Friday, September 30, 2011

Médecine alternative & lamaïsme




Le Nouvel Age est une matrice de thérapies alternatives, tout le monde veut guérir tout le monde. « On veut nous soulager des blocages, de la peur et des soucis, on veut nous guérir de tout. Que révèle cette croisade pour une rémission des maux de l'âme et du corps ? Cela montre d'abord que les gens souffrent et qu'il y a des euros à se faire sur leur dos douloureux. De plus, s'occuper des autres permet d'oublier notre médiocrité. On peut aussi pomper l'énergie des gens en détresse, être reconnu, et pour les idéalistes, on peut se rêver en bienfaiteur de l'humanité.

Lorsqu'on est dégoûté de l'informatique et du bureau, il reste la thérapie-bizness. Il suffit d'investir dans un stage, mais souvent la lecture d'un manuel suffira. » (Joël Labruyère)


Des manuels écrits par les lamas enseignent comment guérir toutes les maladies grâce à leur méditation thérapeutique. Mais ils sont truffés de pieux mensonges, par exemple :

« Le Tantra du Bouddha de médecine a été enseigné directement par le Bouddha Sakyamuni», ça reste à prouver. Et, plus grave, on ajoute :

« Peu avant la venue d’Atîsha (au Tibet), un autre Pandit indien appelé Mrtijnana s’installa au Kham, dans l’est du pays, dans la province de Dergué Dingo. Il y apporta la même tradition qu’Atîsha à savoir la tradition des « Sarma ». C’était un bodhisattva qui vivait comme un mendiant mais après sa mort, un monument funéraire (Skt. ; stoupa ; Tib. : Chorten) fut élevé à sa mémoire. Depuis lors, chaque fois qu’une épidémie de variole menace le pays, des pustules apparaissent sur les parois extérieures du stoupa. Les gens ont l’habitude d’absorber ces pustules qui ont un effet immunisant contre la variole, et le lama auteur de ses lignes, un tantinet charlatan, conclut,
« ce qui fut vérifié officiellement. » (Source : Shamar rinpoché, Editions Dzambala.)

Cette fable est reprise par de nombreux centres du bouddhisme tibétain. Elle est répandue en Occident grâce à la contribution de tibétologues occidentaux. Ces éminents docteurs, enseignants d’universités laïques, sont souvent inféodés à des maîtres ou à des lignages tantriques et tenus par des serments de fidélité.

Malgré les stoupas miraculeux, la pratique du Bouddha de médecine, les pilules de "nectar" et la méditation-panacée universelle, les tibétains étaient terrorisés par la variole ou la petite vérole. Il faut relire le livre du Père Évariste Huc (1813-1860), « Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Tibet », pour comprendre l'effroi des tibétains :

« La crainte que les tibétains ont de la petite vérole, est inimaginable. Ils n’en parlent jamais qu’avec stupeur, et comme du plus grand fléau qui puisse désoler l’espèce humaine. Il n’est presque pas d’année où cette maladie ne fasse à Lhassa des ravages épouvantables ; les seuls remèdes préservatifs que le gouvernement sachent employer, pour soustraire les populations à cette affreuse épidémie, c’est de proscrire les malheureuses familles qui en sont atteintes. Aussitôt que la petite vérole s’est déclarée dans une maison, tous les habitants doivent déloger et se réfugier, bon gré mal gré, loin de la ville, sur les sommets des montagnes ou dans les déserts. Personne ne peut avoir de communication avec ces malheureux, qui meurent bientôt de faim et de misère, ou deviennent la proie des bêtes sauvages. Nous ne manquâmes pas de faire connaître au Régent la méthode précieuse usitée parmi les nations européennes pour se préserver de la petite vérole. Un des motifs qui nous avaient valu la sympathie et la protection du régent, c’était l’espérance que nous pourrions un jour introduire la vaccine dans le Tibet. »
Le Père Régis-Evariste Huc était au Tibet en 1845-46.

Le peuple tibétain était asservi par l’obscurantisme des lamas. Les superstitions, les mantras de guérison et les gris-gris firent régresser le discernement et l’intelligence. Des peuples moins aliénés par les croyances magiques furent capables de lutter contre la terrible maladie. Ce sont les arabes qui trouvèrent les premiers l’inoculation préventive de la variole. Au début du XVIIIe siècle, les Anglais l’apprirent des Turcs. En France, Voltaire fut le premier avocat de l'inoculation, il écrit :

« J’apprends que depuis cent ans les Chinois sont dans cet usage, c’est un grand préjugé que l’exemple d’une nation qui passe pour être la plus sage et la mieux policée de l’Univers. Il est vrai que les Chinois s’y prennent d’une façon différente ; ils ne font point d’incision, ils font prendre la petite vérole par le nez comme le tabac en poudre ; cette façon est plus agréable, mais elle revient au même, et sert également à confirmer, que si on avait pratiqué l’inoculation en France, on aurait sauvé la vie à des milliers d’hommes. »

En réalité, Voltaire ne fut pas le premier avocat de l’inoculation. Il y avait eu en France, surtout de 1723 à 1725, tout un mouvement en faveur de l’insertion (inoculation) de la petite vérole. La première mention de l’inoculation qui ait été faite en France est de 1717. En cette année, une thèse fut soutenue sur ce sujet à Montpellier par Boyer (Encycl., art. INOCULATION).

La variole ou petite vérole a été totalement éradiquée en 1977 grâce à la vaccination. Mais, selon le site 
http://www.vulgaris-medical.com, "l
es complications inhérentes à la vaccine étaient parfois très sévères. En effet, la vaccine, dans certains cas, pouvait entraîner le décès du patient ou laisser des séquelles susceptibles d'entraver le fonctionnement physiologique du système nerveux central."





Mandala :

Wednesday, September 28, 2011

Méditation & totalitarisme





Le psychiatre Christophe André a introduit la méditation à l'hôpital Sainte-Anne à Paris et le docteur Dominique Servant au CHRU de Lille. Des médecins-gourous rêvent de créer un homme nouveau moins sensible aux émotions jugées négatives. Ils prétendent agir par compassion en voulant soigner l'anxiété par exemple. Mais pourquoi ne chercheraient-ils pas à supprimer aussi l'indignation qui agite les jeunes contestataires grecs, espagnols, italiens... ? Nous devons être vigilant car l'actuel totalitarisme économique, qui récupère les découvertes des neurosciences pour manipuler le comportement des consommateurs, pourrait s'enfoncer dans une dictature totale et fabriquer une créature très docile, un homme nouveau.

L'homme nouveau verrait le jour grâce à l'union de la science occidentale et de la spiritualité orientale, et parviendrait à la transformation complète de son moi.

Dans un sévère réquisitoire contre le Nouvel Age, Michel Lacroix dit : « La transformation personnelle suit un déroulement à peu près invariable, qui ressemble à un chemin initiatique. Toute personne qui entreprend de se transformer doit desserrer l'étau de ses obligations extérieures. Elle doit ralentir les fonctions quotidiennes, réduire l'agitation. La transformation personnelle débute donc par un acte de lâcher prise, grâce à la relaxation et à la respiration apaisée. Il faut aussi faire lâcher prise à la conscience, ce qui suppose des exercices de méditation, mais un type de méditation qui ne vise pas à la réflexion rationnelle, car il ne s'agit pas d'élaborer un savoir. Ce n'est pas un échange d'idée avec soi-même, un effort d'idéation. On tache de faire le vide en soi, dans une parfaite quiétude, afin de permettre au moi d'être irradié par la lumière provenant de plans plus élevés. […]

Le Nouvel Age a construit une métaphysique de la lumière. Des lumières proviendraient des sphères spirituelles ou des maîtres ascensionnés. Or, durant la méditation, il n'est pas rare de percevoir des luminosités. Le « Boshan Canchan Jingce, un manuel de méditation de l'école chinoise Ch'an déclare : « Si vous voyez des lumières, des fleurs ou d’autres formes extraordinaires, et que vous prenez cela pour la sainteté, usant de ces phénomènes inhabituels pour éblouir les gens, certain que vous avez atteint le grand éveil, c’est que vous ne vous rendez pas compte que vous êtes complètement malade. »

Revenons à la méditation. « Ces préliminaires étant réalisés, poursuit Michel Lacroix, on entre peu à peu dans un état de conscience modifié. Le cerveau glisse dans une zone intermédiaire entre la veille et le sommeil, où les frontières entre l'objet et le sujet, entre l'extérieur et l'intérieur, le moi et autrui, l'individu et le cosmos, l'humain et le divin deviennent indécises. Cet état physiologique a d'ailleurs une traduction visible sur l'électroencéphalogramme, car le cortex cérébral se met alors à émettre des ondes non plus au rythme de quinze à quarante cycles (correspondant à l'état de veille), mais de deux à dix cycles par secondes. Ce sont les « ondes alpha ».

Ces ondes alpha sont la raison d'être de la plupart des techniques que le Nouvel Age propose aux adeptes. Au premier regard, ces techniques forment un déconcertant bric-à-brac, mais il est évident que cet arsenal hétéroclite a essentiellement pour fin de provoquer des états de conscience modifiés. Voici par exemple les mantras, brèves formules d'invocation à caractère rituel que l'on récite jusqu'à ce que les cadres mentaux se dissolvent. […]

Les « new-agers » ne peuvent ignorer que les techniques d'altération de la conscience sont au fond des succédanés de la drogue. L'élargissement de la conscience et la drogue ont en commun la sensation extatique d'une communion avec la réalité, le sentiment océanique, la plénitude, l'ineffabilité, la modification de la perception du temps, la dépersonnalisation, l'euphorie, la suppression des interdits. D'ailleurs, l'histoire du mouvement montre que le Nouvel Age a souvent cherché du côté de la drogue le secret des états de conscience modifiés. […]

L'attitude du Nouvel Age vis-à-vis de la drogue est ambivalente. Il aimerait bien ne retenir de la drogue la vertu d'ouverture du mental, sans prendre le risque de la déchéance du corps. On peut se demander si le discours sur les états de conscience modifiés ne constituent pas une sorte de discours manifeste, cachant un discours latent, inconscient, où il est question de l'état hallucinogène. L'hypothèse que l'on pourrait formuler est que le Nouvel Age est à l'image de nos sociétés, où la culture de la drogue se répand à la même vitesse que la culture du moi et de l'épanouissement personnel. » (Michel Lacroix, L'idéologie du New Age.)

« Il y a quelques années, le pape prévint les catholiques que les états de conscience modifiés peuvent être pris à tort pour une authentique expérience spirituelle. Bien que cette déclaration ait donné lieu à des réactions négatives de certains groupes de méditation, il faut reconnaître que le même avertissement est une tradition dans le bouddhisme authentique.

Un grand nombre d’Occidentaux connaissent une confusion, voire des troubles mentaux et physiologiques en pratiquant de supposées techniques orientales de méditation. Ce n’est pas qu’ils soient de mauvais adeptes mais simplement qu’ils ne respectent pas les mises en garde habituelles des sciences méditatives traditionnelles. La psychopathologie des erreurs de pratique est connue et abondamment documentée dans le bouddhisme. 
Certains cultes plongent leurs adeptes dans une méditation intensive sans leur donner une connaissance de base, une compréhension et une expérience suffisantes. Parfois, cet oubli est délibéré et sert des visées manipulatrices. L’esprit est particulièrement vulnérable au conditionnement lorsqu’il manque de bases solides. » (Thomas Cleary, Les secrets de la méditation.)

Dans la Chine du 5ème siècle, pour remédier aux troubles physiques et psychologiques provoqués par la méditation (dhyana), les moines bouddhistes avaient recours aux conseils thérapeutiques d’un ouvrage : 
Les Fondements secrets du traitement des troubles dhyana (Tche tch’an-ping pi-yao fa).



Friday, September 23, 2011

Technicité mystique & totalitarisme





Les occidentaux qui veulent apprendre à mieux gérer les possibilités de l'esprit et du corps sont convaincus que la maîtrise de techniques est indispensable. Or l'outillage des lamas pour conduire l'expérience mystique est impressionnant. Leurs innombrables méthodes permettraient de reproduire à volonté des états spirituels et de parvenir au contrôle des fameux pouvoirs qui fascinent l'Occident depuis presque un siècle. Dès 1929, le livre d'Alexandra David-Néel, Mystiques et magiciens du Tibet, popularise les techniques psychiques des Tibétains. Les lecteurs de la célèbre exploratrice française découvrent que des lamas utilisent des méthodes précises pour :

  • se réchauffer sans feu au milieu de la neige ;

  • parcourir, avec une rapidité extraordinaire, des distances considérables, sans se nourrir, ni prendre de repos ;
  • communiquer par la pensée, etc.

« Le secret de l'entrainement psychique, comme les Tibétains l'entendent, consiste à développer une puissance de concentration de pensée dépassant de beaucoup celle que possèdent, naturellement, les hommes même les mieux doués à cet égard », précise Alexandra David-Néel. Et elle ajoute :

« Les Tibétains affirment que par le moyen de cette concentration, des ondes d'énergie sont produites.

Le mot «onde» est de moi, bien entendu. Je l'emploie pour rendre l'explication plus claire et parce que, comme on le verra, il s'agit bien, dans la pensée des Tibétains, de courants de forces. Toutefois, ceux-ci emploient simplement le mot «énergie» . Cette énergie, enseignent-ils, est produite chaque fois qu'une action mentale ou physique a lieu. Action de l'esprit, du verbe ou du corps, d'après la classification bouddhiste. C'est de l'intensité de cette énergie et de la direction qui lui est donnée que dépend production des phénomènes psychiques.

Voici, d'après les maîtres magiciens du Tibet, différentes manières dont peut être utilisée l'énergie engendrée par une puissante concentration de pensée :

1° Un objet peut être chargé par ces ondes, à la façon d'un accumulateur électrique, et rendre, ensuite, l'énergie qu’il contient, sous la forme d'une manifestation quelconque. Par exemple : il augmentera la vitalité de celui qui entre en contact avec lui, lui communiquera de l'intrépidité, etc.

C'est en se basant sur cette théorie que les lamas préparent des pilules, de l'eau bénite et des charmes de diverses espèces, qui sont supposés protéger contre les accidents ou tenir en bonne santé.

Le lama doit premièrement se purifier par un régime alimentaire particulier et par la méditation dans la retraite ; ensuite, il concentre ses pensées sur les objets qu'il veut charger de force bienfaisante. Plusieurs semaines ou même plusieurs mois sont parfois consacrés à cette préparation. Cependant, quand il s'agit seulement d'écharpes ou de cordons charmés, ceux-ci sont souvent noués et consacrés en quelques minutes.

2° L'énergie transmise à l'objet infuse en lui une sorte de vie, et il devient capable de mouvement et peut accomplir des actes qui lui sont dictés par celui qui l'a animé.

L'on peut se rappeler ici l'histoire des gâteaux rituels (tormas) que le lama-sorcier de Trangloung envoya à travers les airs, dans les maisons des villageois qui lui désobéissaient. »

La technicité lamaïste est particulièrement bien accueilli par le Nouvel Age dont le but des méthodes est de reproduire à volonté les états mystiques comme s'il s'agissait d'objets de laboratoire. Dans son livre « L'idéologie du New Age », Michel Lacroix relève une contradiction du Nouvel Age :

« Voilà un mouvement qui part en guerre contre la société technicienne et contre le matérialisme, qui se proclame le défenseur des valeurs de l'esprit, qui veut promouvoir la civilisation de l'être. Or, le modèle de vie spirituelle qu'il préconise relève du plus pur technicisme. L'âme des « new-agers » est asservie à des procédés. L'un des livres à succès du Nouvel Age porte un titre qui a valeur de symbole : « L'Age d'être et ses techniques ». Un outillage pour conduire l'expérience mystique et spirituelle... La quête de l'être a donc besoin qu'on l'instrumentalise. Les animateurs de stages de transformation personnelle enseignent que, pour vivre pleinement, il faut apprendre à « mieux gérer les possibilités de son esprit et de son corps ». Ce langage technocratique est très révélateur. Pour connaître une vie pleine, il faut donc recourir à des techniques de gestion rationnelle. Il est d'ailleurs caractéristique de voir la place qu'occupe le concept fort ambigu de « gestion mentale » dans toutes sortes de techniques que le Nouvel Age reprend à son compte, telles la programmation neurolinguistique ou l'analyse transactionnelle. »

Le Nouvel Age intègre les disciplines orientales et les techniques de méditation dans le cadre de pratiques thérapeutiques et d'une inquiétante idéologie totalitaire. Et, en matière de totalitarisme, le lamaïsme n'a pas de leçons à recevoir. N'oublions pas que la dictature religieuse des lamas a duré jusqu'au milieu du XXe siècle. C'est seulement le 28 mars 1959 que le servage est aboli par les Chinois. L'institution des dalaï-lamas remonte au XIVe siècle. Le premier dalaï-lama se nommait Gedun Drup (1391-1474).

Chögyam Trungpa, né en 1939 au Tibet, est une exception dans la diaspora lamaïste, car il chercha à réformer le bouddhisme tibétain qui avait dégénéré. « Il ne gardait aucune nostalgie pour le Tibet de son enfance n'hésitant pas à affirmer que « plus personne ne pratiquait réellement, c'était une grosse arnaque. Pas étonnant que les communistes aient décidé de prendre le pouvoir, ils avaient raison de ce point de vue […]. En fait, je pense que la destruction du royaume du Tibet a été une grande chance pour le bouddhisme. », disait-il (Propos rapportés par Fabrice Midal, auteur du livre « La pratique de l'éveil de Tilopa à trungpa »). Ce lama, décédé prématurément en 1987, n'a pas vu que son travail de transplantation du bouddhisme en Occident a été dévoyé par le lamaïsme hiérarchique et féodal. En Occident, dans tous les centres dirigés par les lamas, il y a une version moderne du servage tibétain. En effet, les pauvres, qui ne peuvent payer le prix exigé pour participer aux enseignements et aux retraites, doivent travailler gratuitement et sont corvéables à merci.

On peut redouter le pire quand le lamaïsme hiérarchique et autoritaire rencontre le Nouvel Age porteur du projet de création de l'homme nouveau. Les deux travaillent sur la conscience, sur les émotions, sur les aspirations, sur les croyances... « Il y a là une tentation « fabricatrice » qui peut, le cas échéant, prêter la main à toutes les manipulations mentales », dit le Philosophe Michel Lacroix. Il précise sa pensée en ces termes :

« Le projet des régimes totalitaires du XXe siècle a été de changer l'homme. Le totalitarisme a posé en axiome la totale malléabilité, la réformabilité de la nature humaine, de sorte que l’homme a été littéralement mis en chantier. Il s'agissait de le reconstruite par l'éducation, par le conditionnement, par la propagande, par l'eugénisme... Ainsi s’est développé le fantasme de l’« homme nouveau », qui a légitimé une mainmise complète sur les individus. Le Nouvel Age ne s'inscrit-il pas dans cette filiation avec son projet de réforme radicale de l'homme ?

La transformation personnelle n'est-elle pas un avatar de ce funeste esprit « ingéniérial »? Les déclarations des formateurs sont très révélatrices à cet égard. Selon eux, il n'existe pas de nature humaine immuable, définissable une fois pour toutes : l'homme est quelque chose d'éminemment variable, reprogrammable, révisable. « L'homme, lit-on dans le prospectus d'un institut de développement personnel très prisé, doit se prendre comme un ouvrage entre ses mains. » Il faut qu'il sache démonter et remonter son moi comme un mécano. Ce sont, vous explique-t-on, vos «croyances » (c'est-à-dire « toute idée considérée comme vraie pour soi ») qui déterminent votre action ; or ces croyances peuvent être « créées ou décréées » facilement. Il vaut la peine de s'attarder sur ces quelques mots, qui sont lourds de sens. Ils veulent dire que les valeurs, les pensées, les convictions morales ou les religions - en un mot l'héritage culturel d'un individu - se laissent déprogrammer et recombiner à volonté. On vous assure qu'il est aisé de « gérer vos croyances », de les « modifier », de les éradiquer, de sorte que vous « maîtriserez ce que vous croyez ». En changeant votre système de croyance, vous aurez le sentiment de «créer délibérément votre vie », pour peu que vous ayez confié votre transformation personnelle à la méthode vantée par ledit prospectus, une méthode présentée comme particulièrement « puissante et efficace ». On imagine facilement le décapage mental qui permettra aux individus de se défaire de leurs cadres de pensée, si ces derniers sont jugés inadéquats.

Le Nouvel Age mobilise donc les sciences de l'homme et du cerveau ainsi que les techniques de la transformation pour ouvrir l'être intime à des demandes à caractère totalitaire. L'énigme de la personne et les secrets de l'âme sont investis par le technicisme et le scientisme. »

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Thursday, September 22, 2011

Le New Age, piège ou promesse ?





La nature même du New Age, holistique et syncrétiste, appelle inévitablement bien des débordements, spécialement en matière de spiritualité. Aussi certains ont-ils pu le qualifier de « fast-food de la religion » ou de « bricolage religieux pour temps de disette ». De fait, la quête mystique de certains newagers ressemble davantage à l'attitude du client faisant ses emplettes au supermarché du religieux en comparant prix et étiquettes, qu'à celle du disciple acceptant la rigueur d'une voie spirituelle. Et les amalgames de religieux flottant que l'on présente parfois sous l'estampille « New Age » relèvent de ce que des Maîtres orientaux appellent un « matérialisme spirituel ». [...]

L'optimisme un peu naïf qui veut guérir l'homme et la terre des maladies générées par la société moderne, et faire advenir l'âge d'Or de la fraternité universelle fondé sur la reconnaissance du primat de l'Esprit, peut prêter à sourire. Mais le besoin demeure d'un « supplément d’âme » dans un monde anxiogène, d'une vue positive de l'homme dans un contexte religieux marqué parfois par le moralisme et la culpabilisation, d'un « enthousiasme » (« Dieu en nous ») à proposer aux générations à venir en contrepoint de la morosité ambiante.

Les Mouvements de Développement du Potentiel humain, fer de lance du New Age, ont souvent engendré une profusion anarchique de techniques où l'on bricole pêle-mêle avec la psychanalyse, les spiritualités orientales, le chamanisme, l'énergie des couleurs et le pouvoir des cristaux. Mais l'attente demeure chez beaucoup d'une Voie spirituelle qui apprenne à dépasser l’ego et le mental, à transformer le soi individuel en soi cosmique, à redécouvrir l'unité intérieure par-delà les séparations, et à articuler la spiritualité sur le quotidien de l'existence.

Bien des tenants du New Age, mouvement polymorphe qui a été parfois récupéré par des courants marginaux et occultes, utilisent pour imposer leurs produits sur le marché le prurit actuel pour l'irrationnel : voyance, magie, lecture des auras. Le jargon de la tribu semble même cultiver l'obscur et le confus plus que le symbolique et le poétique, l'allusif et le vague plus que le clair et le rationnel : « vibrations », « éthérique », « planétaire », « astral ». Mais ce vieux fonds d'irrationnel ne fait-il pas partie de l'homme de toujours et son retour aujourd’hui ne traduit-il pas une réaction viscérale contre un désenchantement de la « Nature qui l'a coupée de l’homme et livrée à une exploitation anarchique de sa part ? La protestation du New Age contre le dictat de la raison et contre le matérialisme dialectique ou technicien ne représente-t-il pas une des données nouvelles et incontournables de la conscience occidentale contemporaine ?

Ce bouillonnement spirituel est enfin marqué par une étonnante confusion, quand on identifie sans plus physique quantique et mystique orientale, ou quand on picore à toutes les spiritualités sans aucune rigueur. Et le rejet parfois péremptoire des religions instituées d'Occident confond souvent les formes adventices qui s'y sont surajoutées au long des temps, avec la Vérité de leur Tradition originelle. Mais le désir d'authenticité qu'exprime cette quête parfois maladroite est aussi à prendre en compte. Car au cœur même de cette effervescence confuse une certaine lumière cherche à faire son chemin. Il n'y a d'ombre dans le New Age que parce qu’il y a quelque part une lumière.

Bref, même si le New Age n'est qu’une étiquette facile et au goût du jour pour qualifier la coagulation passagère de multiples éléments de religieux flottant, ce religieux ne va pas disparaître pour autant quand la mode aura passé. Car l’homme en son fond est un animal religieux. Si on ne tient pas compte de cette dimension de son être, on le mutile. Et alors elle revient au galop, parfois en jaillissements authentiques, parfois en regrettables parodies. C’est là que se situe la responsabilité de chacun. Pour que l'âge du Verseau ne soit pas piège, mais promesse.

Jean Vernette

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Wednesday, September 21, 2011

Qui suis-je ?





Des personnes ont une activité professionnelle qui les confronte aux dysfonctionnements du monde. Ces dysfonctionnements incitent des hommes, des femmes et des enfants à venir en France pour trouver la justice, le travail, la dignité qu'ils ne peuvent pas avoir dans leurs pays d'origine.

Mon travail dans un Centre d'Accueil de Demandeurs d'Asile (C.A.D.A) m'a fait connaître des errants, des persécutés, des réfugiés économiques, d'anciens tortionnaires devenus des parias à la suite d'un coup d’État. Des récits à la limite du supportable ont modifié ma vision de la civilisation et de la mondialisation. La mondialisation qui ne profite qu'à des cartels de prédateurs. Des multinationales et des banques imposent une vision politique inique à beaucoup de pays. Dans ces pays, les pauvres et les faibles sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Jean Ziegler dénonce l'empire de la honte et le féodalisme économique qui réduit des milliards d'êtres humains à la paupérisation, à la précarité, à la faim, au servage... De nos jours, selon l'organisation international du travail, dans le monde, plus de 12 millions de personnes vivent dans des conditions d'esclavage.

Où va l'humanité ? Pourquoi acceptons-nous de nous soumettre à des politiciens ou à des religieux qui trahissent notre confiance et exploitent notre crédulité ? La sagesse orientale peut-elle nous aider à améliorer notre condition ?

J'ai tout quitté pour aller en Orient. Du Népal à Taïwan, de l'Indonésie au Tibet, de la Thaïlande à la Chine, j'ai cherché des réponses à ces questions. En Inde, j'ai revêtu les habits de pèlerin hindou pauvre. Sous cet aspect misérable, qui permet d'être délaissé par les personnes qui s'intéressent à l'argent des touristes occidentaux, je suis arrivé au monastère de Menri, dans l'Himachal Pradesh, un État situé au nord de l'Inde. Ce monastère appartient à la tradition tibétaine Bönpo qui dominait au Tibet avant l'arrivée du bouddhisme.

Le Bön était la religion du royaume du Zhang-zhung, annexé au 8ème siècle par les armées d'un roi du Tibet converti au bouddhisme. Cette religion a intégré des enseignements et des traditions de Chine, d'Inde, de Perse... Le Bön est une sorte de musée de la spiritualité où confluent le chamanisme, le mazdéisme, le taoïsme, le tantrisme, l'enseignement d'un Bouddha nommé Tonpa Sherab qui aurait vécu bien avant le Bouddha indien... La philosophie de Tonpa Shenrab est similaire à la philosophie bouddhiste. Les quelques différences justifient des joutes philosophiques entre les lamas Bönpo et les lamas Guélougpa (l'école bouddhiste des Dalaï-lamas). Un divertissement qu'affectionnent les érudits tibétains.

Les Guélougpa sont considérés comme les représentants les plus orthodoxes du Vajrayana (bouddhisme tibétain). Toutefois, les fresques du temple secret du 5ème Dalaï-lama (chef des Guélougpa) sont inspirées par une philosophie différente du bouddhisme : le Dzogchen. Le Dzogchen est l'enseignement ultime des Nyingmapa. L'école Nyingma est la première école du bouddhisme tibétain. Les Bönpo enseignent également le Dzogchen, qui est aussi au sommet de leurs doctrines. Or le Dzogchen (Bön et Nyingma) a beaucoup d'affinités avec une sorte de bouddhisme libertaire, le Chan. Le Chan, venu de Chine, est imprégné de l'anarchisme taoïste que l'on trouve dans les écrits de Tchouang-tseu datant du 3ème siècle avant notre ère. C'est un maître chinois de l'école Chan qui a déclaré :

"Je vous le dis : il n'y a pas de Bouddha, il n'y a pas de Loi ; pas de pratiques à cultiver, pas de fruits à éprouver. Que voulez-vous donc tant chercher auprès d'autrui ? Aveugles qui vous mettez une tête sur la tête ! Qu'est ce qui vous manque ?" (Lin-ji)

Le Chan rejette les méditations fabriquées, les techniques et les artifices spirituels. Il préconise une spontanéité qui s'oppose aux méthodes graduelles des lamas. En revanche, les maîtres lamaïstes prétendent que l’Éveil n'est pas possible sans les techniques dont ils ont le secret et qu'ils acceptent de révéler contre de l'argent ou de l'or. Un cycle d'enseignements secrets se nomme « Le Dharma d'or » pour cette raison.

La propagation du Chan au Tibet risquait d'ébranler l'institution gradualiste des lamas et d'affranchir le peuple des croyances religieuses qui permettaient au clergé d'avoir une position dominante dans la société. Le Chan fut donc proscrit au terme du Concile de Lhassa, au 8ème siècle. Toutefois, il a discrètement survécu dans le Dzogchen des Bönpo et des Nyingmapa, et le Mahamudra des Kagyupa.

Mon intérêt pour le Dzogchen des Bönpo m'a fait répondre positivement quand le 33ème Abbé de Menri m'a proposé de rejoindre la communauté monastique. L'ordination m'a aussi permis de découvrir certains aspects du monde tibétain qui échappent habituellement aux touristes spirituels. Des adeptes occidentaux de la spiritualité tibétaine sont souvent aveuglés par une euphorie de la soumission. La soumission leur procure l'impression d'être reliés à la supposée divinité du gourou. Ils sont persuadés que cette relation maître-disciple les transforme en élus, en initiés supérieurs au commun des mortels. L'arrière pensée du disciple se résume ainsi : « Mon maître est extraordinaire, ne suis-je pas moi, élève soumis et fidèle, un être extraordinaire aussi ? »

Dans le cadre du Dzogchen, le moine est une sorte de philosophe indépendant très différent du religieux ritualiste ou du dogmatiste pointilleux. Malheureusement, même dans un monastère où l'on trouve des textes issus d'une tradition philosophique libertaire, l'institution religieuse n'hésite pas à exploiter les faibles et à punir impitoyablement ceux qui ne se plient pas à la discipline.

Au monastère, je découvre que les petits orphelins, sales et en haillons, travaillent durement à l'agrandissement du temple. Par ailleurs, ces orphelins sont utilisés pour apitoyer les donateurs occidentaux. Quand deux enfants, accusés de vol, sont séquestrés et battus, je m'insurge. Mais ne trouve personne pour m'aider à faire libérer les enfants. L'autre moine français traverse une crise mystique qui le transforme en imbécile heureux. Une ethnologue allemande ne songe qu'à son mémoire sur les danses sacrées des Bönpo. Le petit groupe d'occidentaux, qui participe à un stage de tcheu, ne veut pas savoir que le féodalisme tibétain perdure en Inde. Cette vérité gâcherait leur précieuse recherche de la grande béatitude tantrique.

Profondément écœuré, je quitte le monastère après avoir déclaré que je rejoins la voie des moines solitaires.

Tuesday, September 20, 2011

Nostradamus & la confiture de jouvence





« Nostradamus publie en 1550, à Salon-de-Provence, son premier Almanach, et c’est à partir de cette date que Michel de Nostredame va signer ses écrits du nom de Nostradamus. Ce premier almanach ne contient que sept centuries, et Nostradamus n’y prédit que les changements atmosphériques, cet ouvrage ayant pour simple objectif de rendre service à ses patients. Il en publiera par la suite un par an, jusqu’à sa mort, en augmentant sans cesse le nombre de quatrains qu’il regroupe par centaines ou centuries. »

« Nul n'ignore les célèbres Prophéties de Nostradamus, mais qui connaît le Traité des confitures du fameux astrologue ? Pourtant, ce Traité eut un succès retentissant dès sa parution, en 1555, et fut d’emblée réédité plusieurs fois.

Composé de trente et un chapitres, cet ouvrage nous offre diverses recettes tout à fait réalisables pour les gourmands d'aujourd’hui. Coing, griotte, rhubarbe, orange, poire, courge, et autres fruits et légumes sont accommodés avec du sucre ou du miel, et relevés par des épices tels le gingembre, la cannelle ou le clou de girofle...

Mais comme chacun sait, Nostradamus était aussi médecin. Il nous propose ainsi des confitures aux vertus curatives : sirop laxatif composé de roses rouges, confiture de courge qui réduit la chaleur du foie, sans oublier celle à base d'écorces de buglosse qui permet de rajeunir ! »



La confiture de Buglosse (Anchusa officinalis) de Nostradamus :



Ingrédients :
500 g de racines de buglosse, eau, sucre.

« Pour confire l’écorce de buglosse que les Espagnoles nomment Lengua Bovina, qui est une confiture cordiale, qui préserve le personnage de devenir étique ou hydropique, et tient le personnage joyeux, allègre, chasse toute la mélancolie, rajeunit l’homme, retarde la vieillesse, fait bonne couleur au visage, entretient l’homme en santé, préserve l’homme colérique (…)

« Prenez de l’écorce de la buglosse au mois de décembre, quand elle n’a guère de feuilles : car si vous la cueillez au temps où elle est feuillue, ou en fleur, elle ne vaudrait rien, car toute sa vertu est dans la tige et les feuilles. » 

« Quand vous l’aurez cueillie, vous prendrez les plus grosses racines et ne prendrez que l’écorce. Vous la nettoierez très bien, la laverez sans la racler. Vous en ferez des morceaux de toute la largeur de l’écorce, et de moyenne longueur. Quand ils seront bien nets et nettoyés, vous les ferez cuire avec suffisance d’eau de fontaine, et quand ils seront bien cuits, comme on cuit une autre confiture, vous prendrez les racines avec une cuillère percée et les mettrez dans un vase large et bas.» 

« Vous ne verserez pas de l’eau où elles auront cuit, car une partie de la vertu des racines y gît. Vous prendrez du sucre en suffisance et le ferez fondre et liquéfier dans cette décoction, et le ferez cuire jusqu’à la perfection d’un sirop bien cuit. Puis vous le laisserez refroidir. Vous le verserez sur l’écorce, qu’elle trempe bien dans le sirop l’espace de 24 heures.» 

« Au bout de 24 heures, vous ôterez le sirop et le ferez bouillir davantage en l’écumant, et ferez que cette fois, il ne cuise qu’à la forme de sirop simplement. Quand il sera cuit, vous l’ôterez du feu et le laisserez refroidir. » 

« Quant il sera tout froid, vous le mettrez sur les racines et le laisserez 2 ou 3 jours, ou 4. Si au bout de ce temps, vous voyez qu’il est besoin de le recuire, vous le ferez mais gardez-vous de mettre le sucre chaud ou de faire bouillir l’écorce avec le sucre, car elle deviendrait dure comme du cuir brûlé.» 

« Quand vous jugerez que cette confiture est achevée, vous la mettrez dans des pots larges et bas, les écorces couchées ainsi se verront mieux et vous pourrez en prendre mieux à plaisir.»  


Traité des confitures


Cliquer sur la vignette pour feuilleter le livre


Dessin :


Obsolescence programmée





« En 1920, on construit en France des voitures que personne n'arriva jamais à user... »
Journal de Spirou


Il n'y a que des économistes has-been, comme Alexandre Delaigue, pour nier l'obsolescence programmée et critiquer le documentaire d'ARTE intitulé « Prêt à jeter ».

Voir le documentaire « Prêt à jeter » :


Pour Alexandre Delaigue, l'obsolescence programmée est un mythe :

« C'est une de ces idées qui tient une bonne place dans la conscience populaire, mais qui ne convainc guère les économistes, pour plusieurs raisons.

La première, c'est que l'idée du "c'était mieux avant, tout était solide, maintenant on ne fait plus que des produits de mauvaise qualité qui s'usent vite" est tellement intemporelle qu'on se demande bien quel a été cet âge d'or durant lequel on faisait des produits durables. (à l'époque de ma grand-mère bien entendu : sauf qu'à son époque, elle disait aussi que les produits de sa grand-mère étaient plus solides). Il y a là un biais de perception, le "biais de survie" : vous avez peut-être déjà vu un frigo des années 50 en état de fonctionnement (j'en connais un, pour ma part); vous n'avez certainement jamais vu les dizaines de milliers de frigos des années 50 qui sont tombés en panne et ont terminé à la décharge. Nous avons par ailleurs tendance à idéaliser le passé : je suis par exemple toujours très étonné par les fanatiques qui me racontent, des trémolos dans la voix, à quel point la 2CV Citroën était une voiture "increvable". Dans celle de mes parents, il fallait changer les plaquettes de frein tous les 10 000 km, le pot d'échappement tous les 20 000, et elle était tellement attaquée par la corrosion (au bout de deux ans) que dès qu'il pleuvait, on avait le pantalon inondé par une eau noirâtre et gluante. Je préfère de très loin les voitures actuelles et leurs pannes d'électronique récurrentes. »
Source :

Econoclaste, le blog de l'économie pour les nuls (ou pour les économistes nuls)



Monday, September 19, 2011

Ordinateur portable gratuit





Hermès-Mercure était le dieu des marchands et des voleurs. Autrefois, les intermédiaires, qui profitent du travail des uns et des besoins des autres, étaient méprisés. De nos jours, le commerce occupe une position dominante dans notre société. De l'obsolescence programmée à l'arnaque aux faux cadeaux, le gangstérisme commercial est devenu une stratégie de développement de presque toutes les entreprises.

La ruse de la société Bakker, qui vend des plantes et des fleurs par correspondance, est particulièrement répandue. C'est l'habituelle tromperie qui consiste à décrire en gros caractères une offre extraordinaire tout en limitant le nombre de bénéficiaires dans une clause écrite en petits caractères. Dans la publicité qui fait miroiter un portable gratuit, la clause limitative se trouve à la 34ème page du catalogue, reproduite ci-dessous. Ainsi, en lisant attentivement, on découvre que seulement une personne recevra l'ordinateur portable promis par Bakker.

La société Bakker est coutumière de ce genre d'opération publicitaire comme le prouve un témoignage qui date de plusieurs mois :

Bakker = arnakker



Cliquer pour agrandir le texte



Pour expédier le PC portable, on demande une participation d'environ 6 euros. Et, comme tout est fait pour dissimuler qu'il n'y a qu'un PC à gagner, les responsables de la société empochent des milliers d'euros.


Abolition de la viande





Communiqué de presse :

Pour la troisième fois cette année est organisée une semaine mondiale d'abolition de la viande du 23 au 30 septembre 2011.

L'élevage, la pêche et la chasse occasionnent en permanence un préjudice immense à un nombre incalculable d'êtres sentients qui souffrent et sont tués pour fournir de la viande.

Pus de 60 milliards d'animaux terrestres sont tués chaque année dans le monde pour être mangés. Infiniment supérieur encore, le nombre de poissons pêchés ou élevés pour finir dans les assiettes.

Les personnes qui refusent de cautionner l'exploitation des animaux pour leur chair sont de plus en plus nombreuses de par le monde. Néanmoins, le nombre de victimes de l'exploitation croît de façon exponentielle : toujours plus d'animaux sont élevés en batterie, toujours plus de poissons sont pêchés...

Ces semaines mondiales d'abolition de la viande sont l'occasion d'affirmer publiquement que la consommation de produits animaux n'est pas un choix personnel : la question de la souffrance et de la mort que nous infligeons à des myriades d'autres êtres sentients engage évidemment les valeurs de notre société.

La légitimité morale de l'exploitation des animaux élevés, chassés et pêchés doit faire l'objet d'un débat de société.

Nous affirmons qu'aucun argument convaincant ne justifie ce massacre permanent : le plus grand carnage ayant jamais existé à la surface de notre planète doit cesser au plus vite.


Pour de plus amples informations sur la démarche de la revendication de l'abolition de la viande :
http://meat-abolition.org/
http://abolir-la-viande.org/
http://abolitionblog.blogspot.com/


Alphonse Allais et le végétalisme (végétarisme intégral)

Le petit CharIes-Alphonse Allais, fils d'un pharmacien d'Honfleur naquit le 20 octobre 1854, le même jour qu'Arthur Rimbaud. Jusqu'à l'âge de 3 ans, il ne prononcera pas un mot, si bien qu'on le croyait muet. Après dès études sans éclat, il fut stagiaire à la pharmacie paternelle.

Au cours de son service militaire, au 119e de ligne, le soldat Allais se signala par quelques hauts faits qui lui valurent d'entrer dans la légende. Il se rendit célèbre parmi ses camarades pour s'être écrié :

Bonjour M'sieurs Dames ! en entrant dans une salle remplie d'officiers supérieurs.

Lorsque son colonel accorda une permission de nuit aux hommes mariés, le soldat Allais disparut pendant 24 heures : il se justifiea en disant qu'il avait droit à une perm’ de jour plus une de nuit parce qu'il était bigame.

Il avait pris l'habitude d'appeler ses supérieurs « carporal », « carpitaine », « cormandant » ce qui lui valut d'être considéré comme un idiot et d'avoir la paix.

Il abandonna ensuite la pharmacie pour se lancer dans le journalisme et la littérature. Il fit ses débuts à Paris, en roulant du tambour au célèbre cabaret du Chat noir.

Il fera partie du Club des Hydropathes (littéralement ceux à qui l'eau fait du mal) qui est, en 1878, l'un des centres du mouvement littéraire. Les Hydropathes se scindent en deux écoles : les Hirsutes et les Fumistes dont Allais devint le chef. Il collabore au Journal du Chat noir avant d'en devenir le rédacteur en chef. Il ne cessera plus dès lors d'écrire des contes dans le Rire, le Sourire et le Journal où il animera avec une verve étourdissante, une rubrique régulière qu'il a appelée : La Vie drôle.

Claude Gagnière

Végétarisme intégral

Un correspondant anonyme mais bien intentionné m'envoie, des bords de la Tamise, un fragment de journal en lequel je déguste des lignes savoureuses et bien britanniques.

Jugez plutôt.

La dernière réunion des végétariens anglais fut, paraît-il, empreinte d'un caractère d'intolérance plus farouche que jamais.

A la grande majorité, on répudia non seulement les personnes qui mangent de la viande ou du poisson, mais encore toutes celles qui font emploi, en vue de vêtements, ornements ou tous autres usages, de la peau, du poil, des plumes, etc., etc., d'animaux mis à mort.

« Mais le cuir ! objecta mollement un assistant. L'humanité ne saurait se passer de cuir, quand ce ne serait, voyons, que pour les chaussures. »

Alors, l’un des plus fanatiques croisés se leva et, d'une voix forte, dit :

« Les chaussures en cuir ne valent rien, rien de rien ! J'en fabrique en herbe qui leur sont mille fois préférables. »

Des chaussures en herbe ! L'assemblée n'en revenait pas !

L’apôtre reprit :

« Du reste, j'en ai apporté un certain lot, et je me ferai un plaisir d'en donner à tous ceux qui voudront bien les chausser ici même. »

Quelques pauvres diables s’avancèrent et reçurent chacun une paire de bottines en herbe.

(Que le lecteur ne croie pas à une plaisanterie, On fabrique, en effet, depuis quelque temps, et surtout en Amérique, une sorte de substance composée d'herbe traitée d’une certaine façon, puis agglomérée, comprimée, laminée, etc.)

Les vagabonds se déclarèrent tout d’abord ravis de ces étranges godillots, mais l'un d'eux, interviewé le lendemain par un de nos brumeux, confrères, exprima, sur le mode amer, son désenchantement.

Récit du vagabond :

« Les bottines en herbe semblables à celles qu’on m’offrit hier sont très bonnes, très douces au pied et résistent fort bien à l'humidité.

« Je ne m'étais jamais senti si bien chaussé et me jugeais, au moins en ce qui concerne les extrémités inférieures, au sommet du confortable.

« Toute la journée, donc, je marchai sans éprouver la moindre fatigue, et, quand le soir fut venu, ce fut plutôt par coutume que par lassitude que je gagnai ma chambre à coucher.

« Ma chambre à coucher, il faut vous le dire, monsieur le reporter, n'est pas une chambre à coucher, au sens que les gens de la bourgeoisie aisée attachent à ce mot. C'est plutôt un square (duquel, rapport aux indiscrets policemen, vous me permettrez de celer l'adresse), sorte de petit parc où quelques moutons me servent de camarades de lit, si j’ose m'exprimer ainsi.

« La nuit fut bonne et, déjà, je goûtais le pur sommeil du matin, quand j'éprouvai, soudain, un intolérable chatouillement à la plante (c'est le cas de le dire) des pieds.

« Mes amis, les moutons, tranquillement, paissaient mes bottines.

« Conclusion : Les chaussures en herbe sont tout ce qu’il y a de plus recommandable, sauf pour le cas des gentlemen qui se voient contraints à partager le dortoir des herbivores. »

Tel fut le récit du tramp.

Ajoutons, avec infiniment d'esprit, que pareille mésaventure attend les personnes qui essaieraient de se chausser avec des bottes de cresson.

Alphonse Allais, « Plaisir d'humour ».



Dessin :