Thursday, June 28, 2007

C'est l'été

Les centres du Vajrayana tibétain du Languedoc font de plus en plus de publicité pour promouvoir leurs doctrines fondées sur la magie tantrique. Tsoks, rituels de rançon et jets de torma s’inspirent d’une démonologie moyenâgeuse. Il est fréquent de trouver la propagande des ces sectes dans des offices de tourisme peu soucieux de laïcité.

Les touristes spirituels ne doivent pas ignorer que les adeptes du vajrayana se soumettent totalement à leur lama. Cette allégeance est profondément choquante quand on connaît la personnalité de certains gourous. Dans de nombreux cas, il s’agit d’une sorte de pacte avec un représentant d’un occultisme oriental ambigu.


La mode du bouddhisme tibétain gagne les gothiques. Des satanistes ont troqué l’épée rituelle contre le phurba, le poignard magique tibétain. Pour en savoir plus : Les satanistes dans SAMSARA VISION.

Quand des moines bouddhistes théravadins constatent que des politiciens Thaïlandais sont rétifs à leurs sortilèges, ils ne sont pas à court d’arguments. L’un d’eux, armé d’une Kalachnikov, a rappelé les principes de la sagesse bouddhiste.
La suite : La seconde mort d’Ajahan Chah et la vidéo du vénérable " Kalachnikov Dharma ".


Cette année, le grand rassemblement des tribus du Nouvel Age a lieu dans les Cévennes. En bordure de Ganges, les errants mystiques dressent leurs tipis, yourtes et tentes devant la montagne du Lingas. Les vagabonds tantriques, fidèles de Shiva-au-gré-des-vents, les hordes du Rainbow Gathering, des clans de chamans se retrouvent dans le domaine d’Isis (le camping Isis) pour les Journées Mondiales de la Paix.

Isis, la patronne des magiciens, inspire un yogi, un maître incontesté de la lévitation. Il faut voir les images extraordinaires du nouveau Padmasambhava planant dans le ciel américain : La lévitation du yogi.

Avec les beaux jours, nous retrouvons les joies des pique-niques. La viande n’est pas indispensable.
Dans les années 1920, les anarchistes parisiens créaient des foyers végétaliens. Léo Malet, en galère à l’époque, trouva le gîte et le couvert dans le foyer végétalien des anarchistes de la rue de Tolbiac.


Les sectes tantriques recrutent sur les plages. Méfiez-vous du chant des sirènes de la méditation.
Les adeptes de la secte Aum présentaient leur gourou, Shoko Asahara, comme un nouveau Mahasiddha, un grand accompli. Ils disaient : " Le Dalaï-lama en personne a confirmé son état supérieur de pratique et de conscience ". Saraha, véritable Mahasidha du 9ème siècle, chantait l’inutilité des pratiques : " …Ne médite pas, n’abandonne pas le monde, vis en compagnie […] Abandonne mantras, traités, objet de méditation, concentration ! ".
Saraha, ses chants libertaires.


Wednesday, June 13, 2007

Intégrisme religieux au Tibet

Dans le N° 108 de la revue Autrement, le tibétain Samten Karmay, guéshé bönpo et directeur de recherches au CNRS, montre l’autre visage du Tibet mystique, celui de la dictature de religieux fanatiques :

" A l’époque du cinquième Dalaï-lama (au 17ème siècle), les Mongols, nouvellement convertis à l’école guélougpa et dirigés par Goushri Khan, vinrent défendre les guélougpa et lutter, entre autres, contre le chef bönpo de la principauté de Béri (au Khams). La lutte qui s’ensuivit se déroula autant sur le plan militaire que religieux. Ce petit royaume était totalement opposé aux guélougpas, et là, il y eut une véritable lutte armée.

Avant 1642 (date à laquelle le cinquième Dalaï-lama a été investi de l’autorité sur l’ensemble du Tibet), il n’y a pas eu de conversion forcée ; tout au moins, rien n’est dit à ce sujet dans les sources écrites. Mais, à partir du règne du cinquième Dalaï-lama, il en est allé différemment. Pourtant, il avait lui-même reconnu le Bön en tant que religion nationale coexistant avec le bouddhisme. On peut voir l’inscription le proclamant dans le vestibule du Potala. Le Dalaï-lama actuel a gardé la même attitude que le cinquième.

Au 17ème siècle, la lutte entre les karmapas et les guélougpas était intense. Les adhérents des petites écoles comme les bönpos et les bouddhistes jonangpas ont été pris au piège, à cause de l’idéologie politique des guélougpas. A cette époque, un certain nombre de monastères bönpos ont été convertis par la force, surtout dans la région de Khyoungpo (au Khams). Mais les bönpos ont pu rester au Tibet central, contrairement aux jonangpas qui, tous, ont été expulsés à l’est. Les Mongols ont consacré une énergie énorme à défendre l’école guélougpa, et ils considéraient les adeptes des autres écoles comme des ennemis. Au Tibet central, les bönpos ne se sont pas vraiment opposés aux Mongols de Goushri Khan, alors que dans la principauté de Béri ils se sont soulevés. C’était donc un problème politique. Cet événement historique n’a jamais été oublié par les populations bönpos du Khams et de l’Amdo. Cela montrait une fois encore aux bönpos que les bouddhistes avaient fait alliance avec des étrangers contre eux.

Quoi qu’il en soit, les bouddhistes ont toujours cherché à convertir les bönpos. Dans la première moitié du 20ème siècle, le lama guélougpa, Phabong Khawa Déchèn Nyingpo (1848-1941), importante incarnation du monastère de Séra, au Tibet central, a eu une très importante activité missionnaire envers la population bönpo de la région de Hor (appelée actuellement Bachèn), et celle de Khyoungpo, au Khams. Une histoire très connue raconte qu’un jour il dut se rendre dans un lieu bönpo – dont j’ai oublié le nom. Pour quitter la région, il traversa une rivière. Arrivé sur l’autre rive, il s’assit au bord de l’eau pour se laver les pieds, en disant que cela était nécessaire car il venait de se rendre sur des terres bönpos.

Autre exemple : la vallée de Choumbi, au Tibet méridional était, récemment encore, habitée principalement par une population bönpo. Le lama Dromo guéshé Ngawang Kèlzang, du monastère guélougpa de Doungkar, qui lui-même venait, me semble-t-il, de Séra, a eu, lui aussi, une très forte activité missionnaire dans cette région, à la frontière indo-tibétaine, où il a converti la moitié de la population. Il dépendait également de la lignée de réincarnations Phabong Khawa. Ce dernier fut le propagateur principal du culte de Shougdèn en ce siècle. Le culte de cette divinité, l’un des protecteurs des guélougpas, a toujours été controversé, et il fait actuellement l’objet d’une interdiction par le quatorzième Dalaï-lama du fait de sa vocation sectaire. Mais, à l’époque, il était extrêmement important dans le monastère de Doungkar. Le culte de Shougdèn a été l’emblème de mouvements intégristes au sein des guélougpas, mouvement dus en grande partie à ces deux lamas, en ce siècle.

Quand les chinois commencèrent à entrer au Tibet, le Dalaï-lama actuel et son gouvernement s’enfuirent jusqu’à la vallée de Choumbi où ils restèrent dans le monastère de Doungkar. A cette époque, en 1950, le Dalaï-lama était jeune ; il avait environ seize ans. Les membres du gouvernement étaient divisés sur la conduite à suivre : une partie voulait rentrer à Lhasa, l’autre partie désirait aller en Inde. Le Dalaï-lama était trop jeune pour prendre lui-même la décision. Quelqu’un suggéra donc de consulter l’oracle de Shougdèn, au monastère de Doungkar. L’oracle fut invité à se rendre à la résidence du Dalaï-lama, et il annonça qu’il fallait rentrer. Ce fut le premier contact du Dalaï-lama avec le culte de cette divinité. Trichang rinpoché, l’un des deux maîtres spirituels du jeune Dalaï-lama et qui était un adepte de Shougdèn, avait saisi cette occasion pour lui transmettre ce culte. Après la mort de Phabong Kawa, Trichang rinpoché devint le religieux le plus important de cette tradition. Peut-être dois-je préciser que ce culte n’a aucune importance chez les bönpos.
Dans le texte liturgique de Shougdèn rédigé par Phabong Kawa, il y a quatre vers dans lesquels la religion Bön est qualifiée d’"hérétique ", ce qui est un bon exemple de l’aversion de certains intégristes guélougpas envers les autres tendances religieuses. Trichang rinpoché a écrit un très long commentaire de ce texte. Lorsqu’il arrive à ces quatre vers, il décrit les activités de Dromo guéshé, qui aurait invoqué Shougdèn dans le but de convertir la population bönpo dans la vallée de Choumbi. Ce fut sanglant !

Les guélougpas qui adhèrent au culte de Shougdèn croient que cette divinité n’aime pas du tout les fidèles de leur école qui entretiennent des rapports avec une autre école, et un guélougpa qui aurait des relations avec l’école nyingmapa, par exemple, serait destiné à la mort. "

Revue Autrement Monde N° 108 " Tibétains 1959-1999, 40 ans de colonisation", Katia Buffetrille et Charles Ramble. Editions Autrement. 224 pages.
Ce livre reprend une série d'articles dus, entre autres, à Robbie Barnett, George Dreyfus, Per Kvaerne et Samten Karmay dont la lecture est extrêmement enrichissante pour tous ceux qui s'intéressent au Tibet.