Tuesday, January 24, 2012

Violence & pédophilie religieuses





Placé à l’âge de 10 ans dans un orphelinat tenu par des prêtres salésiens, Michel vivra durant quatre années sous la férule de religieux névrosés et pédophiles


La violence

La discipline « passe parfois par les sévices physiques :
violents coups de pied aux fesses par un curé qui lance de toutes ses forces son brodequin dans l'arrière-train d'un trop lent, au risque de lui endolorir le coccyx plusieurs jours ; claques qui démanchent le cou violemment assenées sur l'arrière de la tête ; saisie brutale d'un récalcitrant par le bras et secouage en règle au risque de désarticuler l'épaule ; gifles administrées après avoir pris soin de retourner la chevalière ; ces adultes affectivement immatures ne connaissent pas leur force et ne savent pas s'adresser au corps autrement que sur le mode brutal.



Le réfectoire ne doit pas donner d'occasion de se réjouir. On y mange pour ingérer la dose de calories, pas pour le plaisir. Les dames de service, venues du village voisin, semblent sorties d'un film de Fellini. L'une boite au point qu'on craint à chaque pas qu'elle tombe sur le côté, l'autre arbore une moustache de maçon portugais, la troisième, boudinée dans une blouse en nylon bleu, déborde de graisse. Peu probable que les salésiens rompent avec elles leurs vœux de chasteté. A ceux que travaille trop la libido un enfant suffit. 


La discipline, c'est toujours, tout le temps, sans relâche, sans répit. Pas une seconde sans une odeur de terreur. Entrée dans le réfectoire en silence ; on s'assied sur ordre ; on ne parle pas tant que l'autorisation n'a pas été donnée — parfois, c'est immédiatement, d'autres fois, plus tard, uniquement par caprice ; pour faire taire l'assemblée, le Père de service frappe deux fois dans ses mains ; chacun s'exécute immédiatement ; une parole chuchotée, c'est la claque brutale sur la tête ou la gifle ; un claquement de doigts, on place les couverts dans le récipient en plastique blanc, troué, tailladé et gras posé sur la table ; nouveau claquement de doigts, on se lève ; autre claquement, on se dirige en silence vers l'étude.

Un soir, l'un d'entre nous refuse de manger sa soupe 
tomate-vermicelle. Sang de bœuf et asticots... Évidemment la même assiette sert pour tout le repas. Ne pas manger son potage, c'est ne plus pouvoir manger du tout. La punition pourrait suffire... Le curé l'enjoint d'avaler le bouillon rouge, refus, réitération, nouveau refus : il entre alors dans une colère sans nom, empoigne l'enfant par les cheveux, le met à terre, la chaise tombe, il hurle en le rouant de coups de pied avec ses godillots, sous la violence des chocs il traverse le réfectoire entièrement tétanisé dans un silence de mort. Il échoue sous un évier, gémissant comme une bête avec de petits glapissements dans la gorge. Sur le sol, son sang a coulé et laissé une trace comme j'en vois parfois dans la charcuterie de mon village après l'abattage d'un cochon. Le repas se termine sans que personne ose reprendre la parole. J'ai encore la matière de ce silence en tête.

La pédophilie

Et puis, plus grave que les billets jaune ou saumon
(une technique de domination des curés pervers), plus crainte que les coups, l'arsenal disciplinaire compte également avec la loi du silence qui entoure alors la pédérastie. A l'époque, personne n'accorde crédit à quiconque porte à la connaissance d'adultes, ses parents par exemple, que tel ou tel prêtre tripote les petits garçons. On s'entend répondre — moi le premier: «Un homme qui a donné sa vie à Dieu et fait vœu de chasteté ne peut pas agir ainsi. » Justement, si...

L'un enseigne le travail manuel. Chacun admire sa dextérité et sa compétence : là où nous cassons force lames de scie, trouons les plats avec un coup de gouge trop ardent, chargeons en étain la soudure d'un profil de vierge en brox, barbouillons de colle deux pièces de bois ou calcinons au pyrograveur un dessin d'écureuil sur un dessous de plat, il effectue le bon et beau geste qui sauve la mise de plus d'un avant la fête des mères...

En même temps, chacun paie son sauvetage d'une obole singulière : sous couvert d'enseigner le geste exact, il s'installe derrière l'un ou l'autre, demande qu'on pose sa main sur la sienne pour mémoriser le mouvement, puis profite de ce moment qu'il fait durer pour se frotter le long du dos et des fesses de l'enfant bloqué contre l'établi. Le rythme de ses gestes correspond à celui d'une masturbation.


Un autre enseigne la musique. Grand échalas souvent en compagnie de Coco, la corneille mascotte de l'orphelinat, il promène sa silhouette dégingandée du côté du bâtiment où il donne ses cours de musique. Professeur Tournesol en son genre, son bureau croule sous les fils électriques, les fers à souder, les outils, les papiers, les plans de montage. Des rats ou des souris tournent dans une cage. Chaussettes par terre, saleté, puanteur.

On lui doit la construction de A à Z d'une 
véritable chaîne stéréophonique — soudure des composants, branchements, et ce jusqu'à la transformation d'une boîte de conserve en façade d'amplificateur. Il a réquisitionné les boîtes de conditionnement des œufs en cuisine pour tapisser la salle de musique transformée ainsi en auditorium d'occasion. Un grand arbre sur le talus en face tamise le soleil au printemps, se charge des couleurs d'automne, sert de perchoir aux oiseaux l'hiver.

Dans ce lieu à l'écart de l'école, il nous fait écouter Pacific 231 d'Arthur Honegger et raconte les essieux, les boogies, la vapeur ; avec Schéhérazade, il nous transporte en Orient, idem avec Dans les steppes de l'Asie centrale ; il mime L'apprenti sorcier de Paul Dukas, donne un cours de géographie avec La Moldau de Smetana. Moments sublimes, au même titre que les heures de lecture. L'art me prouvait que si le monde des vivants est un enfer, il contient aussi des paradis.

En revanche il nous inflige des cours de flûte et fait jouer A la claire fontaine... Dans pareil moment, il demande au premier rang de se déplacer pour venir occuper le dernier. Chacun sait ce que cela veut dire. Alors que nous nous concentrons sur la partition et le maniement de l'instrument, il caresse la tête de tel ou tel, passe la main dans le cou, la glisse de temps en temps dans le col provoquant parfois le déraillement du musicien en herbe étranglé par sa chemise et terrorisé par le tripotage.


Le même se charge des activités canoë du dimanche après-midi. En toute bonne logique, seuls sont admis les pensionnaires sachant nager. L'eau de l'Orne est glacée, pure, propre, limpide, on voit au fond les oscillations de longues algues, chevelures vertes, brunes d'Ondines viking. Le cours de la rivière est large, la profondeur importante.

Une exception : l'un d'entre nous pratique l'activité bien qu'il ne sache pas nager à la seule condition d'accompagner ce curé-là dans son embarcation. Quand le salésien met le groupe au défi d'une course vers le pont de l'Orne, il déclenche une furie de pagayages, chacun voulant parvenir le premier sous l'édifice en fer. Pendant ce temps, le prêtre manœuvre habillement, entre dans les roseaux avec sa victime, le temps pour lui d'une sexualité avec l'enfant qui avoue sans vergogne, un peu niais, « se faire chatouiller »... Le soir du grillon, le seul épargné gardant le lit pour raison médicale, c'est lui.

Un troisième prêtre pratique lui aussi les petits garçons. Dans l'orphelinat, il occupe le statut pratique pour son forfait de Préfet de discipline — on ne dit pas encore Conseiller d'éducation... Tous les enfants mis à la porte savent qu'il passe régulièrement dans les couloirs et les embarque car il détient la possibilité de suspendre les représailles du corps enseignant par les moyens ad hoc. Son bureau, personne ne souhaite s'y trouver.

Deux mots également sur le salésien chargé de l'infirmerie où personne ne se précipite, et pour cause : le moindre mal de tête vaut au migraineux d'être sur-le-champ déculotté, puis tripoté. Le pantalon sur les chaussures, si l'on proteste en faisant remarquer que la zone en cause n'est pas la bonne, on s'entend dire que les complications se nichent partout! Le tâteur de bourses déclare ensuite, détaché, le moment venu du retour en cours, et paie le tout chichement d'un cachet d'aspirine. J'ai gardé mes maux de tête pour moi... »

Michel Onfray


Interview de Michel Onfray :
http://www.urbanisme.fr/issue/guest.php?code=327


Dessin :
http://bebblol.canalblog.com/archives/2011/01/17/20150963.html

7 comments:

  1. AMUSANT L'IMAGE
    Cela s'appelle mettre le petit jésus dans la crêche :)

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  2. Ah , c'est pour cela que Michel ONFRAY ne s'en est jamais remis...!

    C'est pitié que de lire de telles lignes, car ces prêtres auraient dû faire comme à St Sulpice à Paris, où, "dans le bon vieux temps", ils allaient au bordel de l'autre côté de la rue, puis revenaient se faire absoudre ensuite, et ce , chacun son tour, comme à confesse , quoi!

    Mais tout cela n'est pas amusant, les enfants c'est sacré.
    Pour ma part, dans l'Eglise, je n'y ai rencontré que des prêtres qui passaient leur temps à jouer au foot, en soutane, avec les enfants, ou encore ce prêtre ouvrier (la paix soit sur lui), qui venait faire ses cours de cathé, après son boulot, juché sur un vélo et la pipe au bec!
    Il nous a appris l'amour et le respect du prochain et de soi-même.
    Ils sont pas tous pd...La chasteté devrait être non obligatoire, comme pour les prêtres Orthodoxes ou Maronites!Mais cela, au vatican, ils ont du mal à piger.

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  3. Bon sang, cette image n'est pas du tout amusante. Gnosis a la chance de ne pas avoir été abusé sexuellement sinon ça ne le ferait pas rire. Catherine

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  4. "Gnosis" c'est féminin ou masculin?
    L'image est sexuellement très parlante pour un homme...alors que pour une femme mettre un poupon "au chaud", doit, je l'imagine, avoir une autre connotation.

    La chasteté est récente dans l'Eglise, vers le XIII ème siècle, il me semble...ce qui n'a pas empêché, plus d'un évêque d'avoir une ou des courtisanes dans son lit!
    La chasteté ("Brahmacharia" en Sanscrit), n'est pas donné à tout le monde; cela exige un retournement de la pensée,cela mène à un refoulement des désirs sexuels qui sont chose normale, et leur réorientation vers un "absolu" imaginaire, dieu ou autres, bien loin de la réalité du corps.C'est un choix...et c'est aussi une méthode de culpabilisation, de mise sous contrôle de l'individu!
    L'autre côté, le laisser aller, à vivre sa sexualité "à fond" de manière dédridée, a été aussi utilisé par Osho, pour ne citer que lui - dont certains écrits sont très intéressants - mais dont la vie quotidienne a été de profiter et d'abuser de ses disciples!
    La question fondamentale est la domination d'un individu sur un autre et les moyens qu'il se donne pour y arriver, tant à un niveau particulier , le couple, qu'au niveau de la société.

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  5. Anonymous3:36 AM

    loorsele24Pourquoi vouloir dominer ou controler les autres ? C'est la trouille ou quoi ?

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  6. Anonymous6:58 AM

    Non, c'est la nature humaine: dominant-dominé; un "reste" ((ou un "zeste" de notre nature animale) des temps immémoriaux ou le plus "faible", se couchait devant le plus fort.
    C'est la loi de la crèche, ou de la cours de récré sans nounou ou instituteur pour sociabiliser.C'est ce que font des chiens qui se rencontrent, l'un des deux, même après une bagarre se couchera devant l'autre.Et le "plus fort" s'arrêtera aussitôt...sauf si quelqu'un l'excite à aller plus loin, comme les nazis ou autres ont toujours fait à travers l'Histoire.

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  7. Anonymous10:05 PM

    sglurm, mais quelle nazerie...

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