Sunday, January 08, 2012

Extrême droite & shivaïsme





En 1984 Jean-Louis Gabin, jeune prof de lettres en Seine-Saint-Denis, obtient d'Alain Daniélou un entretien. « Bientôt, Daniélou l'invite dans sa belle maison de campagne romaine et lui demande d'éditer ses inédits, tâche que Gabin poursuivra après la mort du maître en 1994. Lui aussi part en Inde, apprend le sanscrit et se convertit. Et là, le disciple confronte les textes traduits par le maître aux originaux, comme le raconte par le menu L'hindouisme traditionnel et l'interprétation d'Alain Daniélou, le livre à charge qu'il publie chez les très catholiques Éditions du Cerf. Et avec une préface de choc, signée par Mahant Veer Bhadra Mishra, grand prêtre à Bénarès, élu "héros de la planète" en 1999 pour son action en faveur de la dépollution du Gange, qui souligne que Daniélou a fait de drôles d'erreurs. Non seulement ses traductions de l’œuvre du vénérable Swami Karpatri tronquent les textes et les falsifient, mais, pis, il a présenté le maître hindou comme le fondateur du Jana Sangh (assemblée du peuple), parti d'extrême droite nationaliste, alors qu'il serait le fondateur du Ram Rajya Parishad (le conseil du royaume de Rama), un parti destiné à protéger l'hindouisme traditionnel. » (
http://www.lepoint.fr/culture/ )


Daniélou a bien commis une erreur en attribuant à Karpâtrî la création du Jana Sangh, parti d'extrême droite nationaliste très proche du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Pourtant, dans son livre, Le Chemin du Labyrinthe, Alain Daniélou avait noté à juste titre : « Karpâtri était très hostile aux idées du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS, Association pour la défense des valeurs nationales) qui préconisait des méthodes inspirées du fascisme dans la lutte contre le Congrès et les idées modernistes ». L'assassin de Gandhi était un ancien membre du RSS.

Plus grave, Alain Daniélou aurait construit un système en phase avec ses fantasmes, un shivaïsme orgiaque qui permettrait d'accéder au Divin.

Dans son livre, L'Hindouisme traditionnel et l'interprétation d'Alain Daniélou, Jean-Louis Gabin « revisite l'héritage laissé par Alain Daniélou. Il s’appuie non seulement sur l’œuvre de l’orientaliste mais aussi sur des traductions nouvelles, des documents inédits et des recherches approfondies auprès des représentants autorisés de la tradition hindoue. Avec précision et clarté, il raconte sa découverte de l’hindouisme traditionnel. Il met en rapport la spiritualité indienne et l’interprétation qu’en donne Daniélou, l’hindouisme orthodoxe et le fondamentalisme sanglant de l’« hindutva ». Il tente enfin de comprendre les implications à la fois religieuses et politiques — inaperçues depuis un demi-siècle — de la démarche d’Alain Daniélou : l’auteur du « Polythéisme hindou » n’a-t-il pas développé une vision personnelle de la religion, distanciée du christianisme de sa mère et de son frère, et de l’hindouisme orthodoxe par un cheminement dans un shivaïsme ésotérique cherchant à ranimer les cendres du paganisme gréco-romain ? » (quatrième de couverture de L'Hindouisme traditionnel et l'interprétation d'Alain Daniélou)


Le racisme selon Alain Daniélou






Emmanuelle de Boysson, la petite-nièce d'Alain Daniélou, écrit :

« Pour le sanskritiste Pierre-Sylvain Filliozat, le Polythéisme d'Alain Daniélou n'est pas reconnu par les indianistes qui le jugent trop marqué par la personnalité de Karpâtri Ils y voient une interprétation trop moderne des Upanishads « Karpâtri se dit dépositaire de l'hindouisme mais a dû innover, interpréter les textes. Alain aurait pu faire l'histoire de l'interprétation. Il a adhéré à la vision de Karpâtri et a peut-être ajouté quelque chose de la sienne. » Filliozat explique que les notions de polythéisme et de monothéisme ne relèvent pas d'une dialectique indienne : «Il y a une divinité qui émet quelque chose à partir de son essence et qui se multiplie. C'est à la fois un polythéisme et un monothéisme. Les hindous ont réfléchi sur la transformation de la divinité et l'émanation de la divinité par elle-même. Il y a des émanations fortes, d'autres moins, des divinités puissantes — Shiva, Vishnu — et une kyrielle de petites. Tout cela se hiérarchise et construit un système très complexe de divinités. Dans le plus ancien des védas, le Rig-Véda, un très grand nombre de dieux apparaissent, des hymnes les glorifient mais le même éloge est fait à chacun d'entre eux. Les fidèles n'ont pas conscience d'adorer plusieurs dieux puisque tous procèdent d'un même dieu, d'un même principe. » L'homme possède une parcelle divine, l' atman, qui, à la fin du cycle de réincarnation, doit se détacher de la loi du kârma et retourner au monde divin. Retourne-t-elle à sa divinité d'élection ou à un dieu « général », en une fusion avec le Brahman ? Au fond, cela ne change pas grand-chose... En Inde, plusieurs voies coexistent, certains préfèrent Vishnu, d'autres Ganesh ou Shiva. Si Alain a sans doute accentué l'aspect polythéiste, dans son Hindouisme vivant, Jean Herbert insiste sur le fond monothéiste de la religion indienne, rejoignant par là une pensée chère à René Guénon. Selon Herbert, il n'y aurait qu'une divinité unique : Brahman (à ne pas confondre avec le dieu Brahmâ), un principe divin ne possédant ni histoire, ni mythologie propre, ni caractéristique définie au point qu'aucune sculpture ne le représente. Ce principe unique, de nature abstraite et philosophique, contient l'idée sous-jacente d'un Dieu à facettes multiples mais un. Il faut cependant le distinguer nettement du monothéisme des religions du Livre, le séparer du Dieu des juifs qui est une idée, du Dieu des chrétiens qui est une personne et lui substituer un être divin dont les aspects n'en formeraient qu'un seul, polymorphe. Pour Alain, il s'agit là d'un leurre et la diversité reste, à ses yeux, un élément de richesse spirituelle en soi qui demande à n'être unifiée par rien. Seule l'Énergie est unificatrice et les noms qu'elle porte tiennent lieu de symbole. » 


L'Hindouisme traditionnel 
et l'interprétation d'Alain Daniélou




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