Friday, May 28, 2010

L’éveil pour les paresseux


Dans un monde où règnent l’activisme et la fébrilité, la voie de la fainéantise spirituelle ne manque pas de susciter la méfiance de tous ceux qui sont persuadés que l’éveil s’obtient au terme d’enseignements alambiqués et de pratiques mystérieuses.

Le domaine de l’esprit est accaparé par des professionnels qui en font leur gagne pain. Des prêtres, des philosophes, des scientifiques, des gourous défendent des croyances, des théories, des méthodes spirituelles qui promettent à leurs adeptes besogneux le bonheur, le paradis, des extases agrémentées d’ondes alpha et, cerise sur le gâteau, des pouvoirs paranormaux. En revanche, le paresseux refuse de travailler à un progrès spirituel douteux. L’amélioration spirituelle est souvent invoquée par de prétendus maîtres plus soucieux de manipulation mentale que de libération.

Le spiritualiste oisif a l’intuition qu’il n’y a rien à acquérir ou à maîtriser. Comme Alexandre le bienheureux, le fainéant accompli d’un film de Yves Robert, il prend le temps de savourer la vie. La silencieuse onde de vie est dans chaque être. Cet insondable silence passe inaperçu aussi longtemps que se fait entendre le besoin d’obtenir un état de conscience supérieur, la libération, la sainteté... Toutefois, quand l’esprit n’est plus soumis à un incessant labeur et à de nombreuses attentes spirituelles, cette présence se manifeste naturellement.

Du Non-agir des taoïstes au « reste tranquille » de Ramana Maharshi en passant par la docte ignorance des mystiques rhénans, il est admis qu’il n’y a rien à acquérir. Mais l’éloge de la paresse spirituelle peut sembler un peu désuète ou trop orientale.

En 2010, le vieux conseil de Lin Tsi (maître Chan du 10ème siècle), « Que l’homme se garde bien de faire », est réactualisé avec des mots simples et vrais par un auteur qui ne revendique pas une appartenance à une confrérie de grands initiés ou à un mouvement spirituel formel. Dans son livre, « L’éveil pour les paresseux », Franck Terreaux communique son expérience de la reconnaissance de l’esprit et de l’attention non attentive :

Généralement, le matin, après m’être levé et avoir pris une tasse de café, je m’accorde souvent quelques minutes à rester là sans rien faire. J’affectionne particulièrement ce moment car il se trouve encore embaumé par l’état de sommeil vécu précédemment.
- Tu veux dire que tu médites ?
- Non, pas du tout. Je suis bien trop paresseux pour ça. Je suis simplement là, affalé dans un fauteuil, je ne fais rien, sans pour autant m’obliger à ne rien faire. Il s’agit d’une non-intervention non dictée par la volonté de ne pas intervenir. Je suis là, c’est tout. Tu parles de méditer, mais méditer serait entreprendre quelque chose, trouver la paix, en examinant ce qui se passe en moi comme à l’extérieur, faire le vide où je ne sais quoi. Ce dont je te parle est « juste avant » que l’idée de méditer surgisse, c’est beaucoup plus simple, c’est le simple fait d’être là, c’est tout.
- Donc, si j’ai bien compris, tu restes là à rêvasser ?
- Même pas, c’est seulement un bain de présence. Cette présence provenant essentiellement du sommeil dont l’état de veille m’a tiré, son parfum est encore là, c’est comme lorsque tu as passé un long moment dans le froid et que même si tu as regagné le chaud, le froid met un certain temps à disparaître.
- Mais dans ces moments-là, aucune pensée ne t’absorbe ?
- Pour qu’elle m’absorbe, il faudrait que j’y trouve un quelconque intérêt, alors que c’est cette présence qui, elle, est intéressante. Et même si une pensée se présentait, eh bien elle se présenterait et j’ai presque envie de te dire : et alors ? D’ailleurs je n’observe même pas le contenu de la pensée car cela « me » ferait quitter inexorablement le bonheur que j’éprouve d’être tout simplement là, à ne vraiment rien faire, à ne rien être. Ce dont je te parle est si simple qu'on ne peut que le vivre et non l’imaginer.

L’expérience de Franck Terreaux permet de constater que la nature de l’esprit (l’esprit originel ou la nature de Bouddha) n’est dissimulée que par sa simplicité. Une déconcertante simplicité pour les personne qui sont aveuglées par des opinions, des dogmes, des manipulations en matière de spiritualité.

1 comment:

  1. Mille merci pour votre commentaire. J'ajouterais que la paresse dont je parle, est associée au simple faite que cette présence est si immédiate, si vrai, si belle, et surtout si simple, qu'une fois (vécu) (ressentie) tout raisonnement intellectuel, toute technique ou système, ne ferait que (nous) en éloigner.
    Franck Terreaux.

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