Monday, May 31, 2010

L'autorité et la liberté


par Joël Labruyère

L’autorité est l’agent le plus destructeur sur cette planète. L’autorité est destructrice. L’autorité politique, scientifique, religieuse, économique, etc. L'autorité politique est destructrice car elle oriente les choix funestes des masses dont elle stimule les instincts. La masse, dont nous faisons partie, est soumise aveuglément aux autorités. Elle y trouve la sécurité. Nous acceptons d'être coiffés par des autorités parce cela nous déresponsabilise. Imaginez un instant que vous êtes entièrement responsable individuellement de tout ce qui arrive. Cela devrait vous faire bondir hors de votre passivité car vous disposeriez d'une énorme énergie, d'une volonté neuve et d'une grande vivacité. Mais puisqu'il y a des docteurs, des savants et des sauveurs, à quoi bon se fatiguer?

Les autorités terrestres ne sont pas reliées à la sagesse universelle, mais elles sont mues par l’instinct de conservation de leurs privilèges et de leurs statuts - par cynisme ou par ignorance.
Les autorités contrôlent la conscience des masses, lesquelles en retour, font pression sur les autorités pour qu’elles donnent satisfaction à leurs instincts basiques – du pain et des jeux.
La politique mondiale est fondée sur ce mécanisme depuis le début de la période historique.
Les autorités accompagnent l’instinct des masses qui est uniquement tourné vers la sécurité matérielle à court terme. La politique est donc assez simple : il suffit de chevaucher le dragon des masses humaines en comblant son désir de sécurité et de distraction.
Dans une civilisation matérialiste, la connivence entre l’autorité et la masse devient particulièrement destructrice car il n’y a pas de borne à la double avidité en présence. La prise en compte de la nature et des règnes vivants n'a pas sa place.
L’élite veut des privilèges et plus de pouvoir, et la masse ne désire que la sécurité physique agrémentée d’espérance en des jours meilleurs. L’élite dispense alors généreusement des promesses de verts pâturages, tandis que le troupeau qui se sent bien gardé, ronronne de satisfaction.
Il y a un consensus qui interdit aux deux forces de se réfréner mutuellement puisqu’il n’y a plus d’élément équilibrant quand l’illusion du progrès physique est la seule norme.

La troisième force, l’autorité ancienne de l’Eglise, est désormais inféodée à la préservation des privilèges de l’élite économique, ou bien, elle se noie dans la démagogie humanitaire, sociale, matérialiste. Dans les deux cas, l’église sert le système élite/masse, en s’identifiant à l’un ou l’autre, incapable de s’affirmer comme une force morale autonome.
Quoiqu’il en soit, l’autorité des églises, lorsqu’elle ne rencontre pas de résistance, est dévastatrice pour la conscience emprisonnée dans un carcan de croyances conventionnelles qui n'aident pas à vivre ni même à bien mourir.

L’autorité emprisonne tous les êtres, depuis les classes non cultivées jusqu’à l’élite intellectuelle qui est incapable de penser hors du cadre de ses références culturelles. Un cadre de l'élite, arrogant et bourré de connaissances, demeure un ignorant.
Or, pour penser comme un être vraiment libre, il faut d’abord être libre de toute autorité, de toute tradition, de tout système idéologique ou économique. Il faudrait en outre, être intérieurement affranchi par rapport à notre propre pensée mécanique, répétitive, obsédante, radoteuse, maniaque, bornée, peureuse, etc. – ce mental auquel nous sommes inexorablement soumis, et qui nous rend fou à quelques nuances près. Car l’autorité ne nous atteint que parce que nous la laissons nous séduire à l’intérieur de notre conscience.
Refuser l’autorité de l’élite, dans la mesure où nous sommes capables de la voir en face, ne suffit pas. Il faut être conscient du mal que l’autorité opère en nous-mêmes, à travers notre système de pensée et de croyance, c’est à dire notre structure psychique entière.

Le dissident spirituel qui veut échapper intérieurement aux autorités destructrices qui mènent le monde ne doit pas faire de concession.
Il ne devrait pas tenter de faire le tri entre les mauvaises autorités - dont il constate l’influence négative sur sa vie et la nature entière - et de supposées autorités acceptables, qui apparaissent comme un moindre mal.
Il faut écarter résolument toute autorité - sauf celle de celui qui exerce ses compétences dans la vie quotidienne, et qui le démontre par ses actes.

L’autorité la plus pernicieuse est évidemment celle qui se dissimule en nous-mêmes en tant que principe égotique, le moi qui impose sa loi tyrannique à l'âme. Le moi est le roi Hérode qui extermine nos pures intuitions spirituelles - les nouveaux nés de notre conscience.
Si l’on observe le fonctionnement de notre moi, on voit que le centre de l’ego auquel on est identifié lorsqu’on dit “moi, je”, est un ensemble de données provenant des autorités extérieures.
La marge de liberté de penser est limitée puisqu’on repousse une idée conformiste pour mieux adopter la position opposée, laquelle provient inévitablement d’une autre autorité.
La caricature de ce processus réside dans la démarche politique: on rejette les idées de droite, et on bascule à gauche, ou vice-versa. Mais l’être est-il de droite ou de gauche ?
Lorsque je m’engage d’un côté, je démontre seulement que je suis conditionné, renvoyé d’un bord à l’autre comme une boule de flipper.

La pensée

Notre pensée peut-elle se soustraire aux autorités ? Peut-on penser librement sans s’appuyer sur l’autorité de quelqu’un d’autre ?
C’est une question délicate, puisqu’on est entièrement plongé dans les conditionnements, et que d’autre part, on ne pourrait pas vivre dans le vide psychique. Il faut emmagasiner des informations pour les transmuter en conscience, mais on absorbe ainsi des éléments inassimilables qui fermentent dans le subconscient.
Celui qui voudrait tout rejeter, se trouverait dans une situation intenable, et c’est d’ailleurs pourquoi personne ne s’y risque, car dans le vide, le pire peut survenir.
Il faut donc procéder à un déconditionnement intelligent.
On a vu des candidats à la grande libération rejeter les livres, l'information et les sources de culture ou de distraction, dans l’ardeur d’un moment d’aspiration. Mais, il faut bien s’intéresser à quelque chose, et occuper notre esprit et nos mains - à moins de passer nos journées en promenade dans de beaux paysages. (Ce serait la meilleure façon de vivre, marcher sans se retourner, sans souci; en chantant des hymnes de notre composition avec pour horizon les collines bleues. Partir éternellement…)
Mais il faut s’occuper. Alors, occupons nous de choses libératrices pour notre individualité.
Ce qui est libérateur c’est d’abord de rejeter l’autorité des maîtres qui guident une civilisation allant à la destruction.
Il faut se défaire des idées inutiles que le monde nous impose par l’éducation forcée, la désinformation ou de manière subtile par la propagande spirituelle.
Toutes nos idées et croyances proviennent des autorités et celles-ci suivent un plan au service de leur buts. On nous matraque à l’école ou bien par télépathie à partir de centres secrets. Constatant que ces idées sont diffusées pour guider les masses dans une direction afin de mettre en place un type de société totalitaire, il faut opérer un rejet de toutes ces idées et croyances.
La méthode de déconditionnement préliminaire est simple: tout ce dont le système tente de nous convaincre en terme de valeurs, éthique, morale et de comportements, doit être écarté.
Ce n’est pas facile, car nous sommes sensibles aux idées d'apparence généreuse, oubliant que l’enfer est pavé de bonnes intentions. L'espoir n'est pas interdit et il est bon de rêver un peu, mais l’usage que les élites font des idées généreuses pour nous contrôler est ignoble. Il faut s’en détourner sans culpabilité car tout ce qu’on nous impose à travers la culture de masse - que cela soit agréable ou déplaisant - participe d’un programme de conditionnement collectif.

Nous avons déjà utilisé l’image de la corbeille de l’ordinateur où d’un seul clic on envoie tout le fatras culturel à la poubelle. Mais hélas, l’hydre pousse vers nous de nouvelles tentacules séduisantes, et nous nous laissons posséder par une séduction médiatique ou une bonne cause. On nous envoûte chaque jour avec mille inepties.
Pour se protéger, il faut “mettre un gardien à la porte de notre pensée”.

Depuis le début du cycle actuel - après la chute de l'Atlantide - le problème de l'humanité réside dans son manque de contrôle du pouvoir mental.
Nous ne maîtrisons pas notre pensée et c'est pourquoi nous ne maîtrisons pas grand chose.
La pensée tourne à l’intérieur du moulin de notre conscience et elle mouline tout ce qui se présente. Tout y passe, sans répit. C’est un labeur incessant et épuisant. Il faut transmuter un million de stimulations mentales dont on nous bombarde continuellement. D’autre part, notre mise sous contrôle dépend aussi d'un conditionnement subliminal. Depuis des siècles, à partir de centres occultes secrets (comme ceux de l'Himalaya), des initiés nous envoient des signaux télépathiques pour orienter notre pensée et nos comportements.
(Voir ce phénomène d’emprise dans « Les contes de fée du Tibet » http://bouddhanar-2.blogspot.com/2010/04/les-contes-de-fee-du-tibet-par-joel.html )
Il faut aussi citer, parmi d'autres facteurs, l’influence des dogmes des églises. Ces dogmes sont des implants de contre vérités sur l'origine de l'homme et la création. De cette désinformation est issu le matérialisme.
Quant à elle, la « loge orientale » s’est livrée depuis des siècles à la diffusion télépathique des idées délétères qui structurent la civilisation décadente de l'âge noir.
La façade de sagesse orientale est un leurre car ces initiés mènent en réalité une guerre de conquête. Pour avancer en douceur, les puissances impérialistes occultes prennent le masque de la religion. L’église catholique a investi le champ historique par le côté physique - la conquête par le goupillon a remplacé le glaive de la Rome impériale. L'orient a avancé plus subtilement par la suggestion mentale dynamisée magiquement dans ses usines monastères du toit du monde.
Les deux courants magiques jumeaux ont fini par se rencontrer quand le temps fut venu de s'allier contre les démons du matérialisme.
Le contrat entre la loge d’Orient et l’Occident s’est symboliquement opéré par la poignée de mains entre le pape Jean-Paul II et le Dalaï-lama – qui sont des représentants médiatiques ayant fonction de dissimuler la nature de l'autorité secrète qui est à l’arrière plan des égrégores spirituels de l’Est et de l’Ouest.
Il ne s’agit pas de juger ces personnages, sans doute sincères, quoique le discours bien pensant du lama tibétain soit plein de démagogie, d'un sophisme fort éloigné du Bouddhisme originel.
Quant à l’infatigable marathonien Jean-Paul II, ses pérégrinations autour de la planète doivent être comprises comme une opération de séduction médiatique (censément magique) présentant plusieurs niveaux de rentabilité – dont la mise en scène d’une sorte de chant du cygne de l’Eglise, en préparation de la religion mondiale qui devra succéder à l’effacement programmé du christianisme de l’église de Pierre.
Le Christianisme spirituel de l’église de Jean demeurera jusqu’à la fin du cycle planétaire en cours, selon la parole que Jésus dit à Pierre : “ Que t’importe si celui-ci (désignant l’apôtre Jean) reste avec moi jusqu’à l’accomplissement ”.
Rappelons également, sans insister car c’est un sujet qu'il est interdit de comprendre, que l’influence du judaïsme est déterminante, en tant qu’institution tenant la “ table des changeurs dans le temple ”. Il n’est pas péjoratif de dire que les maîtres du peuple juif (dont le chef est l'immortel Ahasverus) ont la situation bien en mains, et que ce qui est un âge noir pour la planète serait un âge d’or pour le Judaïsme dont l’apparition historique, il y a 5 000 ans, cadrait avec le début de l’âge noir.


***
Soupçon de végétarisme

L’Omnium des Libertés (fondé par Louis Pauwels et Joël Labruyère en 1996) est une association loi 1901 qui défend les individus victimes de discrimination en raison de leurs choix spirituels.

L’Omnium soutient l’entreprise Terre du Ciel, une sarl spécialisée dans le commerce de la spiritualité, suspectée de travail dissimulé. Au début du mois de janvier 2010, le siège social de
Terre du Ciel
est investi par les forces de l’ordre. Voici les faits tels que le responsable,
Alain Chevillat,
les rapportent :

Jeudi 7 janvier à 8h45, 3 voitures déboulaient à toute allure dans la cour d’honneur du Domaine de Chardenoux, siège de terre du ciel – avant de repartir vers les bureaux.

À 9h précise, une vingtaine d’hommes intimaient au personnel l’ordre de ne plus toucher à rien – ni papier, ni ordinateur, ni téléphone – tandis que 2 fourgons bleus de la gendarmerie se positionnaient devant les 2 entrées du Domaine, et qu’en descendaient des hommes armés, en treillis d’opération militaire : défense d’entrer et de sortir. C’était une perquisition.

Il y avait là des hommes et femmes de la brigade de recherche, brigade financière, Urssaf, inspection du travail – avec un spécialiste de l’informatique et – ce qu’on découvrira à la fin – un médiateur psychologue. L’ambiance fut celle d’une véritable opération militaire qui mit tout le monde en situation d’hors-la-loi et créa une ambiance de culpabilité traumatisant l’ensemble du personnel pour plusieurs jours. La perquisition dura de 9h à 18h sans interruption. La moindre pièce et le moindre placard furent visités et fouillés. Des cartons de dossiers furent mis sous scellés et emportés, tous les ordinateurs – (sauf un sauvé in extremis) – soit 16 appareils – furent débranchés et emportés, ainsi que le serveur central, les sauvegardes, les disques durs annexes et tous les logiciels.

Alain Chevillat reconnaît quelques maladresses de gestion. Comme toute entreprise, nous avons fait des erreurs. Nous avons eu ces dernières années deux contrôles Urssaf, dont le dernier date d'avril, et une visite de l'inspection du travail. À chaque fois, nous avons régularisé ce qui n'allait pas. Peut-être nous reproche-t-on d'avoir rémunéré des Indiens venus faire des interventions et qui ne disposaient que d'un visa de tourisme ? (1) Mais cela vaut-il un tel déploiement de force ?

Les gendarmes ont posé des questions étranges au personnel de Terre du Ciel :
Est-ce qu’on vous oblige à porter un uniforme ?
Est-ce qu’on vous oblige à faire de la gymnastique ?
Les repas sont-ils végétariens ?

En France, les enquêteurs considèrent-ils le végétarisme comme un indice de délinquance ?

La « végéphobie » était le thème de la conférence/débat de la Veggie Pride 2010 qui s'est déroulée à Lyon le samedi 15 mai 2010.



(1) Les lamas tibétains venus de Dharamsala pour animer des retraites payantes en France possèdent-ils tous des visas de travail ?

Friday, May 28, 2010

L’éveil pour les paresseux


Dans un monde où règnent l’activisme et la fébrilité, la voie de la fainéantise spirituelle ne manque pas de susciter la méfiance de tous ceux qui sont persuadés que l’éveil s’obtient au terme d’enseignements alambiqués et de pratiques mystérieuses.

Le domaine de l’esprit est accaparé par des professionnels qui en font leur gagne pain. Des prêtres, des philosophes, des scientifiques, des gourous défendent des croyances, des théories, des méthodes spirituelles qui promettent à leurs adeptes besogneux le bonheur, le paradis, des extases agrémentées d’ondes alpha et, cerise sur le gâteau, des pouvoirs paranormaux. En revanche, le paresseux refuse de travailler à un progrès spirituel douteux. L’amélioration spirituelle est souvent invoquée par de prétendus maîtres plus soucieux de manipulation mentale que de libération.

Le spiritualiste oisif a l’intuition qu’il n’y a rien à acquérir ou à maîtriser. Comme Alexandre le bienheureux, le fainéant accompli d’un film de Yves Robert, il prend le temps de savourer la vie. La silencieuse onde de vie est dans chaque être. Cet insondable silence passe inaperçu aussi longtemps que se fait entendre le besoin d’obtenir un état de conscience supérieur, la libération, la sainteté... Toutefois, quand l’esprit n’est plus soumis à un incessant labeur et à de nombreuses attentes spirituelles, cette présence se manifeste naturellement.

Du Non-agir des taoïstes au « reste tranquille » de Ramana Maharshi en passant par la docte ignorance des mystiques rhénans, il est admis qu’il n’y a rien à acquérir. Mais l’éloge de la paresse spirituelle peut sembler un peu désuète ou trop orientale.

En 2010, le vieux conseil de Lin Tsi (maître Chan du 10ème siècle), « Que l’homme se garde bien de faire », est réactualisé avec des mots simples et vrais par un auteur qui ne revendique pas une appartenance à une confrérie de grands initiés ou à un mouvement spirituel formel. Dans son livre, « L’éveil pour les paresseux », Franck Terreaux communique son expérience de la reconnaissance de l’esprit et de l’attention non attentive :

Généralement, le matin, après m’être levé et avoir pris une tasse de café, je m’accorde souvent quelques minutes à rester là sans rien faire. J’affectionne particulièrement ce moment car il se trouve encore embaumé par l’état de sommeil vécu précédemment.
- Tu veux dire que tu médites ?
- Non, pas du tout. Je suis bien trop paresseux pour ça. Je suis simplement là, affalé dans un fauteuil, je ne fais rien, sans pour autant m’obliger à ne rien faire. Il s’agit d’une non-intervention non dictée par la volonté de ne pas intervenir. Je suis là, c’est tout. Tu parles de méditer, mais méditer serait entreprendre quelque chose, trouver la paix, en examinant ce qui se passe en moi comme à l’extérieur, faire le vide où je ne sais quoi. Ce dont je te parle est « juste avant » que l’idée de méditer surgisse, c’est beaucoup plus simple, c’est le simple fait d’être là, c’est tout.
- Donc, si j’ai bien compris, tu restes là à rêvasser ?
- Même pas, c’est seulement un bain de présence. Cette présence provenant essentiellement du sommeil dont l’état de veille m’a tiré, son parfum est encore là, c’est comme lorsque tu as passé un long moment dans le froid et que même si tu as regagné le chaud, le froid met un certain temps à disparaître.
- Mais dans ces moments-là, aucune pensée ne t’absorbe ?
- Pour qu’elle m’absorbe, il faudrait que j’y trouve un quelconque intérêt, alors que c’est cette présence qui, elle, est intéressante. Et même si une pensée se présentait, eh bien elle se présenterait et j’ai presque envie de te dire : et alors ? D’ailleurs je n’observe même pas le contenu de la pensée car cela « me » ferait quitter inexorablement le bonheur que j’éprouve d’être tout simplement là, à ne vraiment rien faire, à ne rien être. Ce dont je te parle est si simple qu'on ne peut que le vivre et non l’imaginer.

L’expérience de Franck Terreaux permet de constater que la nature de l’esprit (l’esprit originel ou la nature de Bouddha) n’est dissimulée que par sa simplicité. Une déconcertante simplicité pour les personne qui sont aveuglées par des opinions, des dogmes, des manipulations en matière de spiritualité.

Tuesday, May 25, 2010

Le Saint Empire Euro Germanique


La fin d’une civilisation ou le crépuscule du Kali Yuga s'accompagne de profonds dysfonctionnements du pouvoir temporel et de l’autorité spirituelle. Chacun peut constater que les passions et l’avidité des puissants et des prélats se répandent et contaminent les populations qui n’ont plus de repaires moraux.

Partout, la recherche du lucre est devenue une obsession. D’ailleurs, la cupidité est considérée comme un signe de la fin des temps. « Suivant al-Barzanjî, cela surviendra quand les hommes qui, par souci d’honnêteté, accepteront de rester pauvres, se verront quasiment contraints, y compris par leurs propres familles, de s’enrichir par des moyens malhonnêtes, d’où la nécessité de la fuite. » Selon un autre hadîth : « Viendra un temps où l’homme de religion ne pourra la préserver qu’en fuyant de montagne en montagne ou d’une cachette à l’autre, tel le renard qui fuit pour préserver ses petits. »

La fuite semble inévitable devant la fin de la démocratie et l’avènement d’un pouvoir malfaisant « qui serait, précise René Guénon dès 1945, comme la contrepartie, mais aussi par là même la contrefaçon, d’une conception traditionnelle telle que celle du « Saint-Empire »…

Le complot contre l’euro a donné le leadership aux allemands qui imposent désormais aux pays européens une nouvelle culture de stabilité (Stabilitätkultur) prétextant sauver l’euro. Par « nouvelle », il faut entendre « allemande » comme l’a dit la chancelière Angela Merkel devant le Bundestag : « Notre culture de stabilité a plus que fait ses preuves. […] Les règles ne doivent pas s’orienter sur les plus faibles, mais sur les plus forts. » Ce leadership allemand et son idéologie de la puissance fait dire à Jean Quatremer, envoyé spécial à Berlin du journal Libération : « Merkel rêve du saint empire euro germanique ».

Coïncidence, pratiquement au même moment, le film primé au festival de cannes 2010 « Oncle Boonmee », du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, est assez emblématique du spiritualisme mâtiné de surnaturel qui sera imposé par le nouveau féodalisme au sommet duquel siégera le monarque universel, le Chakravartî (littéralement « celui qui fait tourner la roue » du Dharma). Or, toujours selon René Guénon, ce Chakravartî sera « un Chakravartî à rebours » qui imposera sa « contre-tradition », c’est-à-dire une impitoyable tyrannie accompagnée d’un spiritualisme frelaté.

« Ce règne de la « contre-tradition » est en effet, très exactement, ce qui est désigné comme le « règne de l’Antéchrist » : celui-ci, quelque idée qu’on s’en fasse d’ailleurs, est en tout cas ce qui concentrera et synthétisera en soi, pour cette œuvre finale, toutes les puissances de la « contre-initiation », qu’on le conçoive comme un individu ou comme une collectivité ; ce peut même, en un certain sens, être à la fois l’un et l’autre, car il devra y avoir une collectivité qui sera comme l’« extériorisation » de l’organisation « contre-initiatique » elle-même apparaissant enfin au jour, et aussi un personnage qui, placé à la tête de cette collectivité, sera l’expression la plus complète et comme l’« incarnation » même de ce qu’elle représentera, ne serait-ce qu’à titre de « support de toutes les influences maléfiques que, après les avoir concentrées en lui-même, il devra projeter sur le monde. Ce sera évidemment un « imposteur » (c’est le sens du mot dajjâl par lequel on le désigne habituellement en arabe), puisque son règne ne sera pas autre chose que la « grande parodie » par excellence, l’imitation caricaturale et « satanique » de tout ce qui est vraiment traditionnel et spirituel ; mais pourtant il sera fait de telle sorte, si l’on peut dire, qu’il lui serait véritablement impossible de ne pas jouer ce rôle. Ce ne sera certes plus le « règne de la quantité », qui n’était en somme que l’aboutissement de l’« anti-tradition » ; ce sera au contraire, sous le prétexte d’une fausse « restauration spirituelle », une sorte de réintroduction de la qualité en toutes choses, mais d’une qualité prise au rebours de sa valeur légitime et normale ; après l’« égalitarisme » de nos jours, il y aura de nouveau une hiérarchie affirmée visiblement, mais une hiérarchie inversée, c’est-à-dire proprement une « contre-hiérarchie », dont le sommet sera occupé par l’être qui, en réalité, touchera de plus près que tout autre au fond même des « abîmes infernaux ».

René Guénon, « Le règne de la quantité et les signes des temps »


Thursday, May 20, 2010

Apollonius de Tyane


De nos jours, beaucoup de personnes parlent brillamment de spiritualité. Mais leurs beaux discours sont souvent démentis par leurs habitudes alimentaires.

Par exemple, Laura Knight-Jadczyk, auteur de « l’Histoire Secrète de l’Humanité », a consacré sa vie à la recherche de la véritable science spirituelle et à la dénonciation des mensonges qui aliènent l’humanité depuis l’aube des temps. Malheureusement, le programme de détoxication de Laura Knight-Jadczyk (1) préconise de manger à peu près selon les lignes du Régime Méditerranéen – beaucoup de légumes frais, du poisson, de la viande et de l’huile d’olive. Etre complice de la tuerie des animaux et consommer leur chair est-il l’indice d’un « ratage » spirituel ?

Jacqueline Bousquet, une scientifique de premier ordre, est convaincue que l’expérience spirituelle authentique ne s’accorde pas avec un régime alimentaire carnivore :

« Le carnivorisme a très fortement contribué à ce que l’humanité est en train de vivre. Car, non seulement l’alimentation carnée est toxique au niveau physique (l’être humain n’étant pas physiologiquement prévu pour manger des cadavres qui génèrent diverses toxines telles que ptomaïnes, cadavérines, putrescines urates, etc., au cours de la digestion) mais elle induit aussi une insidieuse pollution psychique, mentale et spirituelle et, bien sûr, par extension, écologique. Nous sommes tous, collectivement et individuellement, co-responsables de l’état du monde (guerres, conflits, meurtres, saccages, massacres, mensonges, violences, pollutions, etc.)… qui sont l’expression, la densification de nos pensées et émotions, la matière étant de l’énergie condensée (toujours porteuse d’information). (2)

Les arguments de Jacqueline Bousquet renouent avec la sagesse de Pythagore, né à Samos entre 582 et 570 avant J.-C., qui disait : « Tant que l’homme continuera à être le destructeur impitoyable des êtres animés des plans « inférieurs », il ne connaîtra ni la santé ni la paix. Tant que les hommes massacreront les bêtes, ils s’entre-tueront. Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut, en effet, récolter la joie et l’amour ».

La vie exemplaire d’Apollonius de Tyane, un autre sage végétarien de l’Antiquité rattaché à la tradition pythagoricienne, peut nous aider à reconnaître un véritable spiritualiste d’un illusionné qui prétend être parvenu au déconditionnement ultime alors que, sous l’emprise de la gourmandise, il est incapable de renoncer à des habitudes alimentaires mortifères.

Apollonius de Tyane était plus qu’un sage végétarien. Il était épris de justice sociale et ne redoutait pas les despotes de son temps. « Dans ce monde, écrit le Docteur Bernard, il n’y eut pas d’homme révolutionnaire plus courageux et plus humanitaire qui vînt pour libérer la race humaine de la souffrance. Seul et sans aucune aide, il défia les tyrans les plus sanguinaires qui aient jamais siégé sur le trône de Rome : Néron et son successeur encore plus terrible, Domitien. Apollonius voyagea sans crainte d’une extrémité de l’empire romain à l’autre, incitant à des révolutions contre ces despotes, et établissant des communautés de caractère communiste parmi ses disciples… »

La biographie du docteur R. W. Bernard,« Apollonios le Nazaréen », écrite en 1964, révèle l’une des plus importantes conspirations de l’histoire. Révélation qui permet de mieux comprendre les ambitions temporelles de l’Eglise et les atrocités commises en son nom :

« Pendant plus de seize siècles, l'Église Chrétienne a prêché sa religion aux gens de la Terre. Par contre, lorsque nous considérons les événements horribles qui se sont produits parmi les peuples chrétiens pendant le récent holocauste mondial, causant la mort d'une portion considérable de la population humaine, nous devons conclure qu'il y a quelque chose de radicalement faux avec une religion qui, après avoir été prêchée et pratiquée pendant un si grand nombre de siècles, mena ses fidèles à un état aussi terrifiant, impliquant la conversion de cette planète en vaste abattoir, teinté de sang humain, résultant en un grand nombre de meurtres de Chrétiens d'une nation par leur confrères chrétiens d'une autre, chacun étant poussé et béni par leurs prêtres respectifs.

« Ajoutons qu'un tel état a prédominé dans le Christianisme depuis son origine, organisé et établi en l'an 325 après J.-C. par les ecclésiastes païens romains convoqués au Conseil de Nice. Ce Conseil fut présidé par l'archi-meurtrier Constantin, Empereur de Rome, qui avec sang-froid, avait assassiné une douzaine de ses proches parents incluant sa propre femme.

« De plus, l'histoire du Christianisme n'a pas été plus honorable que son origine; car depuis que Constantin l'établit comme la religion officielle de Rome, elle a été responsable pour la mort de plus de cinquante millions de gens innocents, sous le chef d'accusation qu'ils étaient des "hérétiques," puisqu'ils ont refusé d'accepter les dogmes déraisonnables de l'église - incluant environ trois millions de femmes qui ont été brûlées vivantes comme "sorcières" dans les temps relativement récents par des hommes qui se désignaient des prêtres de la religion chrétienne. […]

« Une des escroqueries et des déceptions les plus colossales dans les annales de l'histoire fut perpétrée en l'an 325 A.D. C'était la date du Conseil de Nice qui avait comme tâche de créer une nouvelle religion qui serait acceptable à l'empereur Constantin qui, en ce temps-là, était engagé dans la persécution sanglante des communistes et des pacifistes connus sous le nom de Chrétiens. Pendant la période du massacre inhumain de ces gens méprisés sans défense, ce qui motiva Constantin à soudainement prendre contrôle de leur religion et devenir son protagoniste le plus loyal est une des énigmes de l'histoire qui n'a jamais été élucidé. Sur ce point Réville, un apologiste Catholique, écrit :

« Le triomphe reconnu du Christianisme pendant le règne de Constantin a toujours été considéré une des révolutions inexplicables et une de ces surprises historiques qui, sans rapport apparent avec quelque phénomène du passé, peut paraître presque miraculeux. On aimerait découvrir le processus qui permet à l'esprit humain de passer si rapidement d'une dénégation aussi dédaigneuse et complète des enseignements du Christianisme à un intérêt et une sympathie déclarée pour les doctrines du nouveau credo. ... C'était le quatrième siècle, immédiatement après les persécutions les plus violentes, que le Christianisme, bien qu'embrassé et professé par une minorité seulement, réussit à atteindre à une place de contrôle en matières social et politique. »

« Apollonios le Nazaréen » par Dr. R. W. Bernard

(1) Le programme de détoxication de Laura Knight-Jadczyk.

(2) Végétarisme : question urgente de survie ?

Tuesday, May 18, 2010

Questions

Le nouveau Logo de l’Eurogroupe évoque un œil. Le symbolisme de l’œil représente l’omniprésence d’un ordre supérieur. Ce logo indique-t-il que les Européens sont sous la coupe d’une oligarchie tentaculaire ?

***

La Méditation 3G

Claude Cleret vend une méthode méditative qui risque de faire de l’ombre à Matthieu Ricard, le champion de la méditation pratiquée par les bobos bouddhistes.

"J'ai baptisé cette technique, dit Claude, la Méditation 3G - La Méditation de 3eme Génération".

Claude ajoute :
"Méditez n'importe où, n'importe quand ! Plongez rapidement dans des états méditatifs profonds !
Créez à volonté un état d'esprit détendu et clair ! Améliorez votre capacité à résoudre vos problèmes !"

Endormissez-vous (Claude, expert du développement du potentiel mental, ne dit pas "endormez-vous" comme les simples profanes) sans effort le soir - et trouvez enfin le repos que vous méritez ! Surprenez vos proches par votre capacité à rester calme et détendu dans les situation qui vous rendaient dingues !

Améliorez votre créativité ! Développez votre intuition ! Entrez en contact avec votre moi intérieur ! Améliorez votre mémoire et votre capacité à traiter des tâches intellectuelles complexes, comme la préparation des examens ! Nettoyez votre subconscient et libérez-vous des problèmes qui vous empêchent d'avancer ! Développez votre pratique spirituelle avec des expériences plus profondes !

Débarassez-vous (Claude s’est débarrassé d’un r) aussi de ce qui vous ronge et vous gâche les journées, et profitez enfin pleinement de votre vie !" [...]

"Cependant, je veux être sûr que vous ne laisserez pas passer cette chance unique d'améliorer votre vie. C'est pourquoi j'aimerais vous offrir deux cadeaux de bienvenue. C'est ma façon de vous remercier de faire quelque chose pour vous-même - tout comme j'aurais aimé faire quelque chose pour moi quand il était encore temps...

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Cadeau de bienvenue n°2 : Méditer - Mes astuces de Méditation (Valeur 15€ )

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Sunday, May 16, 2010

Le végétarisme et les Jaïns


Par Marie-Claude Mahias

Le Jaïnisme est une religion indienne non orthodoxe et athée, qui refuse l’autorité des Védas. La tradition jaïniste évoque 24 maîtres ou Tirthankara, également appelés Jaina (littéralement « les conquérants »). Le dernier maître de cette longue série fut Mahâvîra, contemporain du Bouddha. C’est lui qui fonda la religion jaïniste.

Les Jaina ne croient pas en Dieu. Leur religion leur enseigne l’existence d’un principe divin inhérent à l’âme individuelle et leur prescrit l’adoration des âmes parfaites qui sont l’esprit suprême. La délivrance s’obtient par la Croyance droite, la Connaissance droite et la Conduite droite. Cette religion insiste particulièrement sur le respect des êtres vivants.

L’attitude des Jaina vis-à-vis de leur alimentation se caractérise essentiellement par le végétarisme. Ils sont même, précisent-ils fièrement, de « purs végétariens » (suddh sakahari). Ce ne sont pourtant pas les seuls Indiens à l’être, loin de là ; cette affirmation semble même une banalité dans le contexte hindou. En effet, ainsi que le note L. Dumont :

« Le végétarisme s’est imposé à la population indienne tout entière comme forme supérieure de l’alimentation et constitue dans l’Inde contemporaine une des normes essentielles relatives à l’alimentation et au statut. »

Pourtant, si les Indiens reconnaissent le végétarisme comme régime alimentaire valorisé, comme signe d’une supériorité rituelle et sociale, on estime que seulement 25% d’entre eux ont effectivement adopté et pratiquent cette forme d’alimentation. Ce sont principalement des brahmanes, des castes ou segments de castes qui l’utilisent comme un moyen tactique pour s’élever dans la hiérarchie sociale en suivant un modèle brahmanique et en se dissociant de pratiques alimentaires dévalorisées, et enfin, des groupes liés au mouvement sectaire « vaisnava » qui ne rendent un culte qu’à des divinités végétariennes et les imitent dans leur comportement quotidien. Il n’est pas inutile de s’attarder sur cette notion de végétarisme pour en saisir la signification et les implications pour les Jaina.

Histoire du végétarisme

Je m’inspirerai de L. Dumont et de D.D. Kosambi pour esquisser quelques traits de cette histoire, nécessaires pour situer le jaïnisme dans un contexte global. Il n’est pas facile de retracer l’évolution du végétarisme et on est souvent réduit à des hypothèses vraisemblables, construites à partir de données de textes classiques, interprétés en fonction de valeurs sociologiques fondamentales et permanentes.

Les aryens védiques, peuples de pasteurs nomades, devaient accorder une importance considérable au bétail, encourageant la protection des troupeaux, et limitant l’abattage des bêtes et la consommation de viande à des circonstances exceptionnelles et d’ordre religieux. C’est dans des sociétés de ce type que les sacrifices se développèrent. Quand les animaux exigés par les grands sacrifices védiques s’ajoutèrent à ceux que requéraient les cultes aux dieux et aux ancêtres, la réquisition de bêtes en nombre toujours plus grand devint une charge insupportable à la population d’éleveurs et d’agriculteurs. Les brahmanes, seuls habilités à célébrer les rites, étaient seuls aussi à profiter grassement de la viande et des bêtes sacrifiées et des dons obligés. C’est en partie en réaction contre les abattages rituels excessifs et contre le pouvoir croissant des brahmanes que plusieurs mouvements dissidents, liés au renoncement, apparaissent vers le 6ème siècle avant J.-C. Le développement spéculatif le plus remarquable est le fait de deux sectes contemporaines qui deviendront le bouddhisme et le jaïnisme.

Parallèlement, s’élabore la notion d’ahimsa (non-violence), présente dans la spéculation indienne tout au long de son évolution. S’opposant aux sacrifices animaux et à la consommation de viande, elle n’entraîne pas immédiatement la suppression du régime carné, mais se développe dans les mouvements sectaires jusqu’à devenir incompatibles avec les pratiques sacrificielles. La contradiction est en partie résolue dans l’hindouisme par la dissociation des actes de sacrifier et de tuer.

Par ailleurs, la vache, symbole de prospérité économique, est élevée au rang de symbole cosmique, dès la période védique. D’animal sacrificiel par excellence, elle laisse progressivement la place à d’autres bêtes à cornes ; elle devient précieuse pour ses produits, à la suite d’un renversement de valeurs qui fait de toutes ses sécrétions des éléments bénéfiques et purificateurs, eux-mêmes offrandes sacrificielles. La notion de pureté justifie l’assimilation du meurtre de la vache, pourvoyeuse des moyens matériels de purification, au meurtre du brahmane, garant de la pureté rituelle et de la hiérarchie sociale fondée sur l’opposition du pur et de l’impur. La vénération de la vache semble donc, d’emblée, liée à la reconnaissance de la supériorité du brahmane et, indirectement, à celle du rôle du sacrifice dont le brahmane est le maître.

La non-nuisance, qui exige le respect du bétail, est active dans la transformation de l’attitude vis-à-vis de la vache. Ce sont toutefois deux notions distinctes qui aboutissent d’une part au végétarisme, d’autre part à la vénération de la vache et du brahmane. Si ces deux attitudes sont étroitement mêlées dans l’hindouisme, aucune n’est nécessaire au développement de l’autre. Dans l’hindouisme même, l’importance accordée à la vache semble avoir incarné presque toute la dimension de l’ahimsa, ou peut-être l’a-t-elle même éclipsée. A côté, le végétarisme fait figure de parent pauvre puisque seuls les brahmanes l’ont récupéré.

Diffusion du végétarisme : le rôle des renonçants

La prohibition de viande et d’alcool, idéal des renonçants, s’imposa à la société par leur intermédiaire. Cette application pratique de l’ahimsa est inégale selon les sectes. Alors que le bouddhisme s’essouffle rapidement dans cette voie puisqu’il n’interdit pas la consommation de viande – pas même aux moines, sous réserve que la bête n’ait pas été tuée à leur intention – le jaïnisme la poussera jusqu’à ses conséquences extrêmes. Cependant, les Jaina eux-mêmes auraient anciennement mangé de la viande et du poisson. La pénétration du végétarisme dans la société fut certainement assez lente. Quand Ashoka monte sur le trône impérial en 270 avant J.-C., « on vend encore de la viande de bœuf sur les marchés, aussi ouvertement que la chair de n’importe quel animal » (Kosambi). Sa conversion au bouddhisme, la protection qu’il accorde à toutes les religions ainsi que la transition nécessaire d’une économie pastorale à une société agraire, donnèrent une impulsion décisive au végétarisme. « C’est l’empereur qui, dans son propre palais, donne l’exemple du « végétarisme » ; il réduit à presque rien la consommation de viande de boucherie et de gibier. Le yajña est aboli par décret… » (Kosambi).

Mais le rôle des renonçants est certain et leur influence ne saurait être minimisée. D.D. Kosambi distingue, à partir des Upanishad, deux sortes de savants. D’une part, les successeurs des anciens brahmanes yajurvédiques continuent de pratiquer des sacrifices par lesquels ils s’enrichissent et reçoivent des dons dont ils se montrent toujours fort avides. D’autre part, apparaît dans les régions orientales, une nouvelle sorte de « docteurs » qui rejettent les rituels traditionnels et adoptent un mode de vie radicalement différent. Qui sont exactement ces docteurs sectaires ? Le portrait que l’auteur en donne est bien à l’image des renonçants actuels qui se placent eux aussi « au-dessus de toute espèce de rituel » :

« Les chefs des diverses sectes nouvelles et les moines, leurs adeptes, (…) vivaient principalement d’aumônes (…). Ils ne tuaient point, et prenaient aux végétaux toute la nourriture dont ils avaient besoin. Il n’y avaient que le sel que ces ascètes extrêmes se permissent de prendre de mains humaines. Voués au célibat, sans propriété, ces nouveaux docteurs étaient beaucoup plus économiques, dans une société d’accumulation, que les prêtres du feu, si avides ». (Kosambi)

Quelle que soit l’explication donnée de ce phénomène, il constitue alors une figure fondamentale de l’hindouisme postérieur, dont le contraste avec l’opulence des brahmanes ne pouvait manquer d’impressionner profondément la population indienne. Elle contraignit les brahmanes à se transformer en assimilant certaines pratiques de ces renonçants qui menaçaient leur autorité, et des notions comme celle de l’idéal ascétique ; celle-ci fut agrégée dans la théorie des âshrama de la littérature orthodoxe, comme le quatrième et ultime stade de la vie. Cette évolution est en accord avec l’analyse que L. Dumont fait du renoncement et rend compte du caractère artificiel de cette théorie :

« Il semble que l’ont ait voulu ici d’une part absorber le sannyâsa comme un moment de la vie du Brahmane en réservant plus ou moins le renoncement à cette classe, de l’autre reléguer le renoncement à un âge avancé de l’homme, après que ses obligations mondaines (perpétuer les ancêtres, etc.) ont été accomplies. On perçoit ici, outre l’agrégation habituelle, la prétention de limiter le renoncement par rapport aux états mondains et en fin de compte une opposition sourde au renoncement. »

Le jaïnisme est aussi, à l’origine, un mouvement de renonçants. Initialement, l’état laïc n’a droit à aucune considération. Les textes canoniques, qui régissent la conduite des religieux dans le détail de tous les actes et de tous les instants, ne s’en préoccupent guère. Ce n’est que tardivement, dans les textes de la période médiévale (6ème – 13ème siècle) qu’une doctrine est élaborée à l’intention des laïcs. Par transfert à la vie des hommes de règles originellement destinées aux renonçants et par incorporation de coutumes locales, se forge une sorte de code moral et rituel visant à encadrer les pratiques sociales. Les devoirs des laïcs – dont certains l’assimilent temporairement à l’ascète – apparaissent comme un compromis entre les règles extrêmes de l’ascète et les exigences de la vie en société. Ils constituent une préparation plus ou moins longue dont l’état religieux est l’accomplissement logique, puisqu’il est seul à permettre le respect intégral des règles de vie. En contrepartie, un mouvement inverse se dessine : la pression des laïcs dont il est à la fois le modèle, l’idéal et la justification, contraint le renonçant à une ascèse toujours plus rigoureuse.

L’ouverture du jaïnisme et son extension dans le monde à partir des renonçants est donc assez tardive. Si cela se fait au prix d’un assouplissement de certaines règles, il en est une sur laquelle les Jaina ne transigent pas : le régime végétarien est imposé à tous, moines et laïcs. L’ahimsa en est le principe fondamental que les règles multiples ne font que préciser, expliquer contraindre ou aider à respecter.

"Délivrance et convivialité: le système culinaire des Jaina", par Marie-Claude Mahias :

La grande ancienneté du jaïnisme (envoyé par Victor)

L’histoire ancienne de l’Inde rapporte qu’il y avait trois religions majeures dans le pays : le Brahmanisme, le Bouddhisme et le Jaïnisme (Nirgranthas). Des recherches récentes et des fouilles à Mohenjodaro et à Harappa ont montré que le Jaïnisme existait déjà il y a cinq mille ans. Toutefois, les Jaïns croient que leur religion est éternelle.

« Il y a du vrai, dans la pensée jaïne, que cette religion a une très lointaine existence. L’ancienneté en question, pré-aryenne, est appelée dravidienne et attestée par la découverte d’une série de cités remontant à l’âge de pierre, dans la vallée de l’Indus, datant du troisième peut-être même du quatrième millénaire avant J.C » (Professeur Zimmer, dans « Myths and symbols in Indian art and civilisation »).

Revendication d’éternité.

Naturellement, les adeptes de chaque religion prétendent qu’elle a sa source dans l’antiquité. Les Jaïns ne font pas exception à la règle. Leurs traditions et leurs récits légendaires disent que le Jaïnisme est éternel et que vingt-quatre Tirthankaras font sans cesse connaître le Jaïnisme, dans chaque période cyclique de l’univers. Ils divisent l’étendue du temps en deux cycles égaux, appelés : utsarpin et avasarpin. Durant l’utsarpin, la situation morale et physique de l’univers progresse graduellement, dans l’avasarpin, c’est tout le contraire, la situation décline graduellement. Chacun des deux cycles est subdivisé, à son tour, en six ères qui s’étendent, chacune, de vingt-deux mille ans à des crores d’années. Les demi-cycles se succèdent éternellement et des êtres humains, comme nous, apparaissent, à intervalles réguliers, pour être des Tirthankaras. Ils pratiquent, eux-mêmes, les principes éternels du Jaïnisme, atteignent l’omniscience (kevalajnna), prêchent et exposent la même doctrine.

Les racines pré-aryennes.

Presque tous les érudits sont d’accord pour reconnaître que, dans l’histoire culturelle de l’Inde, le Jaïnisme a des racines pré-aryennes. Comme le Dr A. N. Upadhye l’a fait remarquer « Les origines du Jaïnisme remontent aux temps pré-historiques. On les trouve dans la vallée fertile du Gange où ses adeptes se sont épanouis dans le passé, avant même l’arrivée des Aryens avec leur religion sacerdotale. C’était une société d’ermites qui mettaient l’accent sur l’effort individuel, sur la pratique d’un code moral et de diverses austérités, comme moyens de parvenir au Summum Bonum » (Dr A. N. Upadhye « A Cultural History of India », Clarendon Press, Oxford, p.100.)

Dans la même veine, Joseph Campbell a fait ce commentaire « Le Sankhya et le Yoga sont une sophistication psychologique postérieure des principes conservés dans le Jaïnisme. Tous deux sont la théorie et la pratique d’une même philosophie » (Prof. Zimmer « Philosophies of India », édité par Joseph Campbell, voir l’éditorial, p.60.)

D’autres savants, comme le Prof. Bulher, Hermann Jacobi, J.G.R. Forlong, le Dr Hoernle, le Pt Sukhalalji, le Prof. Vidyalankara, l’crya Tulsi, le Prof. G.C. Pandey, et d’autres, pensent que le Jaïnisme et un système religieux très ancien qui prévalait, en Inde, dans les populations non-aryennes de la civilisation de la vallée de l’Indus. (Prof. Buhler « Indian sect of Jainism »).

Dans l’écrit bouddhiste « Majjima Nikaya », Bouddha, lui-même, parle de sa vie ascétique et de ses prescriptions, qui sont en conformité avec le code de conduite du moine jaïn. Il dit : « Ainsi, Sari Putta, ma pénitence n’était-elle pas trop grande ? J’allais sans vêtements. Je léchais ma nourriture de mes mains. Je ne prenais pas la nourriture qui m’était apportée ou qui était spécialement préparée pour moi. Je n’acceptais pas d’invitation à un repas ».

Mme Rhys Davis a aussi observé que Bouddha a trouvé ses deux maîtres, Alara et Uddaka, à Vaisali et qu’il a débuté sa vie religieuse comme un Jaïn.

Dans le « Samanna Phal Sutta », les quatre vœux de Parshvanth (qui a vécu 250 ans avant la libération de Mahvira) sont mentionnés. Attakatha dans l’ « Anguttara Nikaya » fait référence à Boppa Sakya, un résident de Kapilvastu qui était l’oncle de Bouddha et qui suivait la religion des Nigganthas, c’est-à-dire des Jaïns.

Une étude critique comparée fait ressortir que plusieurs mots, comme « srava », « samvara » etc, employés par les Jaïns dans leur sens originel, sont mentionnés, dans la littérature bouddhiste, dans leur sens figuré. Sur la base de ces mots, le Dr Jacobi a conclu que le Jaïnisme était beaucoup plus ancien que la religion de Bouddha et que, par conséquent, il n’était pas exact de le considérer comme une branche du Bouddhisme. (Diwakar S. C. « Glimpse of Jainism »).

Certains historiens pensent que le Jaïnisme existait, sans aucun doute, bien avant le Bouddhisme, et que c’est une croyance protestante qui s’est révoltée contre les sacrifices du culte védique. Les recherches avancées montrent que cette affirmation n’est pas fondée. Les livres sacrés, respectables et sérieux, des Hindous eux-mêmes, affirment la nature bien antérieure de la pensée jaïne. Le « Rigveda », le livre sacré le plus ancien des Hindous, cite le Seigneur Rishabhadeva comme du fondateur du Jaïnisme. Il mentionne, aussi, l’incarnation de Vaman qui est la 15 ème sur 24. Le nom de Rishabha apparaît avant les incarnations de Vaman ou du nain Ram, de Krishna et de Bouddha. Par conséquent, il est très clair que Rishabha a dû vivre longtemps avant la composition du « Rigveda».

Le grand érudit, le Dr S Radhakrishnan, ex-Président de l’Union indienne, observe, dans son «India Philosophy », que « La tradition jaïne attribue l’origine du système à Rishabhadeva, le premier Tirthankara. Il ne fait aucun doute que le Jaïnisme existait avant Vardhaman ou Parsvanth.

Le « Yajurveda » cite les noms de trois Tirthankaras : Rishabha, Ajitnth et Arishtanemi. Le « Bhagvat Pkrana » adopte, aussi, l’idée que Rishabha a été le fondateur du Jaïnisme (Vol. II, p.286)

Les fouilles, faites à Mohenjodaro et à Harrapa, montrent que le Jaïnisme existait, il y a cinq mille ans, parce que les statues debout, sur les sceaux de l’Indus, ressemblent à celle de Rishabha, trouvée à Mathura. Le sentiment de détachement qui caractérise l’image debout, sur trois de ces cinq sceaux, avec un taureau en premier plan, peut être le prototype de Rishabha (Modern Review, août 1932, Sindha Five Thousand Years Ago).

Le poète Jinasena parle, dans son « Mahpkrana », de Rishabha comme d’un « Yogishwara ». Par conséquent, les matériaux extraits de la vallée de l’Indus établissent, de façon éclatante, que le fondateur du Jaïnisme vivait à la période pré-védique. La statue jaïne nue, de 320 avant J.C, au Musée de Patna, nous aide à défendre cette thèse (Diwakar S. C « Glimpse of Jainism »).

Les recherches du savant renommé, le Prof A. Chakravarty, ont mis à jour des éléments matériels inestimables qui prouvent la nature plus ancienne de la pensée jaïne. Lorsque les envahisseurs aryens sont arrivés en Inde, les Dravidiens, qui habitaient le pays, se sont opposés véhémentement, à eux. Les penseurs aryens du « Rigveda » parlent de ces Dravidiens, anti-Aryens, comme des ennemis et, par conséquent, ils les affublent de termes peu flatteurs. Ils sont qualifiés de « Dasyus ». Le dieu aryen Indra est appelé « Dasyusharya » (le massacreur des Dasyus). Ces ennemis sont nommés « Ayajvan » (qui ne font pas de sacrifices), « Akraman » (qui n’ont pas de rites), « Adevaya » (qui sont indifférents aux dieux), « Anyavrata » (qui suivent d’étranges pratiques) et « Devapya » (qui injurient les dieux ). Ils sont décrits comme étant noirs de peau et « anas » (le nez retroussé). L’autre épithète est « Mridhravas » (aux paroles inintelligibles). Des savants orientaux sont de l’avis, probablement exact, que ces Dasyus, opposés aux Aryens, étaient les Dravidens qui habitaient le pays, lorsque ceux-ci l’envahirent. Ils sont, aussi, appelés « Sisnadevas » parce qu’ils vénèrent l’image de l’homme nu.

L’étude critique de certains hymnes védiques, comme le « Nadsiya sukta », montre qu’il a du y avoir un courant de pensée particulier, durant la période pré-védique, qui a influencé les « Vedas ». Le Dr. Mangaldeva a estimé que « la philosophie jaïne pouvait être une branche du courant de pensée pré-védique. Certains termes jaïns, comme « pudgala» (matière) confortent ce point de vue » (Diwakar S.C. « Glimpse of Jainism).

Un coup d’œil, sur le glorieux passé du Jaïnisme, montre que les vies de Rishabhadeva, et des trente-trois Tirthankaras qui lui ont succédé, ont profondément marqué la culture du monde. Lorsque Alexandre a envahi l’Inde, il est tombé, à Taxila, sur une horde d’ascètes jaïns nus que les auteurs grecs appellent des «Gymnosophes ». Ce mot grec signifie : philosophes nus. Un groupe mystique d’Israël, celui des Esséniens, a été très influencé par ces « Gymnosophes » qui prêchaient le message d’Ahims, la vérité centrale du Jaïnisme, au peuple d’Alexandrie, en Egypte. Des vestiges historiques nous disent que les Grecs ont été très influencés par les idées jaïnes. Alexandre avait emmené dans son pays un ascète jaïn qui s’appelait Calanes (Diwalkar S.C « Glimpse of Jainisme »). Il faut noter, à ce sujet, que les Esséniens d’Israël étaient des ascètes qui suivaient les principes de non-violence. Ils avaient une grande emprise sur le peuple et une grande influence en Palestine. Jean-Baptiste était un maître ascète de cette école. Jésus-Christ, le fondateur du Christianisme, a été très influencé par ce groupe non-violent de Jean et par d’autres maîtres esséniens. En 600 avant J.C ce groupe avait progressé au-delà de la Syrie et de la Palestine.

Les enseignements jaïns ont aussi influencé Pythagore, le philosophe de la période pré-socratique, qui est né en 532 avant J.C et qui a mené une vie de non-violence. C’est durant cette période que vivait le Seigneur Mahvira, que les ignorants ont appelé le fondateur du Jaïnisme. Peut-être ses enseignements ont-ils eu une influence sur les peuples de pays lointains ? (Diwakar S.C. « Glimpse of Jainism »).

Dans son livre « The Magic of numbers » (La magie des nombres), p. 87, E.T. Bell raconte que Pytagore vit, un jour, un citoyen qui battait son chien avec un bâton. Sur ce, le philosophe miséricordieux cria « Arrêtez de battre ce chien! Dans ses hurlements de souffrance, j’ai reconnu la voix d’un ami. Par ce péché que vous commettez, il est maintenant le chien d’un méchant maître. Dans son prochain tour, la roue de la naissance peut faire de lui le maître et vous le chien. Puisse-t-il être plus miséricordieux envers vous que vous l’êtes pour lui ! C’est seulement ainsi qu’il pourra échapper à la roue. Au nom d’Apollon, mon père, arrêtez ou je serais obligé de dire sur vous les dix malédictions de Teteractyas ! ». Cela montre l’effet du Jaïnisme (Diwakar S. C. « Glimpse of Jainism »).

Processus de synthèse

Evidemment, avec l’émergence de la période des Upanishads (vers 800 avant J.C et plus tard) le processus de synthèse des cultures shramanes (non-aryennes) et védique (aryenne) a démarré. L’interaction sociale, économique et politique entre les colons aryens et leurs opposés non-aryens, plus avancés, a enrichi la connaissance des premiers. Ils ont commencé à interpréter leurs « Vedas » à la lumière de cette connaissance accrue.

A ce stade, une récapitulation de la division de l’histoire ancienne de l’Inde, en périodes, serait de quelque intérêt pour comprendre le long processus d’intégration des cultures non-aryennes et aryennes.

En gros, la période qui correspond de 3500 à 1500 avant J.C est considérée comme celle de la Civilisation de la Vallée de l’Indus des races non-aryennes. Elle coïncide avec les civilisations sumériennes et acadiennes du Moyen Orient, qui ont prospéré aux alentours de 2500 avant J.C. (elles aussi étaient des civilisations de vallées de rivières) et la civilisation minoenne de Crète. Ainsi, la période qui correspond à plus de deux mille ans peut être considérée comme la Civilisation des Vallées de Rivières qui couvrait les parties nord et ouest de l’Inde jusqu’au Saurastra au Gujarat. C’est une histoire d’il y a cinq à six mille ans (Mehta.T.U « The Path of Arhat . A religious democracy » édité par « Parsvanth Sodhapitha »).

L’invasion aryenne de l’Inde date approximativement de 1500 avant J.C, c’est-à-dire il y a trois à quatre mille ans, et coïncide pratiquement avec l’invasion hellénique de la Grèce. Elles semblent avoir apporté avec elles quelques parties du « Rigveda » et des autres « Vedas », de 1500 à 800 avant J.C- période qui, pendant de 700 ans environs, peut être appelée védique et ensuite brahmanique.

Les « Brahmanas » ont précisé les règles et les détails de l’emploi des mantras ou des hymnes dans les divers rites sacrificiels. Il en a résulté que la classe des prêtres, qui avait seule et exclusivement le droit de faire les rites, a pris une trop grande importance et a dominé pratiquement la société. Durant cette période, les Aryens s’étaient complètement installés et avaient totalement vaincu les races non-aryennes. Les non-Aryens avaient été absorbés dans leur structure sociale, principalement comme Dasyus (la classe des travailleurs), et traités comme des citoyens de seconde classe. Cependant, les Aryens avaient d’extraordinaires capacités d’absorber et d’assimiler toutes les nouvelles choses de la vie. Ils adoptèrent non seulement beaucoup de pensées culturelles et philosophiques de leurs opposants non-Aryens, mais ils les enrichirent, aussi, par leurs propres pensées originales. Ils comprirent qu’au-delà de cette existence terrestre, après la vie, il y avait quelque chose de distinct. Pour atteindre ce « quelque chose » la propitiation des dieux par les sacrifices et les offrandes d’êtres vivants n’était pas la voie qui convenait.

Lorsque les Aryens connurent les théories non-aryennes d’austérités, de non-violence, de karma et d’âme, ils comprirent ce « quelque chose » et que le but de leur recherche pouvait être satisfait en travaillant sur ces théories. Cela se manifeste dans le « Chhdogya Upanishad » quand le Rishi Aruni explique à son fils le nouveau secret qui a été trouvé de la vraie nature de soi, non enseigné au cours du long terme d’éducation dans les « Vedas » existants (réf. au dialogue entre Aruni et son fils Svetaketu, dans le chapitre sur l’ « Ontologie de l’Atman » dans ce livre). Nichiketa dans le « Kathopanishad » va chez Yama (le dieu de la mort) pour apprendre la science de l’Atman (de l’âme) en lui posant la question « Lorsqu’un homme meurt, existe-t-il encore ou non ? ».

Ainsi il y a eu un mouvement intellectuel fervent dans la période post-brahmanique quand les Risis des « Upanishads» ont commencé à mettre en question l’inutilité des rites sacrificiels et à appliquer leurs esprits objectivement aux enseignements des traditions shramanes de l’Inde ancienne. Cette tendance a commencé longtemps avant la période dite des « Upanishads », mais elle a progressé seulement durant la période du trente-troisième Tirthankara Parsvantha, reconnu, maintenant, comme un personnage historique, qui a vécu de 872 à 772 avant J.C, époque où les « Upanishads » battaient leur plein. Comme son successeur Mahvira, Parsva avait une grande capacité d’organisateur. Il organisa l’ordre shramanique et exposa le caturyama des quatre principes que sont la non-violence (himsa), la sincérité (satya), l’honnêteté (asteya) et la restriction des possessions (aparigraha). Ses enseignements shramanes ont eu une grande influence sur la pensée contemporaine et, avec l’arrivée de Mahvira (527 avant J. C.), le temps devint mûr pour l’assaut final et décisif contre la culture brahmanique des rites et des sacrifices violents.

Mahvira et son contemporain Bouddha (563 avant J. C.) ont mené, tous les deux, une croisade implacable contre les maux sociaux et culturels qui prévalaient à cette époque. Cette croisade a continué, avec vigueur, jusqu’au VIII ème siècle après J.C, mais, sans l’arrivée du grand Sankara, qui a assimilé les idées shramanes du Bouddhisme dans son brillant exposé du « Vedanta », la culture védique aurait été pratiquement balayée de toute l’Inde.

Maintenant, les idées shramanes de non-violence, de karma et d’âme sont devenues tellement identifiées avec la culture védique, qu’il n’y a absolument pas de différence entre l’attitude d’un Jaïn et d’un Hindou, envers les problèmes individuels et sociaux de la vie. Ces attitudes sont si semblables que, à moins que l’on vous dise que c’est un Jaïn, on ne peut pas, par sa conduite, se rendre compte qu’il est un non-Hindou, par sa religion. (Mehta T. U. « The Path of Arhat. A religious democracy” édité par « Parsvanth Sodhapitha »).


Photo :
Un moine Jaina dîgambara, « vêtu d’air », donc nu. Quand un ascète est totalement nu, les Indiens interprètent cette attitude comme un signe de sa complète libération de l’attachement au sexe.