Wednesday, February 29, 2012

Mondialisation & démocratie





Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, lance un appel au patriotisme des riches pour qu'ils contribuent eux aussi à l'effort de redressement de la France. Les personnes qui gagnent plus d'un million d'euros par an seront taxés à hauteur de 75 % si les socialistes parviennent au pouvoir.

Mais le patriotisme, le civisme, l'altruisme... ne seraient pas des vertus de riches. Selon une étude réalisée aux États-Unis et au Canada et publiée dans la Revue de l'Académie nationale des Sciences (PNAS), les personnes issues des classes les plus aisées ont davantage tendance à enfreindre les règles, à chaparder ou à mentir dans le but de s'enrichir encore plus.


L'histoire et les réalités d'aujourd'hui nous apprennent que les riches et les privilégiés de toutes les sociétés ont, fondamentalement, peu d'attachement au principe d'égalité. Les membres des classes supérieures, une fois leur position dans le monde assurée, se montrent bien trop prêts à retirer l'échelle pour empêcher leurs inférieurs d'accéder à leur niveau. Pour la plupart, ils se satisferaient d'un monde dans lequel seraient préservés des avantages pouvant être transmis à leur descendance.

On peut donc raisonnablement avancer que la flamme de l'égalité, et donc celle de la démocratie, doit être entretenue par la vaste majorité de la population qui n'appartient pas aux classes supérieures. Le mouvement vers l'égalité et la démocratie vient surtout d'en bas, pas d'en haut. 


Sous ce jour, quelles sont les perspectives de l'égalité et de la démocratie dans un monde globalisé, s'appuyant sur une technologie avancée, et dans lequel une poignée d'États ont beaucoup plus de pouvoir — militaire, économique, politique et culturel — que tous les autres réunis ? 


À l'avenir, la démocratie dépendra autant des luttes sociales que lors de son développement passé. La démocratie n'est jamais immobile, ce n'est pas un monument en l'honneur de gloires passées et de déclarations retentissantes. Soit elle avance, soit elle recule, et ses partisans ne pourront jamais cesser de défendre leurs actions ou leurs idées. 


Paradoxalement, les obstacles sur le chemin de la démocratie et les conditions de son avancée relèvent d'aspects contradictoires des mêmes problèmes. Certaines des grandes interrogations de notre époque qui détermineront la force de la démocratie sont les écarts de richesse et de revenus, pas seulement entre tel ou tel pays, mais entre les pays avancés et ceux du reste du monde : accéder à une éducation de qualité pour toute la population ; bénéficier de services de santé universels, obtenir un emploi qui soit protégé, lutter contre la marginalisation selon l'ethnie, la race, le sexe, les choix sexuels et la religion ; endiguer la guerre et prévenir la diffusion d'aunes encore plus meurtrières ; ouvrir les frontières pour permettre l'émigration là où le développement économique oblige les populations à se déplacer ; enfin, sauvegarder l'environnement, par exemple en arrêtant de détruire les autres espèces de manière incontrôlée. 


Chacune de ces questions est un défi pour les démocrates, non seulement pour se servir du meilleur de leurs propres traditions nationales, mais pour trouver les moyens d'établir des cultures démocratiques capables de dépasser les frontières. En même temps, ces questions érigent des barrières vertigineuses sur le chemin de la démocratie, tout simplement parce qu'elles seront susceptibles de se traduire (et se traduiront) en séries de mesures préservant les avantages des privilégiés — particuliers, pays ou cultures — au moyen de l'exclusion et de la marginalisation de grands pans de la population, et sur certains problèmes, de la majorité de l'espèce humaine.

L'histoire montre que les mouvements politiques autoritaires particulièrement puissants sont capables de mobiliser des millions de personnes pour agir et résoudre des problèmes de base au moyen de programmes qui sont l'antithèse absolue de la démocratie. Dans les années 1930, le fascisme et le nazisme ont démontré que les tergiversations des démocrates et leur incapacité à prendre à bras-le-corps les problèmes urgents, comme le chômage de masse ou la pauvreté, ont laissé le loisir d'agir à d'autres. Et les solutions autoritaires peuvent entraîner, outre la liquidation des droits démocratiques, l'incarcération de milliers de personnes et, dans les cas extrêmes, l'assassinat de millions d'êtres humains. 


La vitalité de la démocratie dépendra de la manière dont les partis et les mouvements politiques relèveront le défi. Pas seulement sur les problèmes socio-économiques et environnementaux qui ravagent notre monde, mais aussi sur les campagnes menées par les intolérants qui utiliseront ces problématiques pour défendre de fausses solutions basées sur la haine et la désignation de boucs émissaires. Aujourd'hui les démocrates constatent que des murs de haine s'élèvent à perte de vue, sous la double forme du sentiment anti-immigrés et du fondamentalisme religieux. 


Dans le quart de siècle qui vient de s'écouler, les partis démocratiques de toutes tendances en Europe et en Amérique du Nord ne sont absolument pas parvenus à résorber l'écart croissant entre les ressources d'un petit segment de la population qui s'est énormément enrichi et celles de la vaste majorité des habitants des pays avancés, et plus encore, au niveau mondial, de toute l'humanité. Des partis de centre droit comme les chrétiens-démocrates allemands jusqu'aux démocrates américains ou aux socialistes français, aucun n'a réussi à arrêter la course d'une économie de marché mondialisée vers une inégalité de plus en plus prononcée.

L'inégalité, entre autres problématiques — et non des moindres —, s'est révélée une question brûlante en septembre et octobre 2008, quand a surgi la crise financière mondiale la plus grave depuis la grande dépression qui avait commencé en 1929. Des institutions financières ont implosé, des bourses se sont effondrées, des marchés de crédit ont cessé de fonctionner et des gouvernements ont été obligés de renflouer les banques et autres institutions financières au prix de centaines de milliards de dollars. Dans certains cas, notamment au Royaume-Uni, le gouvernement a nationalisé des banques. Le système de marché que le monde connaissait depuis trente ans a sombré dans le chaos. Les gouvernements sont entrés dans la danse, en espérant que leurs interventions, concertées et de grande ampleur, relanceraient l'économie. Le ressentiment et la peur ont assailli les nations du monde entier, lorsque des dizaines de millions de personnes se sont considérées comme trahies par leurs dirigeants économiques et politiques.

La grande colère des exclus du progrès peut ouvrir la porte à une démocratie renforcée, mais, dans le même temps, apporter de l'huile au moulin de ceux qui élaborent des mensonges en soutenant que le monde est mené par tel ou tel groupe religieux ou ethnique que l'on peut isoler et attaquer. Dans la doctrine nazie, le monde était mené par les financiers juifs qui avaient poignardé l'Allemagne dans le dos lors de la Première Guerre mondiale.

Aujourd'hui, le monde regorge de nouvelles théories à usage discriminatoire : en Europe, on a peur des immigrés musulmans et de leurs descendants ; aux États-Unis, des immigrants hispaniques ; et dans bien des parties du monde, on redoute la propagande des religieux fondamentalistes, qui cherche à accuser de tous les maux les adeptes des autres religions. Ce sont ces formes de haine qu'on peut utiliser pour expliquer que les immigrants retirent leur travail aux Français, que les nouveaux arrivants sapent le niveau de vie des Américains de classe moyenne ou que Dieu a un plan divin pour les croyants d'une foi particulière, que les desseins des autres religions ne doivent pas contrarier.

Au moment où la démocratie, confrontée à des obstacles sérieux, décline dans de nombreux endroits de la planète, des mouvements qui veulent la défendre ont vu le jour ces dernières années. Les menaces qui pèsent sur la démocratie ne doivent pas être sous-estimées, mais à l'inverse il ne faudrait pas négliger les forces qui la sou-tiennent et la répandent. C'est une nouvelle politique qui est en train de naître sur la planète, venant d'origines très variées : des progressistes aux sociaux-démocrates, socialistes, humanistes, environnementalistes, croyants non fondamentalistes, féministes, syndicalistes, activistes urbains ou s'opposant à la misère, étudiants et écrivains. Elle est nécessairement diverse, pluraliste et démocratique. Ses origines philosophiques sont aussi anciennes que contemporaines. Dans chaque pays, cette politique planétaire prend une forme spécifique, venue de conditions et de cultures particulières.

Pour les démocrates, le grand défi est de revigorer la démocratie aux niveaux local et national, en défendant des projets qui, pour la première fois dans l'histoire, soient de l'intérêt de tous, partout. L'objectif doit être planétaire. Mais alors que les entreprises ont conçu des plans dépouillant les États-nations de leurs pouvoirs, le projet démocratique doit rendre le vrai pouvoir aux nations afin qu'elles puissent élaborer leurs plans sociaux, diriger leurs propres économies et se comporter comme les intendants de leur portion de planète.

Ce type de projet peut sembler nourri de paradoxes et de contradictions, certes. Il prend le contre-pied, en grande partie, de ce qui a déterminé les perspectives de la planète dans les trois dernières décennies, pendant la phase dite de mondialisation, qui a en effet nettement resserré les liens des personnes et des nations. Mais ces liens étaient basés sur une amplification du pouvoir de quelques-uns aux dépens de celui du plus grand nombre, sur toutes sortes de sujets. À tel point que nous pouvons en tirer une conclusion : la mondialisation a bel et bien paralysé la démocratie à un degré inquiétant.

James Laxer, La démocratie





La démocratie 

Les Occidentaux sont attachés aux modèles démocratiques qui les gouvernent. Mais peut-on parler de démocratie lorsque les décisions réelles sont prises par ceux qui détiennent le capital et que les droits de certaines minorités ne sont pas pris en compte ?

Car la démocratie, James Laxer le démontre, c'est beaucoup plus qu'un simple bulletin de vote dans l'urne... Un essai clair et engagé pour mieux comprendre le fonctionnement des systèmes politiques.






29 février 2012, journée de lutte contre l'austérité.

Tuesday, February 28, 2012

Le citoyen paysan





La démocratie

Au siècle de Périclès, Athènes est une démocratie directe où tous les citoyens participent dans l'Assemblée (ecclésia) au gouvernement de l’État. En effet, si les Anciens n'ont pas ignoré complètement le gouvernement représentatif, tel qu'il est pratiqué dans les États modernes (la constitution de la Confédération béotienne, telle qu'elle fonctionne entre 447 et 386, dans la mesure où nous la connaissons, semble un cas typique de gouvernement représentatif ), la plupart des cités antiques ont été gouvernées directement par l'ensemble de leurs citoyens, et l'Assemblée était la source de tous les pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Évidemment, une telle forme de gouvernement n'est possible que dans les États d'étendue restreinte, et seules les assemblées locales des cantons suisses peuvent nous donner aujourd'hui quelque idée des ecclésiaï des républiques antiques.

Pour être citoyen, pour avoir le droit de siéger à l'assemblée du peuple, deux conditions étaient nécessaires : il fallait être né de père athénien, et, à partir de la loi de Périclès de 451, il fallait aussi que la mère fût athénienne; en second lieu, il fallait être majeur; on l'était à dix-huit ans, mais, comme on faisait deux ans de service militaire, on n'accédait pas à l'Assemblée avant vingt ans. Les Athéniens pouvaient, par décret, concéder le droit de cité à un étranger, et ils pouvaient aussi retirer ce droit à l'un des leurs en le frappant d'atimie, c'est-à-dire de déchéance civique.

La vie quotidienne du citoyen athénien était dominée par le soin qu'il prenait des affaires de l'État, au moins en principe, car il est évident que les campagnards de l'Attique — les Strepsiade, Dicéopolis et Trygée avant leur établissement forcé en ville — ne pouvaient sans cesse délaisser leurs fermes et les travaux de la terre, surtout à l'époque des labours et à celle des moissons, pour venir siéger à la Pnyx, et c'est là ce qui explique que, sur un total approximatif de 40000 citoyens athéniens, il ait suffi d'un quorum de 6000 votants pour les décisions considérées comme les plus graves. Mais cet absentéisme inévitable était, autant que possible, limité, et c'est la raison, sans doute, pour laquelle toute convocation de l'assemblée devait être proclamée, ainsi que son ordre du jour (programma), quatre jours d'avance : ainsi les campagnards étaient prévenus à temps.

L'opinion publique est très sévère pour quiconque paraît se désintéresser des affaires de l'État, et il faudra attendre la fin du IVe siècle, après la perte de l'indépendance athénienne à Chéronée (338), pour qu'une école philosophique, celle d'Épicure, ose conseiller au sage de s'occuper exclusivement de ses affaires personnelles, de son propre bonheur. Au temps des « Marathonomaques », on ne concevait pas que le bonheur de l'individu pût être dissocié de la prospérité de l'État. L'institution d'une indemnité pécuniaire pour les citoyens présents à l'Assemblée (misthos ecclésiasticos), après la guerre du Péloponnèse, ne fut pas seulement une mesure démagogique, comme on le dit souvent à tort : sans cette indemnité, comment les thètes, c'est-à-dire les Athéniens salariés, les prolétaires, auraient-ils pu assister aux séances, qui parfois duraient une journée entière et se tenaient quatre fois par mois au moins, et, en fait, beaucoup plus souvent ?

Si l'on retraçait la vie quotidienne d'un Européen du XXe siècle, on pourrait négliger de parler du devoir électoral, qu'il n'a l'occasion d'accomplir que de loin en loin. L'Athénien de la ville, lui, non seulement participait à ces assemblées fréquentes, mais encore il pouvait être nommé pour un an magistrat ou membre du Conseil des Cinq-Cents (bouleute) ou juge, et c'était alors la plus grande partie de son temps, certainement, qui se trouvait accaparée par les affaires publiques. Il paraît donc indispensable de décrire ici, au moins sommairement, les rouages de la machine politique d'Athènes.

L'assemblée de la Pnyx n'était pas la seule à laquelle un Athénien libre dût prendre part. Il y avait aussi les assemblées des phratries, des dèmes et des tribus, qui assuraient l'administration locale. Clisthène, en 508, avait fait disparaître les anciennes divisions de l'Attique, un peu à la manière dont la Révolution française remplacera les provinces par les départements, et il avait réparti les citoyens en dix tribus (phylaï) dont chacune avait pour « patron » un héros de l'Attique et en portait le nom : Erechthéis (d'Erechthée), Egéis (d'Egée, le père de Thésée), Pandionis (de Pandion), etc. Chaque tribu possédait des terrains et élisait des magistrats pour administrer ses biens. Et l'on peut en dire autant des dèmes, qui étaient une subdivision de la tribu (à l'origine, il y avait cent dèmes, à raison de dix par tribu, mais, par la suite, il y en eut davantage). Le Céramique, Collytos, Mélitè, Scambonidaï étaient des dèmes urbains ; Acharnes, Marathon, Décélie, des dèmes ruraux. Chaque citoyen athénien était désigné officiellement par trois noms : le sien propre, le nom de son père (patronyme) et le nom de son dème (démotique) : Périclès, fils de Xanthippe, du dème de Cholarges; Alcibiade, fils de Cleinias, du dème de Scambonidaï ; Démosthène, fils de Démosthène, du dème de Péanie. Le chef du dème ou démarque avait des fonctions un peu analogues à celles d'un maire d'aujourd'hui ; il tenait la liste des membres de son dème, c'est-à-dire, si l'on veut, un état civil, ou plutôt une liste électorale; il était élu pour un an par ses concitoyens.

Enfin la phratrie est une subdivision du dème, dont nous ne connaissons pas l'organisation. Son nom même évoque un groupe de familles apparentées par le sang, car il a certainement la même origine que le latin frater.

Les assemblées des tribus, des dèmes, des phratries enserraient donc le citoyen athénien dans tout un réseau d'obligations et de droits, mais elles se réunissaient moins fréquemment que les assemblées de la cité. [...]

L'autarcie

On reprochait aux sophistes de faire payer leurs leçons, et cette critique est profondément révélatrice de l'état d'esprit des Grecs anciens à l'égard des professions et des métiers. Nous disons aujourd'hui que « tout travail mérite salaire », et la rétribution du service rendu nous paraît chose non seulement naturelle, mais juste. Il n'en était pas de même au temps de Périclès, où les idées concernant l'organisation sociale remontaient à l'époque archaïque et n'avaient guère varié depuis Hésiode.

Or, pour le poète des Travaux et Jours, le meilleur genre de vie, très pénible certes, mais le seul qui assure pleinement la dignité de l'homme, est celui du paysan propriétaire, qui trouve sur son domaine de quoi nourrir et vêtir lui-même et les siens, de quoi satisfaire à tous les besoins de sa famille. Dépendre d'un autre pour sa subsistance quotidienne paraît au Grec épris de liberté une servitude intolérable. L'homme vraiment libre doit être entièrement son maître ; comment le serait-il s'il reçoit d'autrui un salaire ? Pour Homère déjà, la pire des conditions humaines était celle de l'ouvrier agricole, du thète, c'est-à-dire du prolétaire que la misère contraint à louer le service de ses bras. L'idéal est donc celui de l'autarcie individuelle ou du moins familiale, qui ne peut guère se pratiquer totalement qu'à la campagne. Hésiode fabrique lui-même sa charrue et tous les instruments dont il se sert. Quant aux vêtements, ce sont les femmes de la maison qui filent la laine, puis la tissent. Le paysan des Travaux et Jours peut être contraint à faire quelques transactions, mais, en principe, il y répugne ; le commerce maritime l'effraie.

Robert Flacelière


Le citoyen paysan du IIIe millénaire


La démocratie directe nous débarrassera des professionnels de la politique, comme ces députés qui viennent pointer au parlement européen le vendredi à 7h pour bénéficier des indemnités de présence non négligeables... les valises prêtes à partir en week-end. (vidéo ci-dessous)

Il est possible de réduire les méfaits (pollution, cancers, changement climatique...) de l'agriculture intensive en redistribuant les terres des entreprises agricoles irresponsables. De nombreuses familles pourraient posséder un domaine d'étendue moyenne, vivre en autarcie et pourvoir aux besoins alimentaires des citadins. Une condition est indispensable : diminuer considérablement, voire arrêter, la production de viande. En effet, « La surface des terres utilisées pour produire des aliments consommables directement par l'homme permet de nourrir 14 fois plus de gens que la même surface utilisée pour faire pousser de l'herbe destinée à l'élevage des animaux de boucherie. L'animal représente une très mauvaise source de calories pour l'alimentation humaine; il ne rend que 15% des calories qu'il reçoit sous forme de lait, 7% sous forme d’œufs et 4% sous forme de viande de bœuf. A ce gaspillage calorique s'ajoute un important gaspillage protéique : de toutes les protéines que l'animal consomme, 23% seulement sont rendues à la consommation alimentaire humaine sous forme de lait, 12% sous forme de viande de porc et 10% sous forme de viande de bœuf. » (Scharffenberg)



Monday, February 27, 2012

La secte néolibérale






Pour être le plus souvent informulé parce que brutal, le constat n'en est pas moins flagrant :

1. Les néolibéraux, à la fois hyper-minoritaires et ultra-influents, constituent une véritable secte.

2. Cette secte reproduit en creux, mais en l'inversant formellement, le discours communiste du temps où la vulgate marxiste brillait de tous ses feux.

3. Le néolibéralisme est au libéralisme véritable ce que le stalinisme fut au socialisme, à la fois sa prolongation et sa totale perversion.

4. Sous les dehors de l'internationalisme (ou du mondialisme), le néolibéralisme véhicule une formidable haine de toute spécificité nationale non conforme, dont le rejet hargneux de toute « exception française » n'est qu'une composante.

5. Cela étant dit, et comme le communisme des années 30, il charrie, au milieu d'un fatras d'erreurs, un certain nombre de relatives vérités.

Déclinons :

1. Les néolibéraux constituent une secte. D'abord, ils ont leur propre dieu, qu'ils appellent « le marché ». Comme toutes les divinités uniques, celle-ci est invisible, irreprésentable, immatérielle, ineffable, omniprésente, inaccessible, intemporelle et incontournable. Son ubiquité le dispute à sa transcendance. Elle est à la fois le vrai, le bon, le droit et le juste. Nul ne doit, ou ne peut, se soustraire à sa volonté, car sa « main invisible » n'est que l'autre forme de la divine providence. Ses ordres, révélés à quelques prophètes, ont été gravés dans les tables de la loi et nul ne saurait, sans préjudice grave, s'en émanciper ou s'y soustraire. S'écarter de cette orthodoxie confine à l'hérésie. La seule ligne séculière possible est donc celle qui consiste à se soumettre passivement à la « loi du marché » comme métaphore de la volonté de Dieu. Toute résistance, c'est-à-dire toute tentative de correction ou de régulation, s'apparente à une rébellion hérétique que le réel (comme reflet du Ciel) sanctionne immanquablement. Au Dieu Marché, les néolibéraux élèvent des temples - les Bourses des valeurs —, servis par des prêtres initiés qui seuls ont le droit d'officier dans le saint des saints. Ils lui consacrent un culte, lui adressent (en anglais, leur langage liturgique) des prières et des cantiques, lui dédient un droit canon. Mais, surtout, autour de lui, inspirés par lui, affirment-ils (comme pour le protéger), ils élaborent un dogme qui se veut l'armature de leur théologie. Dogme simple, simpliste même, tenant en une dizaine de credo seulement (par exemple : « Je crois que la seule raison ici-bas est celle qui s'incarne dans le libre processus de formation des prix sur un marché libre »), principes évidemment sacrés qu'ils psalmodient à satiété et dans lesquels ils s'enferment à double tour, n'acceptant jamais, sous aucun prétexte, d'en réviser la moindre parcelle.

Tout est jugé à cette aune, interprété à cette lumière. Aucune réalité ne peut être prise en compte qui ne rentre dans ce carcan. Sur quarante faits que leur offre l'actualité, trente-huit infirmeraient-ils un tant soit peu leurs certitudes, les néolibéraux ne prendraient en compte que les deux faits qui restent et qui les confortent.

En fonction de quoi ils restent entre eux, devisent entre eux, dialoguent entre eux, confinés dans les lieux qu'ils contrôlent, scotchés à leur caste et ancrés à leur classe, coupés de tout ce qui, dans le monde extérieur, ne reproduit pas à l'identique leur intime conviction. Infirmes du réel, ils ne lisent rien, n'écoutent rien qui ne rentre totalement dans le cadre de leur rationalité. Toute pensée différente est fallacieuse par définition, une vérité unique introduisant nécessairement un discours unique dont ils sont les détenteurs des droits.

Toutes ces particularités suffiraient, à l'évidence, à en faire une secte.

Mais il y a plus significatif encore : c'est que les néolibéraux sont ultra-minoritaires (s'ils se présentaient aux élections sous leurs vraies couleurs, ils recueilleraient moins de 5 % des suffrages, comme Arlette Laguiller, score que n'a même pas atteint Alain Madelin aux présidentielles), tout en exerçant une influence majeure grâce à leur omniprésence dans les lieux de pouvoir et de propagande. Et, en particulier, grâce à leur conquête des grands médias. Certes, il y a partout des journalistes qui récusent la nouvelle « vulgate ». Mais pratiquement tous les services économiques des radios (il faut écouter l'inénarrable De Witt sur France Info), des télévisions, de la presse écrite sont au mieux sous l'influence, au pire sous le contrôle des néolibéraux. Tous les autres courants, y compris (et surtout) le courant authentiquement libéral, sont soit purement et simplement exclus, soit implacablement marginalisés.

Quant aux centres de décision (c'est-à-dire là où siègent les « décideurs », comme on dit), du Medef au conseil monétaire de la Banque de France, de l'université Dauphine à Radio Classique — y compris ceux où la gauche a ses grandes entrées —, les néolibéraux les ont systématiquement investis. D'un côté, ils se sont emparés de l'ex-Parti républicain, devenu Démocratie libérale, puis un courant dominant de l'UMP, de l'autre, ils commencent à infiltrer le courant du PS dit de la gauche « moderne ». En termes démocratiques, ils ne représentent rien, mais ils sont — et en position de force — partout où se forge le destin de la France.

2. Cette secte reproduit, en l'inversant, le discours communiste d'antan : ce qui précède le montre déjà éloquemment. A quoi on ajoutera : le simplisme théorique (enlever partout l’État devient aussi miraculeux que le mettre partout) ; le dualisme manichéen absolu (pas de troisième voie possible) ; la conception purement guerrière du dialogue (le débat n'est qu'un combat) ; la langue de bois (toujours les mêmes mots et expressions qui s'enroulent comme des fils de fer barbelés autour des mêmes arguments de plomb) ; le rejet des déviationnismes et des révisionnismes ; la diabolisation de la contradiction (tout ce qui n'est pas strictement néolibéral est rejeté dans l'enfer du socialisme étatiste et collectiviste) ; l'internationalisme comme alibi d'un ralliement à un leadership hégémonique ; la conviction, très stalinienne, qu'une vérité unique induit une pensée unique, comme l'a théorisé Alain Minc ; la fascination qu'exercent les concepts de « conquête » et de « taille critique » en justification de l'impérialisme économique et de l'ultra-concentration financière ; la pratique, enfin, d'une lutte des classes à l'envers.

Mais, surtout, comme hier les sectateurs de l'Union soviétique, les néolibéraux ont un modèle absolu - les États-Unis d'Amérique - dont il convient, selon eux, non seulement d'adopter la philosophie et les valeurs, mais encore d'imiter scrupuleusement les méthodes et les procédés. L'Union soviétique, aux yeux des communistes, affichait sa supériorité à travers ses mirifiques taux de croissance, ses prix qui n'augmentaient jamais, ses plans quinquennaux prométhéens. Jamais, évidemment, ils ne se posaient la question du coût social et humain, ni ne s'interrogeaient sur l'indice subjectif de bonheur, ni sur l'indice objectif de liberté. Les néolibéraux ne raisonnent pas autrement. Pour eux, les États-Unis, outre un credo et un symbole, ce sont d'abord de merveilleuses statistiques. Ils ne veulent pas savoir ce qu'il y a derrière. Quand on le leur dit, ils n'écoutent pas. Aucun d'entre eux, en réalité (et on aurait pu en dire de même des communistes) n'accepterait la régression absolue que représenterait, dans de nombreux domaines, un total alignement sur le modèle américain. Mais ils font comme si.

3. Le néolibéralisme est à la fois la prolongation et la négation du libéralisme authentique (ce qu'avait très bien compris déjà Schumpeter). Dans les années 30, en France, une tendance minoritaire apparut au sein du Parti socialiste, SFIO. Conduite par André Marquet et Marcel Déat, elle entendait pousser jusqu'au bout « l'étatisme » théorique du parti de Léon Blum en lui donnant ouvertement une signification autoritaire. On qualifia cette tendance, qui finit par fusionner avec le fascisme, de « néosocialisme ». Or le néolibéralisme est au libéralisme un peu ce que le néosocialisme fut au socialisme. Ou le stalinisme au marxisme. Il en est à la fois l'émanation et la totale négation. Un véritable libéral, au nom du respect de la concurrence et du libre accès au marché, redoute par-dessus tout les concentrations monopolistiques. En ce sens, la loi libérale par excellence fut la loi antitrust américaine. Le néolibéral, en revanche, plaide pour la constitution de firmes géantes, intégrées, qui permettent de contrôler tout un marché à l'échelle internationale. Ainsi, les fusions Boeing-McDonnell Douglas, Grand Metropolitan-Guinness ou Axa-UAP, profondément choquantes aux yeux des libéraux, ont mis les néolibéraux dans un état de quasi-extase.

Tout découle de cette rupture : le libéral rêve d'une propriété diffuse, le néolibéral d'une propriété concentrée, fût-ce au prix d'une ruine de la petite propriété. Le libéral est obsédé par la diversité et la pluralité, le néolibéral trouve, au contraire, tout à fait normal qu'il n'existe qu'un seul journal par région, que Murdoch contrôle 70 % de la presse australienne, ou qu'on ne vende que du Coca-Cola à Disneyland. Le libéral condamne le mélange pervers des genres qui permet de contrôler toutes les phases d'un même processus, le néolibéral appréciait tout à fait, lui, que la Générale des eaux, alias Vivendi, contrôle Havas qui elle-même contrôlait à la fois le marché de la publicité et ses importants supports que sont la CEP (L'Express et Le Point) et Canal +. Le libéral est soucieux de l'égalité d'accès au marché, le néolibéral, à l'inverse, considère qu'il est essentiel de contrôler, puis de protéger des parts de plus en plus importantes du marché.

Alain Madelin, par exemple, n'a cessé d'appuyer l'impérialisme des grandes surfaces et de leurs centrales d'achat au détriment du commerce libre. Le libéral affiche, fût-ce parfois hypocritement, une finalité « justicialiste », le néolibéral aucune. Il accepte même froidement la régression sociale au nom de l'efficacité financière du « tout-compétitif ». La cassure est telle, entre libéralisme et néolibéralisme, qu'un archéolibéral comme le prix Nobel français d'économie Maurice Allais a pu s'opposer sur quasiment tous les points à un chantre du néolibéralisme comme Sarkozy. N'est-il pas d'ailleurs significatif qu'aux États-Unis ce soit la gauche qui est qualifiée de « libérale » et la droite de « néolibérale » ?

4. Les néolibéraux détestent la France. C'est évidemment la conséquence de tout ce qui a été constaté plus haut. Pour eux, tout ce qui, en tant que spécificité nationale, ne s'intègre pas au modèle anglo-saxon est à éradiquer. A cet égard, l'exception française représente une horreur absolue. Rien de ce qui déprécie notre pays, qualifié d'étriqué, de ringard, de prétentieux, de conservateur, de replié sur ses illusions, ses tabous et ses acquis, n'est jamais à leurs yeux trop outrancier. Les insupporte, surtout, l'idée qu'il pourrait, lui aussi, être porteur d'un modèle. Ce qui se traduit, en privé, par cette phrase passe-par-tout qu'ils répètent à tout bout de champ : « La France est un pays de merde. » Que les Américains et les Anglais aient construit leur modèle à partir de leurs propres spécificités ne leur est apparemment pas venu à l'esprit.

5. Reste qu'il en est du néolibéralisme comme du communisme. De même que le communisme continuait de véhiculer, au milieu d'un fatras d'absurdités et d'horreurs, certaines des idées fortes que lui avaient léguées ses origines sociales-démocrates, de même le néolibéralisme porte en lui — en ce qui concerne, par exemple, l'esprit d'entreprise, l'autonomie personnelle, le libre-échange, la critique des gestions bureaucratiques, le rejet de l'étatisme ou la nécessité d'une certaine rigueur financière — quelques vérités essentielles de la pensée libérale originelle. C'est pourquoi il ne faut en aucun cas se comporter à son égard comme lui-même se comporte envers ses contradicteurs. Le critiquer, le démystifier, le contrer, oui, mais l'écouter, l'entendre, le décrypter.

Jean-François Kahn, Dictionnaire incorrect.



Dictionnaire incorrect

Comment mener un combat en utilisant toutes les armes à la fois ? La forme de dictionnaire qu'adopte ce livre est une réponse.

L'auteur pourrait reprendre à son compte, au fond, la dernière tirade du Cyrano d'Edmond Rostand quand, rapière au poing, le bretteur défie ses éternels ennemis : la bêtise, le mensonge, la lâcheté, la courtisanerie. On y ajoutera la bienpensance et les nouveaux conformismes.

Sauf que ce livre est, justement, à l'image de la guerre qu'il mène : c'est-à-dire que les longues offensives y côtoient les rapides coups de main, les actions de commando, les manœuvres d'encerclement, les pilonnages d'artillerie, les opérations de guérilla, mais s'y intègrent également - car la guerre c'est aussi cela - les permissions, les théâtres aux armées, les fiestas arrosées à la caserne, les sorties en ville, les parties de belote et les distractions plus libertines.

Quatre armes sont ici utilisées : la satire chansonnière, dérision blagueuse et farce drolatique d'abord ; puis le fouet du pamphlet politico-social, ensuite la méthode encyclopédiste - au sens XVIIIe siècle du terme - qui consiste à démystifier en parlant de tout et donc à travers toutes les approches possibles ; et enfin, le dictionnaire philosophique voltairien qui permet de passer au crible, de façon iconoclaste, les idéologies dont nous continuons à être les héritiers ou les victimes.

Feu sur le quartier général ! Cet ouvrage (d'autant qu'il n'épargne pas le pouvoir intello-médiatique), fera grincer des dents. Fortement. C'est fait pour.

Sunday, February 26, 2012

Philosophie dominicale





Il y a toujours un sermon dominical pour rappeler aux chrétiens que le premier couple humain fut chassé du jardin d’Éden à cause d’Ève.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) propose une interprétation quelque peu iconoclaste du mythe chrétien. « Le paradis terrestre lui paraît un lieu et un temps de grande bêtise dont heureusement Adam et Ève sont sortis par la grâce de leur pêché : ils ont, en désobéissant à leur Créateur, montré qu'ils pouvaient affirmer leur volonté, donc leur liberté (dans cette histoire, c'est la femme qui eut le beau rôle : de fait les allégories de la liberté ont toujours été féminines) », écrit Christian Godin.

Dans leur « Panorama de la philosophie », Emmanuel Pougeoise et Jean-Michel Ridou reviennent sur les premières réflexions de Hegel :

« Dans une lettre à Schelling du 2 novembre 1800, Hegel écrit : « Partant des besoins subordonnés des hommes, j'ai dû me pousser à la science, et l'idéal de ma jeunesse a dû se transformer en une forme de la réflexion, en un système. » Hegel n'a pas été d'emblée un pur métaphysicien. Ses premières interrogations furent de nature religieuse et politique. La question qu'il se pose alors est celle-ci : quelle doit être la religion d'un peuple pour qu'il soit libre ? Hegel, durant sa jeunesse, veut transformer la réalité politique de l'Allemagne. Mais son problème n'est pas uniquement politique car il sait, en idéaliste, que pour transformer la réalité il faut au préalable transformer les esprits (donc la religion). La réflexion de Hegel se nourrit de deux thèmes majeurs : la Grèce et le christianisme.

L'idéal grec

A l'époque de Hegel, Lessing et Winckelmann ont répandu une vision de la Grèce qui faisait de celle-ci le lieu de l'harmonie et de la sérénité. Hegel à son tour voit dans la Grèce une harmonie entre l'individu et l’État ; une période heureuse pour l'homme qui plaçait son bonheur dans sa participation active comme citoyen à la chose publique (la « chose même »). Bonheur terrestre qui détournait l'homme de toute recherche de satisfaction illusoire dans un quelconque au-delà.

Le christianisme

Il n'en va plus du tout de même pour le christianisme qui, en faisant de l'homme un citoyen du Ciel, a séparé le salut personnel, le destin individuel, de celui de la Cité, et émoussé du même coup l'intérêt pour la chose publique. En fait, c'est un échec historique qui a entraîné la fuite religieuse hors du monde ; c'est la misère répandue par le despotisme des princes romains qui a poussé l'homme à chercher et à attendre le bonheur dans le Ciel.

On comprend bien ici l'étroite relation qu'entretiennent politique et religion, les deux objets de réflexion du jeune Hegel : la religion ne se développe pas indépendamment de la politique, elle traduit le degré de liberté d'un peuple. Ainsi le paganisme est une religion d'hommes libres, le christianisme une religion d'esclaves.

Conséquence : l'aliénation

L'harmonie entre la Cité et l'individu dans la « belle totalité grecque » entraînait pour l'homme une vie en harmonie avec le monde, ignorant le malheur de la transcendance. Avec le christianisme en revanche, l'homme ne se sent plus chez lui dans le monde, comme en témoigne l'épisode biblique du Déluge d'où il ne peut plus ressortir qu'une grande méfiance à l'égard de la nature. Abraham qui ne fit qu'errer sur une terre qu'il ne cultiva jamais illustre également cette rupture radicale entre l'homme et la nature.

A la base du christianisme, il y a l'idée judaïque d'un Dieu transcendant qui écrase ses créatures que sont l'homme et la nature. Dieu est désormais une puissance étrangère dont on ne peut qu'être l'esclave. Le christianisme est dans l'incapacité de concilier Dieu et le monde. »




dessin :


Saturday, February 25, 2012

Labourage & pâturage...




Veaux aux hormones, vache folle, peste porcine, OGM, fausses céréales biologiques, lait trafiqué, vin au vinaigre, poulets sans plume, pollution...

Depuis que l'exploitant agricole a remplacé le paysan, la logique marchande s'applique à l'alimentation, tant pis pour la santé et la nature. La gestion de la nature selon la loi du marché est catastrophique : nous sommes confrontés à la sixième extinction de masse de la vie. On ne peut plus laisser les exploitants agricoles, qui votent à droite, voire à l'extrême-droite, jamais pour l'écologie, détruire notre environnement. C'est une question de survie.


Le ménage des champs et du bétail, comme dirait Olivier de Serres, a été durant des millénaires respectueux des fondements de la vie. Les Nabatéens, parmi bien d'autres antiques précurseurs en la matière, ont établi les règles de l'agriculture sur ce que la terre leur révélait de son caractère. L'agriculture paysanne s'inspirait des mêmes lois. La prodigieuse épopée de l'agriculture n'a fait que s'enrichir de savoirs, de savoir-faire, de variétés et espèces végétales et animales jusqu'à atteindre des seuils extraordinaires d'abondance. Ce progrès a nécessité des interventions humaines artificielles : croisement d'espèces, sélection, greffage, adaptation de variétés étrangères à de nouveaux biotopes, croisement d'animaux... L'homme est toujours intervenu sur le vivant, mais en gardant à chaque souche une sorte d'intégrité naturelle. Il y a donc longtemps que notre espèce manipule les espèces. Mais la nature gardait une prérogative majeure : réinstaurer les règles de la pérennité — et donc de la sécurité — des patrimoines génétiques garants de notre propre survie. Tout cela n'allait pas sans quelques aléas ici ou là — insuffisances, disettes, famines —, mais un recours permanent aux sources de la richesse alimentaire était toujours maintenu. Au regard de la logique antérieure, la crise actuelle de l'alimentation est d'une gravité démesurée et n'est malheureusement que le début d'une immense déconvenue liée à une succession de transgressions dont la vache folle » est une apothéose momentanée, qui paraîtra anodine à côté de ce qui peut encore advenir.

La première grande transgression commence avec l'ère industrielle, par la confusion entre monde minéral et mécanique et monde vivant. C'est sans doute à cette vision que nous devons l'usage des engrais artificiels prôné par les travaux de M. Justus von Liebig, honnête homme au demeurant les nitrates, qui sont une substance d'abord dédiée aux explosifs de guerre — tout un symbole — puis le phosphore et le kalium (potassium), qui donnent la fameuse trilogie « NPK », fondement de l'agriculture moderne. Les rendements sont en effet élevés et on détient, pense-t-on, le secret de la fertilité. Engrais, mécanique, thermodynamique, énergie pétrole deviennent l'arsenal du cultivateur chargé de nourrir efficacement une population urbaine de plus en plus importante nécessaire à l'industrie.

Les sols n'étant pas des substrats neutres, mais de véritables organismes vivants avec leur métabolisme propre, se déséquilibrent. Les plantes qu'ils génèrent se déséquilibrent également, sont malades et attirent les ravageurs. C'est l'avènement des pesticides de synthèse.

L'industrialisation de l'agriculture se confirme de plus en plus, la pétrochimie y trouve son compte, les institutions qui sont créées homologuent cette logique et c'est le productivisme agricole : désormais, la terre produit la matière première de base avec des moyens industriels et cette même industrie transforme industriellement la matière produite par l'industrie, gagnant ainsi sur les deux tableaux.

Chemin faisant, des variétés sélectionnées sur les critères de leur affinité avec les engrais, l'irrigation, etc., remplacent les variétés adaptées aux divers biotopes et génétiquement fiables. Des hybridations se révèlent parfois d'une bonne productivité, mais pour la plupart ont l'inconvénient majeur de n'être pas reproductibles, et déjà instaurent une dépendance qui ne fera que s'aggraver.

Le consommateur est conditionné à consommer ce que lui offre l'agriculture officielle. Il y a belle lurette que le vrai paysan est perçu comme le représentant d'un monde suranné. Les guerres ont détruit des paysans philosophes, des paysans savants, des paysans fins économistes..., bref une authentique civilisation fondée sur la vie est peu à peu éradiquée au profit d'une civilisation hors sol et la terre n'est plus à faire valoir mais à exploiter comme un gisement minier pour produire du capital financier.

Grâce à l'accès facile et quasi gratuit à des ressources minérales énergétiques issues des empires coloniaux, on peut appliquer l'agriculture la plus dispendieuse du monde et de l'histoire. Elle permet de détruire douze calories d'énergie pour la production d'une calorie alimentaire et il faut environ deux à trois tonnes de pétrole pour produire une tonne d'engrais. L'espace rural et les paysages patiemment modelés par les paysans selon des critères inspirés par le sensible sont bouleversés par leur adaptation au machinisme agricole et constituent des déserts de céréales et de maïs.

Sitôt après avoir corrigé les pénuries d'après-guerre, le productivisme instaure une sorte de culte de la protéine comme référence alimentaire. C'est alors que l'animal devient essentiellement un transformateur de protéines végétales en protéines animales. Un bœuf, par exemple, doit consommer dix protéines végétales pour produire une protéine animale. Toutes les espèces sont mises à contribution : bovins, volailles, porcins, caprins, ovins, etc.

On passe de « gagner son pain» à « gagner son bifteck », et c'est l'escalade, car les habitudes alimentaires se sont transformées : les protéines animales prennent une place considérable dans l'alimentation — ce que les pays en développement ne peuvent évidemment pas s'offrir, mais à quoi ils participent en bradant leurs protéines végétales (le soja devient par exemple la star des protéagineux).

Les critères économiques et les contraintes de la rentabilité imposent un dogme absolu consistant à produire le maximum de matières consommables dans le minimum de temps. Les sacro-saints gains de productivité tenaillent le producteur, les règles industrielles sont appliquées au vivant, et c'est ainsi que fleurissent et prolifèrent des structures hors sol. Dans ces « usines », l'animal est mis en conditions artificielles. Il n'est plus perçu comme un être vivant mais comme une machine biologique pour produire lait, viande, œufs. Le système performant concilie l'espace minimum, d'où concentration et surnombre, pour une productivité maximum dans le temps le plus court. Des excédents considérables nécessitent une gestion quasi psychédélique pour corriger sans cesse les déséquilibres d'une énorme machinerie agro-alimentaire gagnant sur tous les tableaux et faisant d'énormes profits dans un scénario où l'indigence, la souffrance des petits producteurs évoluent avec la destruction et la pollution du patrimoine naturel représenté par la terre, les eaux, les espèces et variétés... Entre excès des pays industrialisés et insuffisances des autres pays, la planète alimentaire, potentiellement capable de nourrir l'ensemble des humains, est comme un vaisseau fou sur lequel cohabitent des excès alimentaires nécessitant régimes et traitements médicaux, et des disettes et famines sans solution à ce jour en dépit des proclamations de l'agriculture moderne d'être la meilleure solution à ces problèmes.

Confirmation d'une nouvelle espèce d'êtres humains : le consommateur, car sans lui tout l'édifice s'effondrerait. Il ne lui est pas demandé d'être un délicat gourmet, mais — rôle plus efficace — d'être un bouffeur ». Le noble terme de nourriture, évoquant tant de beauté, fondement de nombreuses cultures et substance vitale, est abandonné au profit de la « bouffe », pour nommer toutes les matières « comestibles » sujettes à falsification, quasi virtuelles, qui arrivent dans l'assiette du citoyen consommateur. Pour être tout à fait conforme, celui-ci doit avoir de bonnes mandibules, un estomac à forte capacité et un transit intestinal diligent. Il est invité à consommer hors saison et sans tenir aucun compte de la régulation du biotope où il vit. Un carrousel incessant de bateaux, d'avions, de trains, de camions et tous les producteurs de la planète sont à sa dévotion. La publicité, avec une ferveur qui ne se relâche jamais, lui fabrique des besoins, manipule son mental, exacerbe ses frustrations à coups de fantasmes toujours inassouvis. Consommer est un acte civique influençant le PIB et le PNB et jusqu'aux mouvements de la Bourse. Ce qui pourrait être produit localement est importé des antipodes. Le consommateur, otage d'un scénario infernal et insidieux, se voit confisquer sa capacité à survivre des biens générés par ses terroirs et territoires, comme cela fut depuis les origines. De plus en plus déconnecté de la réalité vivante, tout lui est virtuel. Une sorte de nouvelle révolution néolithique fait de lui un chasseur-cueilleur poussant son caddie dans les allées achalandées des hypermarchés. Le citoyen ne consomme pas seulement, il est lui-même consommé dans une ambiance feutrée de belles proclamations sur la liberté.

Pierre Rabhi, Conscience et environnement, la symphonie de la vie.


Conscience et environnement
La symphonie de la vie

Avec l'ère de la techno-science, de la productivité et de la marchandisation sans limite, l'on ne voit plus dans la terre et les végétaux qu'une source de profit financier. Ce pillage du bien commun de l'humanité est représentatif d'une civilisation qui a donné à la matière minérale, au lucre et ,à l'avidité humaine les pleins pouvoirs sur le Vivant et les vivants que nous sommes. Pourtant, notre lien à la terre est si intime, si vital que rien ne peut le résilier. La conscience et l'entendement devraient permettre à l'humain de comprendre, de ressentir, de s'enchanter de cet ordre et donc de le respecter et d'en prendre soin avec humilité et compassion. Notre responsabilité à l'égard de nous-même et de nos semblables inclut la responsabilité à l'égard de tout ce phénomène extraordinaire qu'on appelle la Vie.


Pierre Rabhi, agriculteur bio, est un ardent défenseur de la biodiversité et des solutions écologiques. Écrivain, il a publié plusieurs livres dont Du Sahara aux Cévennes et, avec Nicolas Hulot, Graines de possibles.


Friday, February 24, 2012

L'oligarchie française





Le comportement de la classe politique oligarchique évoque la seigneurie décadente de l'Ancien Régime.

Des personnalités politiques s'enrichissent sans vergogne grâce aux détournements de fonds publics, commissions occultes, pots-de-vin... L'avidité de certains représentants du peuple est sans limites.

La corruption prend une ampleur inquiétante et se répand dans toutes les classes de la société. Des professionnels de la santé, reniant le serment d'Hippocrate, rackettent les malades : dépassements d'honoraires, dessous-de-table... L'industrie pharmaceutique ne recule pas devant le froid assassinat de milliers de personnes pour faire toujours plus de bénéfices.

L'image de la France est dégradée, la cinquième république est en déliquescence. Et Nicolas Sarkozy, à la tête de l'UMP, se prétendant le candidat du peuple, repart en campagne pour maintenir les privilèges de l'oligarchie politico-financière qui parasite depuis trop longtemps une nation divisée, désorientée et quasiment exsangue avec quatre ou cinq millions de chômeurs.


La République « irréprochable » et quelques uns de ses acteurs (liste communiquée par Alexandre) 

Alain Agostini (UMP) 2008, condamné pour proxénétisme aggravé en bande organisée.

Alain Carignon (UMP) 1999, condamné pour corruption, abus de biens sociaux et subornation de témoins.

Alain Ferrand (UMP) 2006, condamné pour faux et usage de faux. 1998, condamné pour prises illégales d’intérêts et condamné pour fraude fiscale.

Alain Juppé (UMP) 2007, condamné pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêt.

Alain Tuduri (UMP) 2009-2010, condamné pour discrimination raciale, pour avoir préempté les biens immobiliers que voulait acheter des personnes d’origines étrangères dans sa commune.

Axel Poniatowski (UMP) 2010, condamné pour diffamation.

Brice Hortefeux (UMP) 2010, condamné pour atteinte à la présomption d’innocence. Il a également été condamné pour injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine.

Brigitte Barèges (UMP) 2011, condamnée pour refus de mariage.

Bruno Sandras (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.

Charles Fabre (UMP) 2010, mis en examen pour favoritisme.

Charles Pasqua (UMP) 2009 à 2010, condamné pour trafic d’influence, pour favoritisme, pour faux, financement illégal de campagne et abus de confiance. Il est cité dans l’affaire de recel d’abus de biens sociaux pour l’association France Afrique Orient. Il également mentionné dans l’affaire du financement occulte du ministère de l’Intérieur et de l’Union des groupements d’achats publics.

Christian Vanneste (UMP) 2006 et 2007, condamné pour propos homophobes, condamnation confirmée par la Cour d’Appel puis annulée par la Cour de Cassation. Il avait déclaré l’homosexualité inférieure à l’hétérosexualité et que l’homosexualité était une menace pour l’humanité.

Claude Polony (UMP) 2001-2009, reconnu coupable de prise illégale d’intérêt, favoritisme et détournements de fonds.

Daniel Simonpieri (FN puis UMP), condamné pour favoritisme, fausses factures et emploi fictif. Il avait déjà été condamné pour harcèlement moral.

Damien Meslot (UMP) 2010, condamné pour outrage à magistrat, mis en examen pour atteinte ou tentative d´atteinte à la sincérité d´un scrutin.

Denis Gautier-Sauvagnac (UMP) 2008, mis en examen pour blanchiment d’argent.

Denis Jacquat (UMP) 2011, condamné pour abus de confiance et infraction à la législation sur le financement des campagnes électorales.

Didier Schuller (RPR-UMP) 1994, il s’enfuit aux Bahamas après la révélation d’une tentative de déstabilisation du juge Éric Halphen puis il continue sa cavale en Dominique Républicaine où il bénéficie d’une protection diplomatique, avant de revenir en France. 2005, condamné pour financement illégal de sa campagne. 2007, condamné pour avoir fait financer de façon occulte des activités politiques.

Dominique Paillé (UMP) 2004, condamné pour abus de confiance.

Frédéric Chazal (UMP) 2010, condamné pour diffamation.

Gaston Flosse (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.

Georges Tron (UMP) 2011, mis en examen pour harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol.

Gérard Dezempte (UMP) 2006, condamné pour discrimination.

Gérard Larrat (UMP) 2011, condamné pour constitution de partie civile abusive ou dilatoire dans le but de nuire à son adversaire socialiste. 2011, mis en examen pour complicité d’atteinte à la sincérité du scrutin, complicité de faux administratif et usage et complicité de manœuvre frauduleuse tendant à l’exercice irrégulier du vote par procuration, son élection a été annulée.

Gilles Forray (UMP) 2006, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.

Guy Drut (UMP) 2005, condamné pour avoir bénéficié d’un emploi fictif.

Guy Wildenstein (UMP) 2011, mis en examen pour recel d’abus de confiance.

Henry Chabert (UMP) 2002, condamné pour recel d’abus de biens sociaux.

Jacques Blanc (UMP) 2009, mis en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêt.

Jacques Masdeu-Arus (UMP) 2006 à 2009, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.

Jacques Myard (UMP) 2009, condamné pour diffamation.

Jean Reynaud (UMP) 2004, condamné pour prise illégale d’intérêt. 2006, condamné pour harcèlement moral et dégradation des conditions de travail.

Jean Tiberi (UMP) 2009, condamné pour occupation illégale des locaux de sa permanence et fraude aux électeurs.

Jean-Louis Garnier (UMP) 2011, condamné pour coups et blessures.

Jean-Louis Masson (UMP) 1997, condamné pour avoir financé la campagne d’un concurrent afin d’affaiblir sa rivale à droite.

Jean-Paul Alduy (UMP) 2008, son élection est annulée pour fraude.

Jean-Paul Fournier (UMP) 2009 à 2010, condamné pour prise illégale d’intérêt.

Joëlle Ceccaldi-Raynaud condamnée (UMP) 2006, condamnée pour diffamation et complicité de diffamation.

Joëlle Ferrand (UMP) 2010, condamnée pour prise illégale d’intérêt et malversations.

Laurence Spicher-Bernier (UMP) 2010 à 2011, condamnée pour exercice illégal de la profession d’avocat et escroquerie.

Lionel Cressiot (UMP) 2011, mis en examen pour injures et diffamation.

Lucette Michaux-Chevry (UMP) 2002, condamnée pour favoritisme dans l’attribution de marchés publics.

Manuel Aeschlimann (UMP) 2009, condamné pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public.

Marie-Jeanne Bozzi (UMP) 2002, condamnée pour proxénétisme aggravé, association de malfaiteurs et dissimulation de travail clandestin. 2007, condamnée pour soustraction au paiement de l’impôt, omission de déclaration et fraude fiscale. 2009, mise en examen pour association de malfaiteurs en vue de la commission d’un homicide en bande organisée.

Maurice Gutman (UMP) 2010, condamné pour proposition sexuelle à une mineure de 12 ans.

Michel Buillard (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.

Michel Habig (UMP) 2006, condamné pour avoir fait incendier 14 caravanes appartenant à des Roms installées sur un terrain municipal.

Nicolas Bazire (UMP) 2011, mis en examen dans le cadre de l’affaire Karachi.

Olivier Deleu (UMP) 2011, mis en examen pour injures et diffamation.

Olivier Rey (UMP) 2008, condamné pour violences, menaces et dégradation grave du bien d’autrui à raison de la religion.

Pascal Buchet (UMP) 2007-2011, condamné pour harcèlement moral ayant mené au suicide.

Patrick Balkany (UMP) 2003, condamné pour injure publique et pour diffamation. 1999, condamné pour avoir rémunéré aux frais du contribuable trois personnes désignées comme des employés municipaux mais qui ne s’occupaient que de son appartement de Levallois-Perret et de sa résidence secondaire près de Giverny.

Philippe Brun (UMP) 2011, condamné pour fraudes et multiples abus de biens sociaux.

Pierre Bédier (UMP) 2009, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.

Philippe Pemezec (UMP) 2010, condamné pour injures. 2007, condamné pour irrégularités lors de sa campagne, son élection sera annulée.

Renaud Donnedieu de Vabres (UMP) 2004, condamné pour blanchiment d’argent. 2011, mis en examen dans le cadre de l’affaire Karachi.

René Vestri (UMP) 2009, condamné pour travail dissimulé. 2010, mis en examen pour blanchiment à titre habituel et en bande organisée, trafic d’influence et association de malfaiteurs.

Richard Cazenave (UMP) 1999, condamné pour abus de biens sociaux. 2004, condamné pour recel et complicité d’abus de biens sociaux.

Serge Dassault (UMP) 1998, condamné pour corruption. 2010, condamné pour procédure abusive. 2009, condamné pour avoir acheté des voix lors des municipales.

Thérèse Aillaud (UMP) 2002, condamnée pour détournement de fonds publics.

Thierry Gaubert (proche de l’UMP, collaborateur de Sarkozy) 2008, mis en examen pour abus de biens sociaux et escroquerie. 2011, mis en examen dans le cadre de l’affaire Karachi.

Thierry Leprince (UMP) 2007, condamné pour viol sur une mineure de 12 ans.

Vincent Toni (UMP) 2008 et 2011, condamné pour corruption passive.

Xavier Dugoin (UMP) 1997 , condamné pour trafic d’alcool, salaires fictifs et corruption. 1999 à 2000, condamné pour abus de confiance, détournement de fonds publics, falsification de documents administratifs et prise illégale d’intérêt. 2001, mis en examen dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs du conseil général de l’Essonne, cette procédure sera annulée pour vice de forme.

2010, un cadre de l’UMP dont le nom n’a pas été diffusé a été mis en examen pour vol de carte bancaire d’un ancien dirigeant et pour le piratage, lors de la guerre interne à l’UMP 31, de l’ordinateur de l’ex-présidente Christine de Veyrac. Les policiers ont retrouvé des objets acquis frauduleusement au domicile du jeune homme.

L’UMP condamnée pour atteinte au droit à l’image avec son LipDub en diffusant pour le clore la photo d’une jeune femme n’y ayant pas consenti.

L’UMP, à l’origine de la loi Hadopi, condamnée pour piratage d’une musique de MGMT utilisée lors de leurs meetings et pour illustrer plusieurs vidéos diffusées sur Youtube.

Source: http://www.dazibaoueb.com/article.php?art=28393


Les élus justiciables de gauche :




Thursday, February 23, 2012

La rémunérations des grands patrons





Lorsque Claude Bébéar, alors patron d'Axa, a réalisé ses stock-options, il a touché d'un coup ce que gagnent par mois, tous ensemble, 200 000 salariés moyens ! Pour détenir une telle somme, un instituteur ou un postier auraient dû travailler depuis les temps préhistoriques.

André Lévy Lang, l'ex-patron de Paribas, fut plus modeste : ses indemnités de départ représentèrent 30 000 Smic. Celles de Philippe Jaffré, jadis P-DG d'Elf, étaient montées à 40 000 Smic !

Le dénommé Mulliez, le roi des hypermarchés, est presque un petit, comparé à Liliane Bettencourt, propriétaire de L'Oréal : s'il avait voulu dilapider sa fortune, il aurait pu dépenser 160 millions de francs par semaine !

En comparaison, le dénommé Antoine Zaccharias, P-DG de Vinci, est un pauvre. Il ne gagnait, en salaires (hors stock-options et primes) que 1 500 000 francs par mois (quelque 283 000 euros), 300 fois le Smic. Une misère ! Le patron de L'Oréal, Lindsay Owen-Jones, s'est vu attribuer quasiment le double ! Quant à Serge Tchuruk, le P-DG d'Alcatel, une enquête de la société de conseils Proxinvest lui attribuait, toutes formes de rémunérations comprises, et stock-options incluses, l'équivalent de 1 500 fois le Smic !

Mao Tsé-toung pouvait, sans vomir de honte, contempler des millions de Chinois agitant, comme un talisman, son lamentable Petit livre rouge. Ce qui prouve qu'il était devenu fou. A lier.

Certains grands patrons peuvent, eux, sans que cette obscénité ne suscite apparemment chez eux le moindre hoquet de dégoût, accepter de gagner de 500 à 2 000 fois plus que leurs semblables (3 000 ou 4 000 fois plus, même, aux États-Unis, que des êtres humains censés avoir été créés à leur image). Autrement dit, de hauts responsables de grandes sociétés finissent par se convaincre qu'ils valent effectivement 1 000 à 1 500 fois plus que tel ou tel salarié de leur propre entreprise. Ce qui prouve également qu'ils sont devenus fous. A lier.

La valeur d'un homme est-elle 1 000 à 1 500 fois supérieure à celle d'un chimpanzé ? C'est à démontrer. Mais si M. Serge Tchuruk, qui a appauvri la communauté des salariés à laquelle il présidait, croit réellement que ses performances physiques ou intellectuelles, ses connaissances ou ses capacités, sont 1 000 à 1 500 fois supérieures à celles d'un employé de bureau ou d'un manutentionnaire d'Alcatel, le cas relève effectivement de l'hôpital psychiatrique. A partir d'un certain seuil de rémunération, en effet, ces gens-là se révèlent être de grands malades ! Forcément. Et, comme dans le cas de Jean-Marie Messier, leur excès dans ce domaine les porte à tous les autres excès, y compris dans leur gestion.

Quelle morale, ou même simplement quelle rationalité, peut induire que, pour obtenir ce qu'un dirigeant gagne en un an, tel de ses employés aurait dû, lui, trimer sans interruption depuis le règne de Clovis ? Voire, dans certains cas, depuis celui de Ramsès II ou de Nabuchodonosor ? L'intelligence de Serge Tchuruk pèse-t-elle 400 fois plus lourd que celle d'un agrégé de philosophie ? L'utilité de Jean-Marie Messier est-elle 800 fois plus importante que celle de l'abbé Pierre ? L'apport à la communauté nationale de Lindsay Owen-Jones, patron de L'Oréal, est-il 700 fois plus important que celui d'un généticien? Les performances de Philippe Jaffré, l'homme qui fit estimer son propre échec à prix d'or, valent-elles 300 fois plus cher que celles des physiciens Pierre-Gilles de Genne et de Georges Charpak ? Peut-on décemment s'attribuer, pour détruire des emplois dans l'intérêt supposé des actionnaires, 300 fois plus que pour en créer dans l'intérêt des travailleurs ? Qui le croit ?

L'admettre ou le justifier, comme s'y risquent quelques médiocrates dépravés, participe de la même dérive que celle qui fit soutenir, à d'autres, que le Goulag constituait le paroxysme de l'humanisme !

On se pose parfois cette question : mais que font-ils de ce pactole ? Mangent-ils mille fois plus de biftecks, ou du caviar à tous leurs petits déjeuners ? Prennent-ils mille fois plus souvent l'avion ? En fait — car il y a comme une revanche spontanée de la décence — ils paient généralement, pour accéder aux mêmes satisfactions que le commun des mortels, cent fois ou mille fois plus cher (quitte à s'offrir une bouteille de vin à 25 000 francs). Mais une autre interrogation est généralement occultée : dans quels domaines, à l'intérieur de l'espèce humaine, sauf à justifier le racisme le plus exacerbé — et même l'eugénisme —, une « capacité » peut-elle être valorisée mille fois plus qu'une autre ? Qui est capable ne serait-ce que d'accéder à mille fois plus de concepts que ses semblables, de formuler mille fois plus d'idées, de manier mille fois plus de mots ? Même si un pauvre bougre met deux heures pour rédiger 70 lignes, qui sera capable, dans le même temps, d'en rédiger 10 000 ?

En réalité, il serait dément de valoriser l'intellect d'Emmanuel Kant à mille fois celui de Joseph Prudhomme ; ou de prétendre que Balzac fut mille fois plus créatif que Guy des Cars. Carl Lewis ne court pas mille fois plus vite que vous ou moi (même pas deux fois !). Pas plus qu'une Ferrari n'est mille fois plus rapide qu'une 2 CV ! Zidane ne joue même pas vingt fois mieux que l'avant-centre de l'équipe de La Garenne-Colombes !

Si la valeur d'un individu dépend de l'enrichissement qu'il génère (ce qui est déjà plus acceptable), alors Tchuruk et Messier ne valent strictement rien (pas plus que ces dizaines de grands patrons américains surpayés qui ont ruiné leurs actionnaires). Mais, surtout, Geneviève Anthonioz de Gaulle, l'ex-présidente d'ATD Quart-Monde, qui vécut pauvre, valait infiniment plus que les patrons de Total-Fina ou du Groupe Suez.

En définitive, se vouloir « valoir » mille fois plus que son prochain, simplement parce qu'on a indexé la qualité de ce que l'on donne sur la quantité de ce que l'on prend, est un crime intellectuel en même temps qu'une forme de sénilité précoce.

De quoi est mort le communisme ? De cette inanité qu'est l'égalitarisme. Si tous se valent, rien ne vaut ! Le créateur a intérêt à se comporter en petit fonctionnaire, et l'entrepreneur virtuel devient un nomenklaturiste. Mais le capitalisme, lui, au sein duquel les écarts de revenus ont atteint des dimensions quasi cosmiques, risque d'être emporté par le mal inverse. Qui ne voit que, dépassé un certain niveau de rémunération, un cadre dirigeant se coupe totalement de la réalité en général et du pays réel en particulier (d'où les dérives de Messier ou de Suard, l'ex-patron d'Alcatel, par exemple) ; que l'inversion de l'échelle des valeurs suscite, à tous les niveaux, de la déliquescence civique ; que l'hypervalorisation de certaines positions sociales individuelles dévalorise d'autant l'effort collectif ; que toute action humaine qui est cotée 1 000 fois ou 2 000 fois en dessous d'une autre activité humaine est quasiment animalisée, et le travail « réifié » ! Qu'à ce stade, dans la conscience publique, la frontière s'estompe entre la rémunération légale et le hold-up illégal, entre ce qu'on touche et ce qu'on détourne.

En vérité, dans la conscience des profiteurs eux-mêmes, le clivage finit par ne plus être très net. D'où les scandales « comptables » à répétition. A partir du moment où son propre gain n'a plus de sens, on ne compte plus. Et l'on méprise ceux qui comptent. Après le salaire minimum, pourquoi ne pas instituer une rémunération maximum ?

Jean-François Kahn, Dictionnaire incorrect.


Dictionnaire incorrect




Dessin :
Gérard Mathieu, pour Alternatives économiques