Tuesday, May 31, 2011

Hitler et l'Ordre du Dragon



« Il émanait d'Hitler un froid glacial. Personne ne m'a donné comme lui l'impression qu'il lui manquait quelque chose. Qu'au plus profond de lui-même il n'y avait que néant. »

Cette phrase est tirée d'une interview qu'accorda Albert Speer à Playboy, et qui parut dans ce magazine en juin 1971.

Le lieutenant colonel Eugène K. Bird, commandant US de la prison de Spandau de 1964 à 1972, écrit :

J 'avais apporté à Hess, dans sa cellule, une coupure de cette interview de Speer et je venais de lui lire le passage ci-dessus, lorsqu'il m'interrompit.

« C'est Hitler tout craché. Ce que dit Speer de lui ne pourrait être plus exact. Mais je me demande bien pourquoi il a accordé une interview à un magazine qui ne publie que des photos de nus. J'avoue que cela me dépasse.

« Ce qu'il exprime au sujet du Führer, je l'ai ressenti moi aussi. J'en ai discuté une fois avec Speer et nous sommes tombés d'accord, tous les deux, qu'il y avait avec Hitler un certain point de familiarité qu'on ne pouvait dépasser.

« L'impression qu'on se heurtait à un mur. Il y a eu des moments où je me suis senti proche d'Hitler, mais ils ont été bien rares. Il ne se dégageait de lui aucune chaleur humaine. Il nous restait volontairement étranger. Hitler se croyait destiné à accomplir de grandes choses. A mon avis, il se sentait supérieur à tous ceux qui l'entouraient, et à plus forte raison aux gens du commun. Et c'est parce qu'il éprouvait ce sentiment de supériorité qu'il est devenu ce qu'il était.

« Ainsi, je ne l'ai jamais tutoyé. Je l'ai toujours vouvoyé. Oui, nous en sommes toujours restés au “vous”. Même au moment où nous nous sommes connus, et même pendant la guerre où nous avons travaillé en étroite collaboration. Comme le dit justement Speer, seules quatre personnes le tutoyaient: Roehm, Julius Streicher, Christian Weber et Hermann Esser. Et, bien entendu, Eva Braun.

« D'ailleurs il ne faisait pas bon de se trop lier avec lui. Pensez à ce qui s'est passé avec Roehm.

« Speer, reprit Hess en pesant ses mots, s'était acquis l'admiration du Führer par ses dons et son génie, mais plus encore peut-être par ce talent qu'il avait de répondre à ses désirs, et parfois même de les précéder. Bien entendu Hitler n'était qu'un architecte amateur, mais il avait néanmoins l'impression que Speer et lui parlaient le même langage. Dans ce domaine dont j'ignorais à peu près tout, Hitler n'avait aucune considération pour moi. Que de fois j'ai vu Speer arriver dans mon bureau, après que j'eus pris rendez-vous pour lui avec le Führer, les bras chargés de plans et d'esquisses ! Il désirait discuter avec Hitler de quelque important édifice auquel je ne m'intéressais guère. Je n'avais pas, non plus, le sens des couleurs et le Führer estimait même qu'à ce point de vue j'étais une totale nullité. »

Le vieil homme assis sur son lit, dans son costume de treillis tout froissé, sa chemise blanche à moitié sortie de son pantalon retenu par des bretelles, se tut; ses yeux profondément enfoncés dans leurs orbites et à demi dissimulée par ses épais sourcils étaient pleins de nostalgie et je compris qu'il évoquait le passé.

« Hess, lui dis-je, rompant le silence, si vous pouviez revenir en arrière, agiriez-vous de même ?

- Que voulez-vous dire ?

- Étudieriez-vous à nouveau cette science qu'est la géopolitique et vous y plongeriez-vous au point de la mettre au service d'un homme tel qu'Adolf Hitler ?

- Sans aucun doute, me répondit-il vivement. J'aurais suivi la même voie et j'aurais fini ici, à la prison de Spandau. Et je serais certainement parti en avion pour l’Écosse. J'avais des idées bien arrêtées et un seul moyen de les mettre en pratique. Quand je me suis pleinement rendu compte que nous étions en train de perdre la guerre, et ce qu'il en résulterait pour l'Allemagne, j'ai compris qu'il n'y avait plus qu'une seule issue... conclure la paix avec l'Angleterre. Et c'était également le désir d'Hitler.

« Oui, je me suis toujours entièrement voué à la cause que je servais, parce que j'y croyais.

- Même si agrandir par la force les frontières de l'Allemagne signifiait la guerre ?

- Dès le début je n'ai eu d'autre aspiration que de rendre à l'Allemagne la grandeur qu'elle avait atteinte avant la Première Guerre mondiale. Et avant le Traité de Versailles qui fut une profonde erreur. Je voulais voir mon pays retrouver sa fierté et sa gloire. Et c'est ce que j'avais dans l'esprit lorsque tout jeune encore, en 1923, je me suis lancé dans la politique. Je commençais à y jouer un rôle lorsque...

« Dites-moi, reprit Hess en élevant la voix, existe-t-il au monde un jeune homme qui, s'il se mêle de politique, ne cherche pas à améliorer la situation de son pays... tout comme cela se passe aujourd'hui ?

- En réalité, Hess, ce que je voulais savoir, c'est ceci ; si vous pouviez revenir en arrière, vous dévoueriez vous à nouveau corps et âme à un homme tel qu'Hitler ? »

- Il me lança un regard scrutateur par-dessus ses lunettes en serrant les mâchoires. Il avait roulé les manches de sa chemise au-dessus de ses coudes et posé ses mains sur ses genoux.

« Sans aucun doute, colonel Bird. Je n'aurais pour rien au monde laissé échapper l'occasion de devenir l'adjoint d'Adolf Hitler. Je vous l'ai dit, je suis un homme qui se voue à une seule cause et à un seul homme. »

(Eugène K. Bird, Rudolf Hess dévoile son mystère.)

Le vieux détenu n'était pas assez fou pour révéler à son geôlier américain les véritables arcanes du nazisme. Selon Charles Le Brun, l'histoire occulte du nazisme est liée aux sociétés secrètes et notamment à l'Ordre du Dragon.

L'ordre du Dragon, fondé en 1418 par Sigismond de Luxembourg, véhiculait les mystères typhoniens du dieu égyptien à tête d'âne dont on sait qu'ils contiennent les secrets les plus redoutables des sciences maudites. C'est à ces secrets que Sigismond aurait été initié par des maîtres inconnus que René Guénon désigne comme les agents de la Contre-initiation.

Hitler, écrit Charles Le Brun, rêva d'une Europe allemande ; et peut-être d'un monde allemand. Ce rêve, nourri des conceptions les plus hétéroclites et les plus funestes, n'allait pas tarder à devenir le cauchemar que l'on sait.

« Quand nous voudrons créer notre grand Reich allemand dans son ampleur définitive, nous aurons le devoir d'éliminer ces peuples (ceux des États baltes, de la Bohême, de la Moravie et des régions occidentales de la Pologne). Il n'y a aucune raison pour que nous ne le fassions pas. Notre époque nous fournit les moyens techniques de réaliser avec une facilité relative tous ces plans de transplantation... Il faut chasser les Tchèques de l'Europe centrale. Car tant qu'ils y resteront ils constitueront un foyer de décomposition hussite et bolchevique. »

« C 'est seulement quand nous aurons la volonté et le pouvoir d'atteindre ce but que je serai prêt à prendre la responsabilité de sacrifier toute une génération de la jeunesse allemande. Même si tel doit en être le prix, je n'hésiterai pas un seul instant à me charger la conscience de la mort de deux à trois millions d'Allemands, en pleine lucidité du poids de ce sacrifice. »

« Pour les États baltes, la situation est différente. Nous germaniserons facilement la population. Il y a là des races qui, ethniquement, nous sont apparentées et qui seraient devenues allemandes depuis longtemps si les préjugés et l'orgueil social des barons baltes n'avaient pas dressé des obstacles artificiels. »

Après le pacte germano-soviétique, signé le 23 août 1939, le Führer, changeant brusquement de discours et abandonnant ses projets de déplacement de populations, déclara que la Pologne serait rayée de la carte des Nations. Un peu plus tard, il annonçait sa volonté de repeuplement en Silésie. Puis, en 1942, c'était la mise en place de la diabolique « solution finale ».

Sous l'Unterberg, en face du nid d'aigle de Hitler à Berchtesgaden, repose l'empereur endormi qui doit revenir disperser les ennemis du Reich et lui rendre sa gloire passée. Son règne durera mille ans. Ce rêve, depuis des siècles, hante les tréfonds de l'âme allemande.

L'aspiration millénariste s'était cristallisée vers le XIIe siècle autour des empereurs Hohenstaufen et plus particulièrement de Frédéric Ier, dit Barberousse, mort noyé en Orient en 1190 lors de la troisième croisade. Elle n'était pas sans relation avec la légende du prêtre Jean, ou celle du Mahdi islamique. Hitler la fit sienne et put dire, au cours d'une allocution prononcée à Munich le 14 mars 1936 :

« Je marche sur la Voie que m'indique la Providence avec l'assurance d'un somnambule. » A l'écrivain allemand Hans Grimm il avait déclaré un jour :

« Je sais que quelqu'un doit paraître. J'ai cherché cet homme. Je me suis levé afin d'accomplir la tâche préparatoire, car je sais que je ne suis pas Celui qui doit venir. »

L'étrangeté de ces propos laisse à penser. Associée à tous les égarements maniaques du Führer, elle a conduit bien des historiens à se poser la question de son équilibre mental. Certains ont même parlé de possession. Car, se sont-ils demandés, Hitler fut-il vraiment le maître de ses actes ? Et dans la négative, de quelle puissance redoutable fut-il l'instrument obéissant ?

Une personne de son entourage raconte que Hitler s'éveillait la nuit, poussant des cris convulsifs et appelant à l'aide. S'asseyant sur le bord de sa couche, il y restait alors prostré, comme paralysé, pendant des minutes entières. Puis l'effroi s'emparait à nouveau de lui et le faisait trembler au point de secouer le lit. Il proférait des vociférations confuses et haletait, comme sur le point d'étouffer.

« J'avais toujours été frappé, rapporte John Toland, par l'aspect de ses traits. Sa physionomie semblait composée d'éléments disparates incapables de se fondre en un tout véritable. » (J. Toland Hitler Pygmalion, 1978). Parfois, debout dans sa chambre et les yeux fixes, le chef du IIIe Reich s'écriait soudain : « C'est lui ! C'est lui ! Il est venu ici ! » Il prononçait alors des chiffres et des mots insensés. Puis à nouveau : « Là ! dans le coin : qui est là ? » Joseph Goebbels qui l'approcha fréquemment avouait qu'à de certains moments, il lui donnait le frisson.

Hitler fut-il un possédé ? À bien des visiteurs, il donna l'impression d'un être halluciné et manœuvré par une entité redoutable. Certaines forces le traversaient, des forces quasi-démoniaques dont le personnage nommé Hitler n'était que le vêtement momentané. Délivré de son démon, il retombait dans la médiocrité. On le pressait de questions, il écoutait sans rien dire ; ou bien il se mettait à parler sans écouter, à perte de vue.

En 1418, raconte Jean Robin dans son livre Hitler, l'Élu du Dragon, Sigismond, roi de Hongrie et empereur d'Allemagne, sous l'adroit prétexte de combattre les Turcs qui menaçaient ses frontières orientales (l'invasion ne se fit que plus tard), créa le mystérieux Ordre du Dragon. Pour éclairer sur les tendances de cette société, il suffit de signaler que le prince de Valachie, Vlav IV, en fut l'un des membres éminents. Or ce personnage, mieux connu sous le nom de Vlav Tepez - l'Empaleur - passa à la postérité sous celui de Dracula qui ne signifie rien d'autre que « Fils du Dragon » !

L’Ordre du Dragon transmettait ses mystères par le biais d'un recueil qui portait le titre de Magie sacrée d'Abramelin et dont on peut encore voir un exemplaire à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris. L'enseignement qu'il contient promet la victoire sur la vie et la mort à ceux qui porteront le signe de la Bête - celle de l'Apocalypse.

La ténébreuse société secrète de la Golden Dawn (l'Aube Dorée) fondée quatre siècles plus tard à Londres en fit sa Bible. Or la plupart des auteurs qui étudièrent et répandirent les idées sur le pan-germanisme, l'aryosophie et le Mythe du Sang furent en contact avec la Golden Dawn dont il faut souligner qu'elle possédait de nombreuses succursales en Allemagne. Bien des idées circulèrent dont les dirigeants du IIIe Reich ne furent pas ignorants. Bien des idées, mais aussi et surtout des influences dont ils n'eurent pas toujours la parfaite conscience cette fois ni, conséquemment, le parfait contrôle.

Hitler répéta souvent qu'il fallait acquérir la « vision magique », que c'était là le but ultime de l'évolution de l'humanité. « Il croyait, rapporte Rauschning, qu'il était lui-même au seuil de ce pouvoir, source de ses succès présents et futurs. [...] Il ne pouvait s'expliquer autrement que par l'action de forces cachées la merveille de son propre destin. Il attribuait à ces forces sa vocation surhumaine d'annoncer aux hommes un évangile nouveau... Le surhomme vit au milieu de nous. Il est là. [...] J'ai vu le surhomme. » Où eut-il cette vision ?

Un épisode totalement inconnu de son existence est rapporté par Robert Payne dans The Life and death of Adolf Hitler. Il y est question d'un séjour qu'il fit en Grande-Bretagne en 1913 pour y rendre visite à son demi-frère Aloïs. Quand on sait qu'il n'entretenait aucun rapport avec ce dernier,on peut se demander la véritable raison de ce voyage.

Il est permis de croire, et c'est l'avis de Jean Robin, qu'il fut alors mis en contact avec les membres de la Golden Dawn.

L'affaire se situe à la limite extrême du raisonnable. Et pourtant, bien des indices donnent à croire que si quelque chose est à découvrir dans l'univers trouble de cette période, c'est dans cette direction qu'il faut aller chercher.

Source : Actualité de l'Histoire



Lire gratuitement « Hitler, l'Élu du Dragon » :

Lire gratuitement le livre de H. Rauschning, « Hitler m'a dit » :



Publié en 1939 comme un avertissement et un cri d'alarme, ce livre est un document d'histoire d'un intérêt capital, bien plus important pour la compréhension du nazisme que le très officiel Mein Kampf. C'est un Hitler en liberté qui se livre ici : à la fois politicien retors et visionnaire titubant, messianique et sentimental, fasciné par fascisme qui le délivrera de son fardeau d'anxiété. Membre du parti nazi de 1926 à 1934, Hermann Rauschning a su comprendre, avec la prescience d'un compagnon de route désabusé, ce que tant de contemporains se sont obstinés à ignorer : la dynamique de l'une des pulsions révolutionnaires les plus puissantes et les plus destructrices de notre siècle.

Monday, May 30, 2011

Existe-t-il plusieurs races ?




Quand j'étais jeune étudiant, j'ai appris consciencieusement, comme beaucoup d'autres, et sans trop y croire, les classifications des « races humaines ». Elles étaient encore au programme, alors que le développement de la biologie au niveau microscopique en faisait déjà des catégories totalement caduques. On ne peut pas taxer de racistes toutes les tentatives de classification anciennes, au sens où, en science, c'est la différence qui fait l'information : on compare et on range en « paquets » distincts, chaque fois, qu'on peut le faire. En un siècle de découvertes, on a tout simplement vu se dessiner d'autres frontières au sein de l'humanité. Si l'on reprend le sens zoologique du mot (deux sous-espèces d'une même espèce se distinguent l'une de l'autre, mais demeurent inter-fécondes, contrairement à deux espèces), il n'y a aujourd'hui, à la surface de la Terre, qu'une « race » humaine celle de l'Homo sapiens sapiens.

Ce que la recherche paléontologique et son prolongement anthropologique essaient d'établir, entre autres, ce sont les filiations, les liens de parenté qui unissent cette humanité.

L'homme moderne est apparu dès 500 000 ans avant notre ère. Avec, déjà, des différenciations régionales : par exemple, entre des squelettes de Chinois vieux de 400 000 ans, de 200 000 ans et contemporains, on retrouve des caractères communs. Mais s'ils ont une fréquence plus grande chez les Chinois, on les retrouve aussi partout ailleurs éparpillés. Il y a continuité du peuplement, mais à l'intérieur de ce que j'appelle des « provinces bio-géographiques »?

A la surface de la Terre, il, n'y a qu'une « race » humaine connue, celle de l'Homo sapiens sapiens

En revanche, deux « races » ont parfois pu coexister dans la préhistoire. L'homme a commencé à se diversifier très tôt, voilà au moins 2,5 millions d'années, dès qu'il a bougé d'Afrique orientale, où il est né. Il s'est répandu à travers tout l'Ancien Monde : Afrique, Europe et Asie. Or, il y a 2 millions d'années, les glaciations ont fabriqué deux isolats géographiques : l'Europe, dont le nord fut entièrement recouvert de glaciers, et l'Indonésie qui, liée au continent asiatique, s'en trouva coupée à chaque période interglaciaire. Ces deux isolements ont entraîné des « dérives génétiques », et façonné deux humanités, le pithécanthrope en Indonésie, l'homme de Neandertal en Europe, très différents anatomiquement de notre ancêtre, l'homme moderne, qui vivait déjà ailleurs. Il y a 50 000 ans, celui-ci a repoussé ses frontières de tous les côtés, lors d'une deuxième vague de peuplement : en Europe, en Indonésie, en Australie, en Amérique. Neandertal et notre ancêtre l'homme moderne (Cro-Magnon) ont au moins constitué en Europe deux races distinctes. « Au moins », parce que l'on ne sait pas, aujourd'hui, si ces populations pouvaient être inter-fécondes (donc, si elles furent de la même espèce) ni si l'homme de Neandertal, comme le pithécanthrope indonésien disparu il y a environ 30 000 ans, s'est fondu dans la population des Homo sapiens sapiens ou s'il s'est éteint. C'est peut-être la seule question sur les traces humaines que la science puisse désormais se poser.

Yves COPPENS, paléontologue, professeur au Collège de France, directeur du laboratoire d'anthropologie, Muséum national d' histoire naturelle, Paris.


Une étude publiée dans la revue Science montre qu'une infime partie du génome humain provient de celui des Néandertaliens. L'auteur, Richard E. Green (Université de Californie) travaille actuellement au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology (Leipzig, Allemagne) dans le cadre du projet de déchiffrage du génome de Neandertal dirigé par Svante Pääbo... Lire la suite :

Sunday, May 29, 2011

L'homme charnel et l'homme spirituel




L'homme charnel et l'homme spirituel se tiennent donc sur deux plans différents. Le premier, tant qu'une ouverture ne se produit pas en lui à l'égard du spirituel, appartient au temps : il passe... Saint Bernard dira que l'homme lié uniquement aux biens terrestres est semblable aux animaux : « Il naît, vit et meurt à leur façon. » Dans un autre texte, ce même auteur place un tel homme au-dessous des animaux, ce qui est plus juste, car l'animal conserve son orientation, il répond à sa fonction ; par contre l'homme détourné de sa destinée se trouve acculé à une voie sans issue.

L'homme spirituel relève d'un monde tout différent de celui auquel est lié l'homme charnel. Il est pourvu de sens intérieurs, il possède un autre langage, il est en voie de recouvrir la parfaite ressemblance de l'image qu”il porte en lui. Délié du temps, ouvert à l'éternité, son corps, son âme, son esprit participent déjà à la gloire de la résurrection.

Pour comprendre cette distinction fondamentale il suffit d'évoquer Pascal, dont la pensée nous est sans doute plus familière que celle de l'époque que nous étudions (XIIe siècle). Il importe ici de se rappeler l'ordre du monde et celui de la charité, ou bien encore le divertissement pascalien correspondant à l'homme charnel, tandis que l'homme spirituel s'inscrit dans l'ordre de la charité.

Le charnel, l'extériorité concernent une nature dévoyée, désorientée. Le spirituel, l'intériorité appartiennent à une nature ordonnée. L'orientation de l'être est d'une grande importance, la conversion n'étant rien d'autre qu'une orientation juste. L'homme charnel est isolé. C'est à lui que s'applique le vae soli de l'Écriture (Ecclé., IV, IO). Dépourvu de communication et de communion, il ne participe à la vie des hommes que d'une façon toute extérieure. Privé de rapports vrais avec lui-même et par conséquent avec le cosmos, le voici entraîné dans le tourbillon du temps et les jeux de l'histoire.

Certes l'homme spirituel appartient à l'histoire, mais il la dépasse car il relève d'autres lois. Intégré dans le cosmos, il œuvre corps, âme, esprit à l'avènement du royaume de Dieu, c'est-à-dire à la transformation du monde. Autrui bénéficie de la maturation qui s'opère en lui. Homme de lumière, il répand la clarté qui émane de son être. Toutefois, son expérience est incommunicable dans sa totalité, lui seul en est le lieu, et c'est là son secret. Pour rendre compte de cette expérience ineffable il recourt aux symboles. Ainsi le sage raconte à ses auditeurs des histoires, des anecdotes qui apparaissent invraisemblables. Elles le sont en effet, car ce n'est pas la lettre qu'il convient de retenir, mais l'esprit. Le mystique évoque des songes, il présente des images, il crée des contacts, instaure des rapports. Dans l'un et l'autre cas toutes les créatures sont pourvues de langage : les oiseaux parlent, les animaux sauvages cherchent une protection près de l'homme en qui l'esprit se meut.

Quand Dieu est né dans l'homme et l'homme en Dieu, il s'entame aussitôt un dialogue entre cet homme nouveau-né et le cosmos. Il n'existe plus d'isolement, une parenté profonde, une sympathie (au sens de sympatheia) s'établissent entre lui et tout ce qui vit. Il existe moins de différence entre ce qu'on nomme communément les vivants et les morts, qu'entre l'homme charnel et l'homme spirituel. La mort ne crée pas une rupture ; il ne s'agit point d'évoquer les morts à la façon de Saül qui fait « remonter » Samuel grâce à la pythonisse d'Endor (Samuel, XXVIII, ll). L'homme spirituel est déjà engagé dans l'au-delà de la mort terrestre car ses racines n'appartiennent plus au monde qui passe, elles se trouvent insérées dans le monde céleste. Il s'ébauche ainsi - dira Guillaume de Saint-Thierry - la gloire future de son corps. De ce fait, un tel homme se tient tourné vers les temps à venir, c'est-à-dire qu'il relève de l'eschatologie.

Cette entrée dans l'éternité, cette sortie du fugace engendrent en lui une joie, un enthousiasme, une jubilation, une éternelle jeunesse. La vieillesse n'atteint pas l'homme intérieur, la maturité coïncide avec un achèvement et non avec une décrépitude. Cette fraîcheur, nous la retrouvons dans l'emploi des symboles, des images ; c'est ainsi que les anecdotes, les songes, le sens du merveilleux auxquels nous avons fait déjà allusion (De natura et dignitate amoris, p. 54), qui apparaissent dérisoires à l'homme charnel, sont chargés de sens pour l'homme spirituel.

L'homme spirituel ne méprise rien. On le voit bien avec un saint Bernard, par exemple, dont la vie a été extrêmement active, toutefois le primat est toujours donné à la contemplation au dialogue intime. Saint Bernard dira qu'il importe « d'interrompre les doux baisers pour allaiter », c'est-à-dire qu'il convient de quitter la vie contemplative pour s'adonner à l'enseignement d'autrui.

La transfiguration de l'homme crée un monde transfiguré et libre. La liberté des enfants de Dieu dont parle saint Paul (Rom., VII, 21) appartient à l'homme intérieur. Au risque de nous répéter il convient de redire que l'homme charnel et l'homme spirituel ne sont pas régis par les mêmes lois ; l'homme spirituel dépasse toutes les dualités, qu'il s'agisse du bien et du mal, de l'esprit ou de la chair, des ténèbres ou de la lumière ; la transfiguration qu'il opère inaugure un monde nouveau : celui de l'âge d'or, de la maturité ; les ténèbres cessent d'être obscures.

Nous avons parlé de la transformation du cosmos grâce à l'homme spirituel. D'autres éléments interviennent encore. Si l'homme spirituel n'a plus le même visage que l'homme charnel, le Dieu de l'homme spirituel est rigoureusement différent du Dieu de l'homme charnel. Pour l'homme charnel Dieu est une sorte de César, c'est-à-dire de potentat, de banquier ; il est pourvu de force, de puissance. Pour l'homme spirituel Dieu est Amour et par conséquent ce qui est le plus inconnu dans sa réalité profonde. Dieu est comparable à un mendiant, au plus ignoré, au plus délaissé, au plus faible. Nous le verrons, Dieu est l'Amant et l'homme l'Aimé. Entre l'Amant et l'Aimé se crée une union indéfectible. Les amours de l'homme charnel sont illusoires et fragiles, l'Aimé dans l'ordre spirituel en se transformant en l'Amant devient lui aussi Amour. Il cesse d être l'Aimé en devenant Amour.

D'où la nouvelle perspective, la nouvelle vision, le nouveau langage de l'Aimé devenu par grâce ce que Dieu est par nature selon l'expression employée par Guillaume de Saint-Thierry.

Pour l'homme charnel le langage de l'homme spirituel est sans contenu, et lui semble insipide. Non seulement il se détourne de l'homme spirituel, mais il le réprouve et le juge illuminé ou fou, ces deux termes d'ailleurs signifiant pour lui la même chose. Sa pesanteur, les poids et mesures dont il fait usage ne lui. permettent pas de saisir le trésor de l'homme de lumière, ces chemins ne sont pas ses propres chemins, c'est pourquoi il ne le rencontre jamais car il serait incapable de le reconnaitre. Les hommes spirituels se retrouvent entre eux, tels des oiseaux sauvages appartenant à la même race. Leur chant est identique, les symboles qu'ils présentent sont semblables et cela en dépit de leur origine. Les mêmes contenants possèdent d'identiques contenus. C'est pourquoi les hommes spirituels ont le même langage, décrivent les mêmes images indépendamment des époques, des races, des religions ; l'unité ne pouvant se réaliser qu'à la fine pointe de l'être, c'est-à-dire au sommet situé au-delà des oppositions et des dualités. Par contre l'homme charnel est la proie de la division, des contraires, des affrontements, du sectarisme. L'homme charnel brûle celui qui ne pense pas comme lui, en cela même il tente de le détruire. L'homme spirituel brûle aussi, mais le feu qu'il communique vient de lui-même, il est transmutation, transfiguration, il ne tend pas à anéantir mais à transformer.

D'où l'on voit comment à l'époque romane, comme d'ailleurs en tous les temps, le charnel et le spirituel se sont mélangés : les massacres des juifs, des musulmans, des hérétiques relèvent d'hommes en qui l'esprit n'était pas encore né. L'inquisition n'est scandaleuse et irritante que dans la mesure où l'on pense que des hommes d'église, des moines sont obligatoirement des hommes spirituels. Si on discerne qu'il s'agit ici d'une violence exercée par des hommes charnels, extérieurs, terrestres, on ne s'en étonne point tout en s'attristant d'une telle méprise.

Cette distinction apparaît toujours nécessaire. La pensée médiévale n'est pas exempte des ersatz, des masques, des travestissements, et pour employer le langage bernardin, des amours adultères.

M.-M. Davy, « Initiation à la symbolique romane ».




Illustrations :
- La discipline cistercienne conférait une grande importance au travail manuel (manuscrit enluminé du XIIIe siècle provenant de l'abbaye de Cîteaux, Bibliothèque municipale).
- Socialism for the rich.
http://www.ritholtz.com/blog/2008/12/socialism-for-the-rich/





Initiation à la symbolique romane


Le douzième siècle, cette Renaissance médiévale, est le grand âge de l'art roman. L'homme de ce temps possède une exacte connaissance de sa situation : il est pèlerin de la Jérusalem céleste et, de ce fait, voué à une marche ascendante. Relié à un monde invisible dans lequel il se meut, il sait d'où il vient et où il va. Sa certitude relève de sa foi. Que cette foi se développe à l'intérieur de l’Église ou qu'elle soit hétérodoxe, elle demeure vivante. Le moine y répond à l'intérieur de son cloître, le professeur dans son enseignement ; l'artiste en témoigne sur la pierre ou par la couleur. Le monde est un, du macrocosme au microcosme, et il est signe de l'Invisible. L'art et ses symboles l'enseignent. Du portail de Cluny à la littérature du Graal, Marie Madeleine Davy nous donne accès à l'extraordinaire richesse symbolique du douzième siècle.



Friday, May 27, 2011

La notion de personne dans le bouddhisme





A. La doctrine du « non-moi ».

Après avoir fait son premier sermon à Bénarès sur les Quatre Vérités saintes, le Bouddha en fit un second sur la non-réalité du moi, anâtman, c'est-à-dire, non-existence de l'âtman. Le moi n'a pas plus de consistance que les autres « formations » […] (« formations » ou agrégats, skhandha, sont les constituants psychophysiques de l'être humain qui se désagrègent totalement lors du trépas.)

Cette doctrine du non-soi est, comme je l'ai dit, une réaction contre la théorie brahmanique qui faisait du « soi », de l'âtman humain, une réalité identique à l'Absolu, le Brahman. Dans le bouddhisme primitif, cet âtman n'a pas de consistance.

Il n'y donc pas dans l'homme d'entité permanente à laquelle on pourrait donner les noms d'âme, de soi ou d'ego. Le Petit Véhicule et le Grand Véhicule sont l'un et l'autre constants sur ce point. Après avoir rappelé d'une manière rapide la théorie chrétienne et la théorie hindouiste de l'âme, Walpola Rahula continue :

« Le bouddhisme se dresse, unique dans l'histoire de la pensée humaine en niant l'existence d'une telle Âme, d'un soi ou de l'Âtman. Selon l'enseignement du Bouddha, l'idée du Soi est une croyance fausse et imaginaire qui ne correspond à rien dans la réalité... »

Pour les bouddhistes, le moi n'est qu'une formation passagère qui est le fruit des cinq éléments physiques ou moraux (skandha). Le Moi se forme, change, évolue au gré de la rencontre de ces éléments. Le Moi humain est donc pure impermanence et constante fluidité. Tout ce qui existe, c'est un « moi » psychologique qui assure la continuité temporelle de l'être humain. Mais ce moi n'a pas de consistance réelle. Quand viendra la mort, il disparaîtra. Il ne laissera aucune trace dans la réalité ultime.

Walpola Rahula est plus que formel sur ce point et il s'insurge contre toute autre interprétation du bouddhisme ancien. Comme le dit Glasenapp : « La négation d'un Âtman impérissable est la caractéristique commune de tout système dogmatique, que ce soit du Petit ou du Grand Véhicule, et il n'y a dès lors aucune raison de prétendre que cette tradition bouddhiste qui est en accord complet sur ce point, ait dévié de l'enseignement originel du Bouddha. »

Ici, Walpola Rahula s'insurge à la pensée que certains érudits ont voulu prétendre que le Bouddha n'avait pas nié l'existence de l'âtman.

« Ces érudits admirent, respectent et vénèrent le Bouddha et son enseignement. Mais ils ne peuvent imaginer que le Bouddha qu'ils considèrent comme le penseur le plus clair et le plus profond, puisse avoir nié l'existence d'un Âtman ou d'un Soi dont ils ont tellement besoin. Ils cherchent inconsciemment l'appui du Bouddha pour ce besoin d'existence éternelle - bien sûr pas dans un pauvre soi individuel, avec un « s » minuscule; mais dans un grand Soi, avec une majuscule. Il vaut mieux dire franchement que l'on croit en un Âtman ou Soi ; ou on peut même aller jusqu'à dire que le Bouddha s'est totalement trompé en niant l'existence d'un Âtman ; mais certainement il n'est pas bon pour quiconque d'essayer d'introduire dans le bouddhisme une idée que le Bouddha n'a jamais acceptée aussi loin que nous puissions remonter dans les textes originaux existants. » « Les gens sont irrités par l'idée que, d'après l'enseignement du Bouddha sur Anatta, le Soi qu'ils s'imaginent avoir sera détruit. »

Le Bouddha est formel dans son enseignement : « O bhikkhus, cette idée : je ne serai plus, je n'aurai plus, est effrayante pour l'homme ordinaire non instruit. » Et pourtant c'est bien ce qu'il dit. Mais Walpola Rahula représente vraiment la tendance la plus radicale en cette matière. L'évolution de la pensée bouddhique a apporté des nuances à cette théorie radicale, comme je le dirai plus loin.

Qu'arrive-t-il quand le karma de l'homme est épuisé ?... Il y a le nirvâna... mais je ne puis dire que j'entre dans le nirvâna, car je ne suis plus. Le nirvâna Est...

Il me semble que l'on peut dire que le nirvâna, c'est la Vérité Ultime en tant qu'elle est présentée dans le prolongement d'une suite d'existences qui cesse définitivement. Quand le samsâra cesse pour une suite d'existences la Vérité Ultime est, si je puis dire, manifestée, comme le radicalement autre et c'est le nirvâna. Mais on ne peut pas dire que ce soit un état dans lequel entrerait quelqu'un...

C'est pourquoi Walpola Rahula fait remarquer que cela n'a aucun sens de dire que «le Bouddha est entré dans le Nirvâna », après sa mort. Le Bouddha, suivant les textes anciens, est « entièrement trépassé », « entièrement soufflé » (image de la flamme éteinte), « entièrement éteint »...

B. Développement de la notion de moi dans le mahâyâna.

Mais les disciples du Bouddha ont, au cours des âges, apporté bien des nuances à cette théorie radicale de la non-existence du moi, avec les conséquences que cela peut avoir pour la définition du nirvâna.

Plus tard, on verra se faire jour une théorie, celle du « moi-série ». Cette théorie a pour but de sauvegarder la transmission de la responsabilité morale des actes, responsabilité qui est difficilement explicable si l'on tient que le moi est une pure succession de formations psychiques sans lien réel. Dans la théorie du moi-série, on a une conscience continue, mais cette conscience n'est consciente que d'elle-même et de rien d'autre. Cette théorie du moi-série est surtout développée par les Sautrantikas. Elle prépare les théories du Grand Véhicule.

Il faut signaler l'existence d'un autre courant qui semble remonter aux origines mêmes du bouddhisme et dans lequel on considère qu'il existe une personne autonome sous-jacente aux revêtements phénoménaux. Cette personne porte le nom de pugdala, Mais ces pudgdalavâdin sont souvent considérés comme des hérétiques.

Peu à peu on voit se développer dans le Grand Véhicule l'idée que la nature profonde des choses est la nature de Bouddha, nature commune et unique de tous les Bouddhas. Il y a donc dans tous les êtres une nature de Bouddha qui est leur être substantiel celui qui est et demeure sous l'illusion des apparences. Cette théorie est propre au Grand Véhicule.

Dans une telle perspective, l'homme a plusieurs « moi », dont le plus profond est l'identité avec le Bouddha. « L'insistance mise sur l'identité du Bouddha et de ce monde a habitué les Mahayanistes à l'idée que la nature de Bouddha réside dans chaque portion de l'univers, et, partant, dans le cœur de chacun de nous.

« Le Seigneur Bouddha sur son trône-de-lion habite dans chaque particule de sable et de pierre. »

« Si l'on admet que nous luttons pour le salut par nos propres efforts, quelle partie de nous-mêmes est-ce alors qui cherche le Nirvâna ? Est-ce notre soi individuel, ou peut-être notre « soi plus élevé » ou encore notre « soi de Bouddha », qui fait cette recherche ? Le mahâyâna en est venu à cette conclusion que c'est réellement le Bouddha en nous qui fait la recherche, que c'est la nature de Bouddha en nous qui cherche la Bouddhéité. » (Conze, Le Bouddhisme dans son essence et son développement.)

La Bouddhéité, la Buddhatô est un autre aspect de l'Ultime Réalité à laquelle on donne le nom de tathatâ ou bhutatathatâ. Cette réalité foncière indescriptible ne peut se désigner autrement que « ce qui est comme c'est ». En français on pourrait traduire son nom par « ainsité »... ce qui est ainsi. Cette réalité est recouverte par l'illusion.

Dans une telle perspective, il faut arriver à dépasser le moi illusoire pour s'identifier à son moi profond et réel. Or ce moi profond est la nature de Bouddha. Quand nous en sommes arrivés là nous avons retrouvé notre identité profonde avec le Bouddha, nous avons atteint la Bouddhéité... mais la question demeure : existons-nous encore d'une existence personnelle ? On arrive à un état de conscience parfaite mais qui n'est plus personnelle. En se réalisant dans sa perfection d'être, la conscience personnelle a disparu... il n'y a plus de personne. Les hommes émergent dans un nirvâna où il n'y a plus qu'un grand « Je », trans-personnel...

Évidemment ces subtilités doctrinales dépassent les capacités intellectuelles et spirituelles des bons dévots d'Amida qui considèrent le nirvâna comme l'entrée dans la béatitude du Paradis de l'Ouest. Pour eux il n'y a plus simplement ce grand « je » trans-personnel, il y a une relation entre un « je » et un « tu »... dans une relation de foi et d'amour. Je pense que ceci est vrai pour la plupart des âmes simples dans le bouddhisme, comme dans les religions qui reconnaissent un Dieu personnel.

Yves Raguin, « Bouddhisme - Christianisme ».

Vide et plénitude
Deux relations spirituelles


Yves Raguin après ses études à l’École des Langues orientales et au Département chinois de Harvard fut professeur à Shangai et au Sud-Vietnam. Spécialiste du bouddhisme chinois et des religions orientales, il était directeur de l'Institut Ricci pour l'Extrême-Orient.



Illustration :
La naissance du Bouddha (temple de Yong Ju).



Thursday, May 26, 2011

Le libéralisme économique & la religion



Le bouddhisme, sa recherche de l'extinction de la personnalité et ses techniques de déconnexion de la vie (conçue comme une illusion), développe une indifférence qui peut faire le jeu du capitalisme libéral. En revanche, l'archevêque de Cambrai, Monseigneur Guerry, rappelle que l’Église défend une doctrine sociale qui rejette catégoriquement le libéralisme économique :

Le libéralisme économique ignore et viole les lois de la morale à plusieurs points de vue :

1° dans son but : pour lui, le but suprême de la vie économique est de produire toujours davantage pour réaliser la plus grande accumulation des richesses en vue d'un plus grand bien-être matériel.

Certes, la doctrine sociale de l’Église ne sous-estime pas la nécessité d'une productivité croissante pour assurer l'une des conditions du bien commun temporel. Mais elle enseigne qu'il existe une hiérarchie des valeurs. La valeur suprême ici-bas, ce n'est pas la vie économique, ni le bien-être matériel : c'est l'homme et tout doit être subordonné à la personne humaine, mis au service de sa destinée, tout, y compris la vie économique.

Il y a, au fond du libéralisme, toute une conception de l'homme et de l'économie sociale, qui est en contradiction avec la conception chrétienne.

2° dans les mobiles de l'activité économique : la règle suprême est, pour le libéralisme, l'intérêt personnel. Que chacun poursuive son intérêt personnel en toute liberté et l'intérêt général sera réalisé!

La doctrine sociale de l’Église admet la légitimité de l'intérêt personnel, du gain et de l'accroissement honnête des biens individuels et familiaux : elle y voit un stimulant de l'homme à accomplir son devoir, une condition du progrès économique, la rétribution d'un service rendu. Mais elle connaît l'homme, son égoïsme foncier, fruit du péché originel : elle sait que ses passions sont un obstacle à la claire vision et à la poursuite du bien commun. Elle enseigne que ce n'est pas par le simple jeu des libertés individuelles que ce bien commun sera assuré, mais qu'il y faut un effort de la conscience pour se soumettre à une loi morale, qui lui rappelle les exigences du bien commun, de la justice et de la charité.

3° dans la condition de la vie économique : le libéralisme réclame la liberté complète des producteurs et la libre concurrence pour la poursuite du profit maximum. Donc pas de groupements d'ordre économique et social, qui limiteraient ou gêneraient la liberté des individus : pas d'organisation professionnelle, ni de syndicats.

Conséquences : C'est la porte ouverte à tous les abus dans l'exploitation des travailleurs.

C'est le déchainement de l'individualisme dans les relations professionnelles et d'une lutte âpre, acharnée entre concurrents au mépris de toute justice et de toute charité.

C'est le primat du profit, l'ignorance systématique du bien commun, le renversement des valeurs humaines et de l'ordre voulu par Dieu.

Un tel comportement habituel engendre une obnubilation de la conscience, une durcissement des producteurs, esclaves du libéralisme, ils deviennent insensibles aux souffrances et aux misères des hommes.

C'est finalement une matérialisation et une paganisation de l'économie, à l'opposé de la conception chrétienne de l'économie sociale.

Le capitalisme libéral.

Toutes ces conséquences expliquent les jugements sévères et les condamnations des Souverains Pontifes sur le capitalisme.

Léon XIII - fin du XIX° siècle (1891) - C'est alors le régime de la libre-concurrence. La recherche du plus grand profit conduit le chef d'entreprise à réduire son prix de revient, et donc sur les conditions de travail de la main d'œuvre pour l'emporter sur ses concurrents.

Léon XIII dénonce dans l'Encyclique Rerum Novarum les bas salaires que les ouvriers « isolés et sans défense » doivent accepter et subir, « livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée ». Le Pape condamne aussi les abus dans le travail des femmes et des enfants : on les embauche de préférence parce qu'ils sont une main d'œuvre moins onéreuse. Le Pape dénonce enfin la durée excessive du travail et l'absence d'hygiène et de repos hebdomadaire.

Ce régime amoral, cause de tant de maux, Léon XIII le définit dans ce contraste saisissant : d'une part une concentration des richesses et des moyens de production dans les mains d'un petit nombre, d'autre part la multitude des prolétaires laissée dans l'indigence et subissant un joug presque servile.

Pie XI - Quarante ans après. Au régime libéral de la concurrence a succédé un régime super-capitaliste, « une véritable dictature économique », comme le Pape l'appelle dans l'Encyclique Quadragesimo Anno : c'est l'époque des ententes et coalitions, des cartels et des trusts. « Ce n'est plus seulement la concentration des richesses mais encore l'accumulation d' une énorme puissance, d'un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d'un petit nombre d'hommes qui, d'ordinaire, ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu'ils administrent à leur gré ».

Le Pape Pie XI, avec force, condamne les désordres économiques et sociaux d'un tel régime, son caractère inhumain. « Toute la vie économique est devenue horriblement dure, implacable, cruelle...» «Soif insatiable des richesses...» « endurcissement de la conscience ». Beaucoup « uniquement préoccupés d'accroître par tous les moyens leur fortune, ont mis leurs intérêts au-dessus de tout et ne se sont fait aucun scrupule, même des plus grands crimes », contre le prochain.

Or à quoi sont dus tous ces désordres ? à ce fait que la science économique a été séparée de la loi morale.

Sans doute, considéré en soi, abstraitement, ce régime capitaliste, déclare Pie XI, n'est pas intrinsèquement mauvais, mais en fait il a été vicié. « Il n'est pas à condamner en lui-même ». «Mais il y a violation de l'ordre quand le capital n'engage les ouvriers ou la classe des prolétaires qu'en vue d'exploiter à son gré et à son profit personnel l'industrie et le régime économique tout entier, sans tenir aucun compte ni de la dignité humaine des ouvriers, ni du caractère social de l'activité économique, ni même de la justice sociale et du bien commun. »

En 1937, dans l'Encyclique Divini Redemptoris, où il affirme que « le libéralisme a frayé la voie au communisme », Pie XI condense tout son enseignement de Quadragesimo Anno en ces mots : il a « montré les moyens de sauver le monde actuel de la misère dans laquelle le libéralisme amoral nous a plongés ». Il ajoute, en s'adressant aux patrons, qu'ils portent « le lourd héritage d'un régime économique injuste qui a exercé ses ravages durant plusieurs générations. »

Bien entendu, des adversaires de l’Église continueront à accuser l’Église de n'avoir jamais dénoncé le régime économique du capitalisme libéral et de s'être inféodée à lui. Les Papes se sont élevés avec indignation contre cette accusation qu'ils appellent une « calomnie ». Calomnie en effet, car les textes sont là, clairs, formels, indiscutables. Ce qui est vrai, hélas ! c'est que trop de chefs d'entreprise ont voulu les ignorer. Pie XI a condamné sévèrement cette attitude. […]

En résumé, la doctrine sociale de l’Église, jugeant le régime capitaliste par référence à la loi morale, le condamne non pas sans doute en lui-même d'une manière abstraite et intemporelle, puisqu'elle reconnaît la légitimité du salariat et du profit dès lors qu'ils respectent la justice, mais tel qu'il est en fait, organisé et pratiqué : car ce ne sont pas seulement des abus, des erreurs de particuliers qui sont visés, c'est « le système social » lui-même, là où il se fonde sur une conception de la propriété privée, qui s'oppose à la fin communautaire assignée par Dieu aux biens de la terre, méconnaît sa subordination au bien commun, condamne l'ouvrier « à une dépendance, à une servitude économique inconciliable avec ses droits de personne » et devient « un pouvoir dirigé vers l'exploitation du travail d'autrui ».

Mgr Guerry, « La doctrine sociale de l’Église », Bonne Presse, 1960.





Marx est mort, Jésus revient


La chute du mur de Berlin a marqué la fin de la lutte acharnée entre économie libérale et marxisme. Le capitalisme reste seul à prétendre apporter le bonheur aux hommes. Mais quel bonheur ? Celui des scandales financiers, des golden parachutes côtoyant la misère et la ruine ? Dans ce libéralisme débridé, où se trouve la place de l'homme ? Qui prendra sa défense ?

Le marxisme hors jeu, il est temps pour l'Eglise catholique de se souvenir qu'elle a développé une doctrine sociale. Aujourd'hui, face à la dictature de l'argent, elle peut et doit devenir une alternative crédible. Pour ne pas prendre parti entre libéralisme et marxisme, elle a préféré s'enfermer dans sa vocation spirituelle. L'heure est venue pour elle de s'engager sur le terrain économique et social de manière pratique et réaliste, pour rappeler à nos sociétés l'importance de la dignité humaine, de la justice sociale, de l'esprit de solidarité et de ce qu'elle nomme « l'option préférentielle pour les pauvres " et " la destination universelle des biens ». Surtout, il lui faut aller au-delà des mots, redevenir concrète, et montrer qu'un autre type de société peut exister. Pierre Deusy nous donne plusieurs exemples de ce que pourrait être cette action, ouvrant la voie vers ce qu'il appelle « l'alter-économie ». Un système qui ne soumette pas l'homme à de prétendues lois économiques, mais qui le respecte dans sa totalité et sa diversité.

 

Pierre Deusy est docteur en économie, il a passé plusieurs années comme fonctionnaire international à la Commission européenne de Bruxelles. Marx est mort, Jésus revient est son premier livre.


Illustrations :

Wednesday, May 25, 2011

La spiritualité des sixties



Une effervescence désordonnée

La croyance en un progrès matériel indéfini, le matérialisme athée devenu une foi, puis la faillite des Églises et la chute des idéologies ne pouvaient qu'engendrer une profonde crise morale, qui, pour certains, ne trouva d'issue que dans une quête spirituelle, vitale mais incohérente.

Des mouvements divers nés de cette demande, on ne peut dresser aujourd'hui qu'un inventaire provisoire, sans pouvoir tirer des conclusions qui seraient prématurées.

Retour aux sources

Ce « réveil » avait été préparé indirectement par les travaux des ethnologues qui avaient révélé aux Occidentaux les spiritualités archaïques encore vivantes. Quelques-uns d'entre eux en reçurent même les enseignements et les publièrent, à la suite du Dieu d'eau (1943), de M. Griaule. L'enquête, qui s'étendit de l'Afrique noire à l'Océanie et à l'Australie, eut, entre autres, pour conséquence la revalorisation de l'héritage traditionnel des Amérindiens dès 1932, avec la publication du témoignage d'un chef sioux visionnaire, Élan noir parle. En France, les multiples témoignages recueillis par la suite furent l'objet de la collection «Terre humaine », fondée en 1955 par Jean Malaurie et inaugurée par la publication de Tristes Tropiques de C. Lévi-Strauss. En outre, les travaux de synthèse des comparatistes religieux démontraient que le sens du sacré était un élément constant et irréductible de la conscience humaine. L'histoire comparée des religions fut particulièrement illustrée par le Roumain Mircea Eliade (1907-1986), qui enseigna à Paris, puis à Chicago de 1958 à sa mort. Ayant pratiqué le yoga dans l'Himalaya avec Shivânanda, il publia sur ce sujet en 1936 une étude qui eut un grand retentissement, comme celle qu'en 1951 il consacra au chamanisme.

Mystique et contestation

L'absurdité de l'interminable seconde guerre du Viêt Nam, qui mobilisa une grande partie de la jeunesse américaine, entraîna chez celle-ci une réaction qui, à partir de 1966, prit la forme d'un raz de marée. Le mouvement hippie naquit dans les communautés qui se formèrent en Californie et devint une révolte contre l'« american way of life ». Les hippies entendaient mener une vie simple, dépouillée, en contact étroit avec la nature, une vie, en somme, édénique, ce que proclamait l'un de leurs slogans : Paradise now. Bientôt les hippies eurent leurs inspirateurs, les poètes de la Beat Generation, comme Jack Kerouak et Allen Ginsberg, leurs gourous, les universitaires Allan Watts, Timothy Leary et Richard Alpert, et leurs grandes fêtes collectives, dont la plus importante, à Woodstock en 1969, rassembla 400 000 participants. On a pu parler d'une mystique hippie qui se recommandait de Jésus «superstar», mais surtout du bouddhisme zen et tantrique, de Gandhi et de Sri Aurobindo. Mais les moyens employés pour «voir Dieu en face» étaient les drogues dites d'« expansion de la conscience » expérimentées par Leary et Alpert, qui s'en firent les propagandistes. De leur démarche devait s'inspirer plus tard Carlos Castañeda, dont les nombreux ouvrages relatent son expérience du peyotl guidée par un mystérieux sorcier yaqui. La révolte de la jeunesse américaine contre la société de consommation eut son écho dans tout l'Occident, en particulier lors de la crise de mai 68, qui, en Europe, prit très vite un aspect politique. Mais une des conséquences de ce mouvement fut l'afflux des jeunes allant en pèlerinage à la recherche de gourous, en Asie et particulièrement en Inde. Richard Alpert leur avait montré l'exemple. Professeur à l'université Harvard, il partit pour l'Inde en 1967, y rencontra un maître et revint aux États-Unis, où, sous le nom de Ram Dass (serviteur de Dieu), il fonda la Seva (« service », en sanskrit) Foundation, qui apporte une aide désintéressée à tous ceux qui en ont besoin dans le monde entier.

Les sectes

Cette impulsion, en soi féconde, vers la spiritualité donna naissance à un marché, celui d'un soi-disant ésotérisme initiatique, alimenté par la crédulité, sous-produit de la croyance, qui fut très vite exploité. On vit reparaître le vieux fonds occultiste, dûment modernisé, qui mêlait allègrement extra-terrestres et pouvoirs supranormaux aux « secrets » des Templiers ou de la Rose-Croix. Cela eût été sans conséquence grave s'il n'y avait eu les sectes, qui, inspirées du même esprit, se mirent à proliférer. Le mot « secte », qui vient du latin sequi « suivre », mais contaminé par sectio, de secare, «couper », n'a pris que récemment le sens de société secrète se réclamant d'une pensée religieuse ou mystique, étrangère aux grandes religions constituées, et exerçant sur ses adeptes une pression psychologique irrésistible. En vue de se protéger contre les intrusions des autorités, les sectes se donnent comme des mouvements religieux minoritaires et persécutés. Bien qu'elles semblent aujourd'hui déjà sur le déclin - par suite du choc provoqué par les informations concernant les suicides ou meurtres collectifs -, on en compterait actuellement en France 172, avec quelque 300 000 adeptes. Certaines sectes n'eurent qu'une existence éphémère, ainsi l'ashram fondé à Poona par Bhagwan Shree Rajneesh (1931-1990), qui attira des milliers d'Occidentaux. Mais, épris de puissance et devenu colossalement riche, Rajneesh fonda en 1981 en Oregon Rajneeshpuram (la ville de Rajneesh), et son insatiable ambition entraîna sa perte. Mais d'autres, véritables « multinationales », en place depuis longtemps, sont très puissantes, même sur le plan financier. Fondée aux États-Unis par Ron Hubbard, l’Église de la scientologie s'étendrait sur 107 pays et compterait de 8 à 11 millions d'adhérents. Presque aussi riche et aussi puissante est l’Église de l'unification du Coréen Sun Myung Moon. Certaines, d'ailleurs moins dangereuses, se présentent comme un rappel des traditions oubliées, ainsi l'Association internationale pour la conscience de Krishna, de Swâmi Prabhuna, ou modernisées, comme la Méditation transcendantale, répandue dès 1957 en Occident par Mahârishi Mahêsh Yogi. On n'en finirait plus de citer les sectes placées « sous haute surveillance » qui se proclament «ordre souverain », comme autrefois les Templiers et aujourd'hui le respectable ordre de Malte : ordre rénové du Temple, ordre du Temple solaire, ordre du Temple initiatique, Chevaliers du Lotus d'or (le Mandarum)... En principe surveillées, en tous cas repérées, celles-ci sont moins dangereuses que celles qui prolifèrent à l'ombre et qui ne se révèlent que lorsque le scandale éclate. On peut cependant considérer que ce ne sont là que les dérives d'un courant de recherche active qui redécouvre la spiritualité à travers les œuvres des grands mystiques, aujourd'hui republiées, mais aussi grâce à des maîtres spirituels dûment investis et appartenant à des traditions toujours intactes après avoir traversé les siècles.

Jacques Brosse

Les maîtres spirituels

Des religions antiques à l'enseignement bouddhiste, de la naissance de l'islam au monachisme chrétien, des mystiques hindous aux penseurs indépendants comme Boulgakov, Gurdjieff et Simone Weil, Jacques Brosse présente ici la grande fresque de l'aventure spirituelle de l'humanité à travers ses maîtres et ses écoles. L'auteur, dont l'œuvre a été couronnée par le Grand Prix de l'Académie française en 1987, est à la fois philosophe, maître zen, naturaliste et spécialiste des traditions spirituelles d'Orient et d'Occident. II offre au public la quintessence de son savoir dans ces cent vingt-cinq chapitres allant à l'essentiel, Mystiques et " accoucheurs d'âmes " de tous lieux et de toutes époques sont réunis dans cette synthèse encyclopédique.





Télécharger gratuitement DIEU D'EAU, entretiens avec Ogotemmêli, de Marcel Griaule :



Source :

La collection "Les classiques des sciences sociales" dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.





DIEU D'EAU

Entretiens avec Ogotemmêli

T A B L E  D E S  M A T I È R E S



Ogotemmêli.
La première parole et la jupe de fibres.
La seconde parole et le tissage.
La troisième parole et le grenier de terre pure.
La troisième parole et le classement des choses.
La troisième parole, la descente du grenier de terre pure et la mort.
La troisième parole et le vomisse­ment du système du monde.
La troisième parole et les travaux de rédemption.
La troisième parole et les tambours.
Le verbe et le métier à tisser.
Le verbe et les travaux des champs.
Le verbe, la parure et l’amour.
La Forge. La Poterie.
La grande maison de famille.
Le Sanctuaire.
Le Sanctuaire et les peintures de façade.
Le Sanctuaire et les peintures de façade (suite).
Le culte du Lébé.
Le culte des Binou.
Le Sacrifice.
La parole fécondante.
Le sang des femmes.
Le sang des femmes et le bat­tage de Digitaria.
La double âme et la circonci­sion.
Les autels personnels.
Invention de la mort.
Le culte des morts, les boissons fermentées. 
Les morts vivants.
La danse.
Le culte du feu.
Les jumeaux et le commerce.
Les jumeaux et le commerce (suite).
Les signes du Zodiaque.
Adieu à Ogotemmêli.