Tuesday, August 15, 2006

Le philosophe tibétain LONGCHENPA était-il LIBERTAIRE ?




LONGCHENPA (1308-1364) était un personnage considérable, un éminent érudit et l'un des plus grands philosophes du Tibet. Ses écrits sont toujours lus, étudiés et commentés. C'était aussi un pratiquant accompli de la contemplation DZOGCHEN, cette voie de la non-dualité présente beaucoup de similitudes avec le CH'AN chinois.


LONGCHENPA a critiqué et démoli en quelques mots tout l'édifice doctrinal de l'école Nyingma (les Anciens) du bouddhisme tibétain à l'instar de cette "grande gueule" bien sympathique de LIN-TSI, maître CH'AN non-conformiste.


Le système religieux des nyingmapa comprend neuf véhicules fondés sur les sutras et les tantras. Les paroles de LONGCHENPA, en une foudroyante bordée libératrice, coulent la galère des artifices religieux inutiles et aliénants : 

"Ainsi, tous ces véhicules empêtrent votre esprit immaculé dans l'effort, l'accomplissement, l'abandon, l'adoption et même dans l'inconcevable. Incapable de réaliser ce qu'est l'essence, sous l'emprise de l'infortune, de mauvaises doctrines et de philosophies obsolètes, vous ne verrez pas cette essence "sans abandon ni obtention". En progressant le long des voies, vous pratiquez selon les niveaux, tenu par un serment qui vous afflige de la maladie du zèle, voilà la cause qui ligote les hommes dans l'existence."



traduit par Philippe Cornu.


Le CH’AN originel est imprégné d'une lumineuse espièglerie libertaire et d'une maïeutique efficace. Sa fraîcheur iconoclaste lui a fait traverser les siècles avec bonheur. A côté de lui, le DZOGCHEN a mal vieilli. Il reste accroché aux méthodes tantriques, le leitmotiv des lamas. L’érudit tibétain TENZIN NAMDAK dit : " Beaucoup d’enseignements prétendument DZOGCHEN sont en fait des mélanges contenant des méthodes et vues tantriques, et c’est quelquefois bien difficile de séparer le DZOGCHEN et les TANTRAS. "

Le moine Longchenpa a connu durant dix ans l'exil politique et a pratiqué le JYORWA (sbyor-ba) ou yoga sexuel.

Monday, August 14, 2006

Les méthodes méditatives ne sont pas indispensables


Peut-être certains parmi vous se sont-ils laissé persuader qu’il fallait se plier à une discipline méditative, à une pratique visant à rendre l’esprit silencieux, et que, pour atteindre l’illumination, il fallait obtenir ce silence. On donne à cela le nom de méditation, mais cette forme là de méditation est une absurdité totale, car toute pratique suppose une entité qui pratique et qui finit par devenir de plus en plus mécanique, donc de plus en plus limitée, insensible, émoussée. Mais pourquoi pratiquer ? Et pourquoi faudrait-il laisser quelqu’un d’autre s’interposer entre vous et votre recherche ? Pourquoi laisser les prêtres, ou le gourou, ou votre livre saint s’insinuer entre vous et ce que vous cherchez à découvrir ? Est-ce par peur ? Est-ce parce que vous avez besoin d’encouragements ? Est-ce parce que vous avez besoin de pouvoir compter sur quelqu’un quand l’incertitude vous étreint ? Et lorsque, dans votre incertitude, vous vous appuyez sur un autre pour vous rassurer, celui que vous choisissez, vous pouvez en être sûr, partage la même incertitude, même s’il se dit très sûr de lui . " Moi, je sais, j’ai atteint le but, je suis la voie, suis-moi ", dit-il. Prenez garde à celui qui dit savoir. (Krishnamurti)

Ramana Maharshi considérait que l'on accordait trop d'importance à la méditation. Dans un texte sur le Mahamoudra (Phyag-rGya Chen-Po), le Grand Sceau, composé par le yogui indien Maîtripa et directement transmis à Marpa, qui le donna à son disciple Milarepa, il est dit : "Dans le Mahamoudra, l'esprit n'est pas mis au travail et il n'y a pas le moindre atome de pratique de méditation."
Saraha prodiguait d'excelellents conseils : "Abandonne mantra, traités, objet de méditation, concentration ! La conscience est immaculée, ne la pollue pas par la pratique ! Cesse de te tourmenter et demeure dans l'intime félicité !" Il ajoutait malicieux : "Pas de libération par la méditation !"
Ni gourou ni attirail de méditant pour l' anachorète "free lance" qui a choisi la vie d'ermite.

Thursday, August 10, 2006

LA BASE DU BOUDDHISME ARELIGIEUX



"Ne vous contentez ni des rumeurs, ni de la tradition, ni de coutumes immémoriales, ni de l’autorité de textes sacrés, ni d’une supposition, ni d’une déduction logique, ni d’une preuve sûre, ni d’une inclination naturelle pour telle ou telle idée après y avoir réfléchi, ni des compétences d’autrui, ni de la pensée " le moine est notre maître ". Quand vous savez en vous-mêmes que " ces choses sont saines, irréprochables, conseillées par celui qui est sage, et qu’une fois adoptées et mises en pratique, elles procurent bien-être et bonheur ", alors vous devriez les pratiquer et vous y tenir… "
Le Bouddha (Kalama sutta)


Le bouddhisme n’est pas une religion. Il rejette l’autorité des textes sacrés, de la tradition, des gourous …. C’est à partir de ce constat que Stephen BATCHELOR tente de libérer le bouddhisme de ses croyances adventices. Cet ancien moine bouddhiste, aimerait édifier le bouddhisme occidental sur l'agnosticisme :


" Une vision bouddhiste agnostique d’une culture de l’éveil bousculera inévitablement les nombreux rôle consacrés au bouddhisme religieux. Elle ne considérera plus que le rôle du bouddhisme est d’apporter une autorité pseudo-scientifique sur des sujets tels que la cosmologie, la biologie et la conscience, comme ce fut le cas dans les cultures asiatiques préscientifiques. Elle ne considérera pas non plus que son rôle est d’offrir des garanties réconfortantes d’une meilleure vie après la mort dès lors que l’on vit selon la représentation du monde du karma et de la renaissance. Elle mettra l’accent moins sur la doctrine pessimiste indienne de la dégénérescence du temps que sur la liberté et la responsabilité de créer sur cette terre une société plus éveillée et plus compatissante. En place et lieu d’institutions autoritaires et monolithiques, elle pourrait imaginer un réseau décentralisé de petites communautés autonomes de l’éveil. Et, à la place d’un mouvement religieux mystique, sous l’autorité de leaders autocratiques, elle prévoirait une profonde culture agnostique et séculaire fondée sur l’amitié et mue par la coopération. "
(" Le bouddhisme libéré des croyances " Stephen BATCHELOR.)


Quel coup de balai ! Le karma, la réincarnation, les théories de l’Abhidhamma, les hiérarchies religieuses, S. BATCHELOR fait place nette dans l’espoir d’édifier " un réseau décentralisé de petites communautés autonomes de l’éveil ". Cette idée, magnifiquement utopique, pourrait-elle faire naître la société conviviale, joyeuse et frugale d'Ivan ILLICH ? Des phalanstères d’irréductibles bouddhistes agnostiques nargueraient la puissance de l’ordre marchand. 

Wednesday, August 09, 2006

Les chroniques du cheval TSOU qui-dit-tout

LE BOUDDHISME OCCIDENTAL SERA-T-IL TANTRIQUE ?
Les subtiles démonstrations philosophiques de Nagarjuna sur la vacuité sont délaissées au profit de la magie, du ritualisme, des mantras (les abracadabras orientaux).
Aujourd'hui, notre imaginaire en appelle aux Merlins rinpochés de l'Himalaya qui ont troqué leurs baguettes magiques contre des sceptres vajras. Drapés de rouge, rasés de frais, il font un tabac de l'Oural au Pacifique.
L'Occident redécouvre la magie et le merveilleux des contes de fées d'autrefois.
Grâce au Vajrayana, le bouddhisme tantrique, les adeptes occidentaux des lamas tibétains n'hésitent pas à s'auto-proclamer "yogis tantriques". Harry Potter est déniaisé par de belles dakinis nues. Oh ! bonheur ! la religion a enfin un sexe. L'érotisme sacré permettra d'éveiller les pouvoirs de la force cosmique Kundalini, lovée dans le lingam (sexe masculin) et dans la yoni (sexe féminin). La copulation rituelle c'est E=mc² !
La tradition religieuse tibétaine a hérité du shivaïsme indien des pratiques tantriques dites de "la main gauche". Traditionnellement, dans plusieurs cultures, la main gauche est réservée aux usages impurs. En Inde, une personne bien élevée mange avec ses doigts mais de la main droite.