Tuesday, February 16, 2010

La mystique libertaire des Siddha


Les lamas tibétains n’ignorent pas la tradition des Siddha, littéralement les « Parfaits », hommes ayant atteints l’éveil.

Taranatha ou Kunga Nyingpo (1575-1634), grand érudit de l'école Jonang du bouddhisme tibétain, relate dans un livre la vie de 59 Siddha (1). Selon Taranatha, le Siddha Goraksa, qui vécut pendant le règne du roi Pañcamasimha, était un contemporain de Dharmakirti (vers 650 A.D.). « Le nom spirituel de Goraksa dans les milieux bouddhistes Mahâyâna était Anangavajra. L’un des disciples d’Anangavajra fut Padmavajra Saroruha, qui sans doute n’est autre que Padmasambhava le célèbre fondateur de l’enseignement Dzogchen (2), perpétuation de la doctrine des Siddha, au Tibet. » ( Tara Michaël)

Un texte, l’Amanaska-yoga, revendiqué par la tradition Nâtha, la voie des Siddha, évoque une mystique opposée aux pratiques religieuses. « Ce texte, écrit Tara Michaël, porte divers titres selon les différents manuscrits. Parfois intitulé Amanaska, « l’Inconcevable », « le Non-mental », il est le plus souvent présenté comme Amanaska-yoga, « Le Yoga non mental », ou « Voie vers l’Inconcevable », titre parfois développé en Amanaska-yoga-shâstra, « Traité de Yoga non mental », ou spécifié comme Amanaska-khanda : « portion [d’un enseignement de Yoga] traitant du Non-mental ».

Religion imprégnée d’occultisme, le lamaïsme a dénaturé l’enseignement des Siddha. La sublime « méthode », devenue le Dzogchen, a été enfouie sous de nombreuses pratiques tantriques et une répugnante sorcellerie, comme dans le texte Dzogchen du "Cycle Profondissime " du Chiti yoga (sPyi-ti) qui débute par une immonde recette :

« Tu mélangeras de ma semence, du sang des règles de Yéshé Tsogyel, de la semence de huit Vidhyadharas et de huit Mahâsiddhas, des cheveux, du sang écoulé du nez et de l’amrita.
La base de la préparation sera de la chair d’un brahmane aux oreilles en forme de conque. » Traduction de Jean-Luc Achard.

Beaucoup de lamas ont préféré la magie à la mystique libertaire des Siddhas. Au cours des siècles, les lamas Nyingmapa ont ajouté au Dzogchen de Padmasambhava des pratiques magiques, transformant cette voie en arcane noir. Le peu avenant lama Nyingmapa, Shenphen Dawa, fils de Düdjom rinpoché (1903 – 1987) a carrément dit : " Ne serait-ce que de parler du Dzogchen, c’est en quelque sorte précipiter sa propre mort ". Bulletin n° 7 – Urgyen Samyé Chöling – Dordogne.


Extraits de l’Amanaska-yoga :

Certains se passionnent pour le mantra-yoga, d’autres sont séduits par la méditation (dhyâna), d’autres encore s’évertuent à la répétition de formules sacrées (japa). […]

Les uns s’empêtrent dans le filet des Agama, les autres se perdent dans la masse des Veda, d’autres encore sont égarés par la science de la logique. […]

Se vêtir de la robe ocre, porter un crâne en guise de bol à aumônes, s’épiler les cheveux, adopter des vœux non védiques, s’enduire de cendres, se vêtir d’oripeaux ascétiques, et relever ses cheveux en un chignon tressé, se conduire comme un fou, observer le vœu de nudité, réciter les Veda et les Agama dans les cercles poétiques et au milieu des assemblées, tout cela n’a pour but que de se remplir le ventre et n’amène aucun bienfait.

Les actes de magie noire tels que susciter la haine, chasser (une personne de son domicile), tuer, etc., au moyen de charlataneries ou en produisant une pléthore de formules incantatoires (mantra), toutes les pratiques telles que les ligatures (bandha) et procédés divers, constituent le suprême yoga de l’ignorance. La méditation sur les différents lieux du corps, sur les canaux du corps subtil (nâdî), sur les six supports (âdhâra) fait également vagabonder l’esprit. C’est pourquoi, abandonnant toutes ces créations de l’esprit, adonne-toi au Non-mental (amanaska).

On ne doit pas, avec ses fonctions mentales méditer sur quoi que ce soit. Lorsqu’il devient libre de toute préoccupation, le yogi, de l’intérieur comme de l’extérieur, ne fait face qu’au Principe.


(1) « The Seven Instruction Lineages » Jonang Taranatha, Library of Tibetan Work & Archives.

(2) Padmasambhava fut probablement à l’origine d’un syncrétisme puisant dans le dzogchen Bön, la tradition Nâtha, le Chan chinois…


L’Amanaska-yoga est traduit et commenté par tara Michaël dans son livre « Le yoga de l’éveil », éditions Fayard.


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Qu’attend le dalaï-lama de la Chine ? par Jean-Paul Desimpelaere


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Vidéo :
Les agressifs E.T. du cinéma sont-ils les puissances de l’air de Saint-Paul, qui disait : « …ce n'est pas contre la chair et le sang que vous avez à lutter, mais contre les puissances de l'air » (Eph. 6,11-12) ?


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Des livres disparaissent :

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