Wednesday, October 31, 2012

Gouverner c'est paraître





Le pouvoir appartient aux « plus apparents ».

De tout temps les « plus apparents » ont occupé le devant de la scène politique, économique, mais aussi littéraire ou religieuse. Seuls les moyens pour devenir les « plus apparents » ont changé. La télévision notamment a bouleversé les règles du jeu traditionnel.

L'homme politique ne devient pas le « plus apparent» parce qu'il a accumulé des mandats électifs, il est élu parce que sa capacité à communiquer lui a permis d'être le « plus apparent ».

Dans le domaine politique, les sociétés fonctionnent depuis toujours sur le principe de l'autorité et de l'obéissance. Autorité des gouvernants, obéissance des gouvernés. Le mystère de l'obéissance si chère à Rousseau passe par la confiance accordée aux gouvernants, aux « plus apparents ».


De multiples théories ont tenté d'expliquer les raisons de ce transfert de confiance et de cette acceptation de l'obéissance. Les constituants ont tenté de rationaliser le processus, en décrivant soigneusement dans quelles conditions devrait s'exercer la relation autorité-obéissance. Il n'en demeure pas moins que la part d'irrationnel est encore très grande. Freud a tenté de décrire les éléments qui permettent à l'homme charismatique d'exercer son pouvoir. Dans nos sociétés dominées par l'audiovisuel l'homo cathodicus émerge d'une foule d'hommes sans qualités. La télévision lui a permis de mettre en valeur ses qualités les plus apparentes. La télévision lui permet d'exercer le pouvoir. Ce sont ces évolutions que nous souhaiterions retracer dans ce livre.

Dans notre société, des bouleversements importants s'opèrent dont il est difficile d'évaluer les conséquences sur la vie quotidienne de nos enfants et de nos petits-enfants. Après une période où les prophètes de la communication ont annoncé à la fois des révolutions bénéfiques et des désastres irréversibles, tout le monde s'est mis à la communication sans se poser de questions. Aujourd'hui, « communiquer » est devenu probablement un des mots les plus fréquemment utilisés de la langue française. Mais que signifie « communiquer » ? La multiplication de l'usage de ce terme en a dilué le sens et augmenté la polysémie. Quel rapport entre la communication de deux amoureux, des hommes politiques, du gouvernement et la communication paradoxale au sein de la famille ?

Deux sens peuvent être donnés à « communiquer » le plus traditionnel consiste dans l'échange d'un message entre un émetteur et un récepteur. C'est parfois la vision caricaturale de l'information. Cette dernière passe de l'émetteur au récepteur sans retour. C'est dans cette acception que l'on dit que le cuivre communique la chaleur. Ce sens demeure toujours mais a correspondu surtout à la période de la deuxième guerre mondiale et de l'après-guerre. C'est un sens souvent lié à la notion de propagande.

Dans la communication il y a aussi retour du récepteur à l'émetteur. D'où le deuxième sens : communiquer, c'est mettre en commun.

En communiquant je peux rechercher trois effets transmettre de l'information, modifier l'opinion, changer le comportement de mon interlocuteur. Ces trois effets sont soit distincts soit complémentaires. Cela posé, il est indispensable de savoir ce que je veux.

Transmettre de l'information consiste à donner des connaissances par exemple sur une institution : le Conseil régional est élu à la représentation proportionnelle. C'est le passage obligé et premier de la communication.

Modifier l'opinion permet soit de renforcer une opinion existante, soit de l'infirmer. En reprenant l'exemple précédent je peux affirmer que le Conseil régional est utile à la construction des lycées dans la région.

Changer le comportement de mon interlocuteur, en l'occurrence l'électeur, est plus délicat. Il doit comprendre :

1. qu'il existe un Conseil régional ;

2. que ce Conseil régional est utile pour l'éducation de ses enfants ;

3. qu'il n'a pas voté aux dernières élections, mais que cette fois il doit se rendre aux urnes.

Ce cheminement montre clairement qu'il est inutile de demander à un électeur d'aller voter au Conseil régional s'il ignore son existence, et qu'une fois cette dernière prouvée il doit comprendre son utilité.

Avec le changement de comportement on atteint le point crucial de la communication. Modifier le comportement, c'est agir sur l'axe autorité-obéissance. Communiquer participe du pouvoir. Et l'on saisit immédiatement l'importance de la communication pour le pouvoir politique. Dans l'expression la plus simple le pouvoir politique est un rapport autorité-obéissance entre gouvernants et gouvernés. Mais le citoyen obéit s'il reconnaît la légitimité de celui qui commande. Toute l'évolution de ces rapports s'est faite pour que celui qui obéit sache pour quelle raison il le fait.

Quel moyen plus idéal que la communication pour ce faire ? Dès lors on comprend pour quelles raisons la communication est devenue un tel enjeu pour ceux qui veulent exercer leur autorité. En effet le gouvernement doit être attentif aux attentes des citoyens comme il doit expliquer les raisons de sa décision.

La justification du rapport autorité-obéissance passe par la légitimation du pouvoir grâce aux élections et au système représentatif qui en découle. Cette procédure de légitimation est constitutionnalisée, les acteurs en connaissent les règles du jeu.

La légitimation du pouvoir aujourd'hui - autorité-obéissance - passe aussi par la capacité des gouvernements à communiquer. Ce processus de légitimation échappe le plus souvent aux règles écrites et soumet les gouvernements et les gouvernés à des rapports de force dont ni les uns ni les autres ne maîtrisent parfaitement le fonctionnement. [...]

Pour Rousseau, le régime représentatif est incompatible avec la souveraineté populaire. En effet, si la souveraineté réside dans le peuple, c'est-à-dire l'ensemble des citoyens, ces derniers l'exercent eux-mêmes sans recours aux représentants. La volonté générale ne saurait être ni aliénée ni représentée. Il n'y a donc pas d'élection. Mais Rousseau, qui n'en est pas à un paradoxe près, va apporter des correctifs à cette vision idéaliste. Constatant que l'expression directe de la volonté générale est impossible dès que la collectivité est de quelque dimension, il admet l'élection mais avec deux précisions.

D'abord, le député n'agit que sur les instructions impératives de ses électeurs, ensuite la loi votée par le Parlement n'est parfaite qu'une fois ratifiée par le peuple. Telle est, résumée en peu de mots, la pensée rousseauiste sur le sujet.

Jean-Marie Cotteret, Gouverner c'est paraître


Aujourd'hui, grâce au numérique, la volonté générale (d'une collectivité considérable) peut s'exercer directement sans parasites politiques :

Tous cyberparlementaires...





Gouverner c'est paraître 

Pour réussir en politique, faut-il faire partie de ceux qui sont les plus apparents ? L'élection n'est plus la seule source de la légitimité des hommes politiques au pouvoir. Ceux qui possèdent l'aptitude à communiquer, la maîtrise des moyens audiovisuels, bénéficient d'une autorité sans égale : Le pouvoir appartient aux plus apparents.
Mais les règles du jeu cathodique échappent à toute norme. Ce livre permet de mieux comprendre pourquoi les discours politiques se vident de leur sens, pourquoi les hommes politiques se battent pour être en tête des sondages, pourquoi le pouvoir politique cherche à s'imposer à la télévision. Il plaide pour une remise en cause de la vie politique et propose des solutions concrètes comme une modification des fonctions du Parlement.




Cliquer sur la vignette pour feuilleter le livre 

Jean-Marie Cotteret, agrégé des Facultés de Droit, professeur émérite au Département de Science politique de la Sorbonne (Paris I), est ancien membre du Conseil supérieur de l'Audiovisuel.

Tuesday, October 30, 2012

La fuite





La fuite de Rousseau et de Cioran

Le goût de la marche réunit deux penseurs aussi différents que Rousseau et Cioran. Cela semblerait indiquer que cette activité physique n'a pas grand rapport avec les idées. Tous deux marchent longuement et heureusement mais ils pensent et défendent des idées très différentes. Imagine-t-on Cioran rédiger un Contrat social, disserter sur la pitié propre à tout homme ou encore faire l'éloge de la nature ? Cioran est un penseur de la ville, renvoyant chacun à sa solitude essentielle et moquant la complaisance dont nous nous enveloppons. Même si Rousseau n'a pas ménagé sa critique à l'égard du monde, il a toujours pensé une issue vers une amélioration de notre sort. Pour Cioran, c'est la condition même d'homme dont il faudrait pouvoir se libérer ; n'écrit-il pas : « L'homme sécrète du désastre. » (Syllogismes de l'amertume.)

Ces deux piétons ne piétinaient donc pas les mêmes obsessions et envisageaient le réel à la lumière d'un tempérament et de convictions sans commune mesure. Bien qu'opposés sur le plan intellectuel, Rousseau et Cioran auraient cependant pu faire un bout de chemin ensemble, marquant leurs dissensions mais avançant d'un pas égal, ne cédant pas un pouce dans leurs batailles d'idées et pourtant mêlant leurs souffles, aspirés vers un même sommet.

Jolie image mais trompeuse image. Aucune chance de voir Rousseau et Cioran se tenir par la main au cours d'une promenade car ce sont deux promeneurs solitaires. Si l'un le déplore quand l'autre s'en félicite, toujours est-il qu'ils marchent seuls. D'ailleurs, cette solitude n'est pas indépendante de leurs idées, ce pour quoi nous avons sans doute trop rapidement affirmé que la marche et la pensée occupent des parts de notre être étrangères l'une à l'autre.

En effet, si Rousseau se retrouve promeneur solitaire en proie à des rêveries, c'est bien comme il le précise parce qu'il n'a « plus de frère, de prochain, d'ami, de société que [lui-même] ». Or ce cruel destin lui est échu en raison des idées qu'il faisait profession de défendre et qui lui ont finalement attiré moins de considération que d'inimitié. Rousseau est donc un promeneur solitaire malgré lui, subissant sa condition comme un châtiment dont ses frères ont voulu l'accabler : « Ils ont brisé violemment tous les liens qui m'attachaient à eux. » (Rêveries du promeneur solitaire.)

Sa marche ressemble alors à un exil, à une retraite forcée hors du monde des hommes, en marge de leur affection et de leur reconnaissance. Rousseau se promène le long des malentendus qui le tiennent à distance des autres alors qu'il n'aspirait qu'a se fondre dans une communauté de semblables soudée par des sentiments et un idéal partagés. Ses pas suivent et approfondissent la frontière invisible et infranchissable que ses idées ont tracée entre lui et les autres.

Cioran ne marche pas sur la même ligne ni selon les mêmes motifs que Rousseau. Il marche pour s'éloigner, pour fuir et cherche volontairement cet exil qui lui découvrirait une terre sans hommes. Il lâche au détour de l'un de ses livres ce jugement définitif : « Il est possible que les hommes n'aient pas été chassés du Paradis, il est possible qu'ils aient toujours été ici. Ce soupçon, qui a sa source dans la connaissance, me les fait fuir. Comment respirer à l'ombre d'un être qui ne souffre pas des souvenirs célestes ? On arrive ainsi à calmer sa tristesse ailleurs et oublier avec dégoût d'où vient l'homme. » (Le Crépuscule des pensées.)

Son drame est de ne jamais échouer sur aucun continent inhabité et il maudit cet homme qui partout a laissé son empreinte. Cependant, quelques heures lui rendent un monde d'où l'homme a disparu : ce sont les heures abandonnées à la nuit, et aussi au silence, à la disparition. Cioran passe ces heures noires à marcher pour explorer ce no man's land, à la recherche du néant, ce néant que les hommes ont fait fuir loin des feux de leurs désirs et de leurs néons.

Durant ses nuits d'insomnie, il poursuit l'absence et presse les ombres qui fondent le réel en une nouvelle totalité. Le monde lui est rendu sous ses couleurs premières, il y distingue les signes d'une origine proche et insaisissable, d'un temps d'avant la Chute. Mais l'aube pointe finalement, et la foule agitée des êtres humains est en marche vers d'autres rendez-vous avec le dérisoire. Cette marche mécanique et accessoire ne ressemble pas à celle de Cioran, il ne met pas ses pas dans ces pas. Il n'a d'autre souci que de s'égarer, d'autre urgence que de se perdre, d'autre impératif que d'oublier.

Rousseau marche loin des autres mais n'aspire qu'à rejoindre les autres ; Cioran marche loin des autres mais n'aspire qu'à rejoindre le tout autre. En même temps, fidèles l'un et l'autre à leur nature d'être humain, ils sont soumis à la loi de la contradiction. Rousseau, lui, reconnaît un goût foncier pour la solitude et organise ses fuites loin des hommes : « Quand j'étais chez quelqu'un à la campagne, le besoin de faire de l'exercice et de respirer le grand air me faisait souvent sortir seul, et m'échappant comme un voleur, je m'allais promener dans le parc ou dans la campagne [...]. » (Rêveries du promeneur solitaire.) Cioran, de son côté, n'observe pas toujours ses semblables avec consternation et même, ils lui inspirent parfois des commentaires avenants : « Il est des regards féminins qui ont quelque chose de la perfection triste d'un sonnet », ou encore : « Les femmes déçues qui se détachent du monde revêtent l'immobilité d'une lumière pétrifiée », ou encore : «Le XVIIIe siècle français n'a dit aucune banalité. La France a d'ailleurs toujours considéré la bêtise comme un vice, l'absence d'esprit comme une immoralité. Un pays ou l'on ne peut croire en rien, et qui ne soit pas nihiliste !... Les salons furent des jardins de doutes. Et les femmes, malades d'intelligence, soupiraient en des baisers sceptiques... Qui comprendra le paradoxe de ce peuple qui, abusant de la lucidité, ne fut jamais lassé de l'amour ? Du désert de l'amertume et de la logique, quels chemins aura-t-il trouvés vers l'érotisme ? Et, naïf, par quoi fut-il poussé vers le manque de naïveté ? A-t-il jamais existé en France un enfant ? » (Le Crépuscule des pensées.)

Ainsi nos pas et nos idées, comme chez Rousseau et Cioran, s'entremêlent bien souvent et les uns et les autres s'entrecroisent pour former et ébaucher une trame singulière qui dit notre vie. Si nous marchons seul ou ensemble, seul et ensemble, le jour ou la nuit, le long de la mer ou en vue d'un sommet, vite ou lentement, ce n'est pas anodin. Nous traçons sur le monde et sa terre un sillon singulier que le vent, petit à petit, effacera mais nous aurons remué un peu de poussière, quelques idées et d'étranges rêves.

Christophe Lamour, Petite philosophe du marcheur.


Petite philosophe du marcheur

Si l'on en croit l'Histoire, les philosophes se sont très tôt révélés de grands marcheurs : Socrate dans les rues d'Athènes, Aristote et ses disciples qui se nommaient les péripatéticiens (d'un mot grec qui signifie lieu de promenade) parce qu'ils philosophaient en se promenant.



Cioran & le bouddhisme :

Monday, October 29, 2012

Putain d'usine




TOUS les jours pareils.

J'arrive au boulot (même pas le travail, le boulot) et ça me tombe dessus, comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme la brûlure de la balle sur la tempe.

Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons — et des collègues que, certains jours, on n'a pas envie de retrouver.

Même pas le courage de chercher un autre emploi. Trop tard. J'ai tenté jadis, j'aurais pu faire infirmier à l'HP, prof de lycée technique, et puis non, manque de courage pour changer de vie. Ce travail ne m'a jamais satisfait, pourtant je ne me vois plus apprendre à faire autre chose, d'autres gestes. On fait avec, mais on ne s'habitue pas. Je dis « on » et pas « je » parce que je ne suis pas seul à avoir cet état d'esprit: on en est tous là.

On en arrive à souhaiter que la boîte ferme. Oui, quelle délocalise, qu'elle restructure, qu'elle augmente sa productivité, qu'elle baisse ses coûts fixes. Arrêter, quoi. Qu'il n'y ait plus ce travail, qu'on soit libres. Libres, mais avec d'autres soucis.

On sait que ça va arriver, on s'y attend. Comme pour le textile, les fonderies..., un jour, l'industrie chimique lourde n'aura plus droit de cité en Europe.

Personne ne parle de ce malaise qui touche les ouvriers qui ont dépassé la quarantaine et qui ne sont plus motivés par un travail trop longtemps fait, trop longtemps subi. Qu'il a fallu garder parce qu'il y avait la crise, le chômage et qu'il fallait se satisfaire d'avoir ce fameux emploi, garantie pour pouvoir continuer à consommer à défaut de vivre.

Personne n'en parle. Pas porteur. Les syndicats le cachent, les patrons en profitent, les sociologues d'entreprise ne s'y intéressent pas : les prolos ne sont pas vendeurs.

On a remplacé l'équipe d'après-midi, bien heureuse de quitter l'atelier. C'est notre tour, maintenant, pour huit heures.

On est installés, dans le réfectoire, autour des tasses de café. Les cuillères tournent mollement, on a tous le même état d'esprit et aussi, déjà, la fatigue devant cette nuit qui va être longue.

Qui parlera de l'enfer salarial ?

Non pas obligatoirement pour la pénibilité, mais pour toute cette vie bouffée, une vie déjà trop petite que le salariat grignote encore davantage.

[…]

Un quart de siècle auparavant...

Dans mes archives, j'ai retrouvé ce tract, qui date d'il y a longtemps (1977 -78), que j'avais écrit avec un copain, Bernard, et que nous avions distribué lors d'une manif du ler Mai. Ce tract avait été très remarqué, même par la presse locale. Comme quoi, déjà, le travail me préoccupait...


1er MAI : DÉ-FÊTE DU TRAVAIL
C'EST-Y PAS L'TURBIN QUI T'USE ?

Tu « acceptes » de perdre un tiers de ton temps en travaillant et de gâcher les deux tiers restant à t'en remettre.

Tous les jours, jusqu'à la retraite, il faudra te lever à la même heure, faire le même trajet, les mêmes gestes, voir la même gueule du contre-maître gueulard, la même gueule de l'ingénieur qui joue le copain... Et le soir, il te faudra courir, abêti, pour rattraper ces huit heures perdues. En fait, tu le sais, ces huit heures répétées, tu ne peux plus les rattraper. Elles ont enrichi « ton » patron, mais toi, elles t'ont bousillé le corps et l'esprit. Ce à quoi tu as renoncé ne t'est jamais rendu.

Ce temps perdu, tes désirs non réalisés te sont échangés contre un salaire. Cette carotte qu'on te refile pour ta participation à produire des marchandises ne te permet que d'être un consommateur : pas de rendre ta vie passionnante.

Que ton turbin signifie peine, effort, harassement, cadences infernales, c'est vrai. Il est aussi ennui, inutilité, inefficacité, dissimulation. Que tu sois derrière un guichet, sur une chaîne, à sourire et à répondre sur commande, à monter la garde devant des usines, des manomètres, des pelouses, des enfants, des psychiatrisés, c'est toujours « plus tard», « après » que tu pourras VIVRE, AIMER, FAIRE L'AMOUR, RIRE, CRÉER, JOUER, TE BALADER.... Au bout du compte, tu t'aperçois bien que « ça ne vient pas », que ta vie c'est la survie.

On t'a dressé à produire car il n'y a que ce qui est produit qui est appropriable par tes maîtres. Ton plaisir ne les intéresse pas. Ne les intéressent que les semblants de plaisir : c'est ce qu'ils appellent ton temps de loisir : décervelages télévisés, week-ends, vacances Trigano, jeux patriolympiques, tiercé, loto, consommation de spectacles, etc.

Chômeur(se) ou toi qui n'as jamais bossé et qui cherches de quoi assurer ta survie, tu n'as pas à culpabiliser : le travail n'ennoblit pas !

Il est maintenant considéré à sa juste valeur : dans les usines et les bureaux, le ras l'bol s'amplifie. La CGT s'en est elle-même aperçue (pour préparer son 40e congrès, les militants posaient des autocollants : « Travailler en liberté surveillée, ne te laisse pas faire » et « Toute ta vie le même geste, ne te laisse pas faire», proposant comme solution d'adhérer à la CGT, ah récupération quand tu nous tiens !!!).

Les patrons aussi s'en sont aperçus, comme le prouve leur publicité : « On ne peut pas exiger des gens qu'ils aiment le travail, mais on peut rendre agréable leur lieu de travail. »

L'absentéisme gagne du terrain, les vols de matériel, les sabotages de pointeuses ou de la production sont de plus en plus fréquents.

L'outil de travail (ou plutôt d'exploitation) n'est plus préservé dans les conflits durs : en 1976, à Fos, les grévistes arrêtaient les machines en laissant solidifier l'aluminium dans les cuves chez Renault, des presses ont été mises hors d'état de nuire lors d'une grève; chez Évian, les bouteilles plastiques pleines ont été crevées sur les chaînes.

De la General Motors, aux USA, à la Fiat de Turin, le sabotage devient une pratique qui monte.

Les mouvements de résistance au travail, qu'ils soient individuels ou collectifs, se multiplient, en particulier chez les jeunes, et ça n'ira , qu en s aggravant...

Aujourd'hui, rien ne justifie que notre activité reste enfermée dans le travail. La solution n'est pas dans le retour à la vie primitive, mais dans l'utilisation maximum du machinisme, de l'automatisation liée à une réduction massive du temps de travail.

DEUX HEURES PAR JOUR AUJOURD'HUI
C'EST POSSIBLE !

TANT VA LE PROLO AU BOULOT
QU'À LA FIN IL SE LASSE !

TRAVAILLEURS DE TOUS LES PAYS,
UNISSONS-NOUS
ET ARRETONS DE TRAVAILLER !

Groupe Contre le Génocide par le Travail et
Contre la Fatigue et la Détresse dues au Travail


Jean Pierre Levaray, Putain d'usine.

Putain d'usine 

Ouvrier dans l'agglomération rouennaise, Jean Pierre Levaray ne fait pas secret de son travail d'auteur cherchant à s'évader du monde qu'il décrit : celui de l'exploitation quotidienne du travail posté dans une usine de produits chimiques. 

Saturday, October 27, 2012

Souffrance animale, rendez-vous à Guéret





Aujourd'hui, le ciel est gris, il fait froid et il pleut. Mais je vais aller en Creuse, à Guéret, pour y manifester contre l'horrible mort des animaux.

Les religieux sont parvenus à imposer leur barbarie à la France. Dans notre État laïc, une partie importante du cheptel est égorgée sans étourdissement préalable au nom de croyances d'un autre âge. Maintenant, dans un grand nombre d'abattoirs, les bêtes agonisent durant 14 minutes.

Carte de France des abattoirs qui pratiquent l'égorgement rituel :


Friday, October 26, 2012

Les origines du Système




Une partie de l'extrême droite française, encore accrochée au catholicisme, de préférence intégriste (antisémite, antimaçonnique, anticommuniste...), a toujours dénoncé la mondialisation orchestrée par les sociétés secrètes et la finance.

Ainsi, Jacques Bordiot (1900-1983), qui appartenait à cette mouvance radicale, était radicalement opposé au Système. En pleine guerre froide, il écrit :

« Le « Système » se compose d'un petit nombre d'« initiés », appartenant à la plus haute finance internationale, qui poursuit actuellement le vieux rêve messianique d'un gouvernement mondial sous l'autorité d'une oligarchie apatride.

On en tient l'aveu du Dr Carroll Quigley l'un de ces initiés. Dans son livre Tragedy and Hope (Tragédie et Espoir, 1966), il affirme que l'objectif de cette oligarchie est « rien moins que la création d'un Système mondial d'hégémonie aux mains de quelques personnalités capables de dominer la politique de chaque pays et l'économie mondiale tout entière ».

A l'heure présente, le Système enserre le monde entier dans un réseau complexe d'alliances de familles, de holdings communs, de sociétés multinationales imbriquées étroitement à la tête. Il se prétend assez puissant pour tenir à sa merci même les « pays derrière le rideau de fer ou de bambou ». Ce qui fait dire au docteur Bella Dodd, ancien membre du Bureau du Parti Communiste américain :

« Je crois que le complot communiste n'est qu'une branche d'un complot beaucoup plus important. » (W. Cleon Skousen)

Les origines du Système

John Ruskin (1819-1900), héritier d'un riche marchand de vin de Londres, prit ses grades à Oxford. En 1870, il était nommé titulaire de la chaire des Beaux-Arts à cette aristocratique université, qu'il allait perturber quelque peu. Car, féru de sociologie, il entraîna ses élèves – vite devenus ses disciples – dans une étonnante série d'expériences communautaires sous le couvert d'une St George's Guild (Confrérie de Saint-Georges), pour l'instauration d'un climat socialiste dans l'agriculture et l'industrie. La Confrérie fut un échec, mais ses adeptes demeurèrent toute leur vie fidèles aux conceptions de Ruskin.

Elles n'avaient rien d'original. C'était en fait une synthèse de La République de Platon, de la Panorthosie de Coménius, du Code de Weishaupt de Knigge et de la Synarchie de Saint-Yves d'Alveydre, mais surtout du Manifeste de Karl Marx, le tout accommodé à la façon aristocratique.

Si Ruskin professait que l’État devait s'emparer de tous les moyens de production et de distribution en vue d'assurer autoritairement le bien de la communauté – et peu lui importaient les idées de démocratie et de liberté – laissait entendre à ses élèves qu'ils constitueraient la « classe privilégiée » : « Mon but constant, disait-il, a été de démontrer la supériorité éternelle de quelques hommes sur les autres, parfois même d'un seul sur tous les autres ».

Mais, ajoutait-il, sans le partage des traditions aristocratiques avec les classes inférieures non seulement de Grande-Bretagne, mais aussi du monde entier, la minorité privilégiée serait finalement balayée par la masse, d'où la perte des traditions et, par suite, un recul de la civilisation.

Aussi ses disciples d'Oxford : Arnold Toynbee, Alfred (futur Lord) Milner, Arthur Glazebrook, George (sir George) Parkin, Philip Lyttleton Gell, et Henry (sir Henry) Birchenough. ; et ceux de Cambridge : Reginald Baliol Brett (Lord Esher), Sir John B. Seeley, Albert (Lord) Grey, et Edmund Garrett, conçurent un projet d'« Extension de l'idée anglophone » qu'ils communiquèrent au journaliste William T. Stead ; celui-ci les mit en relations avec Cecil Rhodes. Et le 5 février 1891, Rhodes et Stead constituèrent, avec les disciples de Ruskin, une société secrète dont Rhodes rêvait depuis seize ans.

Cecil Rhodes était alors Premier ministre de la colonie du Cap. Et immensément riche : fondateur, avec l'appui de trois banquiers juifs, Lord Rothschild, Alfred Beit et Barney Barnato, de la Consolidated Gold Fields, pour l'exploitation des places d'or du Transvaal, et de la De Beer Consolidated Mines, qui s'octroya le monopole du diamant, il jouissait d'un revenu estimé à un million de livres (25 500 000 francs-or). D'autre part, il avait obtenu une charte royale pour une British South Africa Company, destinée à la mise en valeur des territoires situés au nord du Transvaal ; mais surtout à la construction d'une ligne de chemin de fer, épine dorsale d'une future Afrique Orientale britannique du Cap au Caire. Un tel impérialisme ne pouvait manquer d'être conquis par le projet d'« Extension de l'idée anglophone ».

Rhodes et Stead organisèrent leur société secrète sur le modèle des « cercles concentriques ». Animé par Cecil Rhodes, le « cercle intérieur » se composait d'un Comité exécutif : Stead, Brett et Milner, coiffant un Cercle d'Initiés, comprenant notamment Arthur Balfour, Arthur Gray, Harry Johnston et Lord Rothschild. Il était prévu un « cercle extérieur », dénommé Association de Bienfaiteurs, constitué plus tard par Milner sous le nom de Table Ronde.

Certains ont attribué le caractère secret de la société au fait que, parmi ses fondateurs, plusieurs et non des moindres appartenaient à la Franc-maçonnerie.

D'autres aux tendances socialistes inspirées de Ruskin. ll est certain que, sous le règne de la reine Victoria, proposer l'abolition de la propriété alors que le prince de Galles est «landlord » des deux tiers de Londres, et l'instauration d'une dictature cooptée par des « initiés » sous un régime monarchique héréditaire, impose le secret comme précaution élémentaire. Surtout lorsque les doctrinaires de cette société n'hésitent pas à prôner, d'après Platon, de jeter bas, au besoin par la force, tout régime ou toute structure sociale existants, afin que les nouveaux dirigeants puissent disposer d'une « toile nette » pour l'organigramme de leur « société idéale ».

Mais le motif le plus puissant du secret tient, évidemment, au but même de la société : l'exploitation de l'impérialisme britannique non point pour la plus grande gloire et les intérêts de la mère-Patrie, mais pour le triomphe de la «classe privilégiée » de Ruskin.

En vertu de son principe, l'« extension de l'idée anglophone », la société Rhodes-Stead a exercé ses activités dans deux directions : d'une part, la constitution de l'Empire britannique en confédération sous la direction du Royaume-Uni – et ce fut l'origine du Commonwealth ; d'autre part, l'élargissement de cette confédération aux États-Unis.

Pour gagner les élites, la société fit attribuer à ses affiliés des chaires dans plusieurs universités. Rhodes consacra une partie de sa fortune à fonder un Centre (Rhodes House) à Oxford, et des bourses (Rhodes scholars) ; Milner en fit autant pour la Toynbee Hall, premier institut colonial du monde.

La pesse ne fut pas négligée. Certains de ses membres prirent le contrôle de divers quotidiens et périodiques ; en outre, des « initiés » furent poussés à des postes-clefs dans d'autres organes de Presse – telle Miss Flora Shaw, future Lady Lugard, nommée chef de rubrique Affaires coloniales du Times jusqu'en 1912, avec audience internationale.

Ces activités exigeaient beaucoup d'argent. Outre les subventions assurées par Rhodes et les financiers Milner, Brett, Lord Rothschild, des fonds importants étaient réunis par un groupe de banquiers, ayant pour chef de file Lazard Brothers de Londres, San Francisco et New York, coopérant avec la banque Morgan de New York.

Ainsi, la société Rhodes-Stead fut fondée et soutenue par des membres de la Haute Finance internationale.

La Table Ronde

Avant de mourir en 1902, Cecil Rhodes avait désigné comme exécuteur testamentaire Alfred Milner, Gouverneur général et Haut-Commissaire britannique en Afrique du Sud depuis 1897.

A peine avait-il pris ses fonctions que Milner s'entoura d'un groupe de jeunes gens – « Milner's Kindergarten » (le jardin d'enfants de Milner) – frais émoulus d'Oxford et de Toynbee Hall. Il fonda avec eux, en 1909, une association semi-secrète, The Round Table (La Table Ronde), « cercle extérieur » de la société Rhodes-Stead. Dès 1915, elle répartissait des Groupes de la Table Ronde dans sept pays : Angleterre, Afrique du Sud, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Indes et États-Unis l'ensemble dirigé de Chatham House, à Londres.

Ces groupes se tiennent en liaison étroite par correspondance et par de fréquentes visites entre eux. Mais aussi par une revue trimestrielle, The Round Table, fondée en 1910 à Chatham House, dont aucun article n'est signé, pour ménager le secret sur l'origine des informations, voire des directives,
qui y sont publiées.

Au départ, la Table Ronde eut les mêmes bailleurs de fonds que ceux de la société Rhodes-Stead, notamment les frères Beit, Sir Abe Mailey, la banque Lazard Brothers et la banque J .P. Morgan de New York ; puis le Rhodes Trust de George Parkin, et la famille Astor, propriétaire du Times, le Carnegie United Kingdom Trust, les Rockefeller, les Whitney, etc.

La Table Ronde de New York était plus mélangée. Elle comptait parmi ses membres Frank Aydelotte, George Louis Beer, Whitney Shepardson, Jerome D. Greene, Thomas W. Lamont, associé de la banque Morgan, les Journalistes Walter lippmann, du New York Herald Tribune, Erwin D. Canham, ancien « Rhode scholar » d'Oxford, rédacteur au Christian Science Monitor, et quelques autres.

La pénétration dans les universités fut facilitée par le fait que, aux États-Unis, elles sont ouvertement subventionnées par des financiers. Le groupe Morgan avait la haute main sur Columbia, sur Harward – où il entretient toujours un Centre Dillon et une bibliothèque Lamont –, et, par Thomas W. Lamont, il partageait son influence sur Yale avec les Whitney, qui eux-mêmes contrôlaient Princeton.

La Presse sous l'influence de la Table Ronde comprenait en particulier les New York Times, New York Herald Tribune, Washington Post, et surtout le puissant Christian Science Monitor, dont le rédacteur en chef était le correspondant de The Round Table, et auquel collaborait Lord Lothian, premier rédacteur en chef de The Round Table.

En 1914, l'affilié William Straight, associé de J.P. Morgan et allié aux grandes familles de financiers Payne, Whitney, Vanderbilt, etc., fondait une revue The New Republic, dont la direction fut confiée à un représentant de Wall Street, Walter Lippmann, allié aux Whitney.

D'après l'«insider» Carroll Quigley, « l'intention à l'origine de la création de cette revue était de fournir un moyen d'expression à la gauche progressiste et de l'orienter insensiblement vers l'anglophilie ».

ON RETROUVE DANS LA CREATION DE CETTE REVUE LES TROIS CARACTERISTIQUES DE TOUTES LES ORGANISATIONS QUI D'ECOULERONT DE LA SOCIETE RHODES-STEAD EN SE PRECISANT DANS LE TEMPS :

- UNE TENDANCE SOCIALISANTE ;

- UNE TENDANCE ANGLOPHILE ;

- LA PROGRESSION VERS UN GOUVERNEMENT MONDIAL. »

Jacques Bordiot, Le gouvernement invisible.



Le samedi 26 septembre 2009, au micro de Colombe Schneck, animatrice de l'émission Les liaisons heureuses de France Inter, Alain Minc a reconnu l’existence d'un gouvernement mondial secret : "On croit qu’il n’y a pas de gouvernance mondiale, c’est faux. Il y a une forme de gouvernance mondiale sauf qu’elle n’est pas codifiée, elle est empirique, elle est implicite, mais elle est décisive."

Le gouvernement invisible

Thursday, October 25, 2012

L'empoisonnement des populations





Existe-t-il un programme d'extermination d'une grande partie de la population mondiale ?

Des sites conspirationnistes affirment que les chemtrails, la nourriture industrielle, des médicaments ont pour but de tuer lentement un grand nombre de personnes. S'agit-il de délires paranoïaques ?

En tout cas, en Afrique du sud, un tel plan d'extermination a bien été conçu, comme l'affirme Tidiane N'Diaye, un anthropologue mondialement connu.


« Jusque vers la fin du XXe siècle, écrit Tidiane N'Diaye, l'Afrique du Sud se singularisait par un impitoyable régime politique d'intolérance et d'exclusion. La majorité noire était mise à l'écart et dépouillée de la totalité de ses droits. Les Blancs (ou Afrikaners), descendants d'immigrants européens, généralement néerlandais ou français, y avaient toujours vécu leur particularité ethnique comme celle d'une race à part et supérieure aux Noirs — le genre de comportement présent chez beaucoup de groupes humains, ethniquement constitués et tant soit peu conscients de leur singularité, dans un monde qui bouge. Devenus économiquement le groupe le plus puissant, ces Afrikaners soumirent leurs compatriotes noirs à un système de ségrégation raciale dit de l'apartheid , et qui devait les plonger, des décennies durant, dans les ténèbres de l'oppression et de l'humiliation.

Apartheid, ce mot afrikaans ou néerlandais, est emprunté au français. Il signifie : « tenir à part » ou « développement séparé ». C'est en 1948 qu'une telle idéologie fascisante et fondée sur la race fut appliquée en programme de gouvernement, avec la venue au pouvoir du Parti national de Daniel François Malan. La plupart des leaders de cette formation politique extrémiste avaient fait leurs classes au sein des écoles nazies en Allemagne dans les années 1930. Particulièrement fascinés par la « pureté raciale », ils mirent en avant le thème du « péril noir » et de la « perte d'identité» pour justifier leur politique. Le délire de ces futurs Führers ne connaissait ni mesure ni humanité.

Avec la découverte des crimes nazis, le monde entier pensait pourtant avoir pris la mesure exacte de la cruauté de l'homme et de la fragilité de sa condition. Mais selon G. Aschkinasi, longtemps après la fin du second conflit mondial, il existe « un bon nombre de mouvements néonazis en Afrique du Sud. L'un d'eux, le Broederbond, compte seulement onze mille membres parce qu'il ne veut recruter que l'élite. Or 80 % des députés du Parti nationaliste actuellement au pouvoir font partie de ce Broederbond dirigé par un certain Meyer, lui-même chef de l'African Broadcasting Corporation. Ce Meyer a nommé son fils "Izan" (anagramme de nazi)... ». D'une manière générale, dans ce pays, la minorité blanche extrémiste ou modérée restait invariablement persuadée que toute autorité est d'essence divine. Elle avait soigneusement conservé son héritage du calvinisme des premiers immigrants, longtemps restés à l'écart de l'évolution doctrinale de l'Europe protestante.

Dans leur lecture « fondamentaliste» de la Bible, l'État est né de Dieu et son devoir est de protéger ses sujets (même de manière sélective) des menaces extérieures. Surfant sur cette ligne ténue qui sépare la raison de l'absurde, ces illuminés prétendaient encore, au XXe siècle, « assurer la sécurité de la race blanche et de la civilisation chrétienne par le maintien honnête des principes de l'apartheid ». Ainsi, au début des années 1980, ils ressentirent comme une catastrophe la perspective de la libération de Nelson Mandela et de l'inévitable instauration d'une démocratie électorale. Ce bouleversement attendu fit réaliser au pouvoir blanc combien une révolution politique de l'Afrique du Sud lui était défavorable. La règle un homme = un vote = une voix était une véritable menace pour le poids politique de la communauté afrikaner.

Dès lors l'analyse était simple pour les plus extrémistes d'entre eux; moins il y aurait de Noirs à voter, moins la minorité blanche serait menacée. Dans un premier temps, le Freedom Front, une organisation politique de droite, envisageait l'établissement d'un territoire afrikaner autonome. Mais certains milieux plus extrémistes pensaient pouvoir en finir autrement avec la « question noire ». L'un des aspects les moins connus des horreurs de la politique d'apartheid fut le projet criminel, ourdi par le pouvoir blanc, tendant à l'extermination partielle ou totale de la population noire. En août 1986, peu de temps après son investiture à la magistrature suprême, le plus communautariste des hommes d'État afrikaners, le président Pieter Botha, annonçait la couleur Voici l'effrayante allocution (publiée par le Sunday Times) qu'il prononça devant un public sélectionné pour expliquer, le plus naturellement du monde, comment il comptait s'y prendre pour «génocider » les Noirs d'Afrique du Sud :

« Mes Afrikaners blancs bien-aimés.

« Je souhaite la grandeur à vos frères et sœurs au nom de notre sang tout entier. Au nom de notre précieux pays et en mon nom personnel, moi, Botha, président de la république d'Afrique du Sud, je profite de cette occasion pour vous remercier et vous féliciter pour votre courage et votre détermination du fait que vous m'avez investi pour porter haut le destin des Afrikaners. Nous sommes en train de traverser des moments difficiles. J'ai donc décidé de vous assurer de mon dévouement et de ma solidarité envers vous aussi bien dans le feu que dans la tempête.

« Nous vivons au milieu de grands sauvages, qui en veulent à notre sang, et qui nous haïssent et qui veulent nous arracher ce que nous avons acquis. Mais n'oubliez pas que nous sommes un peuple solide et uni. [...] Ne me regardez pas simplement comme Botha, comme son nom l'indique, mais plutôt comme un véritable esprit vivant et une promesse pour vos frères et sœurs blancs. En vérité, en vérité, je vous le dis, voici une terre donnée par Dieu et pour laquelle nous devrons nous battre jusqu'à la dernière goutte de notre sang. [...] Nous ne pouvons pas rester là, debout, à regarder ce que nous avons créé s'effriter et être démoli par ces barbares et paresseux "Kaffirs". Pretoria a été conçue et créée par les Blancs et pour les Blancs. Nous ne sommes pas obligés de prouver à quiconque, et encore moins aux Noirs, que nous sommes un peuple supérieur. Nous l'avons démontré aux Noirs mille et une fois.

« La République sud-africaine, telle que nous la connaissons, n'a pas été créée par une pensée fantaisiste. Nous l'avons créée par notre intelligence et au prix de notre sueur et de notre sang. Le sang de mis pères s'est versé sur cette terre pour notre salut. Nous avons dès lors la lourde responsabilité de sauvegarder notre patrimoine, notre histoire et notre fierté. Celui qui lutte pour sa survie et pour son droit n'a pas tort. Bien-aimés, vous êtes au courant, vous, de tout le non-sens propagé dans le monde entier à notre sujet. On nous a collé sur le dos tout ce qu'il y a de mauvais ; alors que nous ne sommes pas pires que d'autres. Pensez-y, mes honorables citoyens, le racisme dont ils parlent n'a pas commencé avec les Afrikaners blancs. Il a toujours été un fait dans cette vie.

« J'essaie simplement de vous prouver qu'il n'y a rien d'inhabituel que nous fassions et que les soi-disant mondes civilisés n'aient fait ou qu'ils ne soient en train de faire. [...] Nous sommes tout simplement un peuple honnête et qui a une philosophie claire sur la façon dont il veut vivre sa vie de peuple blanc. Nous n'affirmons pas, comme les autres Blancs, que nous aimons les nègres. Le fait que les nègres ressemblent aux êtres humains et agissent de même ne fait pas nécessairement d'eux des êtres très doués d'intelligence. Les crapauds ne sont pas des porcs-épics et les lézards ne sont pas des crocodiles tout simplement parce qu'ils se ressemblent. Si Dieu avait voulu que nous soyons égaux aux nègres, il nous aurait créés uniformément avec la même couleur, avec la même intelligence. Mais il nous a créés différents : BLANCS, NÈGRES, JAUNES.

« Les dominateurs et les dominés. Intellectuellement, nous sommes supérieurs aux nègres, cela a été prouvé sans équivoque depuis plusieurs années. Je crois que l'Afrikaner est un homme honnête et une personne qui craint Dieu, et qui a démontré de manière pratique la vraie façon de vivre. Il ne s'engage pas dans l'hypocrisie de tous les autres qui prétendent aimer, en scandant l'atmosphère politique en substance, ou qui font croire au monde qu'ils sont meilleurs et qu'ils s'intéressent plus que nous à l'avenir de l'humanité. Pourtant, nous donnons aux nègres des emplois et mille et une indemnités. De toute façon, il est réconfortant de savoir que, derrière ce scénario, l'Europe, l'Amérique, le Canada, l'Australie sont les uns et les autres avec nous en dépit de ce qu'ils disent.

« En ce qui concerne les relations diplomatiques, nous savons tous quel langage il faut utiliser et où nous devons l'utiliser. Pour justifier mon point de vue, je vous demande de me dire s'il y a un seul pays blanc qui n'ait pas investi ou qui n'a pas d'intérêts en Afrique du Sud. Qui achète notre or ? Qui achète nos diamants ? Qui fait du commerce avec nous ? Qui nous aide à développer l'arme nucléaire ? La vraie raison est que nous sommes leur peuple et qu'ils sont notre peuple. C'est là un grand secret. La force de notre économie repose sur l'Amérique, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, etc. Et j'ai sur ma liste un certain nombre d'États nègres et pas des moindres ! Camarades Afrikaners, le désir de puissance n'a pas commencé avec nous. Il n'est pas dans le destin d'un poussin de manger un épervier. Il est naturel que le poussin soit mangé par l'épervier. Mais ne sont-ils pas tous des oiseaux ? La loi de la nature veut que le petit poisson soit mangé par le gros poisson.

« Nous sommes dès lors intimement convaincus que le nègre est une matière première pour le Blanc. Ainsi, Frères et Sœurs, unissons ensemble nos efforts pour combattre le diable noir. J'exhorte tous les Afrikaners à mettre leur esprit de créativité au service de cette guerre. Dieu ne peut assurément pas se détourner de son peuple que nous sommes. Depuis toujours, chacun d'entre nous a pu constater, à la lumière de faits, que les nègres sont incapables de se diriger eux-mêmes ! Donnez-leur des fusils, ils vont s'entre-tuer les uns les autres. Ils sont tous des bons à rien, sauf quand il s'agit de faire du bruit, danser, épouser plusieurs femmes et se livrer à la débauche. Vous n'avez qu'a regarder autour de vous pour voir ce que les États nègres indépendants ont réalisé jusqu'à présent.

« Ne savons-nous pas ce qui arrive au Ghana, au Mozambique, au Soudan, en Ouganda, au Nigeria, en Égypte, pour ne citer que ceux-là. Rien d'autre que le chaos, le carnage, la corruption, la famine comme c'est le cas en Éthiopie. Acceptons donc que le nègre soit le symbole de la pauvreté, de l'infériorité mentale, de la paresse et de l'incompétence émotionnelle. N'est-il pas plausible, dès lors, que le Blanc a été créé pour commander le nègre. La nourriture, en tant que support du génocide que nous allons perpétrer à l'encontre des Noirs, devra être utilisée. Nous avons développé d'excellents poisons qui tuent à petit feu (poisons à mettre dans la nourriture) et qui possèdent, en plus, la vertu de rendre les femmes stériles. Notre seule crainte est qu'une telle arme ne tombe entre leurs mains puisqu'ils seront prêts à l'utiliser contre nous, si nous considérons ces innombrables nègres qui travaillent pour nous en tant que domestiques.

« Quoi qu'il en soit, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous garantir que cette arme restera exclusivement entre nos mains. Par ailleurs, la plupart des Noirs sont corruptibles par l'argent. Je dispose d'un fonds spécial pour exploiter cette situation. La vieille règle qui consiste à diviser pour mieux régner est encore valable aujourd'hui. Nos experts devront travailler jour et nuit pour opposer le nègre à son frère nègre. Son sens inférieur de la morale doit être exploité intelligemment. Voici une créature qui n'a aucune vision lointaine des choses. Nous nous devrons de le combattre avec des projets s'étendant dans une si longue durée qu'il ne puisse même pas l'imaginer. Le nègre ne planifie jamais sa vie au-delà d'une année. Cette opportunité par exemple doit être exploitée.

« Mon service spécial mène un travail contre la montre en vue d'une opération à long terme. J'adresse une requête spéciale aux mères afrikaners leur demandant de doubler les naissances. Il est nécessaire de déclencher un boom de naissances à l'échelle industrielle, en créant des centres où nous employons et encourageons des jeunes hommes et des femmes blanches qui produisent des enfants pour la Nation. Nous étudions aussi la possibilité des inséminations artificielles comme moyen pour faire augmenter notre population à travers des mères volontaires. Pour le moment, nous devons être vigilants pour nous assurer que les hommes noirs sont séparés de leurs femmes, et imposer des pénalités aux femmes qui portent un enfant illégitime, on ne peut avoir un enfant qui n'est pas le sien. [...] J'ai un comité qui travaille à la mise au point des meilleurs moyens pour dresser les nègres les uns contre les autres en encourageant les meurtres entre eux.

« Les cas de meurtres entre nègres devront être légèrement punis afin de les encourager. Mes hommes de science ont découvert un moyen qui, en versant dans leur breuvage un produit approprié, permet d'obtenir un empoisonnement à petit feu et une stérilisation complète. En travaillant sur les boissons et leur manufacture, on pourrait ainsi réduire leur population. Notre combat pour l'unité entraîne l'utilisation de jeunes filles blanches en vue de l'utilisation de ce poison qui tue à petit feu. Notre guerre ne consiste pas à utiliser la bombe atomique pour détruire le nègre ; nous devons plutôt utiliser notre intelligence à cette fin, Il est plus efficace d'entreprendre l'opération personne par personne.

« Comme on raconte qu'un Noir meurt en allant au lit avec une Blanche, nous avons là une opportunité unique. Nos mercenaires du sexe devront en sortant être accompagnées de combattants de l'apartheid camouflés pendant qu'elles feront tranquillement leurs opérations, en administrant le poison en question et en endommageant les grossesses de ces négresses auxquelles ils se seraient liés d'amitié. Nous sommes en train de réformer l'escadrille des mercenaires du sexe en y introduisant des hommes blancs qui auront pour tâche de courtiser les femmes noires vulnérables. Nous avons reçu des requêtes de prostituées d'Europe et d'Amérique qui sont désespérées et qui sont prêtes à être utilisées. L'argent peut faire quelque chose pour vous et, comme nous en disposons, nous pouvons en faire meilleur usage. Pendant ce temps, bien-aimés citoyens blancs, ne prenez pas à cœur ce que le monde dira et n'ayez pas honte d'être appelés racistes.

« Je ne suis pas le genre d'être appelé l'Architecte et le Roi de l'Apartheid. Je ne deviendrai jamais un singe parce qu'une personne m'a appelé singe. Je serai toujours votre star lumineuse, Son Excellence Botha. Mon dernier appel est que les opérations dans les maternités devront être intensifiées. Nous ne payons pas les responsables des services hospitaliers pour qu'ils aident les jeunes enfants noirs à venir dans ce monde, mais pour qu'ils les éliminent à la naissance. Si ce service travaillait efficacement une grande tâche serait achevée. Mon gouvernement a mis de côté un fonds spécial afin que ce programme soit exécuté de façon sournoise dans les hôpitaux et cliniques. » *

Ce délire effrayant de Pieter Botha, qu'on dirait sorti tout droit de Mein Kampf, n'est pas resté au stade de projet. Après le démantèlement de l'apartheid, la commission « Vérité et réconciliation » mise en place par Nelson Mandela, et présidée par l'archevêque Desmond Tutu, devait auditionner ses exécuteurs. À l'issue d'un grand déballage à huis clos, on apprendra qu'un certain Wouter Basson, alias « docteur La Mort», a été pendant plus de dix ans à la tête d'un programme connu sous le nom de code : Project Coast. Selon Tristan Mendès-France, journaliste et documentariste, auteur du livre Dr La Mort, enquête sur un bioterrorisme d'État en Afrique du Sud : « Certains dirigeants du pouvoir sud-africain décidèrent d'œuvrer, afin de contrecarrer les votes noirs. Le gouvernement de l'apartheid mit sur pied une unité spéciale chargée du Chemical and Biological Warfare, nom de code : Project Coast. Le docteur Wouter Basson, surnommé "Dr La Mort", fut chargé de l'exécution de ce sinistre projet. Le but était de procéder à des recherches ultra-secrètes, pour concevoir une molécule mortelle, sensible à la mélanine qui pigmente la peau des Noirs. En somme une arme de destruction massive, pour exterminer la population noire. »

En effet, à cinquante-deux ans, fils de cantatrice, brillant chimiste et ardent patriote, Wouter Basson eut pour mission d'exécuter l'un des projets politico-militaires les plus effroyables de l'après-guerre. Il était médecin dans l'armée et général de brigade. L'homme était bien connu dans de nombreux pays pourtant démocratiques tels que les États-Unis, l'Angleterre, Israël, la Suisse et la France, qui avaient bénéficié de ses services. Leurs milieux militaires spécialisés dans la guerre biochimique avaient régulièrement collaboré à ses travaux. Il semble que, pour contourner les traités de non-prolifération des armes de destruction massive, plusieurs démocraties occidentales aient fait sous-traiter leurs recherches par le régime de l'apartheid. Elles avaient pour la plupart signé des conventions leur interdisant les expérimentations de ce genre d'armes. Or leur précieux partenaire économique, l'Afrique du Sud, disposait de laboratoires sophistiqués et, surtout, d'un terrain d'expérimentation humaine favorable. En outre, les services secrets de ces « États propres », qui profitaient des travaux du « Mengele sud-africain », voulaient éviter que son savoir-faire et ses stocks ne tombent entre les mains d'« États voyous », en fait plus voyous qu'eux I Ce projet d'élimination des Noirs bénéficiait d'un budget assez important, alloué par le gouvernement sud-africain. L'objectif était de créer un laboratoire militaire technologiquement suréquipé, dans la banlieue proche de Pretoria, à Roodeplaat.

Quant au programme, il visait à mettre sur pied un arsenal biochimique comprenant plusieurs volets. D'abord il prévoyait le développement d'armes spécifiques et leur stockage. Ces « produits » devaient générer ou amplifier des pandémies comme le choléra, le virus Ébola et le VIH. Selon certains spécialistes africains ayant témoigné devant la commission «Vérité et réconciliation », le VIH avait été introduit jusque dans les préservatifs, pour augmenter les risques de contamination. Des travaux étaient menés pour concevoir des produits destinés à stériliser en masse la population noire. Le « docteur La Mort» fabriquait aussi des cigarettes à l'anthrax pour inoculer le virus par voie pulmonaire à ses victimes. Des témoignages l'attestent : « Le docteur Wouter Basson inoculait du poison à des détenus, dont Nelson Mandela. Il créait des vaccins spéciaux pour chaque "race", stérilisait des cobayes noirs et inondait les centres-villes de drogue comme l'ecstasy. » Enfin, le dernier volet consistait à créer une substance mortelle uniquement pour les Noirs. Il s'agit de poisons ethniquement sélectifs, qui ne devaient réagir qu'à la mélanine qui pigmente leur peau. Ils auraient à ce titre été fabriqués et diffusés à l'aide d'aliments de grande consommation comme le lait, le chocolat, le sucre, le tabac, la bière, etc. Pendant les auditions de la commission «Vérité et réconciliation », plusieurs anciens membres des forces spéciales du régime de l'apartheid ont avoué avoir contribué à la propagation des éléments criminels fabriqués par Wouter Basson. Ce dernier fut arrêté et inculpé de quarante-six chefs d'accusation (meurtre, escroquerie, trafic de drogue, etc.).

Devant la Haute Cour de Pretoria, l'homme n'a pas nié les faits qui lui étaient reprochés. Pour sa défense, Basson prétendait qu'il n'avait travaillé que pour endiguer la vague du communisme. Un argument bien pratique pendant la guerre froide. Il devait ajouter que son arsenal criminel avait été mis au point avec l'aide technique, matérielle et financière de puissances occidentales, dont la France, l'Allemagne et les États-Unis. À la stupeur générale, le 12 avril 2002, la cour qui le jugeait conclut : « Le ministère public n'a pas prouvé de manière irréfutable que le docteur Basson avait participé à un complot, en vue de fournir des produits dangereux à des populations noires. » Basson fut acquitté et aucun des pays occidentaux accusés d'avoir collaboré à ses travaux n'a voulu présenter la moindre excuse ou envisager des dédommagements.

Desmond Tutu devait parler d'un « jour sombre pour l'Afrique du Sud ». En fait Basson n'était qu'un lampiste. Il se chuchotait depuis longtemps que le programme criminel dont il avait la charge était financé par le gouvernement sud-africain avec la complicité de nombreux pays étrangers. »

Tidiane N'Diaye, Par-delà les ténèbres blanches.





Tuesday, October 23, 2012

L'antitradition et ses agents





Paul-Georges Sansonetti reprend des thèses de René Guénon et critique le cosmopolitisme et le nomadisme modernes. Toutefois, rappelons que René Guénon, immigré français converti à l'islam, a terminé sa vie en Égypte.

Il est maintenant certain que des événements marquants ne sont pas le fait du hasard mais résultent d'une action secrète menée par des personnages qui, la plupart du temps, demeurent prudemment dans l'ombre : « inconnus parmi les inconnus mais puissants parmi les puissants », pour reprendre ici une formule entendue jadis dans un célèbre feuilleton télévisuel français (Il s'agissait d'une série tragi-comique intitulée Les Compagnons de Baal). On dénomme « conspirationnisme » ou encore « théorie du complot» ce soupçon d'instrumentation de l'Histoire.

Croire à un complot ou simplement se poser des questions sur l'existence possible de manipulations dans les coulisses de la politique mondiale vous rendra obligatoirement suspect aux yeux de ce que nous conviendrons de nommer l'« idéologiquement correct ». Toutefois, malgré cela, nombre de personnes font preuve de scepticisme à l'égard des versions gouvernementales concernant des faits particuliers. Pour s'en convaincre, il suffit de voir quelle polémique prend actuellement de l'ampleur au U. S. A. sur la tragédie du 11 septembre 2001 ; et ce, à la suite de révélations et d'enquêtes qui contredisent gravement la thèse officielle. Il serait loisible de citer d'autres exemples, moins dramatiques heureusement, qu'illustrent de colossaux scandales financiers. De chaque côté de l'Atlantique, des citoyens se disent « on nous ment » et la fameuse phrase affirmant que « la vérité est ailleurs »(Devise de la célébrissime série télé X Files.) rallie tous les esprits rebelles au « nouvel ordre mondial » concocté par ceux qui, sous couvert d'organismes officiels (et officieux, sont fréquemment les agents d'une« centrale» totalement secrète dont nous allons parler. Des agents, précisons-le, pas obligatoirement conscients du plan général élaboré par la centrale en question. Dotés de pouvoirs décisionnaires à l'échelon international, ces individus apparaissent d'autant plus motivés qu'ils sont convaincus du bien fondé de la «mondialisation» : l'avenir des peuples ne pouvant, selon eux, que s'inscrire dans le contexte d'une éradication des identités ethnoculturelles afin de laisser place à une société planétaire dont l'unique finalité consisterait à « faire tourner » un système économico-financier. Le citoyen d'un futur proche ne serait enraciné nulle part mais trouverait sa banque partout.

En vérité, ces stratégies mondiales ne sont que la « couverture extérieure » d'un projet d'envergure faisant référence à des concepts d'autant plus redoutables qu'ils conduisent à tenter de contrecarrer par les moyens les plus divers (y compris le terrorisme et le déclenchement de guerres) la marche des événements telle que l'explicitait la Tradition. Pour comprendre quels sont les enjeux, c'est la conception cyclique de l'Histoire qu'il faut aborder à présent.

LES QUATRE ÂGES ET L'INVOLUTION

Selon les sociétés antiques, le cycle de l'Humanité actuelle se partage en quatre périodes principales. Ce thème est présent dans les textes sacrés de différents peuples, principalement indo-européens, des écrits védiques jusqu'à ceux des Vikings. La civilisation hellénique, par la voix d'Hésiode (qui vivait au VIIIe siècle avant notre ère) associait chacun des Âges à un métal.

En premier, l'Or symbolisait la perfection lumineuse d'une humanité supérieure. Puis, au fur et à mesure que se succédèrent les Âges d'Argent, d'Airain et de Fer, l'espèce humaine, perdant progressivement les prodigieuses capacités qui étaient siennes aux commencement du cycle, entra dans une longue phase involutive et non pas évolutive comme se plaisent à le croire paléontologues et historiens. À la fin de l'Âge de fer, l'immense majorité des êtres se retrouve privée du souvenir des temps premiers et, en conséquence, de ce qui pouvait encore constituer une référence d'ordre spirituel capable de faire obstacle à la disparition des spécificités nationales et régionales.

En effet, déraciné du sol ancestral, « nomadisé » (selon le souhait de Jacques Attali) par sa profession ou ses loisirs qui l'envoient d'un bout à l'autre de la planète, un tel être perd obligatoirement les repères ethnoculturels inhérents à son éducation et qui, bien que souvent succincts, faisaient écho à des thèmes fondateurs. Ainsi, autrefois, sur les bancs de l'école, un Français de souche découvrait ses lointains ancêtres: d'abord mystérieux constructeurs de mégalithes, puis celtes, gallo-romains, francs et, à partir de ces derniers, le monde médiéval où, recueillant le savoir, des monastères enseignaient aux chevaliers à n'exister que par une droiture pareille à l'épée tandis et que des fraternités du travail érigeaient basiliques et cathédrales rassemblant toute la société. Sur la base de ces connaissances élémentaires, des données plus énigmatiques pouvaient transparaître ; telles, entre autres, que la fameuse « ligne rouge » (réactivée par les Mérovingiens) devenue le méridien de Paris et dont le rôle secret - mais lisible pour toute personne s'intéressant à l'ésotérisme et à l'œuvre de René Guénon en particulier - consistait à rappeler l'existence du « Centre suprême ». Situé dans l'extrême nord du monde, jouxtant le Pôle, ce lieu aurait vu, durant l'Âge d'Or, l'épanouissement d'une supra humanité à l'origine des civilisations que devait porter notre continent. Inutile de dire que ce concept est proprement inadmissible pour les historiens officiels.

Comme le montrent Guénon et les principaux penseurs de la Tradition, le Centre suprême ayant disparu avec l'Âge premier, des « centres secondaires » furent créés de façon à faire en sorte que le souvenir de ce qui existait au commencement perdure dans les esprits. C'est ainsi que le cœur sacré du monde grec antique, Delphes, constituait un « centre secondaire » symboliquement relié à l'Âge d'Or par la lumineuse figure d'Apollon. Avaricum (Bourges) en Gaule, Rome pour le monde italique, Toletum (Tolède) avec les Celtibères ou le mont Om chez les Daces (devenus des Roumains) en sont d'autres exemples européens. Cette «géographie sacrée» (selon la formule de Jean Richer), ou « géographie symbolique » (pour Guénon), sinon «secrète» (dirait Robert Maestracci) « et désormais clandestine » (ajouterait Pierre-Émile Blairon) jointe à tout un légendaire local et régional, enracinait des images fondamentales - puisque répondant aux fondements de l'être ainsi qu'à ceux, occultés, de la civilisation - offrant, en certaines circonstances, la possibilité de retrouver les véritables origines de l'Humanité ou, pour le moins, d'une partie d'entre elle car tous les peuples n'ont pas le même destin.

C'est donc la mise en mémoire de l'Âge d'Or qu'une certaine idéologie en révolte contre l'ordre divin et qui allait devenir prédominante dans le monde modernes c'est efforcée d'effacer. René Guénon a dénommé « antitradition » cette idéologie. Mais quelle en est donc l'origine ?

DE L'HYBRIS A L'ANTITRADITION

Hésiode nous dit que l'Hybris, l'infatuation du « moi » humain, l'orgueil, serait apparu dès l'Âge d'Argent. Les individus, «ne pouvant détourner leur immense violence les uns des autres » et « privant les dieux immortels de leur culte », furent donc saisis par l'« égoïté » qui suscite l'antagonisme et, conséquemment, ils se détournèrent du respect qu'implique l'ordre divin.

L'Hybris devait s'accentuer encore à l'Âge d'Airain et marquer si fortement les populations vouées à subir le dernier Âge placé sous le signe du Fer que, prévient Hésiode.« chacun détruira la ville de l'autre » et, en un temps où l'on honorera « le fauteur d'injustice»,« le mal n'aura plus de remède ».

Évoquant l'engloutissement de l'Atlantide dans son Critias, Platon précise que c'est l'orgueil de ses princes qui fut à l'origine de cette catastrophe. En effet, nous dit-il, «tant que la nature du dieu se fit sentir suffisamment en eux, ils obéirent aux lois et restèrent attachés au principe divin auquel ils étaient apparentés ». Ainsi, «ils n'étaient pas enivrés par le plaisir de la richesse( ... ) Mais quand la portion divine qui était en eux s'altéra par un fréquent mélange avec un élément mortel considérable et que le caractère humain prédomina ( ... ) ils se conduisirent indécemment ( ... ) tout infectés qu'ils étaient d'injuste convoitise et de l'orgueil de dominer ».

Comme on le voit, la prédominance de l'humain développe l'Hybris et, conséquemment, provoque le rejet de la dimension spirituelle - et des lois divines qui lui sont indissociables - tandis que surgit un irrépressible désir de richesse matérielle annonciateur de l'obsession affairiste et bancaire du présent monde. Là serait la source ténébreuse de l'antitradition.

Si l'on fait correspondre les quatre Âges de la tradition védique indienne qui, en tout, durent 60.000 ans – un manvantara – à ceux que mentionne Hésiode, 24.000 ans seraient dévolus à l'Or, 18.000 à l'Argent, 12.000 à l'Airain et 6000 au Fer. À en croire certains auteurs, l'Atlantide aurait été engloutie environ moins 10.000 ans avant notre ère, date qui situerait l'événement au milieu de l'Âge d'Airain.

Durant les millénaires qui suivirent ce cataclysme, les civilisations en gardèrent le souvenir et, à partir de centres secondaires et de mythes spécifiques, des autorités spirituelles s'efforcèrent d'éviter que les influences pernicieuses, cause du désastre atlante, ne contaminent les mentalités. Ce qui explique, dans l'Égypte antique, l'omniprésence du « dieu » redoutable, Seth, symbolisant l'état d'esprit qui, en chaque individu, s'oppose avec virulence aux puissances divines. On peut en dire autant de Loki, équivalent de Seth dans la religion des Vikings. Ces deux entités renvoient à un même concept de verrouillage et d'en fermement, de barrage et d'arrêt. En effet, l'initiale hiéroglyphique du nom Seth représente un verrou exprimant l'idée de « fermeture » que manifeste ce « dieu » associé à l'aridité (donc à l'absence de vie) du désert et, selon certains philologues, le nom de Loki aurait donné en français un mot dérivé du germanique, «loquet», tandis qu'en anglo-saxon fock signifie « serrure», « fermeture ». Pour la tradition chrétienne, le diable, étymologiquement, est celui qui coupe le chemin, sous entendu qui fait obstacle au sacré. On pourrait dire que le « blocage » représenté par ces figures maléfiques va prendre corps dans la pensée humaine - principalement européenne - à travers des interprétations matérialistes et « mécanistes » de l'existence et de l'univers.

Guénon et d'autres penseurs montrent que l'antitradition est indissociable de la « matérialisation du monde ». De fait, les anciens peuples et ceux qu'un certain Occident scientiste et imbu de lui-même a qualifié de « primitifs » percevaient la dimension spirituelle de toute chose. Ainsi l'individu n'était pas réduit, comme actuellement, à sa seule existence physiologique – matérielle – puisqu'il se savait possesseur d'un « Double », corps de nature subtile et, disent tous les enseignements initiatiques, support d'états par lesquels émergerait l'immortalité d'une personne. Selon la pensée matérialiste les êtres et les choses n'ont d'existence que par leur densité. Désormais, tout se ramenant à la substance, les humains ne sont que des corps périssables et rien ne survit lorsque la physiologie entre en décomposition. Dans ces conditions comment le divin aurait-il une existence ? À cet égard, il est pour le moins significatif qu'un nombre important de scientifiques proclament haut et fort leur athéisme.

Pour autant, n'allons pas croire que c'est également le cas des individus formant le sommet de l'antitradition. Ces derniers savent parfaitement à quoi s'en tenir, tant sur la notion de divin que sur celle de cycle et c'est précisément parce qu'ils ont connaissance de cela qu'on les devine farouchement déterminés à réaliser leur projet planétaire de suppression des diversités ethnoculturelles reliant chaque peuple à son fondement originel.

« LE RÈGNE DE LA QUANTITÉ » ET LA FINANCE

Au cours des siècles, les personnages dont nous parlons apprirent à se servir avec une rare habileté des situations sociétales qu'engendraient obligatoirement les lois de l'involution. En particulier, pour ne prendre que l'une de ces lois, ce que Guénon a précisément nommé - titre de l'un de ses ouvrages les plus magistraux - Le Règne de la Quantité. Un règne qui, de nos jours, a pour effet le développement exponentiel de la population mondiale, entraînant la nécessité de productions pléthoriques dans tous les domaines, aussi bien pour le nécessaire que pour le superflu puisque l'impératif prioritaire de la présente civilisation se résume à un verbe: vendre ! Nous vivons dans un monde marchand et la monnaie s'impose comme l'expression la plus évidente de la quantification. Tout est désormais subordonné aux flux monétaires et chaque personne en est dépendante. li est alors évident que la finance internationale (pléonasme !) joue un rôle essentiel dans le conditionnement des individus en les rendant dépendants d'un réseau complexe et contraignant de servitudes matérielles qui, la vie durant, les écarteront de toute perception de concepts susceptibles de rappeler les origines. Annonçant à saint Jean l'écroulement de la Babylone symbolique – sorte de nouvelle Atlantide par l'orgueil et la richesse – un ange, en apostrophant la cité maudite, proclame la raison de cette destruction : « parce que tes marchands étaient les potentats de la terre, parce que tes maléfices ont jeté toutes les nations dans l'égarement ».

En outre, un second barrage a été mis en place sous l'apparence d'un mouvement informel apparu voici quelques décennies et dénommé new age. Ses multiples expressions - et certaines sectes en émanent – constituent une sorte d'exutoire spiritualisant en regard du matérialisme ambiant. De l'alimentation « bio » à des séances de méditation (mêlant yoga, Zen et techniques dites « relaxantes » utilisant des fonds sonores) en passant par des dérivés de la psychanalyse, le new age se propose d'adoucir les contraintes du monde moderne. Une façon aussi d'insinuer qu'il n'y a pas incompatibilité entre les sociétés traditionnelles et la nôtre tandis que l'on assiste à la constitution d'une sorte de patchwork élaboré à partir de fragments de traditions diverses récupérées aux quatre coins de la planète et répondant à une volonté de mondialiser le sacré ; ce qui ajoute encore à la confusion générale et, on l'aura compris, n'a pas d'autre but que de gommer les spécificités propres à chaque ethnie. Pour les personnes choisissant cette voie en espérant s'extraire de la sécheresse utilitariste régissant les actuelles sociétés, il ne faut donc pas s'attendre à d'éventuelles retrouvailles avec les origines. Le new age n'est qu'une annexe sournoise (et, là encore, souvent très lucrative) de la modernité.

DÉMASQUER L'ANTITRADITION

l'espoir de certains, une élite spirituelle parvenait à émerger, elle ne pourrait en aucun cas inverser le courant puisque la masse des peuples demeurerait imperméable à tout ce qui ne relève pas de préoccupations bassement matérielles et cantonnées dans l'étroitesse humaine. L'actuel spectacle d'une civilisation en pleine confusion et déliquescence pourrait faire croire que l'antitradition et ses agents sont parvenus à leurs fins.

Cependant, au début de cette brève étude, nous disions que, malgré les efforts déployés par l'antitradition pour occulter ses manœuvres de politique internationale, une partie du public se montre de moins en moins dupe. C'est en déchirant progressivement un rideau de leurres que des individus déterminés parviendront à entrevoir ce qui a été dissimulé aux peuples de la planète. Alors on découvrira que sous prétexte d'établir la mondialisation il s'agissait en réalité d'arracher ces peuples (quelle qu'en soit l'ethnie, faut-il le préciser) à leurs terres ancestrales, physiquement mais surtout moralement, afin de leur imposer une existence uniquement fondée sur la dévotion de l'argent ... et la crainte d'en être dépourvu ! Le sentiment tenace qu'il existe une organisme directeur secret contrôlant toute la haute finance afin de remodeler le monde – en défaisant ou refaisant des nations lorsque nécessaire – conduira inévitablement à l'interrogation suivante : dans quel but ? La réponse est déjà connue des esprits rebelles qui, parallèlement aux orchestrateurs de l'antitradition, possèdent une vision cyclique (et non point, redisons-le, progressiste) de l'Histoire : faire en sorte qu'au moment où le dernier Âge s'achèvera, les conditions requises pour le retour de la Tradition ne soient plus réunies et que les peuples se révèlent dans l'incapacité d'exister selon des valeurs – non cotées en Bourse ! – qui constituaient la normalité du monde traditionnel et sont maintenant en exil des consciences. Des valeurs nommées droiture, honneur, humilité (inverse de l'Hybris), fidélité, don de sa personne et, au sens médiéval du terme, « cœur », c'est-à-dire le courage inséparable de la générosité. Alors, même si, selon l'espoir de certains, une élite spirituelle parvenait à émerger, elle ne pourrait en aucun cas inverser le courant puisque la masse des peuples demeurerait imperméable à tout ce qui ne relève pas de préoccupations bassement matérielles et cantonnées dans l'étroitesse humaine.

Mais, ainsi que le précisent les textes sacrés, ce serait oublier que le triomphe d'un pareil cosmopolitisme voué à la quantité ne sera que de courte durée. L'achèvement du cycle devant obligatoirement marquer l'éviction de tout ce qui ne s'inscrit pas dans la procédure d'un retour de l'Âge d'Or. Car, selon l'analyse pertinente de René Guénon, « Le redressement de l'instant ultime doit apparaître, de la façon la plus exacte, comme un renversement de toute chose par rapport à l'état de subversion dans lequel elles se trouvaient immédiatement avant cet instant même ». Reste que, par l' Hybris qui les aveugle, les hauts responsables de l'antitradition ne peuvent qu'ignorer ces propos et se condamnent à une dramatique fuite en avant.

Paul-Georges Sansonetti 


N° 6 de la revue « Hyperborée », éditée par le CRUSOE, Centre de Rechercha Universitaire Sur les Origines de l'Europe.