Monday, October 31, 2011

S'asseoir en méditation (dhyâna)





Lin-tsi enseignait le Chan (Zen) en Chine au IXe siècle de notre ère. « Un siècle et demi après Houei-neng, Lin-tsi a su donner à ce système qui se veut la négation de tout système, son expression sans doute la plus forte, son accent le plus humain, sa portée la plus large. » (Demiéville)

"Il y a certains chauves aveugles qui, après avoir mangé leur plein de grain, s’assoient en Dhyâna pour se livrer à des pratiques contemplatives. Ils se saisissent de toute impureté de pensée pour l'empêcher de se produire ; ils recherchent la quiétude par dégoût du bruit. Ce sont là procédés hérétiques. Un maître-patriarche l’a dit : « Fixer l'esprit pour regarder la quiétude, le relever pour mirer l'extérieur, le recueillir pour sa décantation, le figer pour entrer en concentration » - tout cela n’est que fabrication d’actes. Quant à vous, vous ces hommes qui êtes là à écouter la Loi, comment pourriez-vous vouloir vous cultiver et faire ainsi en sorte d’éprouver les fruits de la culture ? Pourquoi vouloir vous orner ? Vous n’êtes pas des êtres à cultiver, ni qui puissent être ornés ; ou alors, c’est que tous les êtres peuvent être ornés. Ne vous y trompez donc pas !

Commentaires

Chauves : moines au crâne tondu.

Leur plein de grain : ce n’est pas le riz, mais plutôt le millet (ou le blé) qui était la base de l’alimentation dans la Chine du Nord à l’époque de Lin-tsi.

S'assoient en Dhyâna : tso-tchan (en japonais zazen). C'est la condamnation formelle du « Dhyâna assis », de la méditation « passive » (autre sens du mot tso), qui n’a du reste pas pour autant cessé de se pratiquer dans le Tch’an chinois, jusque dans la branche dite de Lin-tsi, et au Japon (surtout dans la branche Sôtô), et dont les propagandistes du Zen nous rebattent aujourd’hui les oreilles.

Hérétiques : wai-tao, « les Voies du dehors » (comme Grégoire de Nysse appelait les philosophes grecs «les sages du dehors ». L'équivalent sanscrit est tîrthika. Siuan-kien de Tö-chan, mort en 865, assimilait ces quiétistes à Nirgrantha, nom d’un sectaire dénoncé par le Buddha Çâkyamuni. Le « Dhyâna assis », la méditation à l’indienne, se voit ainsi taxé de technique non bouddhique.

Un maître-patriarche : c’est le célèbre Chen-houei (670-762), disciple de Houei-neng le Cantonais, qui répandit dans les milieux lettrés de la région métropolitaine du Nord les doctrines de son maître, celles de l'école dite du Sud. Il est curieux de voir Lin-tsi le traiter ici de « maître-patriarche », alors que dans les généalogies patriarcales il n’est pas classé dans sa lignée. Peut-être avait-il étudié dans sa jeunesse au monastère Ho-tsö de Lo-yang qui avait été celui de Chen-houei. Peut-être aussi ne cite-t-il Chen-houei que de seconde main, d’après l’un ou l’autre de ses « descendants » attitrés (par exemple Tsong-mi, 780-841). Les paroles ici attribuées à. Chen-houei se retrouvent effectivement, avec des variantes, dans des manuscrits retrouvés à Touen-houang ; voir la traduction de Gernet : Entretiens de Chen-houei, Publications de l’École française d’Extrême-Orient, 1949, pp. 45-46, 93, et Bulletin de la même École, 1954, p. 460.

Regarder la quiétude : pour « quiétude » (tsing), il y a dans les manuscrits de Chen-houei une variante « pureté » (tsing) qui paraît meilleure.

Décanter (tch'eng) : il y a une variante « attester » (tcheng, éprouver, réaliser le fruit).

Fabrication d'actes : de karman, cause de transmigration et d’éternelle douleur.

Orner : tchouang-yen (vyûha). L’homme vrai n’a pas à être « orné » ; il est parfait en soi, il suffit de le réaliser. L’idée doit être empruntée à Chen-houei, qui disait : « Le Tathâgata parle d’ornement, mais c’est pour nier l'ornement » (Gernet : Entretiens, p. 87). Le « Traité de la grande Perfection de sapience » parle de l'ornementation que le Bouddha applique aux êtres tout en sachant qu’ils sont « vides ». Chen-houei disait aussi (Gernet : p. 88) : « Ce sont la luxure et la colère elles-mêmes qui sont la Voie ; elle ne consiste « pas en ornement. » Il disait encore que, s’il avait fait « orner » le site d’une grande assemblée ouverte à tous (panégyrie), ce n’était pas pour s’attirer des mérites (Gernet : pp. 89-90). Les mérites sont en effet qualifiés d’«ornements ». Lin-tsi préconisait expressément de brûler les icônes. Celles-ci, tant en bois qu'en cuivre, bronze, fer ou métaux précieux, « ornaient » les temples bouddhiques, à son époque, avec une profusion scandaleuse, à telles enseignes que l'État chinois, qui les réquisitionna lors de la grande prescription du bouddhisme dans les années 842-845, en tira des bénéfices énormes en pièces de monnaie, instruments agricoles et autres revenus. Cet iconoclasme avait du reste des motifs purement économiques, tandis que celui de Lin-tsi était essentiellement doctrinal. On connaît le cas de T’ien-jan de Tan-hia (739-824) qui brûla une icône en bois pour s’en chauffer, se justifiant par l'absence de toute relique réelle dan l'icône (Hôbôgirin, p. 214.).

Tous les êtres peuvent être ornés : tant qu’ils n'ont pas réalisé l'homme vrai."

Paul Demiéville, Entretiens de Lin-tsi.



Saturday, October 29, 2011

La révolution qui vient





La crise économique se traduit par un refus de la culture politique dominante. On découvre que les lois de l'économie et des gouvernants ne peuvent construire une société fondée sur l'égalité et la justice. A partir de ce constat, une pensée de la rupture entre les politiques et les citoyens ne cesse de progresser. Il y a aussi la rupture avec matérialisme destructeur de la Terre perçue comme une véritable entité spirituelle (Gaïa) ou une création divine. Cette autre rupture favorise l'émergence d'un spiritualisme écologique et totalitaire.

L'histoire est un éternel recommencement

Type idéal d’une idéologie de rupture, le fascisme ne se définit pas que négativement. Assurément, le fascisme se lève contre les systèmes en place : le libéralisme et le marxisme, le positivisme et la démocratie. Il en est toujours ainsi : une idéologie nouvelle, un mouvement politique qui vient de percer se dressent d’abord contre les systèmes de pensée et les forces politiques qui occupent déjà le terrain. Le marxisme, avant de présenter sa propre vision du monde, s'oppose d’abord au libéralisme qui, un siècle auparavant, montait à l'assaut de l’absolutisme. Il en est de même avec le fascisme, qui entre en conflit avec le libéralisme et le marxisme avant de fournir tous les éléments d’une option de remplacement globale - politique, morale et intellectuelle.

Telle qu’elle se forge au tournant du siècle et telle qu’elle se développe dans les années 20 et 30, l’idéologie fasciste est le produit d’une synthèse du nationalisme organique et de la révision antimatérialiste du marxisme, elle exprime une velléité révolutionnaire fondée sur le refus de l'individualisme, à facette libérale ou marxiste, et elle met en place les grandes composantes d’une culture a politique nouvelle et originale. Une culture politique communautaire, anti-individualiste et antirationaliste, fondée dans un premier temps sur le refus de l’héritage des Lumières et de la Révolution française, et, dans un deuxième temps, sur la construction d’une solution de rechange totale, d’un cadre intellectuel, moral et politique, seul capable d’assurer la pérennité d’une collectivité humaine où seraient parfaitement intégrées toutes les couches et toutes les classes de la société. Le fascisme prétend effacer les effets les plus désastreux de la modernisation du continent européen, il veut remédier à l’éclatement de la communauté en groupes antagonistes, à l'atomisation de la société, à l'aliénation de l'individu, devenu simple marchandise lancée sur le marché. Le fascisme se lève contre la déshumanisation introduite par la modernisation dans les rapports humains, mais il entend préserver jalousement les bénéfices du progrès, et jamais il ne prône le retour à un « âge d’or » hypothétique. Ni réactionnaire, ni contre-révolutionnaire dans le sens maurrassien du terme, le fascisme se présente au contraire comme une révolution d’un autre type: une révolution qui déclare vouloir tirer le meilleur du capitalisme, du développement de la technologie moderne et du progrès industriel. La révolution fasciste entend changer la nature des rapports entre l’individu et la collectivité sans pour autant briser le moteur de l’activité économique – la recherche du profit –, ni abolir son fondement – la propriété privée – ou détruire son cadre nécessaire – l'économie de marché. C’est là un élément de la nouveauté du fascisme : la révolution fasciste est supportée par une économie régie par les lois du marché.

Quand le régime fasciste en Italie pratiquera un corporatisme fondé sur une économie libérale, quand le mouvement fasciste, bien avant la prise du pouvoir, réclamera, par la bouche de Mussolini, que la révolution décharge l’État de ses fonctions économiques, ce ne sera pas le fruit d’un simple opportunisme. Au contraire : Mussolini ne fera que reprendre les leçons d’économie politique données tout au long de la première décennie du siècle par les intellectuels du syndicalisme révolutionnaire.

Mais, si le fascisme entend recueillir tous les avantages de la modernité, tous les succès technologiques du capitalisme, s’il ne met jamais en cause les lois du marché ni la propriété privée conçus comme appartenant à l'ordre naturel des choses, il a en revanche en horreur les valeurs dites bourgeoises : libéralisme, démocratie, universalisme, individualisme. Le système de pensée fasciste repose non seulement sur la négation de la praxis libérale et démocratique, mais aussi sur le rejet de ses principes philosophiques. De même, ce n’est pas tant la praxis marxiste qui est en cause en premier lieu – certainement pas pour tout ce qui touche le rôle de la violence dans l’histoire –, mais bien le contenu rationaliste, hégélien du marxisme, son déterminisme. Ce n'est pas la révolte qui, pour lui, est mauvaise, mais le matérialisme historique.

La synthèse fasciste est d’abord un mouvement de révolte. Et on ne saurait mésestimer l’importance de cette dimension. Il s’agit de l'aspect moderniste, avant-gardiste du fascisme, de sa véritable esthétique révolutionnaire. Alors que s’établit en France et en Italie la jonction entre les théoriciens du syndicalisme révolutionnaire et les nationalistes intégraux, Marinetti, auteur en 1909 du fameux Manifeste futuriste, apporte l’appui le plus complet de l'avant-gardisme culturel à ce non-conformisme politique :

1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l'énergie et de la témérité.

2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l'audace et la révolte.

3. La littérature ayant jusqu'ici magnifié l'immobilité pensive, l'extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l'insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive..., une automobile rugissante, qui a l’air de courir sous la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.

5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l'homme.

8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l'impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l'absolu, puisque nous avons déjà créé l'éternelle vitesse omniprésente.

9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde –, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent et le mépris de la femme.

10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.

11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages parles ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés; les paquebots aventureux flairant l'horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes dont l'hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste. [...]

Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles ! » (F. Marinetti, Enquête internationale sur le vers libre et Manifeste du Futurisme, Milan, Editions de « Poesia », 1909.)

Zeev Sternhell, Naissance de l'idéologie fasciste.


Naissance de l'idéologie fasciste


Illustration :

Friday, October 28, 2011

Assise 2011





Jeudi 27 Octobre 2011 à Assise (Italie), les dignitaires religieux, musulmans et hindouistes, bouddhistes et juifs, protestants et orthodoxes, ont exprimé solennellement leur engagement pour la paix et dénoncé les guerres livrées au nom de leur foi, alors que le monde est confronté à la montée du fanatisme religieux.

Mais quand les religieux se retrouvent entre eux de quoi parlent-ils ?

Quand on prétend que les lois divines régissent la vie quotidienne, les sujets de conversation ne manquent pas. Un célèbre ecclésiastique iranien prodiguait des conseils sur la meilleure façon d'uriner et de déféquer :

« Il est nécessaire à chacun, au moment d'uriner ou de déféquer, de cacher son sexe à tous ceux qui sont pubères, même à sa sœur ou à sa mère, aussi bien qu'à un faible d'esprit et aux enfants en âge de comprendre. Mais le mari et la femme ne sont pas tenus de le faire. […]

Il ne suffît pas de dévier son sexe, tout en faisant face ou en tournant le dos à La Mecque ; et il ne faut pas avoir le sexe exposé face à La Mecque ou en direction opposée à La Mecque. 

Il est interdit d'uriner ou de déféquer dans quatre endroits :

- les impasses, sauf avec l'autorisation des riverains ;

- la propriété de quelqu'un qui n'a pas accordé cette permission ;

- les lieux du culte, comme certaines medersas ;

- les tombes des fidèles, sauf si on veut les offenser... »


Il était intarissable sur les rapports conjugaux : « Il est défendu d'épouser sa mère, sa sœur ou sa belle-mère. [...]
L'homme qui a commis l'adultère avec sa tante ne doit pas épouser ses filles, c'est-à-dire ses cousines germaines. […]

La mère, la sœur et la fille d'un homme qui a été sodomisé par un autre homme ne peuvent pas épouser ce dernier, même si les deux hommes ou l'un des deux étaient impubères; mais si celui qui a subi l'acte ne peut pas le prouver, sa mère, sa sœur ou sa fille pourront épouser l'autre homme.

Si un homme qui a épousé une fille impubère la possède avant ses neuf ans révolus et provoque chez elle des traumatismes, il n'a pas le droit de répéter l'acte avec celle-ci.

Si l'homme sodomise le fils, le frère, ou le père de sa femme après son mariage, ce mariage reste valide.

Si un homme ou une femme se trouve forcé, pour donner des soins médicaux, de regarder les parties génitales de quelqu'un, il doit le faire indirectement, dans un miroir, sauf en cas de force majeure.

Il est hautement recommandé de se hâter de marier sa fille pubère. Un des bonheurs de l'homme consiste à ce que sa fille n'ait pas ses premières règles dans la maison paternelle, mais dans celle de son mari. »

Le docteur de la foi affirmait : « Les femmes de la lignée du Prophète de l'Islam sont ménopausées à l'âge de soixante ans. Les autres à cinquante ans révolus. » Il ajoutait :

« Pendant les menstrues de la femme, il vaut mieux que l'homme évite le coït, même s'il ne pénètre qu'incomplètementc'est-à-dire jusqu'à l'anneau de circoncision – et même s'il n'éjacule pas. Il est également haute ment déconseillé de la sodomiser.

Si on divise le nombre de jours de menstrues de la femme par trois, le mari qui fait le coït pendant les deux premiers jours doit payer l'équivalent de 18 nokhods (3 g) d'or aux pauvres ; s'il le fait pendant les troisième et quatrième jours, l'équivalent de 9 nokhods ; et s'il le fait les deux derniers jours, l'équivalent de 4 1/2 nokhods. »

L'homme de Dieu, qui connaissait trop bien la nature humaine, disait : « Il est défendu de regarder une autre femme que la sienne, un animal ou une statue, d'une façon sensuelle ou lubrique. »

Les préceptes de ce célèbre théologien sont réunis dans son livre Towzihol -Mazaël (L'explication des problèmes). La version française, Extraits des principes politiques, sociaux et religieux de l'ayatollah Komeiny, Éditions Libres Hallier, est en ligne à cette adresse :




Les athées

Dans le cadre de la 4e rencontre interreligieuse d’Assise, l'athéisme était présent à l'université Roma Tre.

La veille, le 26 octobre, des intellectuels athées, invités par le Pape, ont participé à une table ronde animée par le philosophe italien Giacomo Marramao, membre du Collège international de philosophie de Paris. Parmi les invités, il y avait la psychanalyste française Julia Kristeva (épouse de l’écrivain Philippe Sollers), le philosophe italien Remo Bodei (professeur à l’Université de Californie à Los Angeles), le philosophe britannique Anthony Clifford Grayling, le philosophe mexicain Guillermo Hurtado (de l’Université nationale autonome du Mexique), et le penseur autrichien Walter Baier.



Thursday, October 27, 2011

Les talibans chrétiens





Pour les fanatiques chrétiens, la pièce de théâtre Sul Concetto di volto nel figlio di Dio (Sur le concept du visage du fils de Dieu) de Romeo Castellucci est une œuvre blasphématoire. Dès qu'ils apprennent que leur demande d'interdiction de la pièce est rejetée par la justice, ils passent immédiatement à l'action :

- tentative violente d’intrusion dans le théâtre par des militants organisés, avec usage de gaz lacrymogènes ;
- enchaînement des portes de la salle dans le but d’en empêcher l’accès.
- Utilisation de boules puantes ;
- Distribution de tracts dénonçant le prétendu caractère « christianophobe » du spectacle, reposant sur des allégations entièrement mensongères ;
- Envahissement de la scène du théâtre par 9 activistes interrompant la représentation.

Les médias occidentaux sont intarissables sur les fanatiques musulmans qui détruisent les statues anciennes, décapitent publiquement les blasphémateurs, flagellent des femmes pour des raisons futiles... Mais ils ne s'intéressent pas beaucoup aux talibans chrétiens. Un de leurs leaders, Randall Terry, a pourtant déclaré :

« Quand moi-même ou des gens comme moi dirigerons les USA, vous aurez intérêt à vous sauver car nous vous trouverons, nous vous jugerons et nous vous exécuterons. Je sais ce que je dis. J'inclurai dans ma mission de veiller à ce qu’ils soient jugés et exécutés. » 


Richard Dawkins précise : Terry désignait là les médecins qui effectuent des avortements, et son inspiration chrétienne apparaît clairement dans d'autres déclarations :

« Je veux seulement que vous laissiez déferler sur vous une vague d'intolérance. Je veux que vous laissiez déferler sur vous une vague de haine. Oui, la haine est une bonne chose. [...] Notre objectif, c'est d'avoir une nation chrétienne. Nous avons un devoir biblique, nous sommes appelés par Dieu à conquérir ce pays. Nous ne voulons pas de partage. Nous ne voulons pas du pluralisme.

Notre but doit être simple. Il nous faut une nation chrétienne édifiée sur la loi de Dieu, sur les Dix Commandements. Pas d'excuses. 
» 

Cette ambition de créer ce que l’on ne peut qu’appeler un État fasciste chrétien est tout à fait typique des talibans américains. C'est une image miroir presque parfaite de l'État fasciste islamique que recherchent si ardemment beaucoup de gens dans d'autres parties du monde. ( Richard Dawkins)

Randall Terry a déclaré en janvier 2011 qu'il se présenterait aux primaires démocrates pour devenir candidat à l'élection présidentielle de 2012.



Wednesday, October 26, 2011

L'école du rire





Madan Kataria, créateur du yoga du rire, est un consultant en santé holistique et un conférencier très demandé par les multinationales. Il a fait un émule à Téhéran.

Hamid-Reza Mohtashemi, directeur de l’École du rire de Téhéran, s'inspire aussi de Paolo Coelho et de Tony Robbins. Tony Robbins est l'auteur de livres selfhelp à succès et d'une méthode appelée « libérer son pouvoir intérieur ». Il demande jusqu'à 300 000 dollars pour une conférence. Quant à Paolo Coelho, ses livres sont des romans à tendance philosophique, voire des manuels de « développement personnel » distillant un spiritualisme new-âgeux.

En étudiant sérieusement la question, dit Hamid-Reza Mohtashemi, directeur de l’École du rire de Téhéran, j’ai découvert qu’un nourrisson rit trois cents fois par jour. Une fois adulte, à supposer qu’il vive dans vos pays développés, il ne rira plus que douze à treize fois par jour. En Iran, notre coefficient est un peu inférieur : six à sept fois par jour. Cela s’explique par des incidents historiques, comme les invasions que nous avons subies, et par la peur d’événements imprévus, comme les tremblements de terre. Et encore, je ne fais pas la moyenne annuelle pour éviter d’inclure dans le calcul les fêtes religieuses et les deux mois de deuil pour notre imam Hossein (que son nom soit béni), durant lesquels il ne faut pas rire.

Grâce à la profondeur de mes recherches, j’ai découvert que les Iraniens, dont les racines sont très anciennes, n’étaient pas hostiles au rire par nature. Aux époques sassanide et achéménide, ils riaient beaucoup.

J'ai ainsi compris qu’il y avait un vrai potentiel, mais il me fallait encore trouver la bonne technique. Cela m’a pris des années de travail. Je me suis inspiré des travaux du docteur indien Madan Kataria. J’ai également étudié les ouvrages de Paolo Coelho et de Tony Robbins et maintenant, je dispose d’une méthode unique, ayant vraiment fait ses preuves.

Surtout, il ne s’agit pas de se moquer de qui que ce soit, des gens d’Ispahan qui sont avares, de ceux de Racht qui sont cocus, de ceux de Tabriz qui sont simples d’esprit. J'apprends à mes élèves à rire sans raison, car e veux l’unité parmi tous les habitants de la terre pour que nous partagions le rire et le bonheur.

Ma méthode fonctionne avec les Iraniens, parce qu’elle nécessite un certain background culturel. Mais je vais l’adapter aux Kurdes, aux Turcs et peut-être aux Thaïlandais, afin d’ouvrir des filiales internationales de mon école. Vous savez, de nombreuses universités dans le monde ont voulu m’offrir un diplôme quand elles ont découvert les résultats extraordinaires auxquels j'étais parvenu. J’ai refusé, parce que ma spécialité n’entre pas dans leurs catégories académiques. A la limite, j'accepterais un doctorat en technique de la vie. Pour moi, le rire révèle l’humain au sommet de son potentiel. Pour bien rire, il faut avoir tout étudié, le marketing et l’économie, la religion et l’art de se débrouiller dans les relations familiales.

Bien sûr, je ne fais pas cela pour l’argent. Mon but, c’est de rendre les Iraniens heureux. Je veux dire les rendre conscients qu’ils sont heureux, puisque nous sommes déjà un peuple naturellement tourné vers le bonheur, un peuple de nature aimable et amicale, qui regarde le reste du monde à travers leur amour de la religion.

En France, vous avez de jolis bâtiments, les meilleurs parfums du monde et de bons hôtels. Vous voyez, je sais tout. Mais l’Iran a beaucoup de choses à dire. Nous avons Avicenne, nous avons inventé les droits de l'homme* il y a 2 500 ans, et aussi l'homéopathie.

Dans mon école, l'enseignement est organisé en quatorze étapes sur quarante semaines, à raison de trois heures par semaine. Pour des raisons de place, je ne prends pas plus de trente-cinq élèves par classe, mais je donne aussi des cours semi-privés et des séminaires de masse, qui rassemblent parfois plusieurs milliers de personnes dans un stade. Le cursus de base coûte 250 000 toumans [188 euros] mais il vaut mieux le compléter en prenant un abonnement à mon magazine Comment vivre, tiré à 40 000 exemplaires, ainsi qu’en achetant mes DVD et mes livres. Récemment, j'ai traduit Tony Robbins en persan. Disons que je me suis fait aider, car je ne parle pas anglais. Je n’ai pas réussi à le joindre pour lui demander l'autorisation, mais je suis certain qu’il est d’accord de participer au bonheur des Iraniens.

Chaque session commence par un cours sur les sources du bonheur et du rire. Et puis on passe aux exercices pratiques. Après quelques semaines, mes élèves peuvent rire au niveau suprême, pendant deux ou trois minutes et sans se moquer de qui que ce soit. Je leur donne aussi des conseils pratiques, comme d’ouvrir les rideaux de leurs appartements pour laisser entrer la lumière. Je leur fais répéter sans cesse ces trois phrases : "Dieu est toujours avec moi" ; "Chaque jour sera meilleur que la veille" ; "Aujourd’hui va être une super journée".

On fait des tests psychologiques sur nos étudiants à la fin de nos sessions. Les résultats sont confidentiels, parce que je suis tenu au secret médical. Mais je peux vous en dévoiler les grandes lignes. La confiance en soi augmente chaque semaine. Les élèves bénéficient rapidement d’un sommeil plus paisible et leur métabolisme s’améliore. Bref, leur niveau de bonheur augmente globalement. Nous avons aussi 100 % de réussite dans le sauvetage des mariages. Les parents connaissent bien leurs enfants et sont les mieux placés pour leur trouver un mari ou une épouse. Mais certains les marient trop jeunes, avant que leurs enfants n’aient compris certaines choses de la vie. S’ils viennent apprendre à rire dans mon école, ils ne divorceront pas.

Vous savez, la religion compte pour une grande partie dans notre bonheur. Il faut connaître le chemin vers Dieu pour être heureux. Ainsi, respecter le Ramadan procure un bonheur unique au monde, par exemple quand vient l'azzam (crépuscule) et que l'on peut rompre le jeûne. L’islam est une religion heureuse. Le Prophète (que Son nom soit sanctifié) nous a appris à aimer les gens joyeux et sympathiques et à rejeter ceux qui sont déprimés ou en colère. Et nous, Iraniens, avons des raisons supplémentaires d’être heureux, grâce à nos imams que nous aimons tant. Et surtout grâce à notre cher Reza (que la paix soit sur lui) et son mausolée à Mashad.

Nous ne rions pas pendant le deuil de l’Ashoura, en raison de notre immense respect pour l’imam Hossein (béni soit son nom). Cela s’est passé il y a 1 150 ans, mais quand je pense à lui, à son martyre sublime, j’en ai les larmes aux yeux. Tiens, j’y pense, j’ai oublié de vous dire que je peux aussi faire pleurer mes élèves. C’est le même mécanisme. Mais bon, pour pleurer, ils n’ont pas besoin de prendre des cours.

Propos recueillis par Serge Michel, Marche sur mes yeux.



*) Il s'agit du texte considéré comme la première charte des droits de l'homme, gravé sur le fameux Cylindre de Cyrus et qui consacre la liberté de culte au moment où ce dernier conquiert Babylone et libère les esclaves juifs.

Marche sur mes yeux
Portrait de l'Iran aujourd'hui


Tuesday, October 25, 2011

Comment explique-t-on l'impression de déjà-vécu ?





Pour expliquer la sensation de déjà-vu ou de déjà-vécu, il faut d’abord comprendre la façon dont sont stockés les souvenirs dans notre cerveau. Ce stockage se réalise de façon très diffuse dans différentes aires cérébrales, la scène mémorisée étant en quelque sorte décomposée selon les différentes modalités sensorielles et émotives qui entrent en jeu. Par exemple, un concert donné par un guitariste peut être mémorisé sous forme verbale, tout d’abord - on est capable ensuite de le raconter -, mais aussi sous forme visuelle, auditive et également émotionnelle.

Des années plus tard, le concert aura pu être oublié, et pourtant, l'ensemble de cette scène pourra resurgir en percevant uniquement l'une des informations sensorielles : un enregistrement du même morceau, par exemple, mais aussi un état émotionnel similaire à celui du concert. De plus - et c'est à ce moment que l'impression de déjà-vécu est la plus troublante -, la fraction de souvenir peut faire appel à un tout autre souvenir, qui possédait un point commun, auditif, visuel ou émotif, avec le premier. Une partie de l'environnement du sujet est en quelque sorte en train de leurrer son cerveau, qui, en « croyant » avoir perçu un élément connu, fait remonter, à travers la réactivation de tout le réseau de neurones responsable du stockage de ce souvenir, l'ensemble d'une scène.

Enfin, la scène que l'on croit avoir déjà vécue peut également être le rêve d'une nuit précédente qui surgit à la conscience à l'occasion d'un événement présentant une familiarité avec le souvenir onirique.

Dans la majorité des cas, ces impressions de déjà-vécu correspondent à des souvenirs fortement liés à l'affectif. Il arrive ainsi qu'un souvenir douloureux, chargé émotionnellement, et dont l'évocation entraine trop de souffrances pour le sujet, soit « masqué » par un « faux souvenir », fabriqué inconsciemment, et destiné à interdire l'accès au premier.

Dans ce cas, il peut arriver qu'un élément de l’environnement évoquant, le souvenir-écran fasse remonter, de façon irrésistible, le souvenir refoulé.

Cette sensation de déjà-vécu est dans la plupart des cas un phénomène banal, pouvant toucher des gens tout à fait sains. Mais elle peut être également la conséquence d’une pathologie cérébrale, plus précisément d’une forme particulière, dite temporale, de l’épilepsie. Dans la situation pathologique de la crise d’épilepsie, le sentiment de déjà-vécu est ressenti lorsque les décharges électriques neuronales touchent la zone temporale du cerveau, dont on sait qu’elle est fortement impliquée dans les processus, de mémorisation et d’émotion.

Les personnes peuvent avoir, au cours de la phase initiale de la crise (l’aura), le sentiment d’être en train de vivre une scène à laquelle elles ont déjà été confrontées. On peut penser que les décharges neuronales ont réactivé des réseaux de neurones associés au souvenir qui resurgit.

Serge BAKCHINE, neurologue, chef du service de neurologie, hôpital Maison blanche, Reims.





Dessin :

Monday, October 24, 2011

OVNI, du COINTELPRO à Bugarach





Selon une radio locale, un OVNI a été observé dans le ciel de Montluçon le vendredi 21 octobre 2011 (J'habite à côté de cette ville). Cette nouvelle me rappelle qu'un petit coin de France est devenu la Mecque des adeptes du nouveau spiritualisme. Ils sont persuadés que le mont Bugarach, situé dans le département de l'Aude, est une base intergalactique qui dissimule un grand vaisseau spatial. Le 21 décembre 2012, ce vaisseau sauvera les élus du cataclysme annoncé par les prophètes du calendrier maya. Les extraterrestres ne sont pas que des Noé qui permettront aux humains les plus méritants de survivre, ce sont aussi des maîtres de lumière qui affirment aux channels, les médiums ou les prêtres et prêtresses du Nouvel Age, qu'une ère de bonheur naîtra après 2012.

Le phénomène OVNI, longtemps occulté, est maintenant au centre d'une nouvelle religion.

Le COINTELPRO serait à l'origine de la dissimulation de l'invasion de l'espace aérien par des objets volants non identifiés et de la manipulation du mouvement du Nouvel Age.

« Richard Dolan a écrit UFOs and the National Security State (OVNIs et Etat de Sécurité Nationale), la première étude exhaustive des réponses faites au cours des cinquante dernières années par le gouvernement des États-Unis sur le phénomène d’invasion du territoire national par des OVNIs. Les preuves assemblées (qui comprennent des documents officiels) suggèrent qu’un groupe de spécialistes travaillant dans l’ombre, ont élaboré et exécuté la plus grande opération de dissimulation de vérité de toute l’histoire du gouvernement, et que le mouvement du Potentiel Humain et ensuite les mouvements Nouvel Age, ont été des éléments clés de cette opération de dissimulation. Autrement dit, ils ne se sont pas contentés d’utiliser comme un outil inconscient de désinformation la « communauté haute en couleurs » qui présentait des idées alternatives, mais il est plus que probable que tout cela a été voulu par eux dans le cadre de leur programme de désinformation « COINTELPRO ». Selon certains analystes, le COINTELPRO était le programme secret du FBI destiné à calmer le bouillonnement populaire qui a soulevé le pays pendant les années 1960. Bien que l'intitulé signifie « Programme de Contre-renseignement » les cibles n'étaient n’était pas les espions ennemis. Le FBI s'est employé à éliminer l’opposition politique « radicale » au sein des États-Unis. Ce que beaucoup ne réalisent pas c'est qu'il s'est agi d'une vaste opération psychologique destinée à véhiculer des tendances « idéologiques » (croyances, etc.). [...]

Le problème des OVNIs a fait son apparition dans la conscience nationale vers 1947. Peu de temps après, un tas de gens ont commencé à poser des tas de questions. Le gouvernement n’était pas disposé à répondre, de sorte que les gens commencèrent à se regrouper pour trouver leurs propres réponses. Ils se mirent à former des groupes. Et c’est alors que les choses prirent un tour étrange. Ce qui semble avoir été le plus menacé par le problème OVNI/Extraterrestres, ce sont les religions monothéistes traditionnelles. Il est clair qu’il n’y avait pratiquement aucun danger de perdre le contrôle politique. Mais le contrôle social, arc-boutant de la religion, était clairement menacé. En fait, ce qui semble vrai c’est qu’on n’est pas sûr que les religions telles que nous les connaissons auraient survécu à une information complète. La conclusion logique est donc qu’une partie de la mise au secret était destinée à protéger le « statu quo religieux ». 

Mais, vu l’état des choses à cette époque, la protection du statu quo religieux , et surtout du contrôle social qui en dépend était, pour le moins problématique. Après un siècle de recherche érudite dans les textes religieux et les nombreuses questions qui se posaient à propos de la « religion des temps anciens », de nombreuses personnes avaient commencé à se détourner des dogmes religieux. Il est assez simple de passer ensuite à l’étape qui montre que la combinaison des questions de ceux qui étaient déçus par la religion avec celles posées par ceux qui voulaient savoir « ce qui diable était en train de se passer avec ces espèces d’extraterrestres », fut considérée comme un mélange dangereusement explosif. Il fallait faire quelque chose.

Les actions du COINTELPRO pour tenter de neutraliser l’opposition politique sont assez connues.  Mais nous envisageons à présent le fait  qu’en plus des activistes politiques, le COINTELPRO a particulièrement visé des groupes recherchant la vérité au sujet des  interactions entre le gouvernement des États-Unis et les Ultra-Terrestres ou « aliens ».  Il est absolument clair pour tout chercheur sérieux que ces sujets ont été occultés pendant longtemps.  

Les dossiers COINTELPRO montrent que le gouvernement des États-Unis avait dans son collimateur toute une série de groupes religieux, ou en rapport avec le travail de communautés opposées à certaines de ses idées, et il est logique de supposer que le même type d’opération a été mis sur pied pour couvrir le «sujet ultraterrestre». Une opération théorique de ce genre par le COINTELPRO expliquerait aussi largement pourquoi l’enquêteur sincère des phénomènes OVNIs ne découvre que mensonge sur mensonge, confusion et désinformation, dès qu’il met le pied dans ce secteur. C’est indubitablement signé COINTELPRO.

Au vu de tout cela, est-ce qu’on pourrait affirmer qu’il n’est pas venu à l’idée du Pouvoir en Place que le meilleur moyen de détourner l’attention et d’occulter la vérité serait de financer la création des mouvements du Potentiel Humain et du Nouvel Age afin que ceux-ci obéissent aux intentions du « pouvoir officiel » de garder les choses secrètes ? 

Autrement dit, il est très probable que les plus fameux et populaires “je-sais-tout” métaphysiques et imprésarios du Nouvel Age soient en fait des agents (conscients ou dupes de ceux qui le sont) du COINTELPRO . L’objectif semble être l’attaque et la “neutralisation” de ceux qui cherchent des réponses. Ceux qui sont sincères, qui de bonne foi recherchent la vérité et tentent de l’expliquer sont infiltrés, attaqués et marginalisés selon les procédures habituelles du COINTELPRO.

Tout cela semble suggérer que le pouvoir en place a développé le COINTELPRO de manière à obtenir un tout nouveau schéma social et à opérer un lavage de cerveau à l’échelon culturel, et les cibles principales de ces activités seraient virtuellement tous ceux qui recherchent la vérité sur les réalités changeantes de notre monde. Les cas avérés d’activités du COINTELPRO contre des groupes politiques doivent représenter seulement le sommet de l’iceberg, étant donné que le gros des opérations de type COINTELPRO restent secrètes pendant très longtemps, et ne sont reconnues que bien après que les dommages aient été causés. Tout indique que des opérations secrètes domestiques sont devenues un trait permanent de la politique des États-Unis d’Amérique et de sa programmation sociale. Et il est peu probable, devant cette évidence, que le Nouvel Age et le Potentiel Humain y aient échappé. […]

Il apparaît clairement des documents et déclarations de ceux “qui sont dans le secret”, que la présente popularité des extraterrestres et de la manière dont ils sont présentés par les cercles Nouvel Age, est la conséquence directe de l’infiltration délibérée de membres des services de renseignement qui font sans discontinuer, « ronronner le rouet » pour tisser mensonges et vérités déformées. »

Laura Knight-Jadczyk, Histoire Secrète du Monde.

Lire l'Histoire Secrète du Monde de Laura Knight-Jadczyk :

Téléchargement gratuit du livre La Science antique de Laura Knight-Jadczyk :







Un ministre canadien demande la vérité sur les OVNI
http://bouddhanar-9.blogspot.com/2011/10/un-ministre-canadien-demande-la-verite.html





Friday, October 21, 2011

Les Petits gris lubriques de l’Église




Les frères de la communauté de Saint-Jean, ordre religieux fondé par le père dominicain Marie-Dominique Philippe en 1975, sont surnommés les Petits gris, en référence à leur habit gris. La grisaille apostolique des frères dissimule plusieurs histoires de mœurs à faire rougir les chaperons ecclésiastiques.

Il y a quelques années, on retira aux frères de Saint-Jean l'aumônerie du collège Stanislas à Paris. Des revues, cassettes et instruments sadomasochistes furent trouvés dans l'appartement occupé par les frères de Saint-Jean.

Au Prieuré de Murât (France), un Petit gris a été condamné pour agression sexuelle sur un jeune garçon de 15 ans.

Aux Pays-Bas, deux filles de 17 ans ont été débauchées par un frère prieur.

Après la mise en cause d'un frère mexicain, écroué fin mai 2011 pour agression sexuelle, un autre Petit gris âgé d'une soixantaine d'années devrait être jugé en 2012 pour viols et agressions sexuelles.

Il y a onze ans, Mgr Seguy, évêque d’Autun, Chalon et Mâcon, adressait une réprimande officielle à la communauté de Saint-Jean à Rimont.

Une trentaine de cas

« L es accusations sont graves et les faits judiciaires actuels impliquant des religieux dans des agressions sexuelles au parfum de scandale mettent à la lumière le fonctionnement de la communauté religieuse des frères Saint-Jean à Rimont, ouverte en 1982 à Fley (lire aussi notre édition d’hier). Il y a onze ans, en 2000, l’évêque d’Autun de l’époque, Monseigneur Raymond Seguy, submergé depuis des années de plaintes de familles, a adressé à la communauté une réprimande officielle de huit pages. Dans le jargon de l’église, il s’agit d’une monition canonique (voir encadré). Ce blâme envoyé à partir « de faits vérifiables » écrit l’évêque, fait état qu’il a eu connaissance d’une trentaine de « cas lourds, parfois très difficiles ». Ce rappel à l’ordre devait être porté uniquement à la connaissance des frères profès perpétuels (ceux ayant prononcé des vœux perpétuels). Un document exceptionnel que s’est procuré le Journal de Saône-et-Loire et qui révèle un vrai malaise encore dénoncé aujourd’hui par d’anciens religieux, des paroissiens et des familles « amies » de la congrégation. Des controverses de tous types : dérives de formations théologiques, échecs graves du discernement de la Congrégation Saint-Jean sur des jeunes vocations religieuses, destruction psychique de vocation religieuse et de foi perdue. Dans sa monition, l’évêque évoque en termes à peine voilés les manquements par rapport au vœu de chasteté à l’égard des membres des «familles amies», des femmes en général et plus particulièrement des religieuses. Des dérives constatées par Mgr Seguy au point que, lors de son discours d’ouverture avant l’élection du nouveau prieur général de Rimont, le 21 avril 2001, il dit qu’il ne confirmera pas une éventuelle candidature du charismatique et fondateur de la communauté, Marie-Dominique Philippe, à l’époque âgé de 89 ans et décédé en 2006... »
LIRE LA SUITE http://www.lejsl.com/faits-divers/2011/06/14/quand-l-eveque-de-saone-et-loire-avertissait-rimont


L'Avref

L'Avref est une association déclarée relevant de la loi 1901, réunissant des parents inquiets de certaines dérives, contraires aux lois de l'Église et de la République, constatées dans la communauté religieuse dans laquelle se trouve leur enfant. Depuis peu d’années, ces parents ont été rejoints par des religieux ou religieuses sortis de ces communautés en cause. Du fait de son objet social plus restreint, l'Avref pense pouvoir exercer une action efficace en faveur des victimes de ces communautés.

Le rôle de I’Avref est d'écouter et de conseiller les victimes et de dénoncer les faits portés à sa connaissance, lorsqu’ils sont vérifiés, aux autorités compétentes de l'Église ou de l'État.

Avref - Association vie religieuse et familles
33, rue du Pavé des Gardes - 92370 Chaville
Courriel : avref@hotmail.com



La communauté de Saint-Jean et le parricide de Vieille-Ville :


Illustration :

Thursday, October 20, 2011

La Fraternité Eucharistein





En Suisse, le suave frère Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein, ne fait pas que dans la miséricorde.

Juriste de formation, Nicolas Buttet était député suppléant PDC en Valais. Jusqu’au jour où, soudainement, il fut pénétré par la grâce de Dieu. Méchamment habité, il devint pour 5 ans ermite à Notre-Dame du Scex à Sion, histoire « d’accueillir sa pauvreté » (?). 

Puis le Seigneur soi-même vint le voir à l’improviste. D’un coup transformé, Buttet fonda en 1996 à Saint-Maurice la Fraternité Eucharistein, un havre où les ados en crise ont droit aux soins par la Bible.

Ordonné prêtre en 2003, Nicolas Buttet, humble comme pas deux, se fait appeler « Frère » sur les ondes de la RSR. Mais le frère a des faux frères.

Ainsi Michel Garroté, un journaliste fou du Christ de passage à la Fraternité en 2003. Sur son blog, il prête à frère Buttet un « esprit sectaire » et évoque un « semi-culte » voué au « gourou ». Il souligne que Buttet a été « ordonné prématurément, à l’étranger, par un évêque ami » sans avoir suivi « un seul jour de séminaire ». Tout juste s’il ne l’accuse pas d’avoir trouvé Dieu dans un Kinder Surprise ! Au printemps 2003, alors que Garroté venait chercher ses affaires à la Fraternité, frère Nicolas Buttet lui aurait demandé « s’il venait récupérer sa Bible pour se torcher le cul avec » en lui souhaitant de crever le plus vite possible. L’amour du prochain, quoi. Et le bon frère inonderait d’autres dissidents, via internet, de messages de même teneur. Il aurait même une « manie pathologique à le faire ». Il déteste, par exemple, que l’on ébruite ses théories selon lesquelles les attentats du 11 septembre 2001 seraient le fait « des Américains et des juifs ». Par courriel, il aurait aussi savonné la planche du PDC Christophe Darbellay lorsqu’il briguait le Conseil d’État valaisan en 2008.

Frère Buttet, qui prône la pauvreté, pousse par ailleurs l’auto-flagellation jusqu’à vivre richement. Il roule en Mercedes (mais uniquement parce qu’un ami a eu « pitié », comme l’écrit Vincent Pellegrini du Nouvelliste). En juin 2010, il participe au Zermatt Summit mais ne loge pas dans une étable, bien au contraire. La Fraternité prospère : elle possède en France le Château Rima (Var) et le Château de Beauregard (Haute-Savoie), retapés par les frères.

Le business christique se porte bien et frère Buttet développe ses activités. Via l’institut Philantropos, il fait « connaître, vivre et sentir la Vérité de l’Homme » pour environ 13 000 francs sur une année, chambre et repas inclus. Un tarif garanti à « 50% du coût réel. » Avec la fondation Ecophilos, il propose aux entreprises d’épanouir l’humain grâce aux valeurs chrétiennes, pour 150 francs par jour et par personne.

Mais les viles critiques n’atteignent pas l’auréole de Nicolas Buttet : « Si, après avoir passé trois jours chez nous, la reine Fabiola dit que c’est ce qu’il faut aujourd’hui, cela nous paraît plus crédible », argue-t-il. C’est sûr : quand une dame qui pèse 300 millions d’euros s’exprime, on ne peut qu’avoir foi en ses paroles.

Pierre-Pascal Chanel, Vigousse, le petit satirique romand.


Photo :

Sur les dérives sectaires chrétiennes :

L'idéologie totalitaire du Nouvel Age





L'entrée prochaine dans une ère de paix et de spiritualité, la vision globalisante du monde, ainsi que la nécessité d'une transformation personnelle, sont les thèmes majeurs du New Age qui, loin d'être un « fourre-tout » ésotérique, forme une idéologie cohérente.

Selon le philosophe Michel Lacroix, cette pensée fait peser de graves dangers sur l'individu et sur la société. Une idéologie de la totalité ne risque-t-elle pas de devenir une idéologie totalitaire ?

Les idées politiques du Nouvel Age

Au premier abord, le Nouvel Age semble se situer en dehors de la politique. Il n’a pas de visibilité institutionnelle. Il ne se réclame d’aucun parti. On a l'impression qu’il s’adresse à des individus désincarnés, délivrés de toute attache sociale, professionnelle, civile, syndicale, familiale, et qui sont occupés exclusivement de leur vie intérieure. Mais derrière l'arbre de l'apolitisme se cache la forêt des ambiguïtés et des non-dits. Ainsi, on ne tarde pas à deviner la silhouette d’un ordre mondial autoritaire.

A la base des idées politiques du Nouvel Age, il y a derechef le holisme. Le holisme est la pierre de touche qui permet de juger, en premier lieu, la valeur de la politique actuelle, et le diagnostic est accablant. Quel est le défaut de cette politique ? Le manque de vision globale. La politique menée par les gouvernements actuels n’est holistique ni dans ses finalités, ni dans ses moyens. Or, les vraies questions d’aujourd’hui, souligne le Nouvel Age, sont d’échelle planétaire. C’est le monde dans sa globalité qui est en péril, en raison des problèmes écologiques, de l'épuisement des ressources, de la surpopulation, du fossé économique entre les deux hémisphères, du gigantesque arsenal nucléaire et de l'instabilité politique. Le sort des générations futures est incertain et l’extinction complète du genre humain fait désormais partie du possible. Face à ces enjeux, il faudrait une prise de conscience globale, une politique de sauvegarde de la planète, une volonté ferme de prendre les commandes du «vaisseau spatial Terre». Mais la politique actuelle, enfermée dans l'horizon de ses petites questions, n’est pas à la hauteur de ces exigences. Les gouvernants ont des conceptions périmées, ils n’ont pas atteint un degré de conscience suffisant, ils ne sont pas assez «illuminés ». Il est donc suicidaire, estime le Nouvel Age, de continuer à leur confier les intérêts de la planète.

De plus, nos institutions politiques sont archaïques. Tributaires du vieux paradigme, elles en sont encore au stade du morcellement et de la séparation, et c’est la raison de leur inefficacité. En mettant en avant le holisme, en disant non à la politique fragmentée et «séparatiste», le Nouvel Age dit non à la démocratie. Après tout, le dogme holistique contredit sur un point capital le principe même qui est à la base des régimes démocratiques : je veux parler de la « séparation des pouvoirs » législatif, exécutif et judiciaire qui est la clé de voûte de notre démocratie représentative. Elle n’a évidemment aucune valeur pour une idéologie qui préconise le dépassement de l'état de séparation... Le non à la démocratie se double d’ailleurs d’un non tout aussi catégorique à l’État-nation et au principe de la souveraineté nationale. Le puzzle de cent quatre-vingt-dix nations composant le tissu international ne donne-t-il pas une pitoyable impression de morcellement ? Prisonniers de leurs frontières, les États s’avèrent incapables de faire face aux grands enjeux planétaires.

Il faut donc mettre en place un nouvel ordre politique, et le Nouvel Age indique les deux piliers sur lesquels il devra reposer : ce sont d’une part le moi, tel qu’il résulte de la transformation personnelle, et d’autre part Gaïa, dont l'unification est scellée par l’apparition du Cerveau global.

La fin du citoyen

Le moi, d’abord. L’un des axiomes les plus constants du Nouvel Age énonce que toute vraie politique découle en dernière instance de la source de l'intériorité. La politique n’est pas une pièce qui se joue sur la scène publique, sur une agora, dans des Assemblées, dans des cabinets gouvernementaux. Le seul facteur de changement global, c’est le changement individuel. « Si la conscience individuelle change, le monde lui-même changera. » Tel est l’un des principes directeurs de la politique du Nouvel Age. Les individus engagés dans leur transformation personnelle n’ont pas à formuler de projet de société; ils n’ont pas à élaborer de doctrine politique, économique, sociale. Ils n’ont pas à se préoccuper d’agir en citoyens ordinaires, à militer dans la société civile, car le véritable changement de société s’opérera d’une manière indirecte : c’est en transformant leur propre conscience qu’ils transformeront ipso facto la civilisation. Loin d’exclure les problèmes de la cité, le travail sur la conscience est le seul moyen efficace de leur apporter une solution. Un adepte qui « entre en méditation » n’éprouve donc pas le sentiment qu’il fuit la réalité, et les maîtres spirituels du Nouvel Age l'encouragent dans la voie de l'intériorité, à l'instar de Graf von Dürckheim qui introduisait les séances de méditation par ces mots : « Nous pratiquons la méditation pour que, là où nous sommes assis, le monde soit un peu plus en ordre. »

N’importe quel problème politique peut être résolu ainsi, par la mise en œuvre de la transformation personnelle et de la méditation. Soit par exemple le problème de la guerre. D’où viennent les conflits entre les hommes ? La réponse est simple : de l’illusion de l’état de séparation, qui fait croire aux hommes qu’ils sont des êtres distincts les uns des autres. Pour peu qu’ils arrivent à dissiper cette illusion et à percevoir le monde d’une manière holistique, la violence disparaîtra comme un mauvais nuage. Il n’y a que grâce à la descente en ondes alpha qu’on surmonte les divisions et qu’on désamorce les conflits, car le moi se confond alors avec autrui dans une unité essentielle, de sorte qu’il n’y a plus d’agressivité ni d’antipathie. Notons que le Nouvel Age se garde de condamner la guerre au nom de l'éthique. Son approche n’est pas moralisatrice.

Il ne s’agit pas de mettre en œuvre une politique volontariste en faveur de la paix. On ne dit pas « tu dois », « vous devez », « faites ceci », car des injonctions de ce type impliqueraient un dualisme de l’être et du devoir-être, et un tel dualisme contredirait le principe de la non-séparation. La solution est beaucoup plus simple : grâce à la transformation personnelle, c’est la réalité même de la guerre qui s’évanouit : « Avec le nouveau paradigme, affirme Marylin Ferguson, la guerre devient impossible. » Partant de ce principe, la secte Méditation transcendantale proposa au président Bush, en 1991, une méditation collective afin de mettre fin à la guerre du Golfe. A la même époque, Jacques Castermane, animateur d’un centre de développement personnel très connu, déclarait à propos du plan américain de Nouvel Ordre mondial : « Seule la transformation de la personne individuelle représente la matière première du Nouvel Ordre tant espéré. »

Comment expliquer une telle action du changement intérieur ? D’où ce dernier tient-il le pouvoir de catalyser le changement extérieur ? L'explication réside dans la correspondance entre la partie et le tout, entre l’homme et l’Univers, qui est postulée par le holisme. Le corps politique que constitue la planète des humains est comparable à un hologramme où chaque partie contient l'ensemble des informations relatives à l'image complète. Les individus qui le composent sont autant de fragments de ce grand hologramme planétaire de sorte que chacun d’eux récapitule toute la planète. Chaque homme est donc en droit de dire : « Je suis un résumé de tout l'Univers », et il n’a plus qu’à se recueillir en lui-même pour découvrir non seulement la clé de la connaissance universelle mais aussi le pouvoir d’agir sur le tout. En vertu de la théorie de l'homme-microcosme, avoir le souci de soi, c’est avoir le souci du monde.

Les conséquences d’un tel point de vue sont faciles à prévoir. La politique du Nouvel Age est aspirée avec une force irrésistible vers la sphère étroite du moi. Plus rien ne peut freiner la dérive vers le solipsisme (1). Le holisme encourage les comportements de repli, et prononce ainsi l’acte de décès de toute vie politique et sociale digne de ce nom. Dès lors que le principe du changement réside dans l'intériorité, pourquoi participer au débat public, pourquoi agir, lutter ? Il est clair que l’engagement de l’individu dans la méditation va de pair avec le désengagement vis-à-vis de la politique et de la société civile. A mesure que la « conscience s’élargit », le champ politique et social se réduit comme une peau de chagrin. Que reste-t-il même de la notion de citoyen ? Car un citoyen est un individu qui ne perd pas de vue le fait qu’il est distinct de ses semblables, et la conscience de cette altérité lui permet d’accomplir les actes politiques essentiels que sont la discussion, la négociation, la lutte, le compromis. A l’évidence, cette conception de la polis, définie il y a près de deux mille cinq cents ans en Grèce, disparaît avec le Nouvel Age. Dans la perspective holistique, cela n’a aucun sens, non plus, d'analyser les rapports sociaux en termes de contrat entre citoyens. Le Nouvel Age nous montre donc une fois de plus qu’il remplit dans notre société une fonction éminemment idéologique : de même qu’il légitime les excès de la culture du moi, il couvre d’un voile flatteur certaines évolutions qui minent la démocratie moderne, en donnant sa caution à la déresponsabilisation politique.

Un gouvernement mondial

Gaïa constitue le second principe de la politique du Nouvel Age. Ainsi tient-on les deux extrémités de la chaîne. D’un côté, on a des individus libérés de leurs liens politiques, déchargés des obligations du contrat social. De l’autre se déploie l'immense champ de conscience planétaire formé par la coagulation des consciences individuelles. Étonnante synthèse de l'individualisme intégral et du collectivisme intégral ! Tout se passe comme si, aussitôt après avoir arraché les individus à la politique fragmentée, le Nouvel Age se hâtait de les jeter dans le grand chaudron du Cerveau global. Et, entre les deux, il n’y a plus rien ! Il n’y a plus d’étage intermédiaire, plus de « corps intermédiaire » entre le territoire du moi et la fusion planétaire. L’espace public qui s’étend entre la sphère privée et le Cerveau global se trouve pour ainsi dire évidé. La sphère du politique se referme sur du néant. Le citoyen disparaît, avec ses traditions, sa culture, sa patrie, ses fidélités, ses devoirs, pour faire place au nouvel Homo politicus, l’homme planétaire, voué corps et âme au service de Gaïa.

En faisant de la fusion dans Gaïa le principe directeur du nouvel ordre humain, le Nouvel Age planétarise définitivement la politique. Et cela conduit tout naturellement à préconiser la création d'institutions à l’échelle planétaire. Il faut donner au Cerveau global des organes de décision, de gestion, d'administration, autrement dit un gouvernement mondial. Seul un gouvernement mondial sera à même de piloter ce que la littérature du Nouvel Age se plaît à appeler le « vaisseau spatial Terre » (une belle métaphore techniciste, au demeurant...). Ces idées sont partagées, notons-le, par un grand nombre de leaders de sectes. Leur projet est un directoire mondial des affaires planétaires, qui serait assuré par les personnalités et les sectes parvenues au degré de conscience le plus élevé. On retrouve quelque chose d’identique chez World Goodwill (Bonne Volonté mondiale), qui formule un programme combinant l’idée d’un gouvernement mondial avec l’annonce d’un proche retour du Christ sur la Terre. L'unification politique du globe sous la houlette du messianisme religieux...

Pour faire face aux problèmes de notre temps, le Nouvel Age rêve d’une aristocratie spirituelle dans le style de la République de Platon, d’un magistère de sociétés secrètes, d’une synarchie planétaire. Le mondialisme autoritaire, la coagulation des individus dans le Cerveau global, l'enrôlement dans la conscience mystico-planétaire, n’ont-ils pas quelques points communs avec les grandes cérémonies fascistes où le cœur d’un peuple entier vibrait à l'unisson ? Si les « new-agers » sont souvent des individualistes cultivant leur moi, il n’en reste pas moins vrai que la mystique de Gaïa s’apparente aux mythes collectifs de l'époque totalitaire. L’échelle est différente, car ce n’est pas une race qui est exaltée, ni un peuple, ni un État, mais la masse humaine tout entière, réunie dans le culte de Gaïa. Cependant, c’est la même ferveur collective, le même besoin de fusion, le même vertige de la dissolution individuelle.

Si, demain, un gouvernement mondial voyait le jour, il aurait besoin de s’appuyer sur une idéologie pour assurer sa légitimité, et il y a toutes les chances pour que le Nouvel Age consume cette idéologie... On peut sourire et se rassurer en se disant qu’on n’en est pas encore là. Mais prenons garde : ces fantasmes planétaires ne sont pas d’innocentes rêveries, car [...] le Nouvel Age est une réserve d’idées pour les sectes. En attendant la révolution mondiale tant espérée, ces fantasmes autour de Gaïa servent d’alibi pour maintenir, à une plus petite échelle, la cohésion de ces sectes. Celles-ci utilisent le Nouvel Age pour construire méthodiquement leur microfascisme. Au nom des intérêts supérieurs de la planète, au nom du futur ordre mondial, les adeptes qui ont eu l'imprudence de se laisser enrôler sont pressés de se soumettre à la loi inflexible que leur dicte un maître, qui connaît le Vrai et le Bien. La vision holistique et les plans de salut planétaire servent cyniquement à légitimer l'embrigadement et l'exploitation.

Une nouvelle forme de totalitarisme

l'hypothèse que nous formulons est que le Nouvel Age est en train d’inventer une nouvelle forme de totalitarisme. Essayons d’en préciser la nature. Ce totalitarisme résulte de la conjugaison de deux idées majeures que le Nouvel Age place au centre de sa doctrine : la formation d’un champ de conscience planétaire d’une part, la crise écologique d’autre part. En joignant ces deux idées l’une à l'autre, on aboutit à l'affirmation suivante : le champ de conscience global est l'instrument qui va permettre de sauver la Terre.

Quel sort est réservé à la pensée dans cette doctrine qui met au premier plan le salut de Gaïa ? Il n’y a plus, pour la pensée humaine, d’autre impératif, d’autre horizon, que cette exigence de survie. Les valeurs vitales se trouvent désormais au sommet de l’échelle des valeurs. « Tout faire pour préserver la vie de Gaïa ! » Certes, en recevant un tel ordre de mission, les « new-agers » éprouvent la satisfaction de savoir qu’ils ne sont pas « jetés-dans-le-monde » sans raison. Leur vie a de nouveau du sens, mais ils ne tarderont pas à sentir combien la plénitude de sens peut être étouffante. Car l’impératif de survie met en place un implacable asservissement de l’esprit. La mission de sauver la Terre constitue une lettre de cadrage qui s’impose rigoureusement à toute réflexion humaine. Dans le monde que dessine l’idéologie du Nouvel Age, la pensée ne reconnaît plus qu’un seul maître : l'instinct vital. La loi suprême de l’esprit, c’est maintenant le primum vivere. La notion même d’humanité ne se trouve-t-elle pas, de ce fait, gravement atteinte ? La loi du primum vivere nous dépouille de notre qualité d’hommes : dans le nouvel ordre biologique, il n’y a plus d’hommes à proprement parler, il n’y a que des humains (le concept d’homme implique l’idée de l’universel, tandis que l'humain est un genre du vivant), c’est-à-dire une espèce luttant, au même titre que les autres, pour survivre. Le totalitarisme du Nouvel Age est un mélange de biologisme et d'antihumanisme.

Dans les années 20, Julien Benda dénonça dans La Trahison des clercs l'attrait des intellectuels pour les valeurs d’action, qu’incarnait alors le fascisme. Les clercs trahissaient l’universel au profit du pragmatisme. Le Nouvel Age ne répète-t-il pas, à sa manière, cette trahison ? Ce n’est plus comme autrefois à la force qu’il soumet la pensée, mais à l’impératif de survie. Toute activité mentale qui n’apporte pas de contribution au salut de Gaïa perd sa raison d’être. Dans ce cortex planétaire, dans ce grand organisme neuroélectronique, il n’y a donc pas de place pour la liberté de l’esprit. Immergé dans le transpersonnel, l’individu n’a pas plus d’indépendance que la cellule nerveuse parmi les dix milliards de neurones de la boîte crânienne. Gaïa indique à ses neurones le contenu de toute pensée possible, et l'injonction s’adresse particulièrement aux hommes de pensée... Aucun philosophe, écrivain, poète, artiste, expert, journaliste, homme de science, intellectuel, ne saurait se dérober à sa responsabilité planétaire. Nul autre objet n’est digne de retenir l’attention. Il est interdit de laisser divaguer sa pensée et son imagination, alors que l’état d’urgence est proclamé dans le village planétaire, interpellant chacun de ses habitants. Dans le champ de conscience global, il n’y a pas de place pour le libre examen, pour l’esprit critique. Aucune petite voix n’a le droit de faire entendre un son discordant dans le grand unisson planétaire. La loi du primum vivere sonne le glas de la pensée solitaire et de l’intelligence contestatrice. Une pensée qui a reçu la mission de gérer le réel peut-elle revendiquer le droit de dire non à ce réel ? Dans le nouvel ordre biologique, il n’est plus permis de s’évader vers l'idéal, de se rebeller au nom d’une utopie quelconque, bref de porter témoignage d’un autre monde, car il n’y a plus que ce monde-ci. Le monde devient unidimensionnel. La pensée est détournée des choses célestes et ramenée inexorablement aux choses terrestres. Il faut qu’elle renonce à ses penchants idéalistes. Elle n’est plus que la servante du réalisme.

Il y a deux mille cinq cents ans, les Grecs inventèrent la skholê, c’est-à-dire le loisir, pour ouvrir à l’esprit l’espace de la morale, du débat politique, de la philosophie, de l'esthétique, de la science désintéressée. Ainsi la pensée occidentale prit-elle son essor. Or le Nouvel Age s’oppose à cette notion de loisir. Il interrompt la tradition de la vita contemplativa. Il ne connaît que la pensée opérationnelle, la pensée gestionnaire, fonctionnarisée, soumise à la loi de l'efficacité. N’est-ce pas d’ailleurs cette suprématie de l’utile qu’exprime le slogan familier du Nouvel Age : « Penser de façon positive » ? La pensée positive est présentée par le Nouvel Age sous un jour flatteur, mais il se pourrait bien que cette positivité soit la négation même de la pensée. Car que reste-t-il de l'essence de la pensée si on lui ôte le loisir, la gratuité, et si on lui demande de rendre compte de ses résultats ? Cette «obligation de résultats» constitue, pensons-nous, un véritable désastre philosophique. Le règne de la liberté de l’esprit, commencé sous le ciel de la Grèce antique, risque de prendre fin dans le cockpit du « vaisseau spatial Terre », avec la conscience humaine asservie aux instruments de bord, branchée sur les mécanismes régulateurs de la Terre et servant de timonier spatial...

Telle est la forme inédite de totalitarisme qu’invente le Nouvel Age.

Michel Lacroix, L'idéologie du New Age.


1) Solipsisme : théorie philosophique selon laquelle le sujet pensant ne peut admettre l'existence d'une autre réalité en dehors de lui-même.


L'idéologie du New Age




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