque être libre - en termes de spiritualité - c'est posséder son libre arbitre, avoir la possibilité de s'élever en se libérant de ses instincts. L'évolution est à ce prix, et vouloir le payer ne va pas sans conflit.

Ève, initiatrice de tous nos malheurs, représente en fait la partie clivée de la personnalité d'Adam, c'est-à-dire tout ce qu'il refuse en lui-même. N'a-t-elle pas enfreint la loi du Père après avoir dialogué avec le serpent, symbole phallique par excellence ? Car le serpent symbolise bel et bien la sexualité perverse, le mensonge et la perfidie. Mais où se trouvait Adam pendant ce temps ? Cultivait-il son jardin d'Éden, ou dormait-il à l'ombre de l'Arbre ?

Un Adam endormi, une Ève inquiète, perturbée par un serpent rusé qui guette le moment idéal. Le Mal parvient à s'« introduire » quand il y a une brèche dans le couple, une séparation. La Faute est possible parce qu'il y a désunion. Si la Femme est responsable, l'Homme l'est également en ce sens qu'il n'est pas présent pour la protéger du danger.

La Genèse doit toujours être interprétée de manière allégorique. Exemple frappant, Adam et Ève ont eu deux enfants, Abel et Caïn. Comment ces deux garçons ont-ils pu fonder une famille ? Comment deux éléments masculins peuvent-ils être à l'origine de l'humanité ? C'est que l'explication est ailleurs : Abel représente le Bien et Caïn la partie sombre qui existe en chacun de nous.

De même on peut envisager un être initial doté de deux polarités créatrices. Cet androgyne primordial en se séparant a généré deux êtres distincts, et la vie a commencé. La sexualité n'est pas seulement dualité, elle est aussi épanouissement et construction. Le serpent devient alors trait de séparation ou trait d'union entre les deux sexes. Son image est ambivalente. Il est certes le tentateur mais aussi le symbole même de la connaissance, puisqu'il sert d'emblème à la médecine et aux arts.

Source de vie, il fut le premier vertébré a avoir conquis la terre ferme. En Inde il représente la « kundalini », énergie inestimable de nos forces naturelles. Dans le shivaïsme, philosophie hindoue qui préconise l'acte d'amour comme moyen de participer au Grand Tout, le sexe viril prend des proportions cosmiques, celles d'un pilier qui soutient l'univers. En Inde le phallus est sacré, et l'on voue un culte à la féminité. Le sexe faible représente la fécondité, la tendresse maternelle et l'altérité.

Cette vision de la sexualité a souvent été déformée par l'Occident. Certaines sectes n'ont retenu que le coït, excluant la notion d'amour. Ainsi le gourou doit-il honorer toutes ses adeptes pour les remplir d'une parcelle de divin ! Ce genre de réunion qui se termine en orgie n'a bien sûr rien à voir avec une communauté spirituelle...

La sexualité, comme les habitudes alimentaires, constitue un critère de civilisation. Et elle peut avoir des valeurs totalement différentes d'une culture à l'autre. Chez les Arabes, les seins d'une femme ne passent pas pour un symbole sexuel, et dans certaines tribus africaines les hommes sont par-dessus tout attirés par les femmes qui sentent le beurre rance. Mais partout l'intégrisme se caractérise par l'asservissement des femmes et la répression de leur sexualité.

Le christianisme a souvent flagellé les chairs, enserré le corps dans des vêtements étroits et des corsets étouffants agissant à la façon des ceintures de chasteté. Il vénère un Christ qui souffre sur la Croix, mais pourquoi justement l'image de Jésus est-elle celle d'une victime torturée puis mise à mort ? Quoi qu'il en soit, cela explique comment la religion qui nous a bercés rend difficile l'identification à un être humain libre et joyeux.

Si l'homme du XXIe siècle n'est pas devenu maître de son noyau intérieur, comment peut-il prétendre maîtriser celui de l'atome ? Le grand péché est de se croire tout-puissant, de continuer à dire « Je suis moi » tout en refusant son appartenance au Cosmos. On lui coupe le cordon ombilical à la naissance et l'homme passe le reste de sa vie à se regarder le nombril alors que, en plongeant à l'intérieur de lui-même, il pourrait peut-être apprivoiser son serpent intérieur. Pour Jung, dans nos rêves, cet animal ne symbolise-t-il pas ce qui est incompréhensible en nous ?


Brigitte Lahaie, « Les chemins du mieux aimer ».


Site de Brigitte Lahaie : 


Wednesday, December 26, 2012

Les mantras






Le mantra d'Ema Narcisse pour renforcer l'estime de soi. (Posologie : pas plus de 3 répétitions par jour.) 


Maharishi Manesh Yogi (1918-2008) était à la tête de l'organisation mondiale de Méditation Transcendantale. Il prétendait que la répétition régulière d'un mantra purifie la pensée et mène, en cas d'exercice constant, à la conscience de Dieu. Le gourou Bhagwan Shree Rajneesh, alias Osho (1931-1990), ne partageait pas cette idée :

« Beaucoup de gens pratiquent la répétition, disait Osho. Ils répètent par exemple « Ram - Ram - Ram », mais s'ils ne font que répéter ces mots sans prise de conscience, ce « Ram - Ram - Ram » devient une drogue. Qui peut les endormir profondément.

C'est pour cette raison que Yogi Mahesh a tant de succès en Occident : parce qu'il donne des mantras à répéter. En Occident, le sommeil est devenu un problème très sérieux. Le sommeil est totalement perturbé. Le sommeil naturel a disparu. On ne peut plus dormir qu'à l'aide de tranquillisants et de drogues. La répétition constante d'une même formule provoque une sorte d'hypnose, de sommeil et voilà la raison du succès du Yogi Mahesh.

Ainsi, ce qu'on appelle la méditation transcendantale n'est pas autre chose qu'un tranquillisant psychologique. Ce n'est rien — ce n'est qu'un simple tranquillisant. C'est peut-être une très bonne chose pour le sommeil, mais pas pour la méditation. Si on répète continuellement un mot, l'ennui s'installe — et l'ennui est favorable au sommeil.

Ainsi, tout ce qui est monotone, répétitif, peut aider à dormir. L'enfant, dans le ventre de sa mère, dort neuf mois consécutifs. Et savez-vous pourquoi ? Parce que les battements du cœur de la mère font un « tic-toc » continuel, et c'est l'une des choses les plus monotones qui soient. Ce battement ininterrompu drogue l'enfant, l'endort.

Avez-vous remarqué que pour calmer un enfant qui pleure, qui crie, il suffit que sa mère le prenne dans ses bras et pose la tête de l'enfant sur sa poitrine. Les battements du cœur de sa mère lui font du bien, l'apaisent, l'endorment. L'enfant a l'impression de retourner dans le ventre de sa mère. Il en est de même pour les adultes. Si votre bien-aimée pose votre tête sur son cœur, vous vous sentez bien, apaisé.

Certains psychologues conseillent aux gens qui ne peuvent pas dormir de se concentrer sur le tic-tac du réveil, parce que c'est un bruit monotone, répétitif. »



Citation du Moi

« Si l'essence de la vie pouvait se résumer en un mot,
ce mot serait "Moi" »
Ema Narcisse



Tuesday, December 25, 2012

Conte pour adultes : Kunley l'homme foudre




Le Vajra-phallus (tib. Dorje, le diamant-foudre) et le mantra sacré Om mani padme hum, qui signifie : le Joyau (pénis) dans le Lotus (vulve), sont vénérés par les adeptes du Vajrayana.

Ce conte rappelle l'origine démoniaque des Dharmapâlas, gardiens du Dharma. Afin de protéger leur doctrine (Dharma) et les institutions religieuses du bouddhisme tibétain, des lamas assujettirent des démons. Drugpa Kunley (1455-1529) est un de ces lamas. Il reçut une formation religieuse selon la tradition de la branche Drugpa de l'école Kagyu, mais ne tarda pas à embrasser le destin peu orthodoxe d'ascète errant. Il joua un rôle important dans la conversion du Bhoutan à la doctrine bouddhique. Kunley doit sa popularité auprès du peuple tibétain à son grand amour des jeunes filles et de la bière.

Kunley l'homme foudre

C'était au mauvais temps où le démon de Wong épouvantait le monde. Il dînait tous les jours de paysans crasseux, de vieux durs, d'enfants gras et de vaches laitières, ravageait les greniers, piétinait les moissons dans les champs en terrasses puis allait digérer ses horribles ripailles au fond d'une caverne offerte aux mille vents d'un mont inaccessible. Il fit tant et si mal qu'il vida le pays. Ne resta plus vivante, un jour, dans sa cabane, qu'une vieille oubliée. C'est alors que Kunley, le fou béni des dieux, vint dans cette vallée. Il vit les moissons mortes et les charrues rouillées. Il flaira les nuages. L'odeur de l'air lui dit quelle sorte d'affreux régnait sur la contrée.

Il s'allongea dans l'herbe. Il posa près de lui son arc et son épée, ses flèches et sa gamelle où était un vieux fond de farine beurrée. Il prit une poignée de ces provisions rances, il s'en badigeonna les cuisses et l'abdomen, après quoi, chatouillant ses balloches velues, il se mit à bander avec une vigueur de dragon amoureux. Il fit enfin semblant de somnoler un brin et, tranquille, attendit.

Le démon descendit par le sentier abrupt, l'œil noir, le nez ronflant, les poings traînant par terre. Au détour du chemin il découvrit Kunley. Il fit halte. Il gronda :

— Quel étrange animal !

Il le palpa du pied, renifla, appela ses diablotins esclaves.

Ils vinrent, bourdonnant comme des mouches bleues autour de sa figure.

— Je doute, leur dit-il. Cet individu-là ne me plaît pas du tout. Son corps est chaud. Il vit, selon toute apparence. Pourtant, mille tonnerres, il ne respire pas. Donc il doit être mort. Mais ce n'est pas la faim qui l'a jeté par terre. Il a là, près de lui, sa gamelle beurrée. Le voyez-vous blessé ? Non, il ne saigne pas. Cependant regardez, des vers malodorants lui sortent du nombril. Donc il est trépassé depuis au moins dix jours. Mais voyez comme il bande. Existe-t-il au monde un cadavre pourvu d'un pareil braquemart ? Tout cela me paraît extrêmement malsain. Qu'en pensez-vous, mes bougres ?

— Laissons-le où il est, répondirent les autres. Nous avons tout à l'heure une vieille à manger. Retrouvons-nous chez elle au coucher du soleil. Nous reviendrons plus tard. S'il est encore là, nous saurons bien qu'en faire !

Le démon approuva d'un grondement brumeux. Ses diables s'en allèrent. Il reprit son chemin.

Dès qu'il fut éloigné, Kunley se mit sur pied et courut chez l'aïeule.

— Femme, la paix sur toi ! Elle répondit, braillant, les mains sur ses joues creuses :

— Misère de mes os ! La paix depuis longtemps n'est plus sur mes cheveux. Ce n'est pas toi, mon fils, qui la ramèneras dans ma pauvre cabane ! Un démon affamé règne sur ce pays. Il croque, il déglutit, il rote et il s'en va. C'est tout ce qu'il sait faire. Il viendra cette nuit et me mangera crue, comme il a dévoré tous les gens du village. Avant qu'il soit trop tard, bel homme, sauve-toi !

— Ménage tes poumons et sers-moi, s'il te plaît, une pinte de bière, dit Kunley, s'asseyant devant le feu mourant.

— Il m'en reste un cruchon, gémit la vieille femme. Bois, et tu mourras saoul. C'est mieux ainsi, peut-être.

Elle attendit le soir accroupie près de l'âtre, le front dans les genoux.

Comme le jour tombait, on entendit gronder si fort devant la porte que des plumes d'oiseaux tombèrent du plafond et que la flamme maigre au bout de la bougie grelotta, vacilla, et se ratatina. Kunley se mit debout.

— Ne bouge pas, dit-il à la grand-mère pâle.

Il sortit sa flamberge. Il bandait comme un roc dans un trou de nuage. Il entrouvrit la porte. Un jet de feu jaillit de son gland rougeoyant, atteignit le démon au milieu de la bouche et déchira ses lèvres, et lui brisa huit dents. Le monstre renversé roula dans les broussailles, hurla, se releva, s'enfuit, les bras au ciel, sous la lune nouvelle. A bout de souffle enfin il s'affala au seuil de la Grotte appelée Victoire-du-Lion.

C'était là que vivait la nonne Samadhi. (Kunley avait connu autrefois cette femme. Elle s'était faite nonne au soir de leurs amours.)

— Hé, sainte, cria-t-il, regarde ma figure ! Un démon plus démon que je ne saurais l'être a fait un trou dedans ! La nonne l'ausculta, hocha la tête et dit :

— C'est l'œuvre de Kunley. Son foutre est foudroyant, crois-moi, je l'ai goûté. Rien ne saurait guérir ce genre de désastre.

— Je ne veux pas mourir, gémit l'autre, tremblant. Dis-moi, que dois-je faire ?

— Retourne d'où tu viens. Celui qui t'a blessé doit y cuver sa bière. Promets-lui de ne plus tourmenter les vivants. S'il te prend en pitié, tu auras de la chance.
Le démon s'en revint, tout saignant de la bouche, à la porte où Kunley lui avait fait manger ses lèvres avec ses dents. Il entra à genoux, se prosterna aux pieds de l'errant impassible.

— Voici ma pauvre vie. Je te l'offre, dit-il.

Kunley posa les mains sur sa tête penchée.

— Que ton nom désormais soit Démon-Buffle-Noir. Tu seras ici-bas protecteur des gens simples.

Ce fut dit, ce fut fait. La vieille alla au lit, Buffle-Noir s'en alla rebâtir les villages, et Kunley poursuivit son voyage infini.

Henri Gougaud, « Le livre des amours ».


Le livre des amours
Contes de l'envie d'elle et du désir de lui

A fréquenter les contes et les mythes des peuples primitifs, il apparaît que les mille jeux du sexe furent partout célébrés à l'égal des manifestations les plus sacrées du bonheur d'être. Notre Occident, aujourd'hui, ne les estime plus inspirés par le diable, mais il n'ose point encore penser qu'ils peuvent, ou ont pu un jour, plaire à Dieu. Pour nos ancêtres simples, il va de soi que la force d'aimer prend sa source dans le Maître de la Création, et qu'il n'est pas de plus joyeux devoirs que de célébrer ces outils qui nous furent donnés pour la servir.

Les contes qui peuplent ce livre sont tous, évidemment, de tradition orale. Quel que soit le pays de leur naissance ils disent le même étonnement de se voir au soleil après l'ombre insondable, le même émerveillement devant l'amour. Il m'a plu de servir ces œuvres qui ont tant à nous apprendre sur un bonheur à réinventer




Monday, December 24, 2012

Ni vieux ni maîtres





Quand les « vieux » gays revendiquent le mariage et des enfants pour tous, c'est la cellule familiale et l'autoritarisme parental qui s'affirment, et cela ne déplaît pas à l’État. 

La famille (hétéro ou homoparentale) est « partie intégrante et condition de l’État autoritaire et de la société autoritaire. […] Elle constitue l'appareil d'éducation par lequel tout individu de notre société doit passer dès son premier souffle. Elle forme l'enfant dans l'idéologie réactionnaire non seulement grâce à l'autorité qui y est institutionnalisée, mais par la vertu de sa structure propre ; elle est la courroie de transmission entre la structure économique de la société conservatrice et sa superstructure idéologique ; son atmosphère réactionnaire imprègne nécessairement et inextricablement chacun de ses membres. », dit Wilhelm Reich.

Yves Le Bonniec et Claude Guillion, auteurs de « Ni vieux ni maîtres », estiment que « des millions de jeunes de zéro à dix-huit ans mènent une vie d'objet. Ils appartiennent à leurs parents, à l'État. Ils obéissent aux profs, aux juges, aux médecins, aux flics. La loi, l'autorité adulte parlent d'eux et pour eux.

Pour fabriquer des adultes soumis, il faut réprimer dès l'enfance la vie, l'autonomie, l'amour, qui agitent les petits d'hommes.

Les enfants sont des prisonniers de guerre. C'est la guerre tous les jours, pour sauver sa peau, survivre un peu, aimer un peu, reprendre un peu de temps à l'ennemi. Ça n'est pas une guerre pour de rire. Des milliers d'enfants sont tués chaque année par leurs parents, des milliers d'autres frappés, internés, contrôlés. Il y a des enfants dans les prisons, il y en a dans les hôpitaux psychiatriques, ils y meurent aussi.

Scolarité obligatoire, amours défendues (pédophiles s'abstenir), correspondance contrôlée, circulation interdite, domicile obligatoire, lectures censurées, idées interdites... Assez pour faire qualifier de totalitaire n'importe quel régime politique. Pour les enfants, les adultes disent : éducation, protection, et même amour C'est là que les cartes sont brouillées. Les pires ennemis des enfants sont souvent ceux qui, paraît-il, les aiment le mieux. L'amour « naturel » entre parents et enfants est un mythe qui permet aux adultes d'endormir la méfiance des opprimés. C'est peut-être le plus gros mensonge, ça n'est pas le seul. Les adultes en inventent sans cesse pour maquiller ou justifier leur pouvoir, car les idées sont des armes. Il peut s'avérer plus difficile mais plus important de résister à un mensonge qu'à une claque. »

Yves Le Bonniec et Claude Guillion, « Ni vieux ni maîtres ».


Ni vieux ni maîtres