Friday, August 19, 2016

Le principe de Lucifer

Les « mèmes », fragments du néant, vont d’esprit en esprit.




par Howard Bloom






"Chaque « mème » [mélodie, concept scientifique, croyance, idée politique] saute d'un cerveau à un autre, se copiant frénétiquement dans le nouvel environnement. Mais les « mèmes » qui comptent le plus sont ceux qui assemblent de grandes quantités de ressources pour en faire de nouvelles formes stupéfiantes. Ce sont les mèmes qui construisent les super-organismes sociaux… Les « mèmes » sont aux super-organismes ce que les gènes sont à l'organisme… Les « mèmes » étirent leurs vrilles dans le tissu de chaque cerveau humain, nous amenant ainsi à nous coaguler en ces masses coopératives que sont les familles, les tribus et les nations. Et les « mèmes », travaillant ensemble dans les théories, les visions du monde et les cultures, peuvent rendre un super-organisme très affamé".




Les humains s’accrochent aux idées parce qu’elles les unissent à des groupes d’autres humains qui sont d’accord avec eux. Elles offrent le confort de l’amitié et de l’aide mutuelle. C’est une des façons dont les « mèmes » entraînent les hommes dans leur pouvoir. Quelles sont les autres façons ?


Les « mèmes » dominent l’esprit humain en offrant aux hommes et aux femmes, qui sont le fer de lance de leur cause une vie plus riche. Fidel Castro, qui découpa une tranche du Nouveau Monde pour nourrir le mème marxiste-léniniste, a acquis une demi-douzaine de maisons à son entière disposition, une flotte de limousines Mercedes, des jeeps russes Gazik, des hélicoptères luxueux avec tableau de bord en bois, une villa de pêche, des bateaux, des repas gastronomiques, du très bon whisky et ce qui est sans doute le luxe suprême : un chef cuisinier personnel. Les « mèmes » rendent souvent la tentation de richesse et de pouvoir encore plus douce en déguisant la poursuite de ces prix en idéalisme altruiste, en dévotion ascétique à une cause. Castro, après tout, n’était pas un homme avide mais un « idéaliste » dévoué. Les « mèmes » nous séduisent également par l’illusion de contrôle, en poussant nos hormones à la vitesse supérieure et en augmentant la vigueur de notre système immunitaire. De plus, les aperçus et les technologies qu’ils produisent nous aident parfois à réellement contrôler les forces insaisissables de notre destin.


Ces attraits sont quelques-unes des raisons pour lesquelles les hommes embrassent le « mème ». Mais pourquoi un « mème » s’accroche-t-il à des êtres humains ? Afin de pouvoir utiliser un groupe social comme outil d’auto-expansion, de mener un super-organisme comme un char d’assaut […]. Les « mèmes » ont une ambition suprême : s’accaparer de gros morceaux du monde et le restructurer selon leur forme.


Il peut sembler étrange de dire d’un « mème » qu’il est ambitieux, mais c’est justement la forme d’un « mème » couronné de succès qui définit son attitude possessive. En fait, la course à l’évolution entre concepts garantit que ceux qui développent les attraits les plus ingénieux ont plus de chances de survivre. Prenons, par exemple, les « mèmes » religieux qui intègrent la notion d’enfer. Ceux qui ne mordent pas à l’hameçon avec enthousiasme sont assurés de connaître un destin affreux. Qui le dit ? Le « mème ». Le non-croyant se prépare soi-disant un moment chaud après sa mort. Le « mème », qu’il soit chrétien ou musulman, offre de nombreuses images vivantes d’un poêlon infini dans lequel les malavisés finiront en sauté pour l’éternité. (Le Bouddhisme traite le problème différemment : si vous ne suivez pas les préceptes de la foi, vous risquez de vivre votre prochaine incarnation sous la forme d’un cafard sextaplégique).


Ces visions d’horreur fonctionnent à merveille. Des dizaines d’êtres humains terrifiés laissent des concepts improbables prendre résidence dans leur crâne. Après tout, s’accrocher au « mème » est le seul moyen d’éviter de finir roussi et croustillant. Et ces adeptes qui doutent parfois de l’honnêteté totale du « mème » religieux ? Ou ceux qui sont tentés de soumettre le « mème » à la lumière hostile de la logique ? Le « mème » prospère, comme tout parasite, possède des caractéristiques visant à empêcher le prétendu rationaliste de le supprimer de son système. Seuls ceux qui ont la foi, dit le « mème » religieux, seront sauvés. Et qu’est-ce que la foi ? C’est une conviction aveugle et inconditionnelle, une volonté absolue d’héberger le « mème » pour toujours, de ne jamais tenter de le déloger de son gosier. Crache-moi, dit le « mème », et tu risqueras un destin pire que la mort. Non, les « mèmes » ne préparent pas leurs conquêtes. Comme tous les vrais réplicateurs, les « mèmes » refaçonnent automatiquement tout ce qu’ils peuvent prendre de ce modeste monde et ont pour cela un allié inestimable.


Les « mèmes » se déploient sur toute la planète, portés par des hôtes extrêmement rusés. Ces êtres humains qui recherchent l’idéalisme, le gain, le courage ou la gloire, répandent le « mème » avec une vigueur et un enthousiasme tels que la façon dont Johnny Appleseed plantait ses arbres fruitiers aurait des airs de fainéantise en comparaison. Les Romains conquirent les Gaulois et transformèrent la Gaule entière en province romaine et les « mèmes » Romains bondirent rapidement dans les esprits gaulois. Les Saxons écrasèrent les Bretons d’Angleterre et les transformèrent en paysans dans une nouvelle Angleterre dirigée par une aristocratie saxonne et les « mèmes » saxons s’éparpillèrent dans les cerveaux des tribus soumises. Les Américains s’emparèrent d’Hawaï et la placèrent sous l’autorité de Washington ; ils apprirent aux enfants de l’île les idéaux américains, les « mèmes » américains. Les Soviétiques prirent la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne de l’Est. Puis, les commissaires du peuple réunirent les travailleurs de ces états « libérés » dans des séances d’endoctrinement politique quotidiennes à la fin de la journée de travail. Ils jetèrent en prison ceux qui n’étaient pas d’accord avec les nouveaux dogmes officiels. Finalement, les envahisseurs soviétiques façonnèrent des nations dépendantes dont les leaders se tournaient vers Moscou pour toutes les questions majeures et dont les biens entraient à flots dans l’économie soviétique tels des cellules sanguines circulant de la main jusqu’au cœur. Les Russes avaient offert des populations entières en pâture à leur « mème ». Et le « mème », en échange, avait offert aux Russes une récompense : une fantastique augmentation de leur prestige et de leur puissance. Au centre de chaque société se trouve un maître autoritaire : le « mème ». Les canonnières de l’Amérique du dix-neuvième siècle, les chars d’assaut de l’Union Soviétique et les armées de l’Islam n’étaient que de simples armes dont se servait un « mème » pour s’emparer de la matière neuve. Elles étaient les mains avec lesquelles le « mème » refaçonne de la substance brute à sa propre manière.






Ce livre bouleverse toutes les idées reçues que le genre humain se fait de lui-même. Il explore les forces qui gouvernent l’histoire, devenant aussi important que “l’origine des espèces” de Darwin. Un livre fascinant, exceptionnel, unique, d’une culture encyclopédique sans égal, serti d’une logique implacable. Personne ne peut sortir intellectuellement indemne après cette lecture dramatique.







Dans le "Cerveau Global", tome 2 du "Principe de Lucifer", Howard Bloom analyse le mécanisme de la sélection individuelle et démontre que l'évolution repose fondamentalement sur la notion de partage de l'information et ce, depuis nos origines.


Ainsi, Howard Bloom explique que nous sommes tous intégralement constitués de bouts d'informations et que c'est notre capacité même à les partager qui nous confère l'intelligence.Tout être humain refusant d'être informé ou de partager l'information, que ce soit sur le plan personnel ou sur celui du bureau, prend le risque d'être éliminé par la société dans laquelle il évolue. Il en est de même au niveau des nations, en passant par les écosystèmes, les gangs de banlieue, les institutions politiques et les forces armées. Dans une démonstration hallucinante, Howard Bloom montre que ce sont les systèmes d'information qui effectuent la sélection individuelle et qui créent les "chefs". Il affirme "qu'une idée, bien qu'invisible, se comporte comme une personne vivante". Il prouve d'ailleurs, que ce sont les idées qui choisissent les hommes (et non l'inverse) ! Avec son style extraordinaire, Bloom nous révèle les mystères de la sélection et un seul sentiment subsiste après la lecture de ce livre : celui d'avoir percé le véritable secret de la Vie.







Monday, July 11, 2016

Alain Soral & la Tradition

par Salim Laïbi



si un haut personnage comme René Guénon venait à être présent parmi nous aujourd'hui, il n'aurait paradoxalement pas de partisans ni de militants actifs. Il pourrait juste réunir un cercle d'initiés, de lettrés de haut niveau, dont le savoir n'atteindra jamais les masses populaires, car ces dernières sont plus attirées par la vulgarité et la médiocrité d'un quelconque gourou, bonneteur médiatique. 


Il serait urgent que ce comique (Alain SORAL) s'intéressât de plus près aux travaux de René Guénon et les assimilât. À vrai dire, le conseil s'adresse aussi à tous ceux qui voudraient comprendre un peu mieux ce monde décadent et l'étudier avec une approche traditionaliste, celui des cycles cosmiques. Ainsi, on comprendra que l'âge sombre actuel, celui du Kali Yuga, explique parfaitement le pourquoi de la réussite apparente de satyres, comme dans le cas de ce gourou. Rien de nouveau sous le soleil, tout est à sa place encore une fois.

Idem pour Simone Weil, la très catholique et géniale auteure de la "Note sur la suppression générale des partis politiques" qu'il a lue mais qu'il n'a ni assimilée, ni même comprise. Pourtant, son raisonnement, comme celui de René Guénon, est limpide et ne souffre aucune incohérence. Le gourou en a parlé à plusieurs reprises, mais encore une fois, son cerveau, macérant dans des mixtures illicites ou obscurci par les vapeurs de la bombance, n'a pas intégré l'information capitale contenue dans cette brochure sublime : la nécessité de réduire à néant l'idée même de parti politique, en raison de son absurdité intellectuelle. Il n'a tellement pas compris le sens de la réflexion de Simone Weil, qu'il a travaillé pour Philippe Péninque, au profit du Front National. Pire, il monte aujourd'hui son propre parti politique (à vrai dire, un satellite du Front), en vulgaire sous-traitant ! […]


LE CAS EVOLA

Venons-en maintenant à une des plus grosses supercheries du bonneteur professionnel, celle de se faire passer pour un traditionaliste qui a étudié la question notamment sur Julius Evola puisqu'il a osé participer au Brésil, à un colloque international sur ce penseur. Il participera à São Paulo, entre les 10 et 12 septembre 2014, à une rencontre internationale évolienne avec Alexandre Douguine. La vidéo de sa prestation est disponible sur Internet, elle dure à peine 45 minutes (très courte puisque la moitié de la conférence est dédiée à la traduction !). On atteint dans cet enregistrement les cimes les plus vertigineuses des délires les plus inquiétants. Un résumé de sa prestation permettra de refléter la gravité de la situation.

Au bout de deux minutes seulement, il accomplira déjà l'exploit de placer Karl Marx ! J'ignore toujours comment c'est arrivé, mais vous pouvez le vérifier vous-mêmes. Lorsqu'il citera les divisions du Manvantara (terme dont il doit ignorer l'existence) il citera l'âge de fer puis de bronze, cherchant ses mots ! Il utilisera timidement le terme Kali Yuga ! À la minute six, il s'enterrera définitivement, alors qu'on n'en est qu'à l'introduction, avec cette sortie étrange et totalement anti-traditionnelle, en affirmant qu'il ne peut penser le monde qu'à partir de concepts qui valident ces hypothèses alors que la pensée traditionnelle est impossible à valider et qu'il faut emprunter le cheminement inverse ! Assurément, c'est exactement l'inverse qu'il faut comprendre dans la pensée traditionnelle, ce qui conforte la supériorité hiérarchique intellectuelle de la métaphysique sur la physique. De très simples lectures de textes de René Guénon et de Julius Evola auraient pu lui faire saisir cette caractéristique essentielle de la Tradition. Preuve encore une fois qu'il ne l'a pas lu, mais le plus grave est pour la fin. Pour lui, nul besoin de la pensée traditionnelle pour faire le constat d'échec du monde moderne. Cette pensée n'est qu'un complément qu'il qualifie de « poétique » et dont la performance intellectuelle est qualifiée d'étrange et troublante. N'est-ce pas extraordinaire ? Encore une fois, c'est exactement l'inverse de ce qu'il fallait comprendre. Et l'inverse de la tradition, c'est l'anti-initiation, l'anti-tradition, en d'autres termes, le satanisme. Il aurait pu découvrir ces concepts dans des lectures plus intéressantes que celles de Karl Marx ou Engels, en lisant notamment Guénon ou Evola dont il ose participer à un colloque dédié à ce dernier. À la minute 13, il parlera de gauche et de lutte des classes, ainsi que de droite et de droits de l'homme ! On se demande bien pourquoi et quel est le rapport avec ce colloque. On s'attendait à une conférence érudite sur Evola, son histoire, ses travaux, ses rencontres...

Puis il parlera, plusieurs minutes durant, de l'antagonisme producteur sédentaire versus nomade parasite ! Comprendre : le paysan du terroir contre le juif apatride. Il usera et abusera encore de la pleurniche en se présentant comme une victime de la censure tout en étant vendu en tête de gondole à la Fnac et autres Cultura ! On se demande encore une fois quel en est le rapport avec ce colloque !

Puis, pour faire un petit peu intello, il citera un archéologue, Vere Gordon Childe, qui aurait expliqué que l'humanité est passée du stade de la préhistoire à l'histoire via la période néolithique, empruntant pour cela le jargon et le paradigme évolutionniste de Charles Darwin. Ce qui, pour un traditionaliste, est une impasse, une impossibilité, une insulte, un blasphème, une infamie. Une recherche rapide sur le net permet de découvrir que cet archéologue s'est nourri aux idées marxistes (tiens, encore lui !) et qu'il a théorisé le néolithique sans absolument aucune preuve, les dernières découvertes ayant d'ailleurs démenti les travaux. Ce n'est sans doute pas grave, sachant que le magicien Alain Soral a tous les droits et qu'il peut balancer n'importe quelle brillante ânerie. Ensuite, il parlera de banques, de réserve fédérale, de monnaie et de nomades parasites (entendre les juifs) tout en pleurnichant une nouvelle fois sur le danger auquel il s'expose et du risque qu'il encourt d'aller en prison, sans que l'on saisisse le rapport avec le sujet ! Au bout de 28 minutes, il annoncera en avoir fini avec son introduction et qu'il s'apprête à aborder la seconde partie, c'est-à-dire la situation actuelle. Rapidement, il parlera, en vrac, de choc des civilisations, du 11 septembre, des juifs, de Poutine qu'il présentera comme un patriote russe ennemi du nouvel ordre mondial, de Syrie et d'Ukraine. Puis il finira par cette phrase extraordinaire de suffisance et de culot : « J'ai suffisamment brillé pour arrêter là » !

En avez-vous rêvé ? Soral l'a fait.

C'est littéralement à la fois, le strike, le jackpot, le Quinté+ dans l'ordre un an à l'avance, le gros lot, le ticket gagnant ! Comment est-il possible d'associer marxisme, théorie freudienne fumeuse, darwinisme et Tradition ? Il a déjà réalisé un écart doctrinal majer en se risquant à accorder Rousseau et le Christ, Robespierre et l'Eglise, mais là ça dépasse l'entendement, il a franchi allègrement le Rubicon, il est en roue libre, il ose tout. C'est du reste à cela qu'on les reconnaît, ce sont les maîtres du pilpoul, un exercice de sophisme de très haut niveau et inégalé si je dois me référer à ce que j'en sais et à mes lectures. Dans sa conférence lyonnaise de mai 2015 avec Pierre Hillard, il affirmera sans rougir : « Mon catholicisme actuel est un catholicisme dialectique comme l'était celui de Charles Maurras... » ! Qu'ajouter de plus ?

En vérité et au risque de nous répéter, c'est exactement l'inverse dont il s'agit. Lorsque le darwinisme parle d'un progrès humain allant de l'être unicellulaire qu'est l'amibe aux grands singes puis à l'homme, avec l'acquisition d'un savoir et d'une science ascendante et progressive, il faut savoir que cette vision du monde est erronée et qu'elle est contredite par des centaines de vestiges éparpillés sur le globe. Nous évoluons du moins vers le plus, de la barbarie à la civilisation, essaie-t-on de nous faire croire. Il se trouve que la Tradition, avec un grand « T », pense et affirme exactement le contraire : l'Humanité descend d'Adam qui était l'homme primordial détenteur du savoir total et va vers la décadence et la dépravation, c'est-à-dire le singe qu'est l'homme moderne d'aujourd'hui. Nul besoin de polémiquer des heures durant pour constater que c'est bien cette vision des choses qui est exacte et non l'inverse, car elle est immédiatement vérifiable dans le réel et au quotidien. L'humanité adamique est passée de l'âge d'or à l'âge d'argent puis de bronze et enfin de fer ou âge sombre, le Kali Yuga, celui dans lequel nous pataugeons aujourd'hui en face de ce dégénéré et de ses semblables.

D'aucuns, les thuriféraires du gourou, pourront toujours dire que j'ai mal compris le sujet et que ceci n'est que ma version toute subjective des faits. Je les invite donc instamment à découvrir ce que pense Evola de Karl Marx par exemple. Cet exercice est destiné exclusivement aux décérébrés et désespérés, car il n'a absolument aucun sens ; c'est comme si on demandait à une abeille de nous prouver qu'elle sait faire du miel.

Sans vous infliger la peine de lire les gros ouvrages de J. Evola - ce qui en vérité serait un pur bonheur - il est loisible de trouver sur le Net le positionnement de ce grand penseur en ce gui concerne le marxisme et le freudisme. Il est essentiel de rappeler à ceux qui ont la mémoire courte ou à ceux qui ne le savent pas, que Freud est un pur produit du sabbatao-frankisme, étant lui-même un kabbaliste, un drogué, un père incestueux et un escroc de haut vol, responsable de bien des suicides de patients lui ayant fait confiance. Michel Onfray a fini lui-même par le comprendre ! En février 1940, Evola a publié dans la revue "La difesa de la razza", un article au sujet des Juifs et des mathématiques, dans lequel il attaquait violemment Marx et Freud. Il considérait ces deux zigotos comme faisant partie d'un complot mondial de domination. Peut-on être plus clair ? Je ne le crois pas. On peut ne pas être d'accord avec lui sur le fond mais on ne peut pas lui faire dire le contraire de ce qu'il a dit. Pour revenir à Michel Onfray, il faut lui reconnaître d'avoir évolué sur le plan des idées et eu le courage de remettre en cause tout le paradigme moderne. Il a enfoncé encore plus le clou lors de sa dernière conférence tenue à l'occasion de la sortie de son livre Cosmos. Le gourou, malgré toutes les contradictions relevées chez lui à propos du triumvirat Marx, Darwin et Freud, s'est permis de s'approprier cette évolution observée chez Onfray en titrant sur son site : "Onfray en voie de soralisation !" Quelle prétention ! Toujours cette volonté de récupération avec des slogans publicitaires creux …

Pour toutes ces raisons, on peut conclure en toute évidence, que Soral n'a jamais lu Evola, qu'il ne sait pas du tout ce qu'est la Tradition et que ça ne l'intéresse même pas, lui qui a eu le temps de l'étudier et qui ne l'a pas fait. Et pourtant, il a eu le culot de participer à ce colloque tenu au Brésil, ce qui prouve que Douguine est lui aussi une belle imposture.



Extrait du livre de Salim Laïbi Le mythomane, la face cachée d'Alain Soral.


Le protestantisme


et la critique « dissolvante » (de la tradition Européenne) 



Par René Guénon




Les « sciences traditionnelles » du moyen âge étaient réservées à une élite plus ou moins restreinte, et certaines d'entre elles étaient même l'apanage exclusif d'écoles très fermées, constituant un « ésotérisme » au sens le plus strict du mot ; mais, d'autre part, au second plan, et c'est le côté secondaire de la religion, nous voulons dire la morale, qui prit la première place : de là cette dégénérescence en « moralisme » qui est si sensible dans le Protestantisme actuel.

Le Protestantisme

Il s'est produit là un phénomène parallèle à celui que nous avons signalé à l'égard de la philosophie ; la dissolution doctrinale, la disparition des éléments intellectuels de la religion, entraînait cette conséquence inévitable : partant du « rationalisme », on devait tomber au « sentimentalisme », et c'est dans les pays anglo-saxons qu'on en pourrait trouver les exemples les plus frappants. Ce dont il s'agit alors, ce n'est plus de religion, même amoindrie et déformée, c'est tout simplement de « religiosité », c'est-à-dire de vagues aspirations sentimentales qui ne se justifient par aucune connaissance réelle ; et à ce dernier stade correspondent des théories comme celle de l'« expérience religieuse » de William James, qui va jusqu'à voir dans le « subconscient » le moyen pour l'homme d'entrer en communication avec le divin. Ici, les derniers produits de la déchéance religieuse fusionnent avec ceux de la déchéance philosophique : l'« expérience religieuse » s'incorpore au « pragmatisme », au nom duquel on préconise l'idée d'un Dieu limité comme plus « avantageuse » que celle du Dieu infini, parce qu'on peut éprouver pour lui des sentiments comparables à ceux qu'on éprouve à l'égard d'un homme supérieur ; et, en même temps, par l'appel au « subconscient », on en arrive à rejoindre le spiritisme et toutes les « pseudo-religions » caractéristiques de notre époque[...].

D'un autre côté, la morale protestante, éliminant de plus en plus toute base doctrinale, finit par dégénérer en ce qu'on appelle la « morale laïque », qui compte parmi ses partisans les représentants de toutes les variétés du « Protestantisme libéral », aussi bien que les adversaires déclarés de toute idée religieuse ; au fond, chez les uns et les autres, ce sont les mêmes tendances qui prédominent, et la seule différence est que tous ne vont pas aussi loin dans le développement logique de tout ce qui s'y trouve 
impliqué.

En effet, la religion étant proprement une forme de la tradition, l'esprit anti-traditionnel ne peut être qu'antireligieux ; il commence par dénaturer la religion, et, quand il le peut, il finit par la supprimer entièrement. Le Protestantisme est illogique en ce que, tout en s'efforçant d'« humaniser » la religion, il laisse encore subsister malgré tout, au moins en théorie, un élément supra-humain, qui est la révélation ; il n'ose pas pousser la négation jusqu'au bout, mais, en livrant cette révélation à toutes les discussions qui sont la conséquence d'interprétations purement humaines, il la réduit en fait à n'être bientôt plus rien ; et, quand on voit des gens qui, tout en persistant à se dire « chrétiens », n'admettent même plus la divinité du Christ, il est permis de penser que ceux-là, sans s'en douter peut-être, sont beaucoup plus près de la négation complète que du véritable Christianisme. De semblables contradictions, d'ailleurs, ne doivent pas étonner outre mesure, car elles sont, dans tous les domaines, un des symptômes de notre époque de désordre et de confusion, de même que la division incessante du Protestantisme n'est qu'une des nombreuses manifestations de cette dispersion dans la multiplicité qui, comme nous l'avons dit, se retrouve partout dans la vie et la science moderne. D'autre part, il est naturel que le Protestantisme, avec l'esprit de négation qui l'anime, ait donné naissance à cette « critique » dissolvante qui, dans les mains des prétendus « historiens des religions », est devenue une arme de combat contre toute religion, et qu'ainsi, tout en prétendant ne reconnaître d'autre autorité que celle des Livres sacrés, il ait contribué pour une large part à la destruction de cette même autorité, c'est-à-dire du minimum de tradition qu'il conservait encore ; la révolte contre l'esprit traditionnel, une fois commencée, ne pouvait s'arrêter à mi-chemin... »




José Manuel Barroso recruté par Goldman Sachs

L'Union européenne des Barroso et consorts poursuit la révolte contre l'esprit traditionnel de la vieille Europe.


Les Etats européens ont subi durant des années l'activité dissolvante de José Manuel Barroso.

Les méfaits de Barroso sont aujourd'hui récompensés par la banque Goldman Sachs qui vient de recruter l'ancien président de la Commission Européenne.

Avec l'aide de Goldman Sachs, les dirigeants grecs avaient maquillé leurs comptes publics pour entrer dans l'euro, en 2001. Ils avaient dissimulé des emprunts, sur les conseils de la banque américaine, via des opérations financières risquées.

Barroso a des liens avec le B’nai B’rith, la franc-maçonnerie juive.

Friday, July 08, 2016

Bretagne magique

Brocéliande
La forteresse de l’Autre Monde


Le Chêne à Guillotin. « Cet arbre remarquable, plusieurs fois centenaire, fut d’abord appelé « Chêne des Rues Éon » au 19e siècle avant de devenir « Chêne à Guillotin » dans les années 1970, du nom d’un prêtre réfractaire réfugié à Concoret pendant la Terreur. » Source 

Le Sacré étant par essence ambigu, on ne découvre dans ces hauts lieux que ce qu’on vient y chercher. A Lourdes, sous une architecture tapageuse qui masque la misère humaine, le diable rôde aux endroits mêmes qu’a marqués la Vierge. Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, seul reste d’une cité engloutie, la crypte est le théâtre de rituels qui ne sont pas forcément orthodoxes. A Saint-Rémy-de-Provence, le soleil ne parvient pas à faire la lumière sur les ruines de Glanum où se superposent les dieux gaulois, grecs et romains.

A Chartres, dans la crypte de la cathédrale, Notre-Dame-de-Sous-Terre veille également à ce que le dragon ne surgisse pas du puits. Et ce n’est pas par hasard qu’on procédait au sacre des rois de France dans la cathédrale de Reims. Mais à tout cela répond la cathédrale du Puy-enVelay, avec son cloître et la gigantesque statue de Notre-Dame-de-France : en face, sur le Mont-Aiguilhe, saint Michel clôt le cône d’un volcan : là aussi, la dragon dort d’un étrange sommeil...

C’est cependant dans la vieille Armorique que la magie apparaît comme la plus subtile, la plus secrètement enfouie dans la verdure : Brocéliande est sans doute le haut lieu qui suscite le plus de fantasmes par le fait des légendes et des diverses traditions qu’on y a localisées.

Brocéliande, c’est la forêt de Paimpont, à la frontière de l’Ille-et-Vilaine et du Morbihan. Ce nom, qui correspond à un ancien Bréchéliant, signifie peut-être “forteresse de l’Autre Monde”. C’est incontestablement une forêt druidique, un de ces temples en plein air où les Celtes pratiquaient les énigmatiques rituels de leur religion. C’est là qu’à partir du XIe siècle, on a voulu localiser les principaux événements de la tradition arthurienne et de la légende du Graal, lesquelles sont originaires de Grande-Bretagne. Mais ce n’est certainement pas sans raison.

Car si le Val sans Retour, où Morgane la Fée - image de la déesse primitive - enfermait les chevaliers d’Arthur, est une localisation récente, si les appellations sont souvent fantaisistes, il n’en reste pas moins vrai que la forêt recèle des lieux bien étranges, où la légende rapportée fait écho à des traditions locales parfaitement authentiques.

Le  “Tombeau de Merlin” n’est qu’un dolmen en ruine et n’a en fait aucun lien avec l’enchanteur des romans de la Table Ronde. Mais c’est quand même le Tombeau de Merlin, avec toute l’aura magique et mystique qui émane d’une terre frappée par l’Esprit. Quant à la Fontaine de Barenton, décrite dans les textes du Moyen Age comme la “fontaine magique qui fait pleuvoir”, comme la “fontaine qui bout, bien que son eau soit plus froide que le marbre”, elle est le lieu par excellence où s’opèrent les mystérieuses alchimies de la lumière, de l’ombre, du vent et de l’eau.

C’est l’exemple le plus parfait du nemeton gaulois, c’est-à-dire la clairière sacrée, le sanctuaire perdu dans la forêt où l’être humain peut s’imprégner de la divinité parce que c’est l’endroit idéal de la communication entre le visible et l’invisible, une projection du Ciel sur la Terre. Et dans l’église de Tréhorenteuc, qui rappelle celle de Rennes-le-Château, mais avec une polarité inversée, le Graal brille au milieu du grand vitrail, tandis que dans l’ombre, sur le mur d’en face, le Cerf blanc au collier d’or, entouré de quatre lions, erre dans une sorte de forêt stylisée, et que la fée Morgane triomphante nargue Jésus tombé pour la troisième fois sous le poids de sa croix. Il ne faudrait pas oublier non plus l’inscription qui se trouve au-dessus de la porte de l’église : “la porte est en dedans”.

Car, en Brocéliande, tout est effectivement en dedans. Il ne suffit pas d’errer dans des chemins qui souvent ne mènent nulle part, car ils se perdent dans des landes où les ajoncs griffus se dressent comme des murailles de flammes devant Lancelot du Lac qui voulait délivrer les prisonniers du Val sans Retour. Il n’y a pas de châteaux somptueux sur les collines, ou entre les arbres, ni dans le fond des vallées. Ou plutôt si, il yen a : mais il faut ouvrir la porte qui est en dedans pour les voir.

Autrement, on risque de tourner en rond des mois durant, des années, des siècles peut-être, sans espoir de retrouver un jour le chemin qui mène au sanctuaire. Et pourtant, ce sanctuaire, il est là, en plein cœur de la forêt magique. Il suffit d’écouter la grande voix de Merlin pour le découvrir...


Jean Markale, La France magique.




Jean Markale 

Tome II 

Brocéliande et l'énigme du Graal ; La Bastille et l'énigme du Masque de fer ; Chartres et l'énigme des Druides ; Rennes-le-Château et l'énigme de l'or maudit.

Thursday, July 07, 2016

Notre Dame des Landes & la propriété commune

Passage en Bretagne durant l'été 2016


Notre-Dame-des-Landes, une bataille perdue contre le capitalisme


Après la victoire du « oui » au référendum local du 26 juin, la "zone d'aménagement différée" (ZAD, rebaptisée "zone à défendre" par les opposants) du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) sera prochainement évacuée. L'évacuation devra mobiliser d'importants moyens de gendarmerie et la nature sera détruite pour satisfaire l'avidité de quelques accapareurs du bien commun.



L'ultralibéralisme, un mal moderne

Dans le Baopuzi, un vieux texte chinois, un taoïste évoquant un lointain passé dit :

« Il n'y avait alors ni prince ni vassal ; on creusait des puits pour boire et on labourait la terre pour se nourrir. On réglait sa vie sur le soleil [...] De gloire et d'infamie point. Nuls sentiers ni tranchées ne défiguraient les montagnes. Il n'existait ni barques ni ponts sur les cours d'eau. Les vallées ne communiquaient pas et personne ne songeait à s'emparer de territoires. » Le monde était un paradis où « le phénix se posait dans les cours des maisons et les dragons s'ébattaient en troupeaux dans les parcs et les étangs [...] On pouvait marcher sur la queue des tigres et saisir dans ses mains des boas. Les mouettes ne s'envolaient pas quand on traversait les étangs ; les lièvres et les renards n'étaient pas saisis de frayeur quand on pénétrait dans les forêts. Malheurs et troubles, guerres et épidémies étaient inconnus [...] On bâfrait et on s'esclaffait, on se tapait sur le ventre et on s'ébaudissait ! »


Le communisme primitif 

Le taoïsme originel décrit un âge d'or où les hommes formaient une grande famille et constituaient ce que l'on appelle de nos jours une société communiste primitive. L'étude du communisme primitif passionna Rosa Luxemburg.

« Comment expliquer l'intérêt de Rosa Luxemburg pour les communautés primitives ? D'une part, il est évident qu'elle voit dans l'existence de ces sociétés communistes anciennes un moyen d'ébranler et même de détruire « la vieille notion du caractère éternel de la propriété privée et de son existence depuis le commencement du monde . » C'est par incapacité de concevoir la propriété communale et par incompréhension pour tout ce qui ne ressemble pas à la civilisation capitaliste que les économistes bourgeois ont refusé avec obstination de reconnaître le fait historique des communautés. Il s'agit donc, pour Rosa Luxemburg, d'un enjeu du combat théorique et politique sur un aspect essentiel de la science économique. D'autre part, le communisme Primitif est à ses yeux un point de repère historique précieux pour critiquer le capitalisme, pour dévoiler son caractère irrationnel, réifié, anarchique, et pour mettre en évidence l'opposition radicale entre valeur d'usage et valeur d'échange. Comme le souligne à juste titre Ernest Mandel dans sa préface, « l'explication des différences fondamentales entre une économie fondée sur la production de valeurs d'usage, destinée à satisfaire les besoins des producteurs, et une économie fondée sur la production de marchandises, occupe la majeure partie de l'ouvrage. » Il s'agit donc pour elle de trouver et de « sauver », dans le passé primitif, tout ce qui peut, jusqu'à un certain point au moins, préfigurer le socialisme moderne.

L'attitude de Rosa Luxemburg n'est pas sans une certaine affinité avec les conceptions romantiques de l'histoire, qui refusent l'idéologie bourgeoise du progrès, et critiquent les aspects inhumains de la civilisation industrielle/capitaliste (d'où, par ailleurs, son intérêt pour l'œuvre d'un économiste romantique comme Sismondi). Tandis que le romantisme traditionaliste aspire à restaurer un passé idéalisé, le romantisme révolutionnaire dont Rosa Luxemburg est proche cherche dans certaines formes du passé précapitaliste des éléments et des aspects qui anticipent l'avenir post-capitaliste.


L'égalitarisme des anciens germains


Marx et Engels avaient déjà, dans leurs écrits et leur correspondance, attiré l'attention sur les travaux de l'historien (romantique) Georg Ludwig von Maurer sur l'ancienne commune (Mark) germanique. Comme eux, Rosa Luxemburg étudie avec passion les écrits de Maurer et s'émerveille du fonctionnement démocratique et égalitaire de la Marche (Mark) et de sa transparence sociale : « On ne peut imaginer rien de plus simple et de plus harmonieux que ce système économique des anciennes Marches germaniques. Tout le mécanisme de la vie sociale est comme à ciel ouvert. Un plan rigoureux, une organisation robuste enserrent ici l'activité de chacun et l'intègrent comme un élément du tout. Les besoins immédiats de la vie quotidienne et leur satisfaction égale pour tous, tel est le point de départ et l'aboutissement de cette organisation. Tous travaillent ensemble pour tous et décident ensemble de tout. » Ce qu'elle apprécie et met en évidence sont les traits de cette formation communautaire primitive qui l'opposent au capitalisme et la rendent, à certains égards, humainement supérieure à la civilisation industrielle bourgeoise : « Il y a donc deux mille ans et même davantage.., régnait chez les Germains un état de choses foncièrement différent de la situation actuelle, pas d'État avec des lois écrites et contraignantes, pas de division entre riches et pauvres, entre maîtres et travailleurs. »


Le communisme Inca

En s'appuyant sur les travaux de l'historien russe Maxime Kovalevsky (qui avait déjà vivement intéressé Marx), Rosa Luxemburg insiste sur l'universalité du communisme agraire comme forme générale de la société humaine à une certaine étape de son développement, qu'on trouve aussi bien chez les Indiens des Amériques, les Incas, les Aztèques, que chez les Kabyles, les tribus africaines et les Hindous. L'exemple péruvien lui semble particulièrement significatif, et là aussi, elle ne peut s'empêcher de suggérer une comparaison entre la Marca des Incas et la société « civilisée » : « L'art moderne de se nourrir exclusivement du travail d'autrui et de faire de l'oisiveté l'attribut du pouvoir était étranger à cette organisation sociale où la propriété commune et l'obligation générale de travailler constituaient des coutumes populaires profondément enracinées. » Elle manifeste aussi son admiration pour « l'incroyable résistance du peuple indien et des institutions communistes agraires dont, malgré ces conditions, des vestiges se sont conservés jusqu'au XIXe siècle. » Une vingtaine d'années plus tard, l'éminent penseur marxiste péruvien José Carlos Mariategui va avancer un point de vue qui présente des convergences frappantes avec les idées de Rosa Luxemburg (dont très probablement il ignorait les remarques sur le Pérou) : le socialisme moderne doit s'appuyer sur les traditions indigènes qui remontent au communisme Inca, pour gagner à son combat les masses paysannes.


La voracité aveugle du capital



Mais l'auteur le plus important dans ce domaine est pour Rosa Luxemburg — comme pour Engels dans L'Origine de la famille — l'anthropologue américain L. H. Morgan. En s'inspirant de son ouvrage classique (Ancient Society, 1877) elle va plus loin que Marx ou Engels et développe toute une vision grandiose de l'histoire, une conception novatrice et hardie de l'évolution millénaire de l'humanité, dans laquelle la civilisation actuelle « avec sa propriété privée, sa domination de classe, sa domination masculine, son État et son mariage contraignants » apparaît comme une simple parenthèse, une transition entre la société communiste primitive et la société communiste du futur. L'idée romantique/révolutionnaire du lien entre le passé et l'avenir apparaît ici de façon explicitée : « la noble tradition du lointain passé tendait ainsi la main aux aspirations révolutionnaires de l'avenir, le cercle de la connaissance se refermait harmonieusement et, dans cette perspective, le monde actuel de la domination de classe et de l'exploitation, qui prétendait être le nec plus ultra de la civilisation, le but suprême de l'histoire universelle, n'était plus qu'une minuscule étape passagère dans la grande marche en avant de l'humanité. »

Dans cette perspective, la colonisation européenne des peuples du Tiers monde lui apparaît essentiellement comme une entreprise socialement destructrice, barbare et inhumaine ; c'est le cas notamment de l'occupation anglaise des Indes, qui a saccagé et désagrégé les structures agraires communistes traditionnelles, avec des conséquences tragiques pour la paysannerie. Rosa Luxemburg partage avec Marx la conviction que l'impérialisme apporte aux pays colonisés le progrès économique, même s'il le fait « par les méthodes ignobles d'une société de classes. » Toutefois, tandis que Marx, sans cacher son indignation devant ces méthodes, insiste surtout sur le rôle économiquement progressiste des chemins de fer introduits par l'Angleterre en Inde, l'accent, chez Rosa Luxemburg, est mis plutôt sur les conséquences socialement néfastes de ce « progrès » capitaliste : « les anciens liens furent brisés, l'isolement paisible du communisme à l'écart du monde fut rompu et remplacé par les querelles, la discorde, l'inégalité et l'exploitation. Il en résulte, d'une part d'énormes latifundia, d'autre part des millions de fermiers sans moyens. La propriété privée fit son entrée aux Indes et avec elle le typhus, la faim, le scorbut, devenus des hôtes permanents des plaines du Gange. » Cette différence avec Marx correspond bien entendu à une étape historique distincte, qui permet un regard nouveau sur les pays coloniaux, mais elle est aussi l'expression de la sensibilité particulière de Rosa Luxemburg aux qualités sociales et humaines des communautés primitives.

Cette problématique est abordée non seulement dans l'Introduction à l'Economie politique mais aussi dans l'Accumulation du capital, où elle critique à nouveau le rôle historique du colonialisme anglais et s'indigne du mépris criminel que les conquérants européens ont manifesté envers l'ancien système d'irrigation : le capital, dans sa voracité aveugle, « est incapable de voir assez loin pour reconnaître la valeur des monuments économiques d'une civilisation plus ancienne » ; la politique coloniale produit le déclin de ce système traditionnel, et en conséquence, la famine commence, à partir de 1867, à faire des millions de victimes en Inde. Quant à la colonisation française en Algérie, elle se caractérise, à ses yeux, par une tentative systématique et délibérée de destruction et dislocation de la propriété communale, aboutissant à la ruine économique de la population indigène.

Mais au-delà de tel ou tel exemple, c'est l'ensemble du système colonial - espagnol, portugais, hollandais, anglais ou allemand, en Amérique Latine, en Afrique ou en Mie - qui est dénoncé par Rosa Luxemburg, qui se place résolument du point de vue des victimes du « progrès » capitaliste : « Pour les peuples primitifs dans les pays coloniaux où dominait le communisme primitif, le capitalisme constitue un malheur indicible plein des plus effroyables souffrances. » Ce souci de la condition sociale des populations colonisées est un des signes de l'étonnante modernité de ce texte - notamment si on le compare avec l'ouvrage équivalent de Kautsky (publié en 1886) dont les peuples non-européens sont pratiquement absents.

De cette analyse découle la solidarité de Rosa Luxemburg avec le combat des indigènes contre les métropoles impérialistes, combat dans lequel elle voit la résistance tenace et digne d'admiration des vieilles traditions communistes contre la recherche du profit et contre « l'européanisation » capitaliste. L'idée apparaît ici en filigrane d'une alliance entre le combat anticolonial de ces peuples et le combat anticapitaliste du prolétariat moderne comme convergence révolutionnaire entre le vieux et le nouveau communisme...

Selon Gilbert Badia, dont le remarquable ouvrage sur Rosa Luxemburg est un des rares à examiner critiquement cette problématique, dans l'Introduction à l'Économie Politique les structures anciennes des sociétés colonisées sont trop souvent présentées de façon figée, « et opposées radicalement, par un contraste en blanc et en noir, au capitalisme ». En d'autres termes : « A ces communautés parées de toutes les vertus et conçues comme quasi immobiles, Rosa Luxemburg oppose la fonction destructrice d'un capitalisme qui n'a absolument plus rien de progressif. Nous sommes loin de la bourgeoisie conquérante évoquée par Marx dans le Manifeste. » Ces objections ne nous semblent pas justifiées, pour les raisons suivantes : 

1) Rosa Luxemburg ne conçoit pas les communautés comme immobiles ou figées : au contraire elle montre leurs contradictions et transformations. Elle souligne que « par sa propre évolution interne, la société communiste primitive conduit à l'inégalité et au despotisme. »

 2) Elle ne nie pas le rôle économiquement progressif du capitalisme, mais dénonce les aspects « ignobles » et socialement régressifs de la colonisation capitaliste ; 

3) Si elle met en relief les aspects les plus positifs du communisme primitif, en contraste avec la civilisation bourgeoise, elle n'occulte nullement ses limitations et défauts : étroitesse locale, bas niveau de la productivité du travail et du développement de la civilisation, impuissance face à la nature, violence brutale, état de guerre permanent entre communautés, etc. 

4) En effet, l'approche de Rosa Luxemburg se situe très loin de l'hymne à la bourgeoisie de Marx en 1848 ; par contre, elle est très proche de l'esprit du chapitre XXXI du Capital (« Genèse du capitalisme industriel ») où Marx décrit les « barbaries » et « atrocités » de la colonisation européenne.

En réalité, au sujet de la commune rurale russe, Rosa Luxemburg a une vision beaucoup plus critique que Marx lui-même. En partant des analyses d'Engels, qui constatait, à la fin du XIXe siècle, le déclin de l'obchtchina et sa dégénérescence, elle montre, par cet exemple, les limites historiques de la communauté traditionnelle et la nécessité de son dépassement. Son regard se tourne résolument vers le futur, et elle se sépare ici du romantisme économique en général et des populistes russes en particulier, pour insister sur « la différence fondamentale entre l'économie socialiste mondiale de l'avenir et les groupes communistes primitifs de la préhistoire. »






Référendum local du 26 juin 2016

Vertou (22.800 habitants) : 51,1% des votants ont dit "oui" au projet d'aéroport 
de Notre-Dame-des-Landes.

Wednesday, June 29, 2016

Bonnes Vacances !






Vends un lot de T-shirts 
« Tibet libre » made in China.




Ah vendrent Bescherelle
jamé servy.


A vendre, encyclopédie
Universalis en 18 volumes.
Très bon état. Je n'en ai plus 
besoin, je suis marié et ma 
femme sait tout !


A vendre, fauteuil 
Louis XVI 
décapitonné.


Vends exemplaire de la 
Bible : première édition dédicacée 
par l'auteur.


Vends casier judiciaire 
d'occasion
peu servi.


Achète, 5 euros, tous vos 
billets de 10 euros 
(même usagés).


Vends petite voiture
puissance : 5 poneys fiscaux.


A vendre
Taser, idéal pour faire passer
le courant avec les jeunes.


Vends robe de mariée
portée une seule fois
par erreur.


Cause décès, à vendre
parachute neuf, servi une
fois, jamais ouvert.


Homme politique vend sa 
collection de livre sur la 
déontologie.
Neufs, jamais lus.


Mille-pattes vend 
appartement de plain-pied.  





François Jouffa et Frédéric Pouhier, PETITES ANNONCES A LA CON.