Sunday, September 30, 2012

L'Étoile de la Rédemption




En 1982, lorsque L'Étoile de la Rédemption fut publié aux Éditions du Seuil (grâce à Olivier Mongin, qui dirigeait alors la collection Esprit) dans la magnifique traduction d'Alexandre Derczanski et Jean-Louis Schlegel, le livre fut salué comme marquant la découverte d'un grand philosophe jusque-là inconnu en France. Annonçant la prochaine sortie du livre, ainsi que celle du commentaire qui l'accompagnait , la revue Le Débat avait présenté L'Étoile de la Rédemption comme « l'un des ouvrages philosophiques les plus importants de notre époque », et comme « le dernier grand livre peut-être, porté par une inspiration religieuse ».

Paru en Allemagne six ans avant L'Être et le Temps, l'ouvrage de Rosenzweig anticipait, par beaucoup de ses thèmes, certaines des idées centrales du livre de Heidegger. Emmanuel Levinas s'en était inspiré dans Totalité et Infini, dont l'introduction rendait un hommage appuyé à Franz Rosenzweig et à L'Étoile de la Rédemption. Cette redécouverte de Rosenzweig en France marquait, en effet, la fin d'une longue éclipse. Lors de sa parution en 1921, L'Étoile de la Rédemption était passé presque inaperçu. Seul le jeune Gershom Scholem (il était âgé alors de 23 ans) avait compris d'emblée l'importance de cette œuvre, et en avait instamment recommandé la lecture à son ami Walter Benjamin, qui en avait été d'ailleurs profondément marqué. Mais l'Allemagne des années 20 avait d'autres soucis. Dans une Allemagne ruinée par la défaite, bouleversée par l'écroulement du régime impérial, menacée par l'anarchie et la Révolution, voici qu'un livre entreprenait d'élaborer une vaste construction spéculative qui, tout en se présentant comme universelle, se réclamait de certaines des catégories fondamentales de la pensée juive.

En 1929, Rosenzweig mourut ignoré par ses contemporains. Quatre ans plus tard, l'avènement du nazisme allait marquer la fin du judaïsme allemand, qui, de Moses Mendelssohn à Martin Buber, en passant par Heine et Kafka, Marx et Freud, Einstein et Schönberg, avait apporté à la civilisation de l'Europe moderne une contribution si exceptionnelle. Du même coup, l'œuvre de Rosenzweig allait être pratiquement oubliée, sauf par quelques initiés.

L'Étoile de la Rédemption porte clairement la marque de l'époque qui l'a vu naître. Conçu entre 1917 et 1918 dans les tranchées des Balkans, où Rosenzweig servait dans les rangs du corps expéditionnaire allemand, rédigé en six mois, de juillet 1918 à février 1919, le livre (comme le Tractatus de Wittgenstein, écrit à la même époque et dans des conditions comparables) a comme toile de fond l'écroulement, dans le feu et dans le sang, de l'Europe traditionnelle et des valeurs qu'elle incarne. Quelques mois auparavant, Rosenzweig avait publié, sept ans après l'avoir terminée, sa thèse de doctorat, Hegel et l'État, dans laquelle il reconstruisait minutieusement la genèse et les différentes étapes de la pensée politique de Hegel. Mais dans l'intervalle sa vision du monde, et en particulier son attitude vis-à-vis de Hegel, avaient radicalement changé. Ce qui l'avait amené à rompre brutalement, non seulement avec la pensée politique de Hegel, mais surtout avec sa philosophie de l'histoire et avec la métaphysique qui la sous-tendait, avait été l'expérience directe de la guerre.

Comme beaucoup d'hommes de sa génération, Rosenzweig avait vécu la guerre de 1914-1918 comme une catastrophe historique sans précédent, comme l'écroulement d'un ordre séculaire où s'attestait la stabilité d'une civilisation européenne, qui, par-delà guerres et révolutions, avait su garantir un minimum d'équilibre politique entre les nations, une apparence de paix civile dans la société, et où l'homme semblait occuper sa place naturelle dans l'harmonie générale du monde. Mais de ce sentiment largement partagé, Rosenzweig avait tiré une leçon philosophique de portée universelle. Pour lui, les champs de bataille de 1914-1918 ne marquent pas seulement la fin d'un ordre politique ancien, mais la ruine de toute une civilisation fondée, depuis les Grecs, sur la croyance en la capacité de la pensée de mettre en lumière la rationalité ultime du réel. Toute la tradition philosophique occidentale se résume dans l'affirmation selon laquelle le monde est intelligible, qu'il est en fin de compte transparent à la raison, et que l'homme lui-même n'acquiert sa dignité que dans la mesure où il fait partie de cet ordre rationnel.

Or, pour Rosenzweig, ce sont précisément ces présuppositions que la guerre de 1914-1918 est venue désavouer à jamais devant le spectacle du carnage insensé auquel se livrent les nations européennes — celles-là mêmes qui avaient inventé l'idéal philosophique d'un monde régi par le Logos il n'est plus possible d'affirmer que le réel est rationnel, ou qu'à la lumière de la Raison le chaos originel se transforme nécessairement en un cosmos intelligible.

D'un autre côté, l'individu, censé s'épanouir comme sujet autonome dans un monde réglé par la Raison, devient, dans la logique meurtrière instaurée par la guerre, un simple objet de l'histoire, quantité négligeable, numéro matricule sans visage, emporté malgré lui, avec des millions d'autres, dans le tourbillon des batailles. Or, dans sa Philosophie du droit. Hegel avait soutenu l'idée que tous les « peuples historiques » avaient été, chacun à son tour, investis par l'Esprit universel (Weltgeist) de la mission de faire progresser la Raison dans l'histoire et que cette mission les autorisait, pour la durée de leur domination, à régenter le monde selon leur bon vouloir. Rosenzweig avait décelé dans cette thèse, inspirée à Hegel par le spectacle des guerres napoléoniennes, la source philosophique du nationalisme moderne. Depuis la Révolution française, avait-il écrit dès 1916, tous les peuples occidentaux se pensent, de manière plus ou moins consciente, comme porteurs d'une mission universelle. C'est pourquoi il avait déchiffré la guerre de 1914-1918 comme un affrontement de nationalismes à caractère messianique. Aux yeux de Rosenzweig, l'expérience de la guerre avait été décisive, non pas parce qu'elle réfutait la philosophie de l'histoire de Hegel, mais au contraire parce qu'elle en confirmait la tragique vérité. « Hegel pris au mot » : telle était pour lui la clef de cette guerre où se révélait la logique secrète de l'histoire de l'Europe moderne. Dans la Philosophie du droit, Hegel avait soutenu l'idée que la civilisation européenne (qu'il dénomme « civilisation germanique ») représente l'accomplissement suprême de l'histoire universelle. En poussant cette idée jusqu'à sa conséquence logique, ne faut-il pas dire alors que l'écroulement, dans le feu et le sang, de l'Europe des États nationaux signifie en même temps la faillite de l'histoire universelle elle-même ? Telle est en tout cas l'une des affirmations centrales de L'Étoile de la Rédemption : l'histoire de l'Occident, qui est elle-même le dernier avatar de l'histoire universelle, repose nécessairement sur la violence et la guerre.

Le refus radical de l'histoire représente un des aspects centraux, et certainement les plus étonnants, de la pensée de Rosenzweig. On peut en distinguer deux autres, très différents en apparence, bien qu'en réalité ils finissent par s'articuler parfaitement les uns aux autres dans la logique interne de sa pensée : d'une part, une critique radicale de toute la philosophie occidentale, « de l'Ionie jusqu'à Iéna », et de son projet central, qui est de penser l'Être, c'est-à-dire d'englober la totalité du réel dans le système de la Raison ; d'autre part — et peut-être avant tout — le caractère spontanément religieux de sa vision du monde. Pour Rosenzweig, la guerre de 1914-1918 avait définitivement condamné la thèse centrale de toute la tradition philosophique occidentale, celle de l'identité fondamentale de l'Être et de la Pensée. Contre cette thèse, qui culmine dans l'idéalisme allemand, Rosenzweig se réfère à un autre système de représentations qui, parce qu'il lui paraît plus spontanément enraciné dans le concret de l'expérience, rend compte plus fidèlement que la philosophie classique de la réalité de l'homme et du monde : celui de la pensée religieuse, telle qu'elle s'était exprimée d'abord dans la vision du monde de l'Antiquité grecque, puis dans les catégories du judaïsme et du christianisme.

Ce qui, pour Rosenzweig, caractérise la philosophie occidentale, c'est qu'elle a toujours aspiré à rendre compte de la totalité du réel. Or, cette vision de la réalité comme Totalité, qui prétend libérer l'homme en le soumettant à un ordre raisonnable. l'enferme en réalité dans un système de lois anonymes, indifférentes à son destin personnel. La critique de la Totalité trouve sa source, chez Rosenzweig, dans le sentiment aigu que l'homme éprouve de son existence de sujet, existence qu'aucun système ne pourra jamais absorber. Cette évidence se dévoile à lui à travers deux expériences qui sont toutes deux de nature religieuse : l'angoisse devant la mort, dans la mesure où l'homme y prend conscience de sa finitude essentielle, et l'expérience personnelle de la Révélation, où il se découvre dépendant d'une altérité absolue qui le dépasse infiniment.

L'Étoile de la Rédemption s'ouvre par l'évocation de la première de ces deux expériences, alors que la description de la seconde forme le cœur du chapitre central du livre. Sur l'horizon de la guerre, le cri d'angoisse de l'individu devant la menace de la mort imminente exprime à la fois sa révolte devant la violence qui lui est faite — et qui, dans ce cas précis, est la violence de l'histoire —, et l'affirmation d'une évidence élémentaire, celle de son irréductible existence de sujet. C'est au moment où l'individu — défini comme simple partie d'un Tout — est menacé d'anéantissement, que le sujet en lui s'éveille à la pleine conscience de son unicité. Ce renversement paradoxal, par lequel la conscience fulgurante de sa condition mortelle révèle soudain à l'homme la réalité irréfutable de son existence personnelle, représente à la fois l'expérience originelle dont la philosophie de Rosenzweig est issue, et la figure de rhétorique qui sous-tend en permanence le déploiement de sa pensée. Celle-ci aboutira, à la fin de la troisième et dernière partie du livre, à une théorie de la vérité par laquelle la construction du système s'achève.

Dans cette théorie de la vérité se dévoile ce qui fait l'essentiel de la pensée religieuse de Rosenzweig, à savoir le parallélisme rigoureux entre le judaïsme et le christianisme, comme les deux paradigmes les plus accomplis de la Révélation. Pour Rosenzweig, l'essence du fait religieux renvoie moins à une attitude subjective qu'a la réalité quasi ethnologique d'un ordre spécifique, celui du sacré. Celui-ci est constitué par un temps, un espace et un rituel particuliers, vécus à travers l'appartenance à une communauté spécifique. Mais au-delà de leur horizon commun, ces deux paradigmes religieux sont profondément différents, et ce avant tout parce qu'ils symbolisent deux rapports opposés à l'histoire.

Pour Rosenzweig, la chrétienté incarne une visée collective vers la Rédemption à travers la réalité du monde et de l'histoire. Le peuple juif au contraire (dans sa pure essence religieuse) dessine le modèle d'une existence collective entièrement arrachée à l'histoire et qui anticipe, dès aujourd'hui, le monde de la Rédemption. Théorie paradoxale, dans la mesure où elle semble inverser la représentation que ces deux religions ont d'elles-mêmes : le christianisme est tout entier fondé sur l'idée que le Messie est déjà arrivé, le judaïsme sur la croyance en son avènement encore à venir. C'est que Rosenzweig ne part pas des contenus dogmatiques de ces deux religions, mais de leur réalité sociale et de leur place dans l'histoire. De ce point de vue, judaïsme et christianisme sont donc complémentaires. Le premier anticipe le modèle d'une humanité réconciliée, l'autre travaille à son avènement. Tous deux témoignent de leur propre part de vérité, mais la « Vérité-Une » les transcende l'un et l'autre.

Depuis la parution, il y a trente ans, de L'Étoile de la Rédemption en traduction française, l'analyse de la pensée de Rosenzweig s'est considérablement développée. Celle-ci avait d'abord été interprétée, surtout aux États-Unis et en Allemagne, comme une version religieuse de la philosophie de l'existence et comme une première tentative de mettre en lumière les convergences et les différences entre judaïsme et christianisme. C'est à Emmanuel Levinas que l'on doit la redécouverte de la dimension proprement philosophique de cette pensée, et avant tout de l'importance centrale, chez Rosenzweig, de la critique de l'idée de Totalité. A la suite de la réception en France des travaux de Hannah Arendt, la constellation intellectuelle des années 1980 avait été dominée par la critique du totalitarisme idéologique et politique. La pensée de Rosenzweig permettait de donner à cette critique un soubassement métaphysique, en soulignant l'affinité entre l'idée d'un Logos tout-puissant prétendant rendre compte de la réalité tout entière, y compris de la singularité irréductible du sujet, et la tyrannie d'idéologies visant à régenter le monde.

Cette affinité devint particulièrement sensible en 1986, lors du premier congrès international consacré à Rosenzweig à Kassel, où un groupe de jeunes philosophes polonais d'inspiration néo-marxiste témoigna du rôle central qu'avait joué pour eux la philosophie politique de Rosenzweig, et en particulier sa critique de l'État. Depuis, les études sur les aspects spécifiquement philosophiques de la pensée de Rosenzweig, en particulier sur sa conception du temps et sur sa philosophie du langage, se sont multipliées de par le monde.

En France, les travaux du regretté Jacques Rolland, de Guy Petitdemange, Bernard Dupuy, André Neher, Arno Münster, Dominique Bourel, Gérard Bensussan, Marc de Launay et Marc Crépon, Catherine Chalier, Pierre Bouretz, et ceux de Paul Ricœur, Jean-Luc Marion, et de Jacques Derrida ont mis en lumière l'actualité d'une pensée qui n'a pas fini de nous sur-prendre, et qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

Stéphane Mosès, L'Étoile de la Rédemption, préface à la deuxième édition.


Saturday, September 29, 2012

Gomo Tulku, le lama rappeur




Pendant la pause d’une session de mixage, dans un studio d’enregistrement à Milan, Gomo Tulku, un artiste de Hip Hop tibétano-américain, joue le sample qu’il va insérer dans l’intro de son premier single – un ensemble vocale qui ressemble étrangement à un chant du Bouddhisme tibétain. Un de ses producteurs italiens l’avait programmé sur son clavier, et quand Gomo l’a entendu pour le première fois, se rappelle-t-il, il a dit « c’est une drogue, je le veux. Yo, c’est ma culture ! »

Assis derrière la console multi-pistes, pivotant sur sa chaise Aeron et discutant avec les ingénieurs qui travaillent sur le mix (« Si, perfecto, bello »), Gomo Tulku ressemble comme deux gouttes d’eau à un aspirant rappeur : jeans, doudoune noire, chapeau Pork Pie gris, lunettes oversize noir et or Super (la marque milanaise préférée de Jay-Z et de Rihanna). Mais le jeune homme de 23 ans n’est pas vraiment le tombeur qu’il incarne dans la vidéo de son premier single, « Photograph », où il boit dans un club et conduit une limousine pendant qu’une foule de beautés italiennes à longues jambes l’assaillent. Gomo est connu comme « le lama rappeur ». On l’a préparé toute son enfance à devenir un lama de haut rang, et la vidéo a causé un petit tollé au sein de la communauté bouddhiste en ligne. Mais Gomo ne boit quasiment pas d’alcool, et il insiste sur le fait que « Photograph » est une chanson de rupture salutaire sur la seule histoire d’amour qu’il a eu depuis son départ du monastère. « Écoutez les paroles ! » dit-il. Le style beau gosse du hip hop était une idée de son directeur italien.

Le mot tulku, dans le nom de Gomo, fait référence à son statut – dans la tradition tibétaine, un tulku est la réincarnation d’un haut lama récemment décédé, « reconnu » dans un jeune garçon par le biais d’une procédure mystique de présages et de visions. Gomo a été consacré par le Dalaï-lama lui-même, et l’histoire de la propre reconnaissance de ce dernier est bien connue en occident – un jeune paysan venu d’un coin paumé arrive comme par magie à identifier les possessions préférées de son prédécesseur – ce qui a servi de base à une publicité de 2002 pour les M&M's.

Gomo a appelé son single « Take One » (première prise), parce que « c’est ma première prise, la première véritable expérience de ma vie en tant que laïc dans ce monde matérialiste », dit-il. Gomo, tibétain né au Québec et élevé au Canada, dans l’Utah et en Inde, a suffisamment de bon sens pour comprendre que les années qu’il a passées en tant que moine au crâne rasé constituent une irrésistible trame de fond pour un MC (« Master of Ceremony », c'est-à-dire un rappeur). Sa boucle sonore digitale – un grondement hypnotique de Oms qui ressemble à un croisement entre le coassement du crapaud-buffle et une guimbarde baissée de plusieurs tons - « évoque un univers de moines en robes bordeaux et safran soufflant dans des trompettes en os. Mais cela pose également la question suivante : quand le Dalaï-lama, âgé de 77 ans, quittera la scène, ce monde fait de 1500 ans de traditions religieuses et d’explorations spirituelles se réduira-t-il à un ersatz samplé dans une chanson hip hop ?

L’Amérique a été colonisée par le Bouddhisme tibétain a un degré extraordinaire. Le noyau de la communauté comprend peut-être 100 000 pratiquants purs et durs dans tout le pays.

Tout autour, gravitent plusieurs millions de voyageurs spirituels qui vont peut-être acheter les best-sellers du Dalaï-lama ou assister à ses conférences (il a acquis un statut de rock-star, depuis qu’à New York il a attiré une foule de 65 000 personnes venues à Central Park juste pour l’entendre parler). Aider à alimenter le phénomène est un pouvoir soft (mais réel) qui rend sa cause célèbre et constitue une deuxième religion dans le monde de la solidarité : des stars d’Hollywood comme Richard Gere gravitent dans l’entourage américain du Dalaï-lama, les concerts constellés de stars organisés par feu Adam Yauch des Beastie Boys (qui était pratiquant du Bouddhisme tibétain) pour soutenir la cause tibétaine, sans oublier les statues de Bouddha, les thangkas (peintures sacrées sur toile), et les drapeaux de prières qui ornent les studios de yoga du coin et les clubs de forme dans tout le pays.

Pour les centaines de tulkus tibétains qui ont atteint leur majorité après la prise de pouvoir de leur pays par la Chine en 1959, l’Inde est peut-être le pays où ils peuvent servir au monastère, mais c’est en occident que se trouvent les étudiants, la presse, et l’argent.

Pourtant il est difficile de savoir si le système des tulkus – qui, depuis ses débuts à l’époque médiévale, a été beaucoup plus une histoire de transfert du pouvoir monastique que la reconnaissance d’un génie spirituel – peut continuer à faire progresser l’engagement du Dalaï-lama avec l’occident. Le jeune Karmapa est l’héritier présomptif au rôle de ce dernier en tant que représentant mondial du Bouddhisme tibétain. Il se morfond dans le nord de l’Inde, en raison de tensions politiques en rapport avec la Chine. En son absence, les jeunes tulkus occidentalisés pourraient être la clé pour attirer une nouvelle génération d’Américains vers le Bouddhisme tibétain. Le problème, c’est que ces tulkus cosmopolites, sceptiques quant au fait d’être des lamas décédés, ne sont pas sûrs de vouloir le job.

Le sutra d'un rappeur

Le sort de Gomo semble avoir été scellé à l’âge de 3 ans, lorsque le Dalaï-lama a déclaré qu’il était la réincarnation du grand-père du garçon, un éminent lama tibétain.

Quand la lettre de reconnaissance officielle arriva du bureau de sa Sainteté, la pieuse mère de Gomo fut « à la fois triste et heureuse », dit-il. Elle perdait son fils qui devait partir au monastère mais, selon la tradition bouddhisme tibétaine, elle retrouvait l’esprit de son père.

Les premières années de la vie de Gomo furent nomades : né et élevé dans la ville francophone de Montréal, à l’âge de 5 ans il partit avec sa mère (ses parents avaient divorcé) pour Bountiful, dans l’Utah, banlieue essentiellement mormone de Salt Lake City. Quand il eut 6 ans, la mère et l’enfant (unique) voyagèrent jusqu’au minuscule village toscan de Pomaia. L’année suivante, le Dalaï-lama coupa les cheveux de Gomo, première étape de son initiation à la vie monastique. « Je me souviens que j’étais nerveux », dit Gomo, « il avait une telle présence ». Pendant son intronisation, Gomo était assis sur un trône élevé couvert de brocards, pendant que des centaines de moines et d’étudiants occidentaux se pressaient pour voir de plus près ce nouvel enfant lama. « Je me disais « Waouh, c’est incroyable », se rappelle-t-il. « Il y avait des photographes de douzaines de journaux et agences de presse du monde entier ». Il retourne au langage hip hop : « les flics, le 5-03 (Police en argot américain), étaient là et les repoussaient ».

Après une journée entière au studio, Gomo et moi partons pour un trajet de 4h vers le sud, direction Pomaia. Nous arrivons à minuit. Là, dans une villa en pierre du 19ème siècle, se trouve l’institut Lama Tsong Khapa. « Le petit Tibet de Toscane » (comme le décrit un site web touristique) est une étape régulière pour des éminences comme Richard Gere ou le Dalaï-lama. Une imagerie stéréotypée de Bella Toscana (des cyprès maigres et coniques, un paysage joli et broussailleux d’herbes parfumées) se marie bien avec des ajouts plus récents comme des drapeaux de prières et un moulin à prière géant en cuivre.

Le matin, au milieu des statues dorées de Bouddha de la salle de méditation, des tapisseries de soie, et des portraits du Dalaï-lama, Gomo apporte une détermination feutrée à ses prières.

« Ça me ramène à l’époque où j’étais au monastère », dit-il après avoir fini ses prosternations. « Nous avions l’habitude de prier tout le temps. Dès que je reviens dans ce genre d’endroit, j’essaie de toujours avoir de bonnes pensées, de bonnes intentions, j’essaie de me souvenir du but que je poursuis ». Gomo n’a passé qu’un an à Pomaia avant d’être envoyé au monastère de Sera Jey dans le Mysore, en Inde. Il lui a donné, en tout, 12 ans de sa jeune vie. Ses journées en tant que moine se déroulaient de la façon suivante : debout à 6h du matin, prières, chant, mémorisation de textes, page après page, et pratique des débats logiques bouddhistes jusqu’à minuit environ tous les soirs. « J’en ai bavé », dit-il, « pas de ce qu’on me donnait, mais beaucoup plus de ce qu’on m’avait enlevé ». Pas besoin d’un expert de Dylan pour déchiffrer les paroles de sa chanson « Lost and Found » (Perdu et trouvé) : « tout est parti, tout est parti, les baisers de ma maman me manquent / essayer de faire grandir un enfant / en le laissant tout seul / destiné à être sur un trône/ … Pourquoi n’es-tu pas restée, pourquoi n’es-tu pas restée ? »

Gomo est resté un bon soldat monastique jusqu’à l’âge de 15 ans, quand une idée audacieuse s’est emparée de lui : retrouver sa mère pour une année de lycée en Amérique. A Bountiful, c’était le gamin asiatique bizarre qui parlait un anglais fait de bric et de broc et « avait probablement l’air d’un crétin ». Il avait encore ses vœux de moines – pas de sexe, pas d’alcool –, ce qu’il cachait à ses camarades de classe, excepté à son meilleur ami. « Je voulais être capable de faire l’expérience de cette vie de môme », dit-il. « S’ils avaient su que j’étais un lama, ça aurait été un désastre ». Mais comparé à sa vie d’avant, ce séjour était une libération pure et simple. Son moment d’illumination sous l’arbre de la Bodhi eut lieu quand il entra dans une nouvelle boutique Apple à Salt Lake City et vit la vidéo de T.I. « Bring Em Out », qui passait sur un Ipod de 60 gigas récemment sorti. Ce morceau cru de gangster rap le « bouleversa », dit-il. « Quelque part son énergie fut une révélation ».

Bien qu’il eut fortement soupçonné qu’il n’allait pas garder la robe de moine, Gomo retourna à Sera Jey pour boucler les trois dernières années, obtenant l’équivalent d’un baccalauréat monastique, parce qu’il voulait finir ce qu’il avait commencé – ou ce qu’on lui avait fait commencer. La musique, particulièrement le hip hop, était vitale pour lui, sous la forme d’un casque audio et d’un lecteur de cd portable. « Je passais des heures à écouter de la musique jusqu’à, mettons, cinq heures du matin », dit-il. « Je me sentais connecté à elle, comme si c’était mon meilleur ami, une chose qui me comprenait. Mon serviteur frappait à la porte et me disait quelque chose du style, « Yo, rinpoché, il faut aller au lit maintenant ».

Il y a trois ans il a rendu ses vêtements de moine et il est retourné à Pomaia. Son enseignant monastique principal fut compréhensif, et il dit qu’en dépit de la déception, même sa mère lui dit « tant que tu ne dis pas le mot « fuck » (équivalent approximatif de « putain ») dans tes chansons ça me va ».

Cela fait un an et demi qu’il habite à Milan, et à l’exception d’une brève histoire d’amour avec une étudiante guatémaltèque dans le cadre d’un programme d’échange, il poursuit une carrière musicale avec une dévotion monacale, vivant d’une allocation versée par des bienfaiteurs italiens.

Bien que l’an dernier il ait été proclamé Meilleur Chanteur lors des Tibetan Music Awards (Version tibétaine des Victoires de la Musique) sur la base de son unique single en ligne (« Photograph »), Gomo peut assez bien être décrit comme un petit poisson dans un petit étang. Il attend, anxieusement, que l’industrie de la musique le sorte de l’obscurité.

Dans son studio de Milan, il écoute en boucle le play-back de « Let Me Down », dans lequel il rappe : « Impossible de s’étouffer, je me sens comme la cravate/ du dirigeant qui vous dit si ce que vous avez fait de mieux/ sera suffisant… Peur d’avoir l’air ridicule, mais j’ai assez de courage pour le faire/ Si tu as jamais douté de tes rêves/ Passe juste cette merde en boucle ».

Il écrit des mélodies bien construites, moitié rappées moitié chantées, prononcées d’une voix légère et douce – qui fait penser à Chris Brown ou à Drake avec une bonne dose de boys band. La branche italienne de Universal Records aime ce qu’elle a entendu, mais il attend encore de signer pour un disque. Jusqu’ici, les lamas les plus anciens ont gardé le silence sur son choix de carrière. J’ai demandé à Gomo quelle peut être la réaction du Dalaï-lama. « Il consulte mes vidéos sur YouTube – et, « C’est chaud ! », plaisante Gomo. Puis, dans un style plus sérieux qui n’est jamais loin derrière le vernis hip hop : « Je serais honoré s’il avait entendu parler de moi. En fait je pensais aller le voir. Voyons d’abord ce qui se passe avec ma musique, et si les choses commencent à mûrir, j’irai peut-être lui l’expliquer ».

Article de Joseph Hooper, « Partis de leur OM, les lamas perdus du bouddhisme »




L'histoire de Gomo Tulku fait penser à un autre tulku défroqué, Ösel Hita Torres, un jeune espagnol né à Grenade en 1985, reconnu par le Dalaï-lama comme la réincarnation d’un hiérarque du lamaïsme. 

Ösel Hita Torres reproche aux lamas son enfance volée. Il préfère étudier le cinéma et travailler que de vivre en maître adulé, soit-disant réincarnation de ThubtènYéshé (1935–1984). 


Thursday, September 27, 2012

L'Énergie Libre




Jeane Manning analyse avec perspicacité les intrigues qui se trament derrière le mouvement en faveur de l'énergie libre. Elle examine aussi les technologies avec lesquelles travaillent des inventeurs visionnaires :

Appareils sans pièces en mouvement : des appareils sans pièces en mouvement fonctionnent à l’énergie de l’espace, des appareils qui ne contiennent aucun élément mobile et utilisent l’énergie issue de simples pierres.

Les aimants permanents : il est possible d'utiliser la force du magnétisme et d'attirer l’énergie de l’espace dans un appareil.

Appareils à aimants rotatifs : des inventeurs – des États-Unis à l’Inde, en passant par le Japon – ont mis des aimants en mouvement pour attirer l’énergie de l’espace. L’énergie de l’espace n’est pas la seule nouvelle technologie à laquelle les chercheurs travaillent pour comprendre le lien existant entre l’énergie de l’espace et les autres sources de nouvelle énergie.

La fusion froide : des inventeurs disent que les investissements faits jusqu’ici par la science pour créer la fusion nucléaire chaude – qui est un processus coûteux et techniquement difficile – ne sont pas nécessaires. Ils disent pouvoir créer la fusion froide dans des pots posés sur le coin d’une table.

L’hydrogène : deux inventeurs ont appris à capter l’hydrogène – un des composants les plus abondants de l’univers – en utilisant une technologie qui dispenserait les automobilistes de s’arrêter aux stations essence.

La technologie thermique : des chercheurs disent savoir comment transformer la chaleur perdue produite par de nombreux processus courants, en électricité propre et bon marché.

L’énergie hydraulique écologique : des inventeurs ont trouvé les moyens d’utiliser une des sources d’énergie les plus vieilles du monde – la force de l’écoulement de l’eau – sans avoir besoin de recourir à des barrages coûteux et suspects pour l’environnement.

D’autres technologies énergétiques : Jeane Manning a rencontré des inventeurs et des visionnaires exceptionnels, et aussi une communauté qui possède un appareil à nouvelle énergie qu’elle cache au reste du monde.

Le Dr Brian O’Leary, physicien et ancien astronaute (il apparaît à la 7ème minute de la vidéo ci-dessus) a lu avec enthousiasme le livre de Jeane Manning Énergie libre et technologies. Il a dit :

« Ceci pourrait être un des livres les plus importants que vous ayez jamais lus. Il décrit l’évolution rapide des progrès faits pour rendre utilisable une source d’énergie, dont beaucoup d’entre nous pensent qu’elle va radicalement changer la face du monde. Il s’agit de l’énergie du point zéro, issue des fluctuations quantiques dans le vide de l’espace. Beaucoup de gens l’appellent « énergie de l’espace » ou énergie libre. Certains d’entre nous pensent qu’une révolution se prépare, parce que l’énergie libre qui nous entoure est un immense réservoir d’énergie propre et décentralisée ; ce qui fera que les sources d’énergie actuellement utilisées seront considérées comme des cauchemars préhistoriques qui encombraient nos paysages de déchets et polluaient notre air. Cette révolution pourrait sonner l’heure de la naissance d’un nouveau paradigme dans la science et la technologie, à côté duquel les révolutions coperniciennes et industrielles paraîtront anodines. Ce sera un bouleversement sans précédent d’investir les deux billions $ qui, jusque-là, étaient investis dans des systèmes d’énergie obsolètes, dans d’autres systèmes respectueux de l’environnement, qui ne seront même pas onéreux.

Des systèmes électriques, basés sur des dispositifs compacts sans parties mobiles, remplaceront probablement les fusibles et les disjoncteurs dans les maisons et bâtiments. Nous pourrons enfin nous déconnecter du réseau électrique. Les nouveaux distributeurs d’énergie seront aussi portables et les condensateurs, comme les batteries, seront superflus. Ils remplaceront les moteurs à combustion interne dans nos voitures et dans les autres systèmes de transport ou dans l’industrie. Et ils pourront servir à la campagne, pour accroître de manière radicale le rendement des machines agricoles (par exemple, le pompage pour l’irrigation), et, partant, ils contribueront à l’élimination de la famine dans les pays du Tiers Monde.

Mais il nous faudra développer une politique du bon usage de ces appareils à énergie, définissant les justes mesures pour des applications finales intelligentes, afin d’éviter tout usage excessif ou leur utilisation en tant qu’arme de guerre. À plus long terme, je pense que nous découvrirons comment l’énergie de l’espace peut aussi être mise en pratique dans des systèmes de propulsion antigravitationnelle.

Alors qu’est-ce qui nous empêche de tout mettre en œuvre pour le faire ? Il semble que depuis l’époque de Nikola Tesla il y a un siècle, nous avons passé l’énergie « libre » sous silence. Nous avons tous développé quelques peurs qui sont bien enracinées, et qui nous empêchent d’avancer – des peurs qui n’ont pas encore atteint la conscience publique. Pourtant, malgré toute la répression, le bon génie de l’énergie est finalement sorti de la bouteille ; c’est ce que nous révèle clairement Jeane Manning dans ce livre. [...]

L’utilisation de l’énergie libre apaiserait aussi notre soif de pétrole et de gaz naturel. Cette soif épuise les précieuses richesses de la terre à un rythme alarmant. Cette veine de ravitaillement, qui s’est constituée pendant des dizaines, voire des centaines de millions d’années à l’intérieur de la croûte terrestre, a été pompée avidement, sans soucis pour nos lendemains. L’extraction et la consommation de pétrole ont plus que triplé depuis le début de la crise de l’énergie. Près de la moitié du pétrole disponible et plus de la moitié du gaz naturel ont déjà été extirpés de nos meilleurs gisements et brûlés presque en l’espace d’une seule génération !

Au rythme actuel de la consommation, les réserves en pétrole des États-Unis suffiront à peine dix ans, et les réserves mondiales, quarante. Même si ces réserves s’avéraient être deux fois plus abondantes que ne le disent les estimations, nous serons à court de pétrole vers la moitié du vingt et unième siècle, et d’ici-là, les prix vont inévitablement monter en flèche.

Ces faits ont été ignorés par nos politicards de l’énergie. En fait, nous empruntons la Terre de nos enfants, au lieu d’être les dignes successeurs de nos parents. Un consensus écologique est en train d’émerger : Nous devons arrêter d’agir ainsi et construire un avenir qui entretienne la vie.

La conversion à l’énergie de l’espace aurait un impact économique énorme. L’utilisation de l’énergie électrique à travers le monde rapporte aujourd’hui huit cents milliards $ chaque année, soit le double depuis l’époque où, il y a vingt ans, naquit une prise de conscience de la crise énergétique qui presque aussitôt fut repoussée dans l’ombre. Ce chiffre renversant représente plus du double de celui que fait l’industrie automobile, et est comparable à la somme que paient chaque année les contribuables des États-Unis à un gouvernement criblé de dettes.

Les infrastructures mondiales de l’énergie, qui sont surtout tributaires de la combustion de pétrole, de gaz naturel et de l’utilisation d’éléments radioactifs, consomment environ deux billions $ chaque année, un chiffre si élevé qu’il est difficile de s’imaginer l’ampleur de notre dépendance à nous tous. Durant le temps qu’il vous faut pour lire cette phrase, le monde brûle pour un million $ de combustibles fossiles et nucléaires pour fournir l’électricité aux appareils, au chauffage, à la réfrigération, et aux moyens de transport. […]

Un intérêt profondément enraciné est devenu tellement puissant que nous semblons aveugles à tout nouveau concept, et surtout à des concepts aussi radicaux comme « l’énergie libre » et la fusion froide. Nous paraissons plus intéressés à polémiquer de savoir si ces découvertes sont vraies, plutôt qu’à vouloir saisir une occasion en or. Bref, nous semblons nous être enfoncés dans une fausse notion de la sécurité, continuant de créer des infrastructures d’énergie abusives, qui détruisent la Terre et nous-mêmes. Nous nous sommes créé une « prison électrique », et nous sommes de plus en plus coincés dans un réseau malsain de fils invisibles et de stations-essence, dans le bourdonnement incessant des moteurs à combustion interne et autres équipements liés à l’énergie, qui polluent le paysage, les ciels et les océans.

Comme la grenouille qui cuit à petit feu dans l’étang où la température monte peu à peu, nous nous sommes petit à petit habitués à notre prison électrique. Coincés dans le réseau, nous avons oublié combien un environnement plus supportable, comme celui d’il n’y a pas plus de vingt ans, pouvait nous être bénéfique. J’habite dans les forêts reculées des Cascades dans l’Oregon, et je peux témoigner de tous les avantages qu’offre un environnement calme et propre.

C’est la première fois dans notre histoire que nous avons autant dilapidé nos ressources énergétiques en un si court laps de temps, et la plupart d’entre nous ne l'ont pas réalisé. Nous devons arrêter de maltraiter la Terre si nous voulons survivre.

La crédibilité de l’énergie spatiale est déjà avalisée par beaucoup d’informations théoriques et expérimentales. J’ai été surpris de voir combien ces pionniers, qu’ils soient théoriciens, expérimentateurs ou inventeurs dans le domaine de l’énergie libre, ont une connaissance large et profonde, surpris par leur dévouement et leur professionnalisme et par leurs réussites. Ils sont les explorateurs d’une nouvelle réalité. Ils sont mis en marge du courant scientifique majoritaire, car celui-ci renie cette réalité ; mais ce déni est basé sur un raisonnement des plus superficiels.

Beaucoup de nos inventeurs et chercheurs en énergie libre ne ressemblent en rien à l’habituelle image stéréotypée de l’inventeur bricoleur excentrique, isolé dans son garage et qui a probablement tout faux. Non, ils sont titulaires d’un doctorat et travaillent dans des institutions traditionnelles, comme Shiuji Inomata aux Laboratoires Électrotechniques à Tsukuba (la « Cité de l’Espace » du Japon). Cela fait trente-cinq ans qu’il y est employé à plein temps par le gouvernement.

En Inde, Paramahamsa Tewari occupe un poste prestigieux au gouvernement en tant qu’ingénieur directeur de projet dans la plus grande centrale nucléaire en construction dans ce pays. Ces deux gouvernements ont permis à ces deux hommes de construire leurs appareils à énergie libre (basés sur le concept de Bruce DePalma), – chose qui aurait été impensable dans un laboratoire du Ministère de l’Énergie aux États-Unis.

Dernièrement, le Dr Inomata fit une conférence pour des dirigeants du monde politique et industriel (plus de six cents professionnels sont venus à son dernier séminaire), et la Toshiba Corporation a débloqué deux millions $ pour le développement d’aimants supraconducteurs destinés à son nouveau générateur unipolaire. Comme le Japon est quasi totalement dépendant du pétrole étranger pour ses besoins en énergie et en transport, il a peu à perdre et beaucoup à gagner en commercialisant l’énergie libre de l’espace environnant. Ceci pourrait être une nouvelle occasion manquée pour bien des pays, et même conduire le Japon à une autre opportunité de dominer le marché avec des produits issus de leur approche prévoyante. Quand apprendrons-nous jamais la leçon ?

Il n’y a que peu d’autres scientifiques qualifiés qui consacrent du temps à étudier et à se familiariser avec l’énergie libre : la plupart des détracteurs bruyants n’ont que faire de ces recherches. Ils sont coincés entre la pression exercée par leurs collègues et la pression financière, et limités par leur parti pris de ne pas explorer ce qui ne relève pas de leur spécialité. Je sais ce que je dis : j’en étais !

Les sceptiques font l’erreur très répandue de croire que si ces machines existaient vraiment, ils en auraient entendu parler. L’histoire de la Science est remplie d’histoires d’exemples de leaders scientifiques qui – pour des raisons parfois purement émotionnelles – se moquent des nouvelles idées à cause de cette supposition. Ultérieurement, il s’avère qu’ils se sont trompés. Bien sûr, tout ceci n’a absolument rien à voir avec la science et la rationalité, mais cela signifie que le syndrome du rejet commence chez les scientifiques eux-mêmes.

Les représentants du gouvernement et des médias s’adressent aux scientifiques pour leur information, et de ce fait, eux aussi ignorent l’essentiel. Par exemple, un journaliste du Washington Post a interviewé plusieurs d’entre nous sur le thème de l’énergie de l’espace (ou énergie libre), lors d’un symposium sur les Nouvelles Énergies.

À la place des informations très approfondies que nous avions données au journaliste, la seule chose qui ait été publiée fut une biographie de Nikola Tesla légère et sans engagement.

Il semble que ce soit d’emblée que ces porte-parole de l’establishment décident de ce qui peut être crédible – ce qui n’a rien à voir avec la vérité. Un seul coup de fil d’un journaliste reconnu à un ponte du traditionalisme comme Carl Sagan, par exemple, peut étouffer un article. Malheureusement, même nos sources d’informations, les plus vénérables n’ont pas le pouvoir de dire la vérité, et c’est pourquoi la science progresse si lentement.

Alors pourquoi n’avons-nous pas adopté l’énergie libre bien que nous la connaissions depuis si longtemps ? Pourquoi avoir mené des guerres du pétrole – dans le Golfe, en Somalie et même au Vietnam ? Pourquoi avoir mal employé un nombre infini de billions $ et sacrifié des vies humaines et notre environnement, et pourquoi continuer à agir de la sorte, alors que, de toute évidence, nous pouvons cesser nos activités autodestructrices ?

Comment se fait-il que tous ces décideurs aient réussi à nous isoler complètement de l’énergie libre et qu’il n’y ait toujours aucune machine sur le marché ? Après tout, la technologie nécessaire à sa construction n’est probablement pas bien loin de notre portée. Ce projet est vraisemblablement beaucoup moins provocateur sur les plans technique et financier que ne le furent les projet Manhattan quand les scientifiques développèrent la bombe atomique, ou le programme Apollo quand il s’agissait pour les scientifiques et les ingénieurs d’envoyer des gens sur la lune, ou que ne l’est le projet Tokamak sur la fusion chaude à Princeton, qui est toujours très loin du seuil de rentabilité. Des inventeurs ont apparemment montré des résultats avec l’énergie libre en dépensant seulement quelques milliers $ – au lieu des milliards et des billions dépensés à perpétuer des méthodes plus traditionnelles. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que l’argent coule dans des directions sensées ?

En d’autres termes, comment fut-il possible de réprimer les technologies de l’énergie libre de manière aussi radicale et aussi hermétique pendant si longtemps ? Si nos gouvernements et nos scientifiques ignorent l’évidence, pourquoi les forces du marché n’en ont-elles pas eu vent et fait avancer activement les choses ? Il semble que chacun attende que l’autre fasse le premier pas.

Je suis arrivé à une conclusion que je croyais précédemment invraisemblable : le Syndrome de la Répression s’infiltre dans chaque aspect de tout nouveau développement révolutionnaire. Habituellement, plus un projet est radical, plus les forces de répression sont fortes. […]

La mise à disposition de l’énergie libre et propre est trop importante pour la planète et pour nous-mêmes pour que nous puissions nous en dispenser. Mais il nous faut définir des normes pour une juste utilisation, afin de respecter les lignes de conduite les plus rigoureuses pour l’équilibre de tout notre environnement. Il nous faut être des créateurs responsables – ayant tiré les leçons de leurs abus de l’énergie nucléaire, par exemple. Je pense vraiment que cette technologie va envahir rapidement le marché mondial, une fois que les appareils à énergie libre auront été testés comme d’habitude pour leur respect de l’environnement, leur confort et leur moindre coût. Nous connaissons tous les retombées importantes que d’autres inventions ont eues dans nos vies : des inventions comme celles de l’électricité, du téléphone, de l’automobile, des avions, de la télévision, des transistors, des ordinateurs, pour n’en nommer que quelques-unes.

Les développements de l’énergie libre dans un futur proche auront même un effet plus profond qui va transcender les principes monétaires. En effet, le Choc du Futur est là, et la plupart d’entre nous semblent mal éduqués pour faire face aux déplacements inévitables qui auront lieu à cause d’une industrie de multi-billions $ devenue obsolète.

Peut-être la plus grande répression est-elle notre peur (surtout inconsciente) de l’inconnu qui nous attend de l’autre côté du changement. C’est pourquoi nous voulons renier le changement aussi longtemps que possible, jusqu’à ce que les perspectives deviennent tellement claires que nous ne pouvons plus les ignorer.

Nous sommes à un tournant décisif dans nos sciences et technologies, si à l’heure où nous pouvons renverser les paradigmes, la société culturelle que nous sommes décide de passer d’un ensemble de vérités ou réalités à un autre. L’ancienne théorie de Newton est en train de suivre la voie qu’a connue l’ancienne conception d’une société qui persistait à croire que la terre était plate, et, pourtant, la pensée prédominante dans notre conscience est toujours celle de Newton.

Lorsque le changement se fera, cette vieille vision du monde donnera lieu à des regrets et à des lamentations. Selon les études officielles sur les étapes du processus de la désolation, il semble que la plupart d’entre nous passeront très vite de nos dénis habituels à la colère, puis aux négociations, puis à la dépression, et finalement à l’acceptation du nouveau monde.

Je suis presque sûr que, dès que les révélations de ces nouvelles énergies commenceront à secouer le monde orthodoxe et ses structures économiques fragiles, beaucoup d’entre nous vont être très en colère ou avoir très peur – la colère comme résultat d’une confiance abusée ou la peur de la transition dans le nouveau paradigme. Un autocollant pour voiture dit ceci : « La vérité te donnera la liberté, mais d’abord, elle va t’en faire chier ! » Personnellement, je crois que je suis passé au stade entre la dépression et l’acceptation.

Le défi n’est pas de décider si oui ou non l’énergie libre existe. Elle est. Par contre, il concerne notre volonté collective de vouloir sortir de notre ignorance, de notre prison électrique, de l’écocide, de l’impasse, de la rigidité newtonienne, de notre cupidité et de nos droits acquis.

Maintenant, je pense que vous pouvez comprendre pourquoi je crois que ce livre est si important. Jeane Manning m’a dit un jour sincèrement :

« La révolution de l’énergie pourrait toucher profondément la vie des gens – dans leurs choix pratiques de tous les jours – parce qu’une énergie décentralisée est synonyme de liberté. Elle nous rendra capables d’assainir notre environnement, et nous enlèvera notre sentiment d’impuissance. Les constructeurs de méga projets n’ont maintenant plus rien sur quoi s’appuyer lorsqu’ils prétendent que leurs projets sont nécessaires. »

Et elle continue :

« Les gens doivent reprendre eux-mêmes leur pouvoir au niveau individuel et local. Le gouvernement ne leur renverra pas ce pouvoir sous pli affranchi. La structure fiscale tout comme les installations électriques devront être remplacées, à cause de tous ces tentacules liés à l’énergie, qui partent des capitales et des centres financiers comme Wall Street pour venir piocher dans le portefeuille des citoyens. »

« Le monde académique ne travaille pas toujours pour les personnes ou pour la planète. Les employés et les entrepreneurs (surtout ceux du Ministère de la Défense) se disputent les subventions et les contrats et apprennent à penser comme le dicte le système pour ne pas être rayés de la liste. »

Je suis entièrement d’accord avec elle, et mon expérience des trente dernières années me le confirme. Jeane Manning est une journaliste très qualifiée qui étudie la scène des nouvelles énergies depuis 1982. Elle apporte une perspective internationale à ce sujet, puisqu’elle est en contact permanent avec beaucoup d’inventeurs, de théoriciens, et d’autres travailleurs faisant partie du réseau dans une douzaine de pays. Elle a suivi plus de vingt congrès sur le thème de l’énergie en Suisse, en Allemagne, au Canada et aux États-Unis. Elle a une licence en sociologie, et a travaillé comme assistante sociale, comme reporter, directeur de journal, chroniqueur, et comme membre de la rédaction d’un magazine. Sa motivation à négliger les échelons de sa carrière pour se tourner vers un tel sujet de l’extrême repose sur sa préoccupation pour l’environnement. Elle a été en harmonie avec la nature toute sa vie durant : elle est née en Alaska près du Prince William Sund alors à l’état vierge, et a grandi à la campagne près de Cœur d’Alène, dans l’Idaho. Que ce soit au Colorado, en Colombie-Britannique ou ailleurs, Jeane se dirige toujours vers des cadres naturels pour y vivre.

Jeane m’a dit qu’elle s’était fait un vœu en 1982, lorsqu’elle a vu tourner pour la première fois un moteur magnétique non orthodoxe :

« Si cela est vraiment vrai, alors je veux en parler au public quand le temps sera venu. Nous n’aurions plus besoin d’endiguer des cours d’eau naturels ou d’empoisonner l’air. »

Le temps est venu pour en informer le monde. Dans notre intérêt à tous, j’espère seulement que son vœu concernant l’environnement se réalisera vite. Elle est la première journaliste expérimentée à parler de cet important sujet, négligé jusqu’ici, dans un livre, et il répond à un besoin exceptionnel. »



Wednesday, September 26, 2012

Inde, ce que les médias ne disent pas





En Inde, prétendue terre de spiritualité, une armée de prolétaires athées s'oppose à la plus grande « démocratie » du monde. En effet, l'armée populaire, fondée par des paysans maoïstes, lutte contre le pouvoir capitaliste de Delhi qui dépouille les villageois de leurs ressources naturelles.

En Inde, les paysans endoctrinés par les prêtres étaient résignés quand on les spoliait. "C'est votre karma !" leur disait-on. A la fin des années 60, un vent venu de Chine maoïste balaya les superstitions et les dogmes religieux qui font si bien le jeu des exploiteurs.

La rébellion indienne s'est répandue dans la plupart des États de l'Inde, en particulier le long d'un « corridor rouge » couvrant le Jharkhand, le Bengale occidental, l'Orissa, le Bihar, le Chhattisgarh, l'Andhra pradesh.

Les médias se gardent bien d'évoquer la lutte armée du peuple indien contre le capitalisme, cela pourrait donner des idées aux populations occidentales qui subissent la crise et la rigueur pendant que les riches continuent à s'enrichir sans complexe.

Faut-il soutenir la jacquerie du peuple indien ?

"Depuis le soulèvement de Naxalbari en 1972, la Guerre Populaire dirigée par les forces maoïstes n'a pas cessé. Depuis 2004, elle connaît même un nouveau développement avec la création du Parti Communiste d'Inde (maoïste), fruit de l'union des principaux groupes maoïstes. Aujourd'hui, l'Armée Populaire de Libération dirigée par le PCI est présente sur un tiers du territoire indien, ce qui a permis dans certaines régions de développer la démocratie nouvelle. Dans ces zones libérées par les révolutionnaires, les problèmes ne sont pas posées en terme de garantir les profits des multinationales, des propriétaires terriens et des intermédiaires mais plutôt de garantir une amélioration des conditions de vie :

- mise en place de centres de santé (le taux de mortalité infantile est près de 13 fois supérieur à celui de la France),

- développement d'une éducation accessible à toutes et tous (26% d'analphabètes — 18% pour les hommes et 35% pour les femmes),

- construction de canaux d'irrigation pour améliorer l'indépendance alimentaire (en 2000, 70% de la population en dessous du seuil de pauvreté calorique),

- garantie de l'accès à la terre (le système semi-féodal est toujours en cours),

- préservation de l'environnement (pollution des sols par les compagnies minières, assèchement des eaux par les usines comme Coca-Cola, cultures OGM de coton improductives, construction d'un réacteur nucléaire par Areva sur une zone sismique),

- abolition des castes (plus de 6200 crimes et délits contre les intouchables),

- égalité hommes/femmes,

- etc.

Plutôt présent dans les zones rurale ; les révolutionnaires se sont fermement opposés à l'accaparement des terres et des ressources par les grandes sociétés multinationales minières (à Singur, Nandigram et Lalgarh notamment) conduisant à l'appauvrissement des populations locales et à la destruction de l'environnement dont elles tirent leur subsistance.

Suite à cette résistance légitime, l’État indien a décidé en 2009 de lancer une offensive contre sa propre population : l'opération « Green Hunt ». Plus de 100 000 soldats et paramilitaires ont donc été envoyés dans les zones contrôlées par les maoïstes. De nombreux rapports issus de personnalités et d'organismes divers mettent aujourd'hui en avant les tortures, massacres et disparitions commises par les forces armées gouvernementales.

Une partie des intellectuels, des pacifistes, soutient ou sympathise avec les maoïstes et proteste contre les assassinats de dirigeants, de militants et dénoncent les exactions, massacres, viols exercés contre les civils par l'armée indienne. L'influence des révolutionnaires dans les villes commence à grandir.

Cette année 2012 a été témoin d'une augmentation de la colère des masses indiennes : plus grosse grève générale de l'histoire en février, soulèvement dans l'usine Suzuki et Regency KC,...

Pays émergent de plus d'un milliard d'habitant; l'Inde a des visées impérialistes en Afrique, comme la Russie, la Chine et le Brésil. D'un autre côté, elle facilite grandement l'implantation des sociétés multinationales en créant des Zones Économiques Spéciales où le droit du travail est modifié et où les terres, l'eau et l'électricité sont très peu cher voire gratuit. Les répercussions sont dramatiques. L'exemple le plus frappant est sûrement celui de la ruine de dizaines de milliers de paysans devenus dépendants du coton transgénique. Depuis 25 ans, 200 000 se seraient donné la mort pour échapper à la misère (8 000 suicides par an !).

L'impérialisme français n'est pas en reste puisqu'il existe une Chambre de Commerce franco-indienne de 49 conseillers et un groupe d'avocats (UGGC) spécialisé dans l'assistance aux « entreprises européennes à leurs différents stades d'intervention sur le marché indien. » En 1998, un partenariat stratégique a été établi entre la France et l'Inde autour de 3 axes : coopération nucléaire civile, coopération de défense, coopération spatiale. L'impérialisme français est en outre présent dans différents secteurs en Inde dont voici certains des principaux représentants : Dassault (armes), Thalès (aviation), Thompson (électronique), Areva (nucléaire), Total (énergie), Suez (eau), Carrefour (distribution), Danone (agroalimentaire), Lafarge (ciment), Michelin (pneus), Alstorn (ferroviaire), Geodis (transport), L'Oréal, Sodhexo,...

Les actionnaires et patrons de ces entreprises exploitent les ouvriers et travailleurs indiens, profitent des bas salaires, de manque de droits sociaux, d'avantages multiples (prix des terrains, remise d'impôts et de taxes, etc). Les mêmes patrons exploitent ici en France les ouvriers et travailleurs, licencient à tour de bras, ferment des entreprises, augmentent les cadences. Soutenir la guerre populaire est en fait soutenir ici et là-bas la lutte contre les mêmes patrons.

Nous devons prendre exemple sur les ouvriers de Michelin Clermont-Ferrand qui se sont opposés à la construction d'une usine en Inde sur les terres des paysans pauvres. Dans leur communiqué, ils affirment : « En Inde, un conflit terrible oppose un village d'Intouchables — les plus méprisés de ce pays de castes — et Michelin, notre grande transnationale du pneu. Thervoy Kandigai est un bourg du Tamil Nadu, État du sud de l'Inde. Il compte environ 1500 familles, qui vivent depuis toujours des pâturages et forêts proches de Thervoy. Tel est leur territoire, que Michelin s'apprête à détruire pour l'éternité avec cette usine. Non seulement la forêt, espace indispensable à la survie de cette population sans terre, est confisquée mais elle a déjà commencé à être détruite, risquant par la même de tarir les tacs approvisionnant les villages focaux en eau. »

Nous devons soutenir la Guerre Populaire en Inde car elle est le seul moyen par lequel les paysans et travailleurs, hommes et femmes, d'Inde pourrons trouver la voie vers une société débarrassée de l'exploitation et de l'oppression qu'ils et elles subissent tous les jours.

Nous devons condamner le rôle de l'impérialisme français en Inde en nous unissant à nos frères et sœurs de lutte.

Une réunion d'information pour préparer la Conférence Internationale de Soutien à la Guerre Populaire se tiendra à Hambourg le 24 novembre 2012.

Nous organisons un départ commun. L'hébergement se fera sur place et sera pris en charge."

Si vous ne pouvez pas venir à cette réunion, prenez contact avec le Comité de Soutien à la Révolution en Inde csrinde@yahoo.fr / http://csrinde.wordpress.com/

Source : http://csrinde.wordpress.com/


Les veines ouvertes du géant vert, un reportage d'ARTE (14 mn)




Tuesday, September 25, 2012

SDF & vagabonds




Les vagabonds sont gens sans aveu. S'il y a eu toutes sortes de vagabonds et de vagabondages, si l'errance, solitaire ou en bande, a eu toutes sortes de fonctions sociales, s'il y a eu toutes sortes de répressions ou de récupérations de la fugue, il n'y a guère qu'une définition du vagabondage, à travers les temps et les lieux : les vagabonds sont gens sans aveu. Au sens du droit féodal, celui qui n'avoue pas, celui qui ne rend pas l'hommage, c'est celui qui ne se reconnaît aucun suzerain, ou qu'aucun suzerain ne réclame, ne se fixe donc nulle part, ne demande aucune protection et ne peut prétendre à aucune. Son plaisir est de ne dépendre de personne, son risque de n'être défendu, réclamé par personne. Il prend de la vie sociale ce qu'il peut ou ce qui lui plaît, jusqu'à ce qu'il se range, ou qu'on le range.

C'est pour distendre le lien de l'aveu et ses rigueurs que des serfs se regroupent et vagabondent, après la croisade de 1146. Leurs rangs se grossissent de ceux que l'expédition a ruinés, de vagabonds isolés, de voleurs de tous acabits. Un grand déplacement de paysans-esclaves répond au grand mouvement vers Jérusalem, pour tenter de secouer le joug. Ils seront matés. A la fin du siècle, vers 1180, des bandes de « routiers » se constituent, qui se mettent au service d'un seigneur ou d'un autre, et souvent contre leur ancien employeur, pour organiser la conquête et le pillage d'une région. Un charpentier du nom de Durand lève contre eux une sorte d'armée populaire, la Confrérie de la Paix, et les extermine en 1183, à Dun-le-Roy. Mais ces vagabonds-justiciers se retournent bientôt contre les seigneurs et veulent châtier les féodaux : à son tour, la Confrérie de la Paix est décimée.

Plus tard, quand la conquête turque dévaste l'Empire byzantin, des bandes de Bohémiens, d'Égyptiens et de Tziganes sillonnent les routes de l'Europe avec plus ou moins de bonheur. A chaque famine, la misère lance à l'aventure des hordes de toute espèce, tels ces « coquillards », faux pèlerins de Saint-Jacques, organisés hiérarchiquement pour le pillage et le vol. Les universités attirent les groupes d'étudiants gyrovagues, qui pensent y trouver leurs titres à meilleur marché, et courent de Dole à Caen, de Nantes à Bordeaux, de Bourges à Valence. La misère aussi a ses facultés, où l'on apprend l'un des trente-six métiers de mendiants répertoriés par les historiens de la cour des miracles. Des professions plus « avouables », mais non moins vagabondes, charbonniers ou bûcherons, par exemple, entraînent des migrations perpétuelles, parfois violemment réprimées .

Au fur et à mesure de l'unification nationale, avec chaque guerre puis avec chaque entreprise coloniale, l'armée absorbe par n'importe quel moyen ceux qui sont sans feu ni lieu. En 1656, l'Hôpital général devient le premier lieu de détention-protection des vagabonds. On tente d'en diminuer le nombre en interdisant successivement la mendicité et l'aumône. Une ordonnance royale de 1700 frappe d'une amende de cinquante livres toute personne surprise à donner à un mendiant. Puis, une fois de plus, on applique à l'errance sans but un traitement homéopathique : l'errance finalisée. Après ou avec l'expédition militaire, l'expédition coloniale. Le 12 mai 1719, la Compagnie d'Occident est autorisée à « prendre les jeunes gens des deux sexes que l'on élève à la Pitié, à la Salpêtrière et aux Enfants Trouvés, et à les transporter dans l'Amérique française ». Déportation des valides, enfermement des inutiles.

En réalité, la politique lareynienne d'édification de la ville en un continuum administrable suppose une élimination permanente des indomiciliés, en même temps que, par la destruction de certains quartiers et le nouveau modelage de la ville, elle déracine une énorme quantité de citadins et en fait des sans feu ni lieu, des mendiants, des personnes déplacées. C'est dans la mesure où l'intervention étatique sur la ville est d'abord un désordre considérable que s'ouvre la période d'intervention permanente contre le vagabondage, que se rétrécit la définition de l'aveu, que l'identité sociale doit, pour être avouable, comporter de plus en plus d'éléments. La police, qui devient la science de l'urbain, fait l'objet d'un traité monumental en trois volumes, rédigé par l'adjoint de La Reynie, de La Mare, et publié avec un succès européen. [...]

L'Empire offre l'armée ou la prison. Un décret du 5 juillet 1808 « sur l'extirpation de la mendicité» punit les mendiants d'une peine de trois à six mois d'emprisonnement, à l'issue de laquelle ils seront conduits dans un dépôt de mendicité où on leur donnera du travail. Le code pénal de 1810 va plus loin, qui range la mendicité et le vagabondage dans son chapitre III « Crimes et délits contre la paix publique. » La résorption du vagabondage est confirmée comme une tâche et une traque continues ; le vagabondage est un délit, une infraction permanente, punissable en tout temps : « Les vagabonds, ou gens sans aveu, sont ceux qui n'ont ni domicile certain ni moyens de subsistance et qui n'exercent habituellement ni métier ni profession. » [...]

En 1810, il fallait, pour être condamné, n'avoir ni métier ni domicile ; à partir de 1908, dans les textes, mais bien avant dans la jurisprudence, il fallait que le métier et le logement soient avouables ; les projets de 1945, qui aboutiront aux textes de 1958 et 1970, font qu'on peut être vagabond en ayant un domicile certain et un métier avouable. C'est le vagabondage à domicile. Ce vagabond à domicile, le code civil lui donne un nom : « enfant en danger moral ». Le mouvement de l'intervention de l'appareil judiciaire est un mouvement constant d'extension tous azimuts : extension des faits que recouvre la notion de vagabondage, extension des modes de prise en charge et diversification (la prison, le quartier spécial, la colonie pénitentiaire, la liberté surveillée, puis, à partir de 1958, l'assistance éducative en milieu ouvert), extension du champ de la prise en charge (le mineur seul, puis le mineur et sa famille, puis le mineur, sa famille et son milieu), extension enfin de la durée de cette prise en charge : durée fixe, puis durée indéterminée jusqu'à la majorité.

Philippe Meyer

Le vagabondage en Orient : le sannyâsin itinérant

Versailles
(DVD)

« Paris, aujourd'hui. Un enfant et sa jeune mère dorment dehors. Nina est sans emploi, ni attaches. Enzo a 5 ans. Leur errance les conduit à Versailles. Dans les bois, tout près du château, un homme vit dans une cabane, retranché de tout. Damien. Nina passe une nuit avec lui. Au petit matin, Nina laisse l'enfant et disparaît. A son réveil, Damien découvre Enzo, seul. Au fil des jours, des saisons, l'homme et l'enfant vont se découvrir, s'apprivoiser, s'attacher. Leur lien sera aussi fort que leur dénuement. Un jour pourtant il faudra quitter la cabane... »