Sunday, November 21, 2010

Le bouddhisme, Internet et le New Age


Avec l’apparition du bouddhisme sur Internet, les adeptes occidentaux du bouddhisme se trouvent confrontés à un nouveau dilemme. Le développement foudroyant de cette nouvelle forme de communication, ses potentialités et ses dangers, l’impossibilité de savoir s’il va pouvoir maintenir et faire fructifier la générosité utopiste de ses fondateurs, ou conduire à une mainmise du mercantilisme et des pouvoirs étatiques sur l’individu, une version doucereuse mais néanmoins castratrice du Big Brother de George Orwell, autant de raisons qui font qu’il est bien difficile de savoir si le bouddhisme sortira enrichi ou appauvri de l’épreuve.

L’Internet est-il la version moderne du Grand Véhicule ou du Filet d’Indra, dont chaque nœud est orné par une perle qui reflète toutes les autres, symboles de l’interpénétration parfaite de tous les phénomènes ? La « toile » cyberspaciale n’est-elle pas plutôt le piège que nous tend Mâra, le Tentateur bouddhique ? La réalité virtuelle n’est-elle qu’une illusion réelle ? Les deux grilles de lecture restent possibles.

Les choses sont à peine plus claires en ce qui concerne le New Age. Ce phénomène, lui aussi d’origine californienne, ne constitue pas simplement une nouvelle forme d’adaptation de la religion aux cultures locales ; c’est au contraire la soumission des pensées traditionnelles à une forme de pensée unique, celle de la logique capitaliste et moderne. C’est donc le déni même des cultures locales. Le néobouddhisme occidental, qui flirte avec cette tendance sans tout à fait s’y identifier, tend à devenir une forme de spiritualité parmi d’autres, un bouddhisme à la carte, digitalisé, sans saveur ni odeur (un peu comme l’argent, donc). La préoccupation presque obsessionnelle d’une intériorité toute « spirituelle », chez les Bouvard et Pécuchet du New Age, apparemment aux antipodes de la soumission à une idéologie du corps et du désir (telle que la véhicule urbi et orbi la publicité), n’est peut-être qu’une autre forme de la volonté de bonheur qui caractérise leurs contemporains…

Bernard Faure, « Bouddhismes, philosophies et religions ».



Le bouddhisme, souvent décrit comme un humanisme et une spiritualité, est une pensée plurielle, rebelle à toute simplification. Y a-t-il un bouddhisme ou des bouddhismes ? Bernard Faure propose ici un dialogue entre pensées d'Occident et d'Asie. Parmi les Occidentaux, il est de ceux qui s'efforcent d'allier une compréhension approfondie des doctrines bouddhiques à une analyse de leurs ressorts cachés. Il montre que la spécificité du bouddhisme tient en partie à ce qu'il nous permet d'explorer une forme de rationalité différente, de nous départir de notre logique sans côtoyer pour autant l'irrationnel. Cette " voie du milieu " entre les extrêmes permet ainsi de surmonter l'antagonisme si souvent exprimé par les penseurs occidentaux entre " philosophie " et " religion ".

Début du prologue :

Le bouddhisme, dit-on, est à la mode. Tant mieux, ou tant pis. En effet, l’intérêt actuel pour la « spiritualité » bouddhique résulte peut-être d’un malentendu. L’attrait pour le bouddhisme vient sans doute de ce qu’il nous est étrangement familier : familier, parce qu’il relève, comme la pensée occidentale, d’une idéologie indo-européenne ; étrange, parce que méconnu. Il faut distinguer le bouddhisme, comme tradition historique, des diverses moutures de néobouddhisme qui sont à ce bouddhisme à peu près ce qu’est le Reader’s Digest à la littérature…

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